Après avoir été un pisse-copie antisémite avant 1933 et sous le « Troisième Reich », il passa six ans en Argentine, protégé par les réfugiés nazis dans ce pays, et enfin alla vivre et travailler au département de l’Information, en Égypte, en 1956, grâce au soutien d’Al Husseini, l’ex-« grand mufti » pronazi de Jérusalem.
Leers se convertit à l’islam et ne fut pas dépaysé puisqu’il retrouva aussi dans ce pays des compatriotes partageant la même idéologie : « À partir de 1953 notamment, l’Égypte non seulement offrit refuge à de nombreux nazis allemands, mais elle les encouragea également à faire de la propagande antisémite dans le pays. Des nazis comme Louis Heiden traduisirent Mein Kampf en arabe, Leopold Gleim, l’ancien chef de la Gestapo en Pologne, travailla, à un poste-clé de la police secrète égyptienne, à la surveillance des juifs d’Égypte, Johann von Leers propagea la traduction égyptienne des Protocoles des Sages de Sion et lança des émissions de radios antisémites. De nombreux autres nazis, dont une grande partie se convertirent à l’islam, œuvrèrent pour le compte de l’État égyptien sous le règne de Nasser. Anouar el-Sadate, alors président de l’Assemblée du peuple et futur chef de l’État égyptien, écrivit en 1953 un hommage explicite à Hitler. On détient des documents de la main de Nasser prouvant qu’il nia la Shoah et recommanda personnellement la lecture des Protocoles des Sages de Sion. Sous Nasser, l’Égypte devint le principal foyer de propagation de ce prototype des théories antisémites du complot juif » [Jikeli, 2015].
Jinkeli, Gunther (2015) "L’antisémitisme en milieux et pays musulmans : débats et travaux autour d’un processus complexe", https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2015-2-page-89