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Limites de l’antisionisme (5)
Article mis en ligne le 8 mai 2017
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James Petras :
Un gringo chauvin, antisioniste et… antisémite

Professeur de sociologie, « auteur de 62 livres publiés dans 29 langues et de plus de 560 articles dans des revues professionnelles » (1), collaborateur de publications françaises comme Le Monde diplomatique ou Les Temps modernes, de revues marxisantes comme la célèbre New Left Review, et de la presse bourgeoise (New York Times, The Guardian, Christian Science Monitor, Foreign Policy, etc.), ce monsieur a aussi des références « militantes » puisque son éditeur nous apprend qu’il « collabore avec le mouvement des paysans sans terres au Brésil depuis onze ans », et qu’il a « fait partie du tribunal Russel contre la répression en Amérique latine ».
Vive les dictateurs pseudo „anti-impérialistes » du Sud !

James Petras est l’auteur d’un article intitulé „Douze thèses sur la guerre et la paix au Moyen-Orient » écrit en juin 2006 où l’on retrouve tous les poncifs de la gauche et de l’extrême gauche favorables à la dictature des mollahs sur le prolétariat iranien.
Comme eux, Petras soutient également la pseudo-„Résistance » irakienne dont la principale activité consiste à tuer des chiites, faire sauter des mosquées et assassiner des travailleurs irakiens ou étrangers. La „résistance islamique de masse » en Irak serait, selon Petras, un „mouvement de libération nationale ».
Quant à l’Iran la „révolution islamique » y aurait „distribué des terres » (il ne précise bien sûr ni la quantité distribuée ni son importance par rapport à l’ensemble des terres exploitées dans le pays) ; elle aurait „introduit des élections pluralistes »… »dans des limites étroitement définies par la loi islamique ». On remarquera le jésuitisme et le cynisme de cette formule.

Conscient qu’il est sans doute allé trop loin (en tout cas pour un lectorat de „gauche »), Petras évoque ensuite „la répression des mouvements syndicaux » qui a „miné une bonne partie des réformes programmées par le régime islamique ». Qui a mené cette répression, si ce n’est le pouvoir que soutient Petras ? En bon faux-cul il conclut ainsi son article : „le nouveau président a promis de faire des efforts en matière de protection sociale ».

Si ce n’est déjà fait, nous suggérons au président Ahmahdinejad d’inviter de toute urgence James Petras une semaine, tous frais payés, dans une station balnéaire iranienne, pour le remercier de ses bons et loyaux services, ou – encore mieux – de le nommer directeur de la propagande à destination de l’étranger !
James Petras, qui est souvent publié dans Le Monde diplomatique en France, défend les mêmes thèses que ce journal „tiers-mondain » au service des dictateurs „anti-impérialistes » du Sud ou que certains trotskystes qui trouvent des aspects positifs au régime iranien des mollahs et à l’extrême droite irakienne (2).
Pour couronner le tout, Petras écrit dans son article que les „classes moyennes et supérieures ont été abasourdies, dans le monde entier, par les pertes en vies humaines » causées par les attentats du 11 septembre, comme si ce massacre de 2700 personnes ne pouvait émouvoir et révolter que des privilégiés ou des réacs !

Pour une politique étrangère „éclairée » qui tienne compte des „intérêts nationaux » de l’impérialisme américain
Nous ignorons si James Petras partage les thèses délirantes de Thierry Meissan sur le 11 septembre (thèses accueillies favorablement dans les tous les forums sociaux de l’altermondialisme), mais ce qu’il y a de sûr c’est que son discours est digne d’un politicien américain chauvin, soucieux des intérêts bien compris de la bourgeoisie et de l’Etat américains.
Ses thèses rejoignent parfaitement celles de John Mearsheimer, de l’université de Chicago et Stephen Walt, de l’université de Harvard, auteurs d’une étude intitulée « Le lobby israélien et la politique étrangère américaine ». Ce texte avait circulé sur tous les Indymedias et autres sites radicaux, alternatifs, antisionistes, etc., de la planète, sans que personne ne remarque le point de vue réactionnaire qui le sous-tendait. En effet, les deux universitaires ne critiquaient pas le soutien du gouvernement américain à Israël du point de vue des intérêts des prolétaires américains, israéliens ou palestiniens, mais uniquement du point de vue d’une meilleure défense des intérêts bien compris de leur mpérialisme.
Tout comme les deux universitaires réactionnaires précités, James Petras, dans son dernier livre sur „La puissance d’Israël aux Etats-Unis » explique que „ce n’est pas le contrôle des ressources en pétrole qui pousse l’impérialisme américain à attaquer l’Irak et à menacer l’Iran et la Syrie ». Non, ce serait „la défense des intérêts d’Israël » ! En bon gringo chauvin, il s’indigne de l’ „espionnage israélien aux Etats-Unis » et voudrait que son pays récupère une „indépendance d’action fondée une défense éclairée de l’intérêt national et des principes progressistes ».
Voilà de quoi faire trembler Wall Street et les multinationales !

