Ce capitaine crée un 1919 un Freikorps (l’OKC) qui se transforme en l’Ordre des Jeunes Allemands (Jungdo*), nationaliste et antisémite, l’année suivante. Mahraun participe à la création du Parti d’État allemand (Deutschen Staatspartei) puis le quitte en 1930 après l’échec électoral de cette organisation face au NSDAP.
Sur le plan idéologique, Mahraun défend un modèle que l’on pourrait appeler fasciste-autogestionnaire, ou fasciste-communaliste : il promeut la colonisation et le partage des terres en friche dans les provinces orientales (Prusse, la Posnanie, la Silésie et la Poméranie) grâce à la formation de « communautés » (Gemeinschaften) ; et, dans les villes, la formation de « quartiers politiques » (politische Nachbarschaften) pour concurrencer à la base, voire remplacer, l’État qu’il juge dominé par les partis.
Après la Libération, Mahraun fut arrêté à deux reprises. Comme il avait été emprisonné par les nazis durant quelques mois en 1933, qu’il avait abandonné toute activité politique et survécu comme un innocent vendeur de moutons sous le régime national-socialiste, son projet « autogestionnaire » put trouver un début d’application sans que les Alliés ne s’y opposent :
« Les quartiers de Mahraun devaient compter chacun 500 citoyens. Il entendait organiser la vie politique du pays en 65 000 quartiers. “ La volonté du peuple ne doit pas rester une abstraction ; elle doit devenir une autorité. C’est pourquoi le quartier doit se transformer en un instrument permettant des référendums permanents” […]. Après 1945, le Dr Heinrich Hogreve, médecin de campagne et maire des Jeunes Allemands à Leck (district de Tondern), tenta de mettre en pratique le concept de solidarité de voisinage en Allemagne. Ses 6 000 habitants, dont 3 000 réfugiés, s’organisèrent en quartiers et s’autogérèrent par le biais de référendums réguliers, aboutissant à la distribution de cartes de rationnement. Selon Jungdo-Mahraun, l’expérience fut un succès retentissant pendant neuf mois. Puis, le parti au pouvoir dans le Holstein intervint, arguant : “À Leck, le peuple usurpe les prérogatives de l’État (1).” »
(1) https://www.spiegel.de/politik/auf-gute-nachbarschaft-a-6da42af3-0002-0001-0000-000044435687