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Faillite du trotskysme (2007)

Le groupe Combat communiste publia un article sous ce même titre en 1978 dans sa revue Contre le courant n° 2 en 1977. Plutôt que d’écrire un texte entièrement nouveau sur le même sujet, et puisque j’en étais en grande partie l’auteur, j’ai préféré reprendre entre guillemets les passages qui me semblaient encore pertinents et plus ou moins actuels. Les passages en gras ont été écrits en 2007.

Article mis en ligne le 5 mai 2017
dernière modification le 16 juillet 2025

Faillite du trotskysme

Le groupe Combat communiste publia un article sous ce même titre en 1978 dans sa revue Contre le courant n° 2 en 1977. Plutôt que d’écrire un texte entièrement nouveau sur le même sujet, et puisque j’en étais en grande partie l’auteur, j’ai préféré reprendre entre guillemets les passages qui me semblaient encore pertinents et plus ou moins actuels. Les passages en gras ont été écrits en 2007.

« Si le mot trotskysme a été utilisé par les staliniens pour désigner les idées défendues par Trotsky et ses partisans dans les années 1924-1940, pour les militants de l’Opposition de Gauche puis de la Quatrième Internationale, le mot « trotskysme » est devenu synonyme de « marxisme de l’époque de l’internationalisme et du stalinisme ». Pour les groupes trotskystes aujourd’hui, le travail politique et théorique de Trotsky se situe dans la continuité et même au même niveau que celui mené par les militants et théoriciens révolutionnaires de la Première, de la Deuxième et de la Troisième Internationales. Considérer le trotskysme comme le « léninisme de notre époque » est tout aussi erroné que de considérer le léninisme comme le « marxisme » de l’époque de l’impérialisme.
« En fait les mots de trotskysme, de léninisme et de marxisme n’ont pas grand sens en eux-mêmes. Ils ont tous été inventés par des épigones ou par des adversaires de Marx, Lénine et Trotsky, et entretiennent l’idée fausse que ces différents « ismes » seraient des théories produites par des individus géniaux, exceptionnels, dont la classe ouvrière ne pourrait se passer et seraient des théories closes, fermées, sans contradictions.
« Les écrits de Marx, Engels, Lénine et Trotsky sont souvent présentés comme quatre Évangiles qu’il suffirait d’apprendre par cœur et de réciter pour pouvoir comprendre et agir aujourd’hui.
« Aussi bien Marx, que Lénine et Trotsky ont, de leur vivant, refusé la canonisation de leur pensée individuelle, car ils savaient très bien que leur pensée avait évolué de façon contradictoire, qu’ils avaient buté (sans les résoudre) sur des problèmes théoriques fondamentaux, et que leur travail théorique faisait partie de tout un mouvement d’action et de réflexion collective.
« De plus, autant à l’époque de Marx et de Lénine, il y eut des dizaines de théoriciens révolutionnaires qui ont enrichi, développé ce qu’il est convenu d’appeler (à tort) le « marxisme », le « léninisme » et leurs théories étaient confrontées à l’épreuve quotidienne des faits, autant à l’époque où Trotsky a mené son combat contre la bureaucratie stalinienne, les théoriciens révolutionnaires » étaient en nombre beaucoup plus réduit.
La période de reflux qui a commencé en Europe au milieu des années 20 a frappé tous les groupes communistes de gauche (conseillistes, luxembourgistes, « capitalistes d’Etat », « bordiguistes », etc.) qui ont tenté, à contre le courant, de maintenir des positions révolutionnaires. Si le trotskysme a été et est le courant « révolutionnaire » le plus important numériquement à l’échelle mondiale, il a été victime de cette situation tout comme les autres.
