Groupe créé au sein des Jeunesses socialistes sous la république de Weimar :
« Sous l’influence de l’occupation française de la Ruhr [1923-1925], le cercle de Hofgeismar se laissa aller aux idées romantiques d’une communauté nationale. […]. Les membres de Hofgeismar furent bientôt confrontés à l’opposition interne du cercle des Jeunesses socialistes de Hanovre, qui regroupait des partisans des conceptions traditionnelles du marxisme et de la lutte des classes. Cependant, cette division politique perdit de sa pertinence lorsqu’une jeune génération, née entre 1905 et 1912, passa au premier plan à partir du milieu des années 1920 et abandonna les éléments völkisch* de la culture de ce groupe des Jeunesses socialistes – le romantisme, l’intérêt pour la randonnée, le chant et les activités en plein air, éléments que les jeunes socialistes avaient hérités du mouvement de jeunesse bourgeois des Wandervögel* (1) ».
Après leur rupture avec Niekisch (ils étaient opposés à toute alliance avec l’Union soviétique, contrairement à ce dernier), les membres du Cercle Hofgeismar créèrent une revue (Neue Blätter für den Sozialismus) et un cercle de discussion où ils tentèrent de débattre avec d’autres tendances nationalistes de l’extrême droite, y compris celle d’Otto Strasser, pour créer une énième synthèse entre socialisme et nationalisme.
Convaincus que les nazis posaient les bonnes questions mais fournissaient les mauvaises réponses, ils saluèrent, dès 1930, le fait que la majorité des députés du Reichstag étaient devenus « anticapitalistes » car ils étaient persuadés que les classes moyennes, poussées par la crise économique, allaient pouvoir contribuer à la création d’un véritable « socialisme national » et se détacher du NSDAP. Ils n’avaient pas compris que la petite bourgeoisie allemande, s’il était vrai qu’elle se radicalisait, c’était dans le cadre d’un projet guerrier impérialiste qui prendrait comme bouc émissaire les Juifs et ne toucherait pas à un seul cheveu du Capital.
Les tentatives des « Hofgeismariens » tombèrent toutes à l’eau et, à part quelques individus qui rejoignirent les nazis, la plupart d’entre eux devinrent des opposants au « Troisième Reich ». C’est du moins ce que prétend un historien dans un article qu’il leur a consacré [2] et où il affirme que plusieurs d’entre eux furent assassinés par les nazis sans citer aucun nom ni aucun fait de « résistance » concret.
En 1992, un nouveau « Cercle Hofgeismar » fut créé à Leipzig au sein des Jeunesses socialistes, qui essaima dans d’autres villes, et se fit connaître, la même année, en exprimant « sa sympathie pour les émeutes racistes perpétrées contre les demandeurs d’asile à Rostock […]. Les Jeunes socialistes de droite actuels s’inscrivent dans la tradition du Cercle de Hofgeismar, fondé autour d’Hermann Heller* et d’Ernst Niekisch » qui voulaient « unir le mouvement nationaliste de l’époque de Weimar à un “socialisme” expurgé du marxisme. Aujourd’hui, le Cercle de Hofgeismar » souhaite développer « un nouveau sens de la communauté et une nouvelle conscience nationale, offrant une alternative positive au consumérisme (3) ».
« En 1992/1993, les Jeunes Socialistes d’extrême droite du « Cercle Hofgeismar » s’enthousiasmaient pour [...] la « division naturelle » de l’humanité en différents peuples et les « nations sûres d’elles ». Ils s’en prenaient à une « société européenne multiculturelle », au libéralisme et à « l’Occident », au concept de double nationalité (« Ceux qui souhaitent conserver leur ancien mode de vie et leur culture devraient pouvoir le faire avec leur ancien passeport. »), aux « cultures qui nous sont étrangères, comme la culture turque », attisaient la « peur d’être envahis par les étrangers », exigeaient de « freiner le flot de faux demandeurs d’asile » et clamaient, à la manière des néonazis : « L’afflux croissant de faux demandeurs d’asile n’est plus acceptable » (comme indiqué dans un tract des membres bavarois du « Cercle Hofgeismar » en juin 1993). Dans la lignée des campagnes d’agitation fascistes contre la République de Weimar, ils affirmaient que la République de Bonn ne comptait « aucun homme politique allemand. Car nous attendons de tels hommes politiques qu’ils… » « soient capables d’éveiller la conscience nationale et les valeurs allemandes telles que la solidarité, la loyauté et le sens du devoir au sein du peuple » (comme indiqué dans leur appel fondateur). [...] Le 16 juin 1993, la chaîne de télévision « vox » citait Bernhard Knapstein, membre du SPD et de la fraternité « Hofgeismar » de Cologne, qui déclarait que Willy Brandt était « un traître à l’Allemagne ». Un tract de Knapstein, envoyé aux personnes en Rhénanie qui écrivent aux Jeunes Socialistes de Leipzig (Jusos), proclamait : « Par conséquent, notre devise doit également être : Solidarité avec la communauté nationale allemande » contre « le sentiment anti-allemand lié au mouvement multiculturel (4) ».
Ses membres collaborent « étroitement avec les fraternités étudiantes [de droite ou d’extrême droite Y.C.] et l’Association des jeunes de Prusse-Orientale ». « Peu après la levée de son interdiction d’exercer une fonction au sein du SPD (Parti social-démocrate), Sascha Jung* intervenait déjà à nouveau à l’Université d’été de l’Allemagne libre, aux côtés de personnalités d’extrême droite (3) ».
Notes
1. https://www.arbeiterjugend.de/images/stories/img/Mitteilungen/ Vollversionen/mitteilungen12-2-lowres.pdf.
2.. Vogt, Stefan (2025), « Nationaler Sozialismus in der Weimarer Sozialdemokratie. Ideologie und Politik des Kreises der Neuen Blätter für den Sozialismus », (Le national socialisme sous la social-démocratie de la république de Weimar. Idéologie et politique du cercle des Neuen Blätter für den Sozialismus). https://www.transcript-publishing.com/chunk_detail_seite.php?doi=10.14361%2F9783839474594-002
3. https://www.apabiz.de/archiv/material/Profile/Hofgeismarer.htm.