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Boucherie du Hamas du 7 octobre 2023 et bombardements meurtriers de l’État israélien. Existe-t-il vraiment des « lignes rouges » pour la gauche et l’extrême gauche "antisionistes" ?

mardi 10 octobre 2023, par Yves Coleman

L’expression « ligne rouge » a été utilisée à deux reprises par Dominique Vidal, dans une émission du Média (organe mélanchono-grotesque, lié donc à la LFI) intitulée « ISRAËL-PALESTINE : COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ ? (1) » et dans une émission de Regards (publication liée au PCF) intitulée « Israël - Palestine : « L’inhumanité et les crimes de guerre sont des lignes rouges (2) ».

Journalistes et commentateurs doivent évidemment tenir compte de la difficulté de connaître, aujourd’hui 10 octobre, l’ampleur et les circonstances exactes des meurtres de civils commis par le Hamas le 7 octobre (les multiples vidéos tournées par les assassins sont pourtant à charge…). Donc on peut comprendre la prudence de Dominique Vidal, Xavier Guignard et de leurs intervieweurs du Media et de Regards puisqu’ils ne disposent pas de toutes les informations nécessaires le jour où ils se précipitent sous les projecteurs pour donner leur avis. On peut comprendre aussi, comme l’a dit Dominique Vidal, qu’il est inutile de se lancer dans une « surenchère » et de jeter de l’huile sur le feu – en tout cas si l’on veut sincèrement arriver à une paix équitable pour les peuples palestinien et israélien.

Mais le sens du mot « lignes rouges » tel qu’utilisé par Dominique Vidal dans ces deux émissions, avec l’assentiment de ses interlocuteurs de gauche, est assez étonnant. Pour lui, Xavier Guignard et les 2 journalistes qui les ont interrogés, la ligne rouge n’aurait pas encore été franchie le 7 octobre. Elle ne sera éventuellement franchie que SI, dans les prochains jours ou mois, le Hamas exécutait les otages.

Cette « pudeur » incroyable face à la boucherie commise par le Hamas le 7 octobre montre à quel point il est difficile, voire impossible, à des gens de gauche (3) (ou d’extrême gauche comme en témoigne le communiqué du NPA-L’Anticapitaliste, du PIR, de l’UJFP, de SUD Education, etc.) de dénoncer clairement le Hamas comme un mouvement d’extrême droite, anti-populaire, anti-ouvrier, pro-capitaliste qui n’a rien à voir avec la défense des intérêts élémentaires des Palestiniens.

L’emprisonnement ou la liquidation des opposants politiques du Hamas à Gaza, ses discours antisémites délirants et sa Charte complotiste anticommuniste (tardivement et partiellement amendée), les attentats suicides à répétition commis par le Hamas en Israël, tout cela ne serait pas, pour ces « antisionistes », une ligne rouge.

Non, pour eux, il faudrait attendre encore d’autres meurtres individuels, ou collectifs, de civils, pour savoir si oui ou non le Hamas est un respectable mouvement de libération nationale ou bien… quoi ?

Cette lâcheté de la gauche et de l’extrême gauche sur la question des « lignes rouges » est exactement la même que celle vis-à-vis des meurtres d’Ilan Halimi (2006), Sarah Halimi (2017) et Muriel Knoll (2018), des attentats à l’école Ozar Hatorah de Toulouse (2012) et de l’Hypercacher (2015). A chaque fois, la gauche et l’extrême gauche se tortillent, mal à l’aise, gênés, en se demandant si oui ou non ces attentats et ces meurtres sont vraiment antisémites ou bien s’ils ne sont pas plutôt le fait de « loups solitaires », de « déséquilibrés » ou même de simples « faits divers » crapuleux.

Comme le dit avec raison Dominique Vidal, même s’il n’applique sa maxime ni à la réalité française (rappelons qu’il a toujours minimisé l’antisémitisme et s’apprêtait même cette semaine à participer à un grand raout intitulé « Antisémitisme : combattre le feu avec le pyromane ? Ou comment Israël instrumentalise l’antisémitisme (4) »), « L’inhumanité et les crimes de guerre sont des lignes rouges », et des deux côtés.

Du côté de l’État israélien qui refuse d’accepter un partage territorial équitable pour les deux peuples, qui persécute les antisionistes israéliens sur son territoire, discrimine et opprime les Palestiniens et les Arabes israéliens, et qui empêche toute solution pacifique depuis des décennies ; comme du côté d’organisations palestiniennes totalitaires, anticommunistes et anti-ouvrières, comme le Hamas ou le Djihad islamique, aujourd’hui, ou les différentes composantes de l’OLP, hier.

Mais, après tout, il suffit d’écouter les déclarations du Hamas (5) : selon ce dirigeant des relations politiques et internationales du Hamas, cette organisation n’a tué AUCUN civil, car les personnes tuées le 7 octobre étaient tous et toutes des « soldats » ou des « colons ». En clair, comme tous les Israéliens font leur service militaire et sont réservistes jusqu’à 40 ans (et même 54 ans pour certaines spécialités), et que même les juifs orthodoxes, qui s’exemptent de porter les armes, prônent et pratiquent la colonisation, tous les Israéliens (et Israéliennes) sont des cibles justifiées pour le Hamas. Quant aux bébés et aux enfants, ce sont de futurs colons et de futurs soldats.
Cette logique totalitaire, antisémite, exterminationiste, pourquoi est-ce si difficile à la gauche et à l’extrême gauche de l’identifier ?

Et quand Xavier Guignard (à la 36e minute de l’interview du Media) nous explique que les dirigeants du Hamas ont peut-être planifié une sorte de suicide collectif de la direction du mouvement (puisqu’ils se savent condamnés à mort par Israël) pour s’immoler au service de la cause des Palestiniens, on se dit que la gauche est vraiment prête à dire n’importe quoi pour justifier sa complaisance envers les nationalistes-totalitaires-anticommunistes du Hamas !

Yves Coleman, Ni patrie ni frontières, 10 octobre 2023

NOTES

1. https://www.youtube.com/watch?v=eP7C_o2OCfE

2. https://www.youtube.com/watch?v=x8Wn4f1JkYA

3. Les gens de droite et d’extrême droite ne m’intéressent pas, puisqu’ils ne sont jamais soucié (et ne se soucieront jamais) ni des Juifs, ni des Israéliens ni des Palestiniens.

4. Ce raout devait avoir lieu le 14 octobre 2023, à l’Université Libre de Bruxelles, mais il a été reporté parce que son sujet a été jugé « décalé » (sic) par ses organisateurs. A l’affiche, les « suspects habituels » qui nient l’importance de l’antisémitisme en Europe, ou prétendent qu’il n’y a jamais eu de lien sérieux entre antisémitisme et antisionisme depuis plus de cinquante ans : Vidal, Gresh, Benbassa and Co. http://www.institut-liebman.be/index.php/2023/09/06/antisemitisme-combattre-le-feu-avec-le-pyromane-ou-comment-israel-instrumentalise-lantisemitisme-journee-detude-14-octobre-2023-ulb/

5. https://www.youtube.com/watch?v=Egipqa0ZhUk