Joao Bernardo : Saint Marx, priez pour nous ! (2020)
Article mis en ligne le 21 juin 2022
dernière modification le 30 octobre 2022

Si la religiosité ne correspondait pas à des exigences profondes, aucune société, au cours de l’histoire, n’aurait inventé les dieux et Dieu. Les Lumières européennes ont mathématisé la notion de Dieu, ce qui, dans une version extrême, a conduit à l’athéisme. Emporté par cette vague, le jeune Marx affirma que la religion était « l’opium du peuple », mais son postulat eut peu de succès car le marxisme a été converti en une religion.

Un élément nouveau s’est diffusé dans l’histoire des religions, ce que je peux appeler une religiosité laïque, et qui dans sa version hystérique se présente comme un anticapitalisme apocalyptique. Les religieux laïcs ont chargé le capitalisme de se détruire lui-même, et la mode est maintenant de se référer au capitalisme, souvent sous la forme personnalisée du Capital, sans jamais mentionner les travailleurs. Nous avons affaire à une curieuse perversion de la dialectique marxiste, car Marx considérait le capitalisme comme contradictoire parce qu’il articule des classes antagonistes dans la production de plus-value. Mais les anticapitalistes apocalyptiques considèrent que le capitalisme est contradictoire, indépendamment de l’existence des travailleurs. Comme la classe ouvrière ne correspond pas aux désirs des anticapitalistes apocalyptiques – et pourquoi le devrait-elle ? – ils ont escamoté les travailleurs et ont inventé le capitalisme autophage, qui se dévore lui-même. Cette abstraction est la nouvelle Apocalypse. Il s’agit d’une posture confortable. Il n’est plus nécessaire d’observer les luttes des travailleurs dans les endroits où elles se déroulent. Il suffit de procéder à des déductions dans les départements universitaires et, bien sûr, de les inscrire dans son CV.

Autres traductions d’articles de Joao Bernardo : https://npnf.eu/spip.php?rubrique23

Livres publiés aux Editions Ni patrie ni frontières
João Bernardo, Loren Goldner, Adolph Reed Jr., La Gauche identitaire contre la classe, 2017
João Bernardo, Contre l’écologie, 2017
João Bernardo et Manolo, De retour en Afrique. Des révoltes d’esclaves au panafricanisme
João Bernardo et Passa Palavra, L’autre face du racisme, 2021
João Bernardo, Ils ne savaient pas encore qu’ils étaient fascistes, 2021
João Bernardo, Anticapitalisme, anti…quoi ? 2021