Sur l’un des membres des « corps francs intellectuels » en Allemagne
Ayant « grandi dans la bourgeoisie libérale de Stuttgart », Böckelmann a toujours été actif dans le champ artistique et culturel, en développant un discours « radical » : tout d’abord dans le cadre de Subversive Aktion (1963-1966), collectif influencé par un groupe d’artistes de Munich , le SPUR (1958-1968), qui font partie de l’Internationale situationniste entre 1959 et 1962. Ils prétendent abolir la frontière entre la vie et l’art « Nous envisageons une situation dans laquelle la vie est constamment renouvelée par l’art, construite par l’imagination et la passion de sorte que chacun soit incité à y régir de façon créative. »
« À l’époque, nous considérions la vie comme une feuille blanche sur laquelle nous nous mettions à écrire avec arrogance. Les lettristes et les situationnistes propageaient l’idée qu’il fallait d’abord détruire la culture pour ensuite la recréer. […] Nous, les militants, nous considérions comme des révolutionnaires professionnels et nous nous inspirions de la psychanalyse politique et sexuelle, de la Théorie critique, de toutes sortes de nouvelles théories de la crise, ainsi que de Marx et Engels, et (après l’arrivée de Rudi Dutschke et Bernd Rabehl) de Karl Korsch, Rosa Luxemburg et d’autres socialistes intègres. Nous voulions revenir aux sources du marxisme authentique et le purifier de ses dérives dans les dictatures bolcheviques » [Böckelmann, 2023].
Aux côtés de Dieter Kunzelmann*, de Rudi Dutschke* et de Bernd Rabehl*, à Berlin, Böckelmann distribue des tracts et colle des affiches qui critiquent la société de consommation, la prétendue « intégration de la classe ouvrière », la coopération des Églises chrétiennes avec le capitalisme, etc. Subversive Aktion reprend les thèses de l’école de Francfort et, en 1965, ses membres (dont Bernd Rabehl et Rudi Dustchke) rejoignent le SDS, une association étudiante fondée en 1946, qui fut d’abord liée au SPD jusqu’à ce que dernier interdise la double appartenance en 1961.
Comme l’explique le sociologue Thomas Wagner [2020] : « Leur intention : radicaliser le SDS […]. Ils y parvinrent surtout à Berlin. En janvier 1965, la microcellule berlinoise rejoignit le SDS et forma sa fraction antiautoritaire. C’est ainsi que la vieille association d’étudiants de gauche se transforma “en une avant-garde révolutionnaire de la jeunesse”, qui allait donner naissance à la Kommune 1* en 1967. Les provocations ciblées contre les institutions établies avaient pour but de faire sortir les représentants de l’establishment de leur réserve, de les inciter à réagir de manière excessive et de démasquer ainsi le système comme étant répressif. » Ce que confirme, à sa façon, Böckelmann [1998] qui souligne « l’obsession du scandale » et décrit une « stratégie de la guérilla métropolitaine qui visait à arracher au système faussement libéral, par des piqûres ciblées, l’aveu qu’il était resté l’ancien système génocidaire – et que le perfectionnement des techniques de domination n’était qu’une prime pour le maintien du silence ».
Mais Böckelmann est condamné à des peines de prison avec sursis pour atteinte à l’ordre public et organisation d’émeutes, aussi se retire-t-il du SDS durant l’été 1968, puis des milieux de la Nouvelle Gauche. De toute façon, il ne partage nullement l’optimisme de ses camarades du SDS ni sur l’impact réel des luttes étudiantes, ni sur la classe ouvrière (puisque, selon son ami Rabehl, « “l’incarnation corporelle” [sic ! ?] de l’antagonisme de classe s’était dissoute ») ni sur les luttes de libération nationale . Pour lui , le mouvement de 68 « n’a pas réussi à se forger une base une base ou une certitude empirique durable au-delà de ses motivations ponctuelles, d’autant plus qu’il regroupait de nombreux groupes différents qui réfléchissaient chacun à leur manière au sens des événements. Il s’agissait d’une succession de tentatives, de solutions provisoires, de ruptures et de déclarations d’intention programmatiques » [Böckelmann, 1998].
En 1987, dans la préface à une réédition d’un de ses textes (« Le mauvais dépassement de la personnalité autoritaire »), il dresse la liste de ses déconvenues successives : « déception envers la psychanalyse, utilisée comme boussole du désastre et du bonheur », « déception envers l’École de Francfort » et enfin « doute quant à la validité et à la puissance persistantes de la théorie pratique de la loi de la valeur et de la lutte des classes ».
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