« L’apport original de Trotsky » par rapport aux positions définies dans les quatre premiers congrès de l’Internationale communiste (nécessité d’un Parti communiste et de la dictature du prolétariat – réduite malheureusement à la dictature du Parti sur les conseils ouvriers ou les soviets ; soutien aux luttes de libération nationale contre l’impérialisme ; travail dans les syndicats et les organisations de masse ; participation aux élections bourgeoises) « se résume à 5 points essentiels :
* l’analyse de l’URSS et du stalinisme,
* la systématisation de la théorie de la révolution permanente déjà ébauchée en 1905,
* le Programme de transition,
* l’analyse du fascisme,
* la critique des fronts populaires. »
Comme on le voit, l’originalité de Trotsky (à part la théorie de la révolution permanente déjà esquissée après 1905) a consisté surtout à essayer de définir des positions révolutionnaires sur des événements et des phénomènes apparus après la révolution de 1917. Ce qu’il a écrit sur l’URSS est certainement ce qui a le plus vieilli : parce que l’État soviétique a aujourd’hui disparu, mais surtout parce qu’il s’est trompé à la fois sur ses pronostics et, plus grave encore, sur la nature même de l’État russe, ce qui a conduit ses partisans, après sa mort, dans une direction encore plus droitière que leur maître spirituel. Néanmoins, lorsqu’on lit, malgré toutes ses illusions sur les « conquêtes d’Octobre » (la planification et la propriété collective des moyens de production), les textes de Trotsky sur l’URSS, on est à des années-lumière de ce que beaucoup de trotskystes écriront, et écrivent encore sur les États staliniens après la Seconde Guerre mondiale.
Nous ne parlons même pas ici des micro-sectes qui défendent les dictatures anti-ouvrières de la Corée du Nord ou de Cuba comme des « avant-postes » du socialisme. Nous espérons seulement, pour ces gens-là, qu’ils sont grassement rétribués par les ambassades de ces pays pour leurs bons et loyaux services. Sinon nous ne pouvons que les plaindre. Mais nous voulons évoquer ici le cas d’un dirigeant qui fait partie du trotskysme mainstream, du trotskysme considéré comme à peu près respectable par les médias bourgeois. Que nous raconte Alain Krivine dans son dernier livre Ça te passera avec l’âge ? Qu’il est régulièrement invité à Cuba, Etat « ouvrier » selon lui, dans des villas de luxe où il fait de plantureux repas pendant que le peuple cubain se serre la ceinture ! Il ne lui vient même pas à l’idée de refuser de telles invitations et de payer de sa poche une chambre d’hôtel, tant il croit encore que les staliniens cubains seraient seulement des « camarades dans l’erreur » avec lesquels on pourrait discuter !
Force est de constater aujourd’hui la faillite quasi générale des pronostics liés aux analyses de Trotsky sur l’URSS, le stalinisme, la révolution permanente et l’imminence de l’effondrement du capitalisme.
URSS et démocraties populaires
– Contrairement à ses prévisions maintes et maintes fois répétées la bureaucratie ne s’est pas effondrée pour laisser la place au prolétariat, et la propriété privée traditionnelle n’a pas été rétablie à la suite d’une contre-révolution violente.
– L’analyse de l’URSS faite par Trotsky a joué un rôle négatif dès les années 1920 : en luttant pour la réforme du Parti et de l’État dans les années 1924-1933 le mouvement trotskyste n’a pas offert de perspective claire aux travailleurs qui vivaient sous le joug de la bureaucratie bourgeoise russe. Après la mort de Trotsky, les groupes trotskystes ont continué à défendre d’imaginaires « conquêtes d’Octobre » (planification, nationalisation des grands moyens de production), ce qui les a amenés à prendre d’innombrables positions ambiguës voire criminelles face aux interventions soviétiques dans d’autres pays et à considérer que des pays comme les démocraties populaires, la Chine ou Cuba pouvaient devenir des « États ouvriers déformés » alors que la classe ouvrière n’avait joué aucun rôle dans leur création. De Tito à Castro, les trotskystes n’ont cessé d’espérer qu’une fraction de la bureaucratie stalinienne capitaliste se convertirait magiquement aux idées « trotskystes » et ouvrirait la voie à une « révolution politique » dans les « pays socialistes » (qu’ils appelaient des États ouvriers « dégénérés » ou « déformés » ).
Mouvements de libération nationale
« Contrairement aux prévisions de la théorie de la « révolution permanente » les révolutions nationales, démocratiques-bourgeoises se sont multipliées dans les pays sous-développés après la Seconde Guerre mondiale. Alors que Trotsky affirmait que la bourgeoisie des États coloniaux était incapable de mener à bien les tâches démocratiques bourgeoises, aucune révolution bourgeoise dans l’histoire ne les a accomplies aussi radicalement que la révolution chinoise ou la révolution vietnamienne pour ne citer que deux exemples.
