Les entrées de ce glossaire en construction renvoient toutes aux mots suivis d’un astérisque (*) dans la série Faux "rebelles" et "marxistes" au service de l’extrême droite ( https://npnf.eu/spip.php?rubrique168) qui compte déjà plus d’une quarantaine d’articles.
Abendroth, Wolfgang (1906-1985) : membre des Jeunesses communistes puis d’un parti de gauche dissident (le KPO*), il entretient des contacts avec le mouvement Neu Beginnen* et le SAPD* après 1933. Arrêté en 1937, il accomplit sa peine puis est envoyé dans un bataillon disciplinaire en Grèce. La guerre terminée, il adhère au SPD et commence à travailler comme juriste en RDA avant d’être obligé de passer en RFA parce que le régime stalinien dénonce ses sympathies « trotskystes ». Il réussit à poursuivre une carrière universitaire en Allemagne de l’Ouest tout en défendant publiquement des opinions marxistes (1) . Exclu du SPD en 1961 pour ses critiques jugées trop radicales à l’égard de la sociale-démocratie, il soutient les étudiants du SDS* et l’APO (l’Opposition extraparlementaire).
Le soutien extrêmement choquant d’Abendroth à Ernst Niekisch* est cité en exemple par le militant d’extrême droite Roland Wehl* qui a connu personnellement plusieurs figures socialistes-nationalistes (Peter Brandt*) et nationaux-révolutionnaires (Henning Eichberg*). Ces deux individus ont promu la figure prétendument « rebelle » de Niekisch.
A noter qu’Abendroth tint également des propos ambigus sur Otto Strasser*. Il le présente comme un anti-hitlérien convaincu puisque, en 1938, ce dernier avait signé une déclaration contre le « Troisième Reich », le 30 janvier 1938, avec un « radical-libéral-socialiste d’origine juive (2) » ; et comme un antisémite « soft » puisque « Son idéologie antisémite reposait sur des conceptions populaires romantiques et floues et visait à traiter les Juifs comme une minorité nationale bénéficiant d’un statut minoritaire garanti par la loi ». Pour Strasser, selon Abendroth, « Chaque Juif devait avoir le droit de décider lui-même s’il voulait appartenir à la communauté nationale ou accepter le statut de minorité nationale protégée par la loi, celle du peuple juif en tant que tel » [Abendroth, 1960].
Une telle cécité sur l’antisémitisme strassérien et le statut de « minorité nationale » est consternante chez un intellectuel marxiste « radical » comme Abendroth.
1. Seul un de ses livres a été traduit en français : L’Histoire du mouvement ouvrier en Europe [1re édition,1967 ; 2e édition, La Découverte, 2002) était une référence pour tous les militants d’extrême gauche en Europe durant les années 1960.
2. Kurt Hiller était pourtant un pacifiste à l’idéologie particulièrement suspecte après 1938, dans l’exil, il défendit l’idée d’ « un socialisme aristocratique qui, sous le signe de Nelson, Bertrand Russell et André Gide, porterait au pouvoir des personnalités supérieures du point de vue éthique et susceptibles de soutenir un nouvel ordre social : élitisme radical qu’il renforça encore par la présidence du GUDA (Gruppe unabhängiger deutscher Autoren, Groupement d’écrivains allemands indépendants) » (https://maitron.fr/hiller-kurt/).
Source de la citation :
Abendroth (1960), « Das Problem der Widerstandstätigkeit der Schwarzen Front » (« Le problème de la résistance du Front noir ») », in Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, https://www.ifz-muenchen.de/heftarchiv/1960_2_4_abendroth.pdf