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"Antifa" (en Allemagne)
Article mis en ligne le 30 juillet 2026

Il existe en Allemagne plusieurs tendances dites « antifascistes ». Comme l’explique un historien de cette mouvance, « “L’Antifa” n’existe pas, il s’agit plutôt d’un terme générique et militant abstrait désignant de nombreux courants, initiatives, ONG, partis, syndicats, structures d’action et approches politiques de gauche [...], qui rejettent systématiquement le fascisme, c’est-à-dire une idéologie et un mouvement antidémocratiques, nationalistes, racistes et d’extrême droite basés sur le Führerprinzip » [Rohrmoser, 2022].

Si l’on excepte les éphémères « comités de lutte » antifascistes des années 1944-1947 (cf.), la première organisation importante s’appelle l’Association des persécutés du régime nazi (Vereinigung der Verfolgten des Nazi-Regimes ou VVN) et fut « fondée en 1947 par d’anciens résistants communistes, sociaux-démocrates et sans parti. […] Avec son slogan “Plus jamais le fascisme ! Plus jamais la guerre !”, la VVN s’oppose aux néonazis ainsi qu’au réarmement et au stationnement d’armes nucléaires sur le territoire allemand (1) ». Elle « mène un travail de sensibilisation antifasciste, s’engage dans des lieux de mémoire et propose des cours d’histoire dans les écoles » [Rohrmoser, 2022]. « Afin de s’ouvrir à la jeunesse, la VVN décide à la fin des années 1970 de changer de nom et s’appelle désormais VVN/Bund der Antifaschisten (VVN/BdA, Union des résistants et des combattants de l’Alliance des antifascistes). Le contenu politique des activités de la VVN/BdA, est principalement déterminé par le Parti communiste allemand (DKP) ; […] il suit une ligne strictement légaliste – et cela inclut la condamnation de certaines actions militantes contre les néonazis (2) ». Elle se présente encore aujourd’hui comme « la plus ancienne et la plus grande organisation politique antifasciste d’Allemagne ».

A côté de la VVN, et « face à la montée en puissance des organisations, partis et groupes fascistes, les années 1970 voient naître de nombreux groupes, initiatives et cercles de travail antifascistes issus des horizons les plus divers. Les communistes et les membres du SPD y sont tout autant représentés que les militants du mouvement pacifiste ou des initiatives des centres de jeunesse. Le plus petit dénominateur commun est la lutte contre les groupes fascistes en RFA. À cette époque, il n’existe ni théorie uniforme sur les causes et les effets du fascisme, ni sur les moyens à employer dans la lutte antifasciste (3) ».

Les « Spontis » (spontanéistes, principalement anarchistes ou libertaires) se forment en opposition aux « groupes K » marxistes-léninistes jugés trop « dogmatiques » et « autoritaires », puis, au début des années 1980, face aux skinhead néonazis, apparaissent des groupes antifas que l’on appelle « autonomes » et qui s’investissent dans le mouvement antinucléaire, les squats, l’opposition à la piste ouest de l’aéroport de Francfort et attaquent systématiquement les réunions, congrès et défilés nazis.

« Après la réunification de la RDA et de la RFA en 1990, on observe un glissement vers la droite dans l’ensemble de la société allemande, qui s’accompagne d’une forte croissance du mouvement néonazi et d’une escalade de la terreur raciste et fasciste. Entre 1989 et 1993, plus de 30 personnes sont assassinées lors d’agressions commises par des néonazis » [idem]. Cela entraîne « un afflux important dans les groupes antifascistes, la création de nouveaux groupes et la mise en place de réseaux » mais les jeunes antifas ne restent pas très longtemps dans ces groupes.

On assiste à plusieurs tentatives de coordination à l’échelle nationale comme celle l’AABO (Antifaschistischen Aktion/Bundesweite Organisation), qui durera de 1993 à 2001, et marquera le mouvement par ses actions médiatiques, ses campagnes, ses affiches, ses tracts, ses manif du Premier Mai etc. Mais au bout de huit ans elle se dissout en raison de différends internes portant « sur la structure interne et la question de l’engagement, sur le sexisme dans ses propres rangs, ainsi que la querelle sur le Proche-Orient et l’antisémitisme » [Ullrich, 2008]. De plus, si l’on en croit ce sociologue, il semble que, dans certaines villes, certains projets antifascistes étaient financés par l’État, par conséquent, l’acception et le refus de telles subventions ont aussi divisé le mouvement.

Malgré la disparition de l’AABO, il existe toujours de nombreuses alliances antifascistes, au niveau d’une ville, d’un Land ou de plusieurs Länder, d’autant que, en dehors des groupuscules néonazis, de nouvelles forces réactionnaires sont apparues, comme l’AfD* et BSW*, qui développent les idées nationalistes, racistes et xénophobes…

NOTES
1. http://www.autonomes-zentrum.org/ai/texte/autonomehistory.htm
2. Idem.
3. Idem.

Sources des citations

Rohrmoser, Richard (2022), « “Antifa” : Seismograf des Antidemokratischen », https://www.fodex-online.de/fodex-data/akten/pdf/2022/Rohrmoser-Antifa.pdf

Ullrich, Peter (2008), Die Linke, Israel und Palästina. Nahostdiskurse in Grössbritannien und Deutschland (« La gauche, Israël et la Palestine. Discours sur le Proche-Orient en Grande-Bretagne et en Allemagne »), Karl Dietz Verlag, disponible en ligne