« Et si Trotsky a toujours défendu le rôle dirigeant du prolétariat dans les luttes de libération nationale, les trotskystes, eux, par contre, à part Lutte ouvrière et quelques rares autres groupes, se sont placés à la remorque des mouvements de libération nationale dirigés par les staliniens.
Le Programme de transition et la compréhension du capitalisme
« Enfin la tentative des organisations trotskystes d’utiliser le Programme de transition s’est soldée par une véritable débâcle. Le Programme de transition est non seulement erroné mais il n’offre aucune indication pratique, aucune aide à des militants qui, comme nous, aujourd’hui, ne se trouvent pas dans une situation prérévolutionnaire et qui ont affaire à une classe ouvrière réformiste.
« Les trois principaux groupes trotskystes de France, qui se réclament tous les trois du Programme de transition, ont à l’occasion de chaque élection municipale, législative, présidentielle ou européenne, montré leur opportunisme. Tantôt en appelant au désistement réciproque des « partis ouvriers » au second tour, tantôt en appelant à voter plus hypocritement pour le PS et le PCF, tantôt en surenchérissant sur la propagande du PCF à propos des nationalisations en axant la sienne sur le thème « Il faut planifier l’économie ».
« A la faillite des principales analyses théoriques originelles de Trotsky devait donc nécessairement correspondre la faillite du courant trotskyste, dans la mesure où celui-ci s’est avéré absolument incapable de comprendre les erreurs et les limites du fondateur de la Quatrième Internationale.
« Un des aspects fondamentaux de cette faillite est l’incapacité à comprendre la nature et l’évolution du capitalisme – ainsi que les différences de base entre le mode de production capitaliste et le socialisme. Cette incompréhension a certes été rendue possible par les faiblesses de la Troisième Internationale qui a elle-même été largement marquée par les conceptions dominantes dans la Seconde Internationale : le kautskysme qui consiste à ne concevoir le socialisme que comme une rationalisation, une planification et une étatisation du capitalisme. Cette conception est clairement exposée dans Le Programme socialiste de Kautsky qui sert encore aujourd’hui de livre de formation de base aux militants de Lutte ouvrière, sans qu’il ait fait l’objet de la moindre critique écrite. Dans Le Chemin du pouvoir, où Kautsky défendait pourtant (mais sans se poser concrètement le problème de l’insurrection armée et de la destruction de l’État), encore le principe d’une « révolution », celle-ci n’apparaissait que comme le couronnement final d’un mouvement naturel de concentration du capitalisme. Seuls restaient à éliminer les propriétaires et les actionnaires de trusts devenus parasitaires, mais tout l’édifice semblait devoir rester en place : division du travail, hiérarchie, etc. »
Cette conception se trouve également dans de nombreux textes de Lénine et n’a jamais été sérieusement critiquée par les différents groupes trotskystes. On peut avancer l’excuse faiblarde que la Troisième Internationale, avant de tomber sous la coupe du stalinisme, n’aurait guère eu le temps de faire un bilan complet des malversations que la Seconde Internationale a fait subir au « marxisme ». Mais cet argument du manque de temps et de l’histoire qui « mordait la nuque » des révolutionnaires, ne vaut pas pour les trotskystes qui ont eu 80 ans pour effectuer ce travail.
« Ces conceptions [sociales-démocrates], la Quatrième Internationale, les trotskystes les ont très largement conservées et l’analyse de Trotsky sur l’URSS confondant étatisation du capital et société de transition vers le socialisme a joué un rôle considérable dans la poursuite de cette mystification. »
Sans compter que Trotsky s’est complètement trompé sur les possibilités d’évolution du capitalisme dans l’entre-deux-guerres – puisqu’il considérait que les forces productives avaient cessé de croître et que le capitalisme était entré dans une période de décadence et de déclin définitifs – et qu’il n’a pas su reconnaître vraiment dans le fascisme en Allemagne et en Italie, le stalinisme en Russie et le New Deal aux États-Unis, des signes du rôle de plus en plus important de l’État dans l’économie – rôle qui allait apparaître de façon éclatante pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Il a fallu attendre le début des années 1960 pour voir les trotskystes – du moins la majorité d’entre eux – reconnaître que le capitalisme continuait à développer les forces productives.
