BSW (Alliance Sarha Wagenknecht pour la raison et la justice) : officiellement lancée en janvier 2024, cette organisation souhaite « transcender le clivage droite-gauche » comme tous les nationaux-populistes. Ses cibles ? Tout d’abord, les « élites culturelles libérales et “cosmopolites”, dans la mesure où celles-ci auraient par trop bousculé, ces dernières décennies, les représentations traditionnelles de la normalité (nation, rapports entre les sexes, travail), privant ainsi la population “normale” de ses repères » ; les Verts (Grünen), jugé le parti « le plus dangereux » ; les partisans du « langage inclusif » et de la « théorie du genre libérale de gauche » qui « nie l’existence d’un sexe biologique et invente perpétuellement de nouvelles “injonctions de pensée et de comportement”, contraignant le “citoyen normal” à se taire de peur de se disqualifier » [Holzhauser, 2024]. Ce « conservatisme de gauche » est très proche de celui de George Galloway (1), et d’ailleurs son Manifeste porte le même titre que celui du WPB* au Royaume-Uni : « Notre pays mérite mieux ». Il n’est donc pas étonnant que le texte affirme que « l’Allemagne doit se souvenir de ses propres intérêts et de ses propres forces. Le modèle allemand de réussite doit être une économie sociale de marché ».
En revanche, contrairement au WPB, BSW ne se prétend ni socialiste, ni anticapitaliste, ni anti-impérialiste. L’Alliance veut défendre les classes moyennes, colonne vertébrale d’une économie fondée sur la « concurrence équitable ». D’un point de vue idéologique, « Le BSW substitue, à la division analytique de la société en capital et travail traditionnellement chère aux partis de gauche, l’opposition entre une communauté de “gens qui travaillent” […] composée des classes moyennes bourgeoises, des ouvriers et des entrepreneurs basés en Allemagne, et un cartel de “grands groupes” internationaux, d’“élites” universitaires résidant dans les grandes villes et de “bureaucraties” étatiques ignorant le quotidien des gens “ normaux” et compliquant la tâche des entreprises. » [Holzhauser, 2024.]
Comme Elon Musk, le BSW promet de licencier une partie des fonctionnaires et d’augmenter la « liberté d’action entrepreneuriale » (celle des patrons, donc), tout en énonçant des promesses vagues sur l’augmentation salaire minimum et des retraites, le plafonnement des loyers, etc.
L’Alliance déploie une rhétorique xénophobe : « L’afflux incontrôlé de personnes dont on ne sait que très peu de choses sur leur biographie, leur capacité d’intégration et leur vision des choses constitue un risque pour la sécurité. La pratique naïve de l’admission des étrangers au cours des dernières années s’est déjà traduite par une augmentation massive et disproportionnée des crimes à l’arme blanche, des crimes sexuels et du terrorisme à motivation religieuse. Nous voulons mettre fin à l’immigration incontrôlée. [...] Le droit d’asile pour les victimes de persécutions n’est pas un droit à l’admission dans le pays de son choix qui offre les prestations sociales les plus généreuses. […] Dans la mesure du possible, les procédures d’asile devraient être menées en dehors de l’UE, dans des pays tiers sûrs . »
Malgré cette politique hostile aux étrangers, la direction du BSW compte un nombre important de personnes issues de l’immigration (la majorité de son groupe parlementaire en 2024), et c’est le cas aussi parmi ses électeurs : « les premières analyses montrent aussi que les personnes issues de l’immigration sont surreprésentées parmi les partisans du BSW » (Holzhauser, 2024).
Le BSW refuse de considérer l’AfD comme d’extrême droite, et ne s’est pas jointe aux manifestations de masse contre l’AdD en janvier 2024.
En politique étrangère le BSW est hostile à toute aide militaire à l’Ukraine et réticente à l’entrée du nouveaux membres dans l’UE. Comme le FN/RN, le BSW est pour une « Europe des nations » qui fasse les yeux doux à la Russie. Et, comme Galloway, elle appelle « à un embargo sur les armes à destination d’Israël et accuse le gouvernement allemand d’être complice des “crimes de guerre” israéliens » [Holzhauser, 2024]. Aux élections européennes de 2024, BSW a obtenu 6,20% des voix
1. Cf. mon article « George Galloway : de l’« anti-impérialisme » réactionnaire au « socialisme » xénophobe » https://npnf.eu/spip.php?article1206
Sources :
Holzhauser, Thorsten (2024), « Ni à gauche ni à droite, mais les deux à la fois ? L’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) au lendemain des élections européennes », https://www.ifri.org/fr/notes/ni-gauche-ni-droite-mais-les-deux-la-fois-lalliance-sahra-wagenknecht-bsw-au-lendemain-des