« En réalité, cela n’a jamais été une école et ses principaux protagonistes n’ont pas résidé non plus à Francfort pendant la majeure partie de leur existence. Cette expression fut inventée après la Seconde Guerre mondiale, sur un mode déjà nostalgique, pour concurrencer d’autres "écoles" qui étaient souvent des écoles académiques dans un sens beaucoup plus littéral, avec des hiérarchies et des étudiants, etc. » [Stoetzler, 2019].
Les intellectuels de gauche allemands qui sont à l’origine de la fondation de l’Institut de recherche sociale à Francfort refusaient le dilemme qui s’offrait à eux « après la première guerre mondiale » ; ils ne désiraient ni « appuyer les socialistes modérés et la nouvelle république de Weimar, [renoncer] ainsi à la révolution et [tourner] le dos à l’expérience russe » ni « rejoindre les rangs du jeune Parti communiste allemand et lutter pour saper les bases du compromis bourgeois de Weimar », et « alors renoncer à toute indépendance intellectuelle ». [Soulez, 1977.]
Pour refuser ce dilemme, ils décidèrent de réexaminer les « fondements mêmes de la théorie marxiste. Ce réexamen menait nécessairement à l’étude du passé philosophique de Marx […] [donc les conduisit] surtout à revenir à la notion de praxis. Or ce que rendait manifeste la scission du mouvement ouvrier, c’était le caractère problématique de l’unité de la théorie et de la pratique dans l’activité révolutionnaire. L’objectif premier du gouvernement bolchevique comme des socialistes allemands était, par des moyens différents, de survivre en tant que gouvernement, beaucoup plus que de réaliser le socialisme. Spectacle navrant pour ceux qui essaient de maintenir le marxisme dans son intégrité originaire » [Soulez, 1977].
Sources
Stoetzler, Marcel (2019), « Théorie critique et impérialisme », https://npnf.eu/spip.php?article863
Soulez, Philippe (1977), « L’école de Francfort », https://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1977_num_45_1_2008