« Les conceptions sociales-démocrates du socialisme étatique imprègnent donc largement le courant trotskyste.
« On les retrouve dans tous les écrits d’Ernest Mandel, le seul théoricien trotskyste qui se soit efforcé de rendre compte de l’évolution du capitalisme et de ses tendances contemporaines – et ses positions n’ont pas été critiquées par les autres branches du courant trotskyste, du moins sur ce point. Ces positions fondent théoriquement la surenchère menée par la LCR par rapport au PCF sur le problème des nationalisations [dans les années 1970] : pour les trotskystes, la nationalisation de secteurs clés de l’économie sort du cadre du capitalisme. Lutte Ouvrière qui analysait les États de l’Est, la Chine et Cuba comme des États bourgeois, n’a pas su partir de cette analyse pour remettre en question l’analyse trotskyste de l’URSS et les conceptions sociales-démocrates du capitalisme. Elle a préféré l’incohérence théorique à l’aventure de la remise en question du patrimoine trotskyste. Cette incohérence explique en partie le blocage complet de cette organisation sur les questions théoriques et son refus d’y répondre et d’en débattre au profit d’une fuite en avant activiste.
« Si LO a critiqué certaines interprétations particulièrement opportunistes des textes de Trotsky par les autres trotskystes, elle n’a pas fondamentalement rompu avec Trotsky et commet donc les mêmes erreurs d’analyse et de méthode que les autres organisations trotskystes. En l’absence de prise de positions claires, le « naturel » trotskyste et ses déformations sociales-démocrates ont rapidement pris le dessus. Ainsi la propagande électorale de LO tournée contre « les gros » qui « volent l’argent dans les poches des petites gens » relevait [dans les années 1970] des pires traditions transmises par le guesdisme, la social-démocratie et le PCF, mais certainement pas du marxisme révolutionnaire et ne pouvait en aucune façon aider les militants et sympathisants de cette organisation à dépasser les conceptions vulgaires du capitalisme qui dominent dans le mouvement ouvrier depuis des décennies. Cette dénonciation populiste des « gros » ne pouvait même pas répondre aux interrogations qui agitent les militants du PCF. (…)
« Le fonctionnement bureaucratique et activiste de LO, l’absence complète de vie politique et intellectuelle dans ce groupe, le mépris pour les questions théoriques que la direction tente d’inculquer aux militants sont étroitement liés à ce refus de réflexion, à cette propagande populiste flattant le gros bon sens populaire dans le sens du poil.
« Quand une organisation répand l’idée que le capitalisme se réduit à quelques barons Empain, des industriels comme Dassault et à la force de frappe, et que la dictature du prolétariat, ce sera les nationalisations sans indemnités plus des écoles et des hôpitaux avec en prime la liberté d’expression pour… les bourgeois, alors elle est incapable d’offrir une alternative révolutionnaire face au réformisme et au stalinisme.
Une conception manœuvrière du Parti
« A ce refus de comprendre ce qu’est véritablement le capitalisme (un mode de production qui engendre une division du travail, une hiérarchie, une organisation et des buts de production, et non la simple propriété privée d’une poignée de gros capitalistes qui mettent la main sur l’État et se remplissent les poches) s’ajoute une incompréhension complète de la période historique que nous avons déjà exposée en détail dans notre Critique du programme de transition.
« Pour les trotskystes qui n’ont jamais remis en question la période historique définie par Trotsky dans l’introduction du Programme de transition, la révolution est en permanence à l’ordre du jour et seule manque la bonne direction révolutionnaire, seule la trahison des dirigeants staliniens et réformistes bloque l’ardeur révolutionnaire des travailleurs. Il en découle une conception manœuvrière et manipulatoire de l’intervention politique : si les échéances sont proches, il faut absolument se faire reconnaître comme pôle révolutionnaire, y compris en mettant son drapeau dans sa poche. Il sera toujours temps d’annoncer la couleur plus tard. Cette attitude se retrouve de façon différente dans la politique de la LCR et de LO.
