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Les révolutionnaires néerlandais et l’Union européenne

Dès le départ, l’extrême gauche néerlandaise a critiqué le processus d’unification européenne. Les groupes anarchistes et autonomes se sont déclarés généralement hostiles à toute unification(1), quant aux courants trotskystes ils ont défendu le plus souvent l’idée d’une « autre Europe ».

Article mis en ligne le 15 juin 2017
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Les autonomes organisèrent une manifestation à La Haye en 1989 contre les « festivités européennes », une opération de propagande en faveur de l’Europe qui se déroula cette année-là. Deux ans plus tard, une caravane de protestation partit de Leiden et fit le tour de l’Europe occidentale. Notre groupe s’appelait alors De Invalshoek (Perspective) et nous faisions partie des organisateurs (2). Ces deux protestations visaient à faire converger les différents thèmes et mouvements politiques (3). En effet, les écologistes, les squatters, les militants syndicaux et les antiracistes étaient tous confrontés à ce processus d’unification. A l’époque, nous pensions qu’ils pourraient former ensemble un nouveau mouvement puissant. Malheureusement cela ne vit jamais le jour. Un bref espoir resurgit pendant le « contre-sommet » organisé lors de la réunion des chefs d’Etat européens à Amsterdam en 1997. C’est à la même époque qu’une nouvelle organisation se créa à Leiden (EuroDusnie, ce qui signifie littéralement « L’euro ? pas question ! » mais est aussi un jeu de mots avec Eurodisney). Et les trotskystes organisèrent les premières « marches européennes contre la pauvreté, le chômage et l’exclusion sociale ». Les organisations qui se montraient critiques envers l’Europe, comme ATTAC-Pays-Bas et le Comité Grondwet Nee (Comité du non à la Constitution européenne), étaient fortement influencées par les trotskystes.

Elargissement
L’attitude hostile au processus d’unification européenne que défendent traditionnellement les groupes autonomes et anarchistes n’est pas sans poser de problèmes. Certes, l’Union européenne est d’abord et avant tout un projet néolibéral, militariste et répressif, soutenu par les lobbies industriels et financiers, mais cela ne signifie pas pour autant que tous les aspects de l’unification soient mauvais par principe. Etant un projet principalement libéral, l’Union européenne force aussi les nouveaux Etats membres à purger leur législation de certaines dispositions conservatrices, réactionnaires et patriarcales. Bien que cela ne signifie pas grand-chose dans la pratique, cela peut conduire à de petits progrès pour certaines catégories de la population. Par exemple, dans les pays d’Europe de l’Est, les Roms ne peuvent plus être discriminés légalement comme auparavant. D’un autre côté, ce type de progrès est contrecarré par la politique économique néolibérale qui continue à priver les Roms d’une grande partie de leurs droits sociaux. Si l’on veut comprendre et juger toutes les mesures et évolutions de l’Union européenne, mieux vaut donc analyser séparément leurs contenus capitalistes, patriarcaux et racistes, sans perdre de vue, évidemment, leur cohérence mutuelle. Les courants trotskystes se livrent à ce travail depuis déjà quelque temps.

L’élargissement n’est pas, par définition, une mauvaise chose. Certains problèmes peuvent être résolus au niveau local, tandis que d’autres doivent absolument être traités à une échelle plus large. Les problèmes écologiques de la planète et la répartition injuste du pouvoir et des richesses, par exemple, ne peuvent être résolus par des structures comme celles de l’Union européenne. Cependant le fond du problème est ailleurs : aucune structure – que ce soient les Nations unies, l’Union européenne ou les Etats nationaux – n’est organisée sur la base de la solidarité et d’une démocratie véritable. C’est pourquoi le problème n’est pas l’unification de l’Europe, mais la faillite de la démocratie en Europe et les pratiques patriarcales et racistes de ses Etats membres. L’un des aspects positifs de l’élargissement est que les mouvements révolutionnaires peuvent entrer en contact plus facilement les uns avec les autres et que leurs combats politiques pourront, lentement mais sûrement, devenir les mêmes. Cela contribuera à renforcer l’extrême gauche.

Une « Europe puissante » ?
Néanmoins, cela ne signifie pas que les groupes révolutionnaires, autonomes et anarchistes, doivent souhaiter que l’Europe joue un « rôle politique important », comme le font certains trotskystes. « La gauche a besoin d’une Europe forte, mais une Europe démocratique. Une Europe qui sera considérée par sa population comme son propre pouvoir », a écrit Willem Bos du SAP (Parti pour une politique socialiste alternative) dans le comité Grondwet Nee(4). En réalité, il est impossible d’arrêter le processus d’unification et la gauche révolutionnaire ne devrait pas s’échiner à le faire. L’autre terme de l’alternative serait de revenir à la primauté des Etats membres sous la direction des courants réactionnaires et conservateurs. Mais plaider pour une « Europe forte », comme le fait Willem Bos, n’est pas une solution. La bataille fondamentale se déroule entre les conservateurs qui veulent des Etats nationaux puissants et les libéraux qui souhaitent un super Etat fort européen.

Les Etats et les grandes entreprises veulent se servir de l’unification européenne pour accroître leur position dans la concurrence économique avec les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Les premières victimes de cette concurrence sont les peuples des pays pauvres. Et c’est d’ailleurs pourquoi Bos voudrait que son « Europe forte » construise une « relation démocratique avec le reste du monde ». Même si le SAP ne précise pas que seule une révolution pourrait effectivement créer l’« Europe forte » qu’il appelle de ses vœux, son plaidoyer nous rappelle la stratégie du « socialisme dans un seul pays » – ici le socialisme dans un seul super Etat européen. Mais il s’agit d’une stratégie stérile, d’une impasse, comme nous l’a enseigné l’histoire du « socialisme réellement existant ». Il n’est pas très sensé d’espérer quoi que ce soit de l’Union européenne, et de projeter nos idéaux révolutionnaires sur un nouveau super Etat européen. À ce détour par une « Europe forte », les révolutionnaires, autonomes et anarchistes, préfèrent la lutte directe pour le socialisme mondial.

Eric Krebbers,
De Fabel van de illegaal n° 70, mai-juin 2005

Notes

1. « Stop Europa ‘92 », De Invalshoek, Archives De Fabel sur Internet.
2. « Stop Europa ‘92 karavaan », Assata, Archives De Fabel sur Internet.
3. « Stop Europa 92 karavaan in Leiden », De Invalshoek, Archives De Fabel sur Internet.
4. « De Europese grondwet. Een ondemocratisch, militaristisch neoliberaal voorstel », Willem Bos sur le site Internet du SAP, groupe sympathisant de la Quatrième Internationale dont fait partie la LCR française.




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