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Ni patrie ni frontières
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Dutschke, Rudi (1940-1979)
Article mis en ligne le 11 août 2026

Il joue un rôle important dans l’Opposition extraparlementaire et dans le SDS mais est victime d’un attentat en 1968 dont les séquelles provoqueront sa mort onze ans plus tard. Confondateur des Verts. Ses Écrits politiques (1967-1968) ont été publiés chez Bourgois et sont disponibles en livre électronique. Selon Niall Bond, Dutschke « présente une trajectoire politisée entre les deux Allemagnes depuis l’insurrection de Budapest en 1956 : à l’Est, il dénonce les restrictions à la liberté de circulation et la politique de militarisation de la SED [du Parti stalinien], et il refuse de faire son service dans l’Armée nationale populaire (1) [...] en 1957. Interdit d’études dans la RDA, il s’installe à Berlin-Ouest en 1961 pour s’inscrire à l’Université libre en sociologie, philosophie et histoire (2) » Lors de la construction du Mur, le 13 août 1961, il tente même d’en abattre un bout lui-même avec une corde et un crochet ! « Il devient éditeur de la revue Anschlag, revue anticapitaliste et tiers-mondiste. Dutschke occupe une position importante dans le conseil politique du SDS, organisant à partir de 1966 des manifestations contre la réforme universitaire, la Grande Coalition, les lois d’état d’urgence et la guerre en Vietnam. [...] Dutschke et le SDS organisent des sit-in, appelant les autorités à limoger les responsables politiques et à exproprier l’éditeur Axel Springer, coupable, selon le SDS, de l’exacerbation du conflit. [...]. Le 18 février 1968, une très grande manifestation organisée à Berlin par les grands partis populaires devient un exutoire pour une haine diffuse mobilisée contre Dutschke. Des bannières portent l’inscription : “Dutschke Volksfeind Nummer eins“ [Dutschke, ennemi numéro 1 du peuple]. Un jeune qui lui ressemble échappe de peu au lynchage. Le 11 avril 1968, Josef Bachmann, un jeune apparemment sous l’influence de l’extrême droite, tire sur Dutschke [...] (2) » « Dutschke préconise une révolution mondiale pour la libération des hommes de la guerre, de la faim, de l’inhumanité et de la manipulation, se déclarant à la fois chrétien et socialiste. La démocratie représentative n’est qu’une forme de “tolérance répressive” pour Dutschke, visant à manipuler des masses et à protéger les privilégiés. L’État face aux problèmes structurels de chômage interviendrait progressivement massivement, menant à un étatisme intégral. En même temps, la technologie rendrait le salarié progressivement superflu. Reprenant les thèses de Marcuse, Dutschke dénonce la “fausse conscience” de la masse, la rendant incapable de s’apercevoir de la violence structurelle de l’État, d’où la nécessité de l’intervention d’un “sujet révolutionnaire”, prêt à engager la “longue marche à travers les institutions”. Le 3 décembre 1967, Dutschke annonce dans une interview télévisée son rejet du système parlementaire, qu’il qualifie d’inutile, ne représentant pas les “vrais intérêts de notre population”, ne s’engageant pas dans un “dialogue critique avec la population” et tenant le peuple “en minorité”. Dutschke est favorable à l’instauration d’une République de Conseils, inspiré par les Räterepubliken mises en place par Luxemburg et Liebknecht au crépuscule de la Première Guerre mondiale (2) ». Il fut ensuite membre du Sozialistisches Büro* et des Verts sans y être très actif, puisqu’il partit en Angleterre puis au Danemark pour soigner les conséquences physiques de la tentative de meurtre dont il avait été victime.

Après sa mort, toute une légende a été bâtie selon laquelle il aurait été un fervent nationaliste.

1. Il refuse de servir dans une armée « qui pourrait devoir tirer sur une autre armée allemande dans une armée de guerre civile et ce dans deux États allemands, sans réelle autonomie de part et d’autre » [in Hacker, 2013]

2. Bond, Niall (2008), « Allemagne 68 », Histoire, Politique, culture, société, n° 6, septembre-décembre, https://shs.cairn.info/revue-histoire-politique-2008-3-page-2?lang=fr