« Né à Berlin en 1937, Fichter fréquenta l’école secondaire de Stuttgart jusqu’à l’obtention de son baccalauréat, puis, durant l’hiver 1953-1954, il suivit une formation à l’école maritime de Hambourg. Il travailla ensuite comme mousse sur un cargo naviguant en Amérique centrale et du Sud (1) » puis dans des compagnies d’assurance à Stuttgart et ensuite à Londres. « En 1964, il obtint son baccalauréat par le biais de la formation continue […]. Il étudia ensuite la sociologie et les sciences politiques à l’Université libre de Berlin » (idem).
Sensible à la lutte anti-apartheid, il s’engagea activement pour cette cause, ce qui l’amena, de 1963 à 1970, à militer au sein de « la section berlinoise du SDS, dont il fut le premier président régional de février 1965 à 1966 ». A l’époque, il eut des débats intenses avec Rudi Dutschke et ses partisans qui, selon lui, « interprétaient de façon incorrecte les écrits de l’École de Francfort, ce qui les amenait à considérer l’Allemagne d’avant-guerre et l’Allemagne de l’Ouest des années 1960 comme identiques. Plus tard, cette analyse conduisit indirectement conduit la Fraction Armée rouge à croire, à tort, que la lutte armée contre le retour de l’État nazi était nécessaire (2) ».
Il milita au sein de l’association Rote Hilfe qui soutenait et soutient encore les militants de gauche poursuivis par la justice. Après avoir passé son doctorat, il s’assagit et se tourna, en 1982, vers la social-démocratie à laquelle il resta fidèle, puisqu’il « il fut consultant en formation et recherche auprès du Comité exécutif du parti à Bonn, puis à Berlin, de 1987 à 2001 » et dirigea l’école de formation du SPD pendant quinze ans. « Il publia de nombreux ouvrages sur le patrimoine industriel, la politique du SPD envers l’Allemagne et le SDS (3) ».
Si Fichter ne fut pas à proprement parler un « transfuge », à partir du début des années 1980, il milita toujours pour la défense de l’identité nationale au sein de la gauche, et « appartint à ce petit groupe d’esprits patriotiques au sein du Parti social-démocrate (4) » qui acceptèrent de dialoguer avec l’extrême droite.
En effet, Tilman P. Fichter joua un rôle important dans « l’émergence des Cercles Hofgeismar au sein des Jeunes Socialistes (Jusos). Ces cercles étaient placés sous son patronage » puisqu’il présidait « la branche jeunesse du parti (5) ».
Toujours selon Antifaschistiches Blatt Info, le livre de Fischer Le SPD et la Nation fut favorablement accueilli par la publication d’extrême droite Junge Freiheit, parce que « Fichter admet volontiers vouloir renouer avec l’atmosphère de la République de Weimar des années 1920, “où les progressistes venaient de la droite et les nationalistes de la gauche”. Berlin doit être la “capitale bien-aimée” où les dialogues entre la gauche et la droite sur la nation seront possibles. Cette vision prend tout son sens au regard de l’analyse de Steffen Reiche, président du SPD du Brandebourg. Sous le slogan “Je suis fier d’être allemand”, il affirme : “Mettre l’accent sur ce sentiment national doit être légitime pour protéger la population de l’extrême droite. Les nationalistes ne deviennent des extrémistes de droite que sous l’effet de l’antinationalisme de la gauche.” Cette déclaration a fort plu à Peter Brandt* et Herbert Ammon*, deux figures bien connues du “Discours sur l’Allemagne de gauche” (LDD) au début des années 1980, actifs dans les cercles “nationalistes-révolutionnaires”. Tilman Fichter et Peter Brandt, ainsi que Thomas Schmid, appartiennent au groupe berlinois gravitant autour de l’intellectuel du SPD, Peter Glotz. Leurs contacts passés avec les “nationalistes-révolutionnaires” sont un secret de polichinelle. En 1985, Fichter signa un “mémorandum” sur la réunification allemande, rédigé par des nationalistes-révolutionnaires, en collaboration avec d’anciens nazis et néo-fascistes. En 1986, il chargea Henning Eichberg* de contribuer au lexique officiel du socialisme du SPD. Eichberg est l’une des figures de proue de la “Mouvance de la Neue Rechte”. […] depuis un certain temps, les principaux penseurs du SPD se concentrent sur la “question nationale” et, pour cette raison, n’hésitent pas à se rapprocher des “nationalistes-révolutionnaires” et de la “Mouvance de la Neue Rechte” (5) ».
NOTES
1. https://www.schueren-verlag.de/autoren/autor/685-tilman-p-fichter.html
2. https://taz.de/Nachruf-auf-Tilman-P-Fichter/!6074011/
3. https://www.schueren-verlag.de/autoren/autor/685-tilman-p-fichter.html
4. https://taz.de/Fichter-und-Fichte/!1676690/
5. https://antifainfoblatt.de/aib24/rechter-konservatismus-deutschland-1993