Laveur de vitres, agent d’entretien, nettoyeur de bâtiments, et finalement bibliothécaire jusqu’à sa retraite, Olles n’a pas fréquenté le monde des universités ou des grands médias. Ses livres ont été publiés dans des petites maisons d’édition et des revues ultraréactionnaires et philo-fascistes . Son statut de « publiciste » (chroniqueur-agitateur idéologique) d’extrême droite lui a pourtant valu une certaine renommée dans les milieux néo-droitiers et d’extrême droite en Allemagne. Et cet article va tenter de reconstituer son parcours politique spécifique et les leçons qu’on peut en tirer.
Selon le site et la revue « national-révolutionnaire » wir welbst, Werner Olles « a été actif politiquement dans diverses organisations de la Nouvelle Gauche (SDS, Rothe Panther, Jusos* [auxquelles il faut ajouter le KPD-ml et le KB maoïstes, rarement mentionnés dans les courtes bios introduisant ses textes, Y.C] jusqu’au début des années 1980. Après des désaccords fondamentaux avec la gauche, il s’est converti au conservatisme et au catholicisme traditionnel, et s’est activement engagé dans la publication d’articles pour des journaux et magazines de cette tendance » [Bublies, 2022].
Dans un bilan personnel au titre explicite et dans un article ultérieur [p ], Olles nous éclaire un peu plus sur son itinéraire politique : « benjamin d’une famille de fonctionnaires de la petite bourgeoisie », il adhère au SDS de Francfort en 1968, à 25 ans. L’année suivante, il se rend au Liban « avec une délégation du SDS dans un camp d’entraînement du Fatah » où il se trouve en compagnie de « terroristes de l’Armée rouge japonaise, de l’ETA basque, de l’Action directe française et de l’IRA » [p]. Il doit cependant quitter précipitamment les lieux « avec l’aide de miliciens des Phalanges chrétiennes pour revenir en RFA » parce qu’il y attrape « une maladie extrêmement grave » qui l’affectera « pendant des décennies » [p]. Il passe ensuite aux « Panthères rouges », un groupuscule « autonome », « anti-autoritaire », rassemblant des « apprentis et des jeunes travailleurs » mais qu’il trouve trop « activiste » : faisant fonction de chauffeur et de garde du corps de K.D. Wolf , il participe à des repérages pour préparer des attentats contre des installations américaines (« la Cité de l’emploi américaine, l’United Trade Center ») et l’éventuel enlèvement d’un ambassadeur des États-Unis.
Il constate que ses camarades (dont Wilfried Böse) livrent des armes à « des groupes terroristes grecs et italiens, en les dissimulant dans les garnitures intérieures des portières de voitures, puis en les faisant passer clandestinement vers la Grèce et l’Italie » [p], mais aussi à Astrid Prol de la Fraction Armée Rouge. Pour compléter le tableau de ses activités, il nous raconte qu’il participe également à « la surveillance de certains camarades soupçonnés de trahison », ce qui, rétrospectivement, semble l’embarrasser. Puis, « changement logique » selon lui, il adhère au KPD-ml, une organisation mao-stalinienne qui donne la priorité à la « théorie », la discipline, l’autorité et le sens de la hiérarchie. Lassé de la rigidité de ce dernier groupuscule, il rejoint ensuite le SPD en 1973 et, en tant que permanent payé par le parti, il noyaute une section des Jusos (Jeunesses socialistes) en défendant des positions très proches du DKP et du SED, c’est-à-dire des partis staliniens à l’Est et à l’Ouest. Au bout de quatre ans, il quitte le SPD mais n’adhère pas pour autant au DKP. Pourquoi ?