De l’antisionisme à l’antisémitisme de gauche
Dans leur article sur « l’antisémitisme de gauche en Pologne » (Ni patrie ni frontières n° 18-19), Piotr Kendziorek et August Grabski font allusion à un autre texte de James Petras « Palestine : the final solution and Jose Saramago », écrit le 2 avril 2002, et republié en polonais dans Lewa Noga n° 14.
Cet article commente les déclarations de l’écrivain portugais Jose Saramago en mars 2002 à Ramallah : « Ce qu’il faut faire, c’est sonner le tocsin, partout dans le monde, pour dire que ce qui arrive en Palestine est un crime que nous pouvons stopper. Nous pouvons le comparer à ce qui est arrivé à Auschwitz. (…) La répression israélienne est la forme la plus perverse de l’apartheid. »

James Petras défend bien sûr Saramago en affirmant :
– que les „Israéliens conduisent un génocide contre un peuple entier »,
– que „les desdendants de l’Holocauste réclament le monopole de l’usage d’un mot » (génocide),
– que les „victimes peuvent devenir des bourreaux »,
– et que les Juifs „sont les rentiers de l’Holocauste ». On remarquera ce recyclage d’un vieux poncif antisémite : la dénonciation du rapport des Juifs à l’argent, et sous sa forme la plus « immorale » et parasitaire : l’usure hier, la „rente » aujourd’hui. Décidément les judéophobes n’ont guère d’imagination…

Mais Petras ne s’arrête pas là : comme de nombreux radicaux antisionistes, il cite ce „fameux » officier qui aurait affirmé, à propos de Jénine, qu’il fallait s’inspirer des techniques de lutte des nazis contre les insurgés du ghetto de Varsovie. Cette affirmation est banale : il faut être particulièrement ignare et de mauvaise foi pour croire que dans les écoles militaires des pays impérialistes – comme dans les camps d’entraînement de toutes les guérillas d’extrême gauche – on n’étudierait jamais les méthodes de l’adversaire, aussi barbare et sanguinaire soit-il. Bien connaître les méthodes de l’ennemi, voire les retourner contre lui, est une question de survie militaire, pas un problème moral !
En fait, l’objectif de Petras est autre : il veut manipuler l’indignation du lecteur pour suggérer un amalgame entre Juifs (ou Israéliens) et nazis. Il ne fait ainsi que reprendre un procédé employé par les négationnistes depuis des années qui ont besoin d’affirmer l’identité entre Juifs et nazis (d’où des expressions comme « judéo-nazis », ou « nazi sionistes », que l’on retrouve aussi sur les sites Internet considérés comme « radicaux » tels que Indymedia) pour ensuite prétendre qu’en fait la Shoah n’a jamais eu lieu.

A ce propos on remarquera – et ce n’est pas un hasard – qu’Israël Shamir recommande chaudement le dernier livre de James Petras („Le pouvoir d’Israël en Amérique »), comme en témoigne la citation présente sur le site de la maison d’édition de James Petras. Shamir qui déclare sur ce même site que « la puissance juive façonne la politique américaine dans le Moyen-Orient contre les intérêts des grands pétroliers » ! Bush hostile aux intérêts des grands pétroliers, fallait la trouver, celle-là !

Dans son article „Palestine : the final solution and Jose Saramago », Petras écrit : „comme dans l’Allemagne nazie tous les mâles palestiniens de 16 à 60 ans sont encerclés, interrogés, menottés, torturés ». Comme si les nazis se contentaient de faire des rafles et n’avaient pas exterminé tous les Juifs ensuite ! L’ „habileté » de ce plumitif antisémite consiste à dissimuler ce qui se passait APRES ces rafles.
Puis il ajoute : „Comme avec les nazis des centaines de Palestiniens blessés sont laissés sans soin et meurent ». Ce qui est parfaitement exact, ce qui est un crime de guerre, un crime contre l’humanité… mais pas un génocide.
Enfin Petras ne cache même plus son antisémitisme lorsqu’il écrit : „Personne n’a le pouvoir aux Etats-Unis de contrer l’argent et l’infulence du lobby israélien et de ses puissants alliés juifs. » Bref, les Juifs, domineraient l’Empire américain qui lui-même domine le monde : il ne manque plus qu’une référence au protocole des Sages de Sion et la boucle sera bouclée. Voilà le type d’auteur que publie un trotskyste polonais dans la presse dite „révolutionnaire » de son pays ! (Y.C.).

* Quatre autres articles ont déjà paru sous le titre « Limites de l’antisionisme » dans les numéros 1, 2 et 3 de la revue Ni patrie ni frontières.

2. Citation extraite de la présentation sur Internet de son dernier livre The power of Israel in the United States (Le pouvoir d’Israël aux Etats-Unis) publié chez Clarity Press, « a human rights publisher », nous dit la pub. Heureusement que ces gens-là nous précisent qu’ils sont en faveur des droits de l’homme…
Cet amour pour les dictatures ne connaît pas de frontières puisque Claudio Moffa, universitaire marxiste italien, spécialiste de l’Afrique, publie sans commentaires une lettre de Saddam Hussein sur son site. On se s’étonnera pas que le même Moffa ait invité Israël Shamir à venir parler dans son université. Tout ce petit monde « antisioniste » fonctionne en réseaux assez transparents et partage les mêmes phobies politiques que l’extrême droite nationaliste-révolutionnaire (les héritiers des nationaux-bolcheviks des années 20) ou les partisans les plus extrémistes de l’islam politique.




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