« La LCR cherche à débloquer la situation par des manœuvres tactiques subtiles, en réclamant un gouvernement PC-PS pour mettre les staliniens et les réformistes « au pied du mur ». »
Aujourd’hui la LCR parle d’un « gouvernement anticapitaliste », dont la définition est d’autant plus vague que l’on sait que ses camarades brésiliens ont participé aux gouvernements de Lula, le caniche du Fonds monétaire international, et ses camarades italiens se trouvent dans le PRC qui participe à un gouvernement d’alliance avec le centre gauche. Mais la démarche n’a guère varié. Elle est même aggravée par le fait qu’avec le temps, et le renouvellement des militants depuis quarante ans, une bonne partie des adhérents et des dirigeants de la LCR ont renoncé à la révolution, malgré leurs discours du dimanche. Il n’est que de voir toutes les manœuvres de certains courants de la LCR pour participer à la campagne présidentielle unitaire de la « gauche de la gauche » en 2007 (y compris la communication de lettres privées de LO à la LCR au quotidien Libération) pour comprendre qu’une bonne partie de ces gens-là ont la même fringale de pouvoir que Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain ou Marie-Georges Buffet. Ils piaffent d’impatience de cogérer l’État avec leurs discours « antilibéraux ».
Quant à LO, cela fait belle lurette qu’elle ne s’inspire plus des consignes de l’Internationale communiste pour mettre en faillite les municipalités, comme elle l’avait croire à ses militants lors de ses premières campagnes électorales dans les années 1970.
En 1978, mais cela s’est aussi répété par la suite, « elle a cherché à l’occasion des élections à apparaître par tous les moyens comme un pôle en regroupant le maximum de voix sur ses candidats. Elle n’a pas reculé devant la pire démagogie allant jusqu’à bannir systématiquement les expressions de « communiste », « socialiste », « révolution » de ses proclamations de foi. Elle a cherché à racoler les voix des femmes de toutes catégories sociales, des petits commerçants définis pêle-mêle en l’occurrence comme travailleurs. Elle a pris la défense des cadres dans plusieurs dossiers de son hebdomadaire dans des termes que le PCF n’aurait pas désavoués (du moins avant son virage sur la hiérarchie de un à cinq et sa campagne « faire payer les riches » ). Elle n’a pas cherché à élever le niveau de conscience des travailleurs en expliquant clairement son programme et ses buts.
« Ce racolage éhonté avait pour but d’obtenir par tous les moyens un strapontin à la Chambre, ce qui apparaissait à LO comme un moyen d’intervention très important en cas d’approfondissement de la crise. Finalement, pour LO, « faire du scandale à la Chambre » semblait plus important que de faire une propagande communiste vers les travailleurs les plus avancés qui se posent des questions sur l’Union de la gauche, les pays de l’Est, etc. »
Depuis, LO et la LCR ont eu des députés au Parlement européen pendant une législature. On a vu que non seulement ils ne faisaient pas « de scandale », qu’ils n’utilisaient pas le Parlement comme une tribune révolutionnaire, mais qu’en plus ils étaient obligés de collaborer avec les staliniens et les néostaliniens dans le même groupe parlementaire pour, deux ou trois fois par an, prononcer un discours de 90 secondes ! La situation des travailleurs français et européens ne s’est pas améliorée d’un iota pendant leur mandat. Ces organisations n’ont même pas recruté massivement grâce à leur présence au Parlement européen ou dans les conseils régionaux. Le seul avantage pour LO et la LCR a été d’empocher les indemnités de leurs députés, et de passer un peu plus fréquemment à la télé (le plus souvent dans des émissions à scandale ou de divertissement) ou dans les médias.
Un bilan ridicule…
« Toutes ces manœuvres et contorsions [des trotskystes] ont pour même origine l’incompréhension de la période et des tâches des révolutionnaires » ; il ne s’agit pas « de regrouper des mécontents et de rechercher des raccourcis pour tenter de construire le parti à travers une campagne électorale. La révolution en France – ou dans n’importe quel autre pays – ce ne sera pas une émeute de la faim dirigée par le Comité Central de LO, ou de la LCR, qui seul saura ce qu’est le socialisme. La révolution, si elle se produit un jour, sera le fait de centaines de milliers de travailleurs, organisés ou pas, dont le niveau de conscience et le niveau de compréhension seront cent fois plus élevés qu’ils le sont aujourd’hui et qu’ils l’étaient pendant la révolution d’Octobre. »
Combat communiste (1978) et Yves Coleman, Ni patrie ni frontières (2007)