Lass « a joué un rôle important dans la seconde moitié de la République de Weimar, à la croisée des chemins entre les groupes paramilitaires et combattants exclusivement masculins d’extrême droite, les mouvements de jeunesse et d’adultes de la Jeunesse allemande et le mouvement national-socialiste (1) ».
D’après une revue d’extrême droite francophone, il « appartient aux Wanderwogel de 1916 à 1920. En 1923, il est élu chef du Bund Sturmvolk dont une partie s’unit, en 1926, avec la Schilljugend du célèbre chef de corps-francs Gehrardt Rossbach. En 1927, Lass fait scission pour fonder la Freischar Schill, groupe bündisch dont Ernst Jünger devient rapidement le mentor et qui place au cœur de ses activités le “combat pour les frontières”, les randonnées à l’étranger et la formation militaire. D’octobre 1927 à mars 1928, Lass et Jünger s’associent pour éditer la revue Der Vormarsch (L’Offensive), créée en juin 1927 par un autre célèbre chef de corps-francs, le capitaine Ehrhardt. Désireux de dépasser les limites étroites du simple mouvement de jeunesse, il fonde le Wehrjugendbewegung ou Mouvement de jeunesse de défense. Il s’agit pour lui de lier la “dureté de l’engagement du soldat du front avec la force de réalisation et la profondeur du mouvement de jeunesse” afin de créer un nouveau type d’homme. […] En 1929, la Freischar Schill entreprend des négociations avec le NSDAP, qui échouent du fait des prétentions exorbitantes de la Hitlerjugend. En septembre 1929, Lass fonde une ligue regroupant les membres les plus âgés, le Bund der Eidgenossen ou Ligue des Conjurés, qui adopte très vite des positions nationales-bolcheviques » [2].
Il publie la revue « Der Umsturz. Kampfblatt für die deutsche sozialistische Revolution [Le soulèvement. Journal de combat pour la révolution socialiste allemande). En raison de ses liens étroits avec le parti nazi (NSDAP) depuis 1926, Baldur von Schirach lui proposa la direction du Front de jeunesse nazi en 1929, mais ce projet échoua en raison de luttes de pouvoir internes au parti. Dans les mois précédant la prise de pouvoir par les nazis, Laß connut une conversion politique radicale et, à l’instar de personnalités comme Tusk, chercha à collaborer avec le Parti communiste d’Allemagne (KPD) (1) »
« Werner Lass sera arrêté, en mars 1933, pour détention d’explosifs et mis en prison ». « Il intègre ensuite la Hitlerjugend, ce qui représente un cas unique parmi tous les chefs nationaux-bolcheviks. Il en sera d’ailleurs exclu en 1934 » [2].
Est-il vraiment un « cas unique » comme le prétend cette dernière citation issue d’une revue d’extrême droite ?
En tout cas, cette publication oublie soigneusement de nous raconter la suite, puisque Lass fut réintégré dans le NSDAP en 1937 et soutint activement le régime hitlérien jusqu’en 1945 en travaillant pour la presse nazie dans différentes villes et même en prenant les armes en octobre 1944….
Après 1933, il dirigea le Bureau de presse du Reich à l’échelle nationale, fut chef de bureau régional auprès du gouverneur de Brunswick Anhalt et Bannführer (responsable des bannissements) au sein de l’état-major régional des Jeunesses hitlériennes à Dessau.
« En 1938, il s’installa à Vienne et prit la direction du service de presse du Gauleiter » local. « Pendant la guerre, il fut également rédacteur en chef de l’Ostmark-Woche et du journal destiné aux soldats du front Stimme der Heimat (Voix de la patrie). Lass fut exempté du service militaire en mars 1943, étant jugé indispensable”. Le 1er septembre 1943, il reçut la Croix du mérite de guerre de première classe. Vers la fin de la guerre, il s’engagea volontairement dans le Volkssturm [créée en octobre 1944 à l’appel de Hitler, cette organisation militaire, parallèle à l’armée, était équipée essentiellement de fusils et manquait de munitions, Y.C.] et fut légèrement blessé lors de la bataille de Berlin » [wikipedia.de]. Après-guerre, l’encyclopédie collaborative nous dresse la liste de ses différents emplois mais ne nous fournit aucune information sur ses positions politiques.
1. https://gepris.dfg.de/project/200757446
2. Edouard Rix, Réfléchir & Agir, été 2008, n°29, pp. 48-49 (reproduit sur le site academia.edu).