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« Capitalisme d’Etat » et « gestionnaires » selon Joao Bernardo
Article mis en ligne le 21 mars 2019

Dans son livre traduit aux Editions Ni patrie ni frontières ("Combate et les luttes sociales pour l’autonomie (1974-1978)"), Danúbia Mendes Abadia, suivant ici la démarche de João Bernardo, utilise fréquemment l’expression de « capitalisme d’Etat » qui traditionnellement, pour des auteurs libertaires, conseillistes ou « ultragauches », désigne l’URSS, les démocraties populaires, voire la Chine, le Vietnam ou Cuba.

Pour João Bernardo, cette expression désigne tous les secteurs contrôlés par ce qu’il appelle les « gestionnaires », cette deuxième classe capitaliste qui organise l’exploitation dans un cadre économique global et transnational. Pour lui, le secteur capitaliste d’Etat peut parfaitement prospérer à côté du secteur privé classique. Le capitalisme d’Etat correspond donc à « l’intégration des appareils de pouvoir dans un organisme unifié et à la croissante fonction coordinatrice et centralisatrice, déterminée par le renforcement de l’intégration économique ».

Selon João Bernardo, le « capitalisme d’Etat » n’est pas une expression réservée aux pays dits « socialistes » ; il caractérise le monde actuel où les transnationales favorisent l’hégémonie de l’Etat élargi et une généralisation de formes modernes de corporatisme.

Comme l’explique Ricardo Antunes dans une préface au livre (non traduit) de Joao Bernardo sur l’Economie des conflits sociaux :

« La classe bourgeoise est définie à partir d’une perspective décentralisée, c’est-à-dire en fonction de chaque unité économique dans son microcosme. La classe des gestionnaires, au contraire, a une dimension plus universalisante et est définie en fonction des relations entre les unités économiques et le processus global. Les deux classes s’approprient la plus-value ; elles contrôlent et organisent toutes deux les processus de travail ; elles garantissent le système d’exploitation et occupent une position antagonique par rapport à la classe ouvrière.

Mais la classe bourgeoise et la classe des gestionnaires diffèrent à plusieurs égards : par les fonctions qu’elles exercent dans le mode de production ; par les superstructures juridiques et les idéologies qui leur correspondent ; par leurs origines historiques différentes ; et par leurs différents développements historiques.
Alors que la classe bourgeoise organise des processus particuliers afin de les reproduire sur un plan plus microcosmique, la classe des gestionnaires organise ces processus particularisés en les articulant avec le fonctionnement de l’économie mondiale et transnationale. Il convient également d’ajouter que, pour João Bernardo, la classe des gestionnaires peut prendre la forme d’une classe apparemment non capitaliste, mais ce n’est justement qu’une apparence. L’exemple de l’ex-URSS peut être très éclairant et est souvent évoqué par João Bernardo.

Il faut souligner un autre point important qui concerne la différenciation entre État Elargi et État Restreint dans la mesure où ces concepts reconfigurent les mécanismes, les formes et les engrenages de la domination.
L’Etat Elargi inclut la totalité des mécanismes responsables de l’extraction de la plus-value, c’est-à-dire les processus qui assurent aux capitalistes la reproduction de l’exploitation, y compris, tous ceux qui, dans le monde de la production et de l’usine, garantissent la subordination hiérarchique et structurelle du Travail au Capital.

L’Etat Restreint est celui des pouvoirs classiquement définis (civil, militaire, judiciaire) et des appareils répressifs traditionnels. Et c’est parce que l’État restreint est limité que João Bernardo utilise la notion plus vaste d’État Elargi pour rendre compte de la domination capitaliste aujourd’hui.

Bien sûr, quand on considère l’Etat de façon globale, il faut prendre en compte l’intégralité de la superstructure politique résultant de l’articulation entre Etat Elargi et État Restreint. Comme dans le monde capitaliste actuel, l’État Elargi se superpose à l’État Restreint, il englobe également le pouvoir dans les entreprises, tout comme les capitalistes qui se convertissent en législateurs, dirigeants de la police, juges, etc.
En résumé, ils constituent un quatrième pouvoir absolu et concentré, que les théoriciens des trois pouvoirs classiques dans le système constitutionnel ont systématiquement oublié, ou ont peut-être préféré omettre
. »

Y.C.