Parution du livre de Christian Riechers : Gramsci et le marxisme italien face aux idéologies de l’époque
Article mis en ligne le 17 décembre 2021

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Cahiers de prison).

Sur ce point Gramsci était un visionnaire pour l’évolution du monde et surtout pour les manipulations futures de ses écrits. En effet, dans le clair-obscur actuel, il est (et a été) accommodé à toutes les sauces ! Le mérite de Christian Riechers consiste à avoir soumis en bloc sa pensée à un examen critique, en mettant en évidence ses limites et ses conséquences négatives implicites, aussi bien en référence à la discussion entre les marxistes européens de l’époque qu’à ses développements ultérieurs. L’auteur constate également que la position de Gramsci ne représente aucune rupture qualitative avec l’appareil doctrinal et l’orthodoxie de la Troisième Internationale (communiste).

Selon Augusto Del Nocce, les critiques du gramscisme « ont trouvé la plus rigoureuse expression philosophique dans l’un des meilleurs livres qui aient été écrits sur le penseur sarde, celui du marxiste allemand hétérodoxe Christian Riechers ».

Puissions-nous, à travers cet ouvrage, lever des ambiguïtés autour des réflexions théoriques de Gramsci et le défendre contre tous ses « faux amis ». En ce qui nous concerne, nous savons qu’Antonio Gramsci conserva l’amitié de Bordiga, le grand théoricien et fondateur du PC d’Italie –information non négligeable quand on connaît l’intransigeance politique et intellectuelle de ce dernier. Leur amitié resta intacte jusque dans les geôles fascistes, et cela malgré le combat politique féroce qu’ils menèrent l’un contre l’autre entre 1925 et 1927. Mais, l’amitié n’est ni la courtisanerie, ni la flagornerie.

Toutefois, Bordiga ne se faisait pas d’illusions sur la pensée idéaliste de Gramsci : « Un idéaliste n’est ni un marxiste radical, ni un marxiste réformiste. Il est seulement quelqu’un qui est en dehors de notre voie. Gramsci nous a aidés, avec mille raisons, à chasser Turati [pour la fondation du PC d’Italie]. Mais théoriquement, et c’est toujours un mal lorsqu’on le tait, Gramsci avait moins d’orthodoxie que Turati. »

Nous profitons de l’édition française de ce texte, pour faire également le point sur l’évolution politique de Gramsci après 1927 et marteler une nouvelle fois qu’il ne fut pas stalinien. Il rompit avec l’Internationale communiste quand Staline et ses acolytes mirent la main sur le Komintern, contrairement à la geste inventée et à son utilisation politique sordide par le PCI. C’est pourquoi, nous rendons hommage à Silvio Pons, directeur de la fondation Gramsci, pour avoir exhumé des documents des archives de la Troisième Internationale qui démontrent définitivement ces pratiques. Il met ainsi un point final à toutes les discussions sur ce sujet.

Prix : 12 euros