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Les fables de Grokipedia (l’IA d’Elon Musk) sur Ernst Niekisch
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ANNEXE 1 : Wikipedia, Grokipedia et Niekisch : aux pays des mensonges déconcertants »
Les falsifications et omissions
de Wikipedia
à propos d’Ernst Niekisch
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Les fables de Grokipedia (l’IA d’Elon Musk) sur Ernst Niekisch
Selon Wikipedia en français (en allemand, l’« encyclopédie collective » prétendant offrir un contenu « objectif et vérifiable », est un poil moins pire que sa version gauloise), il aurait « toute sa vie milité dans des mouvements politiques de gauche » (souligné par mes soins).
Faux : il a été successivement membre du SPD, de l’USPD et de l’ASP de 1917 à 1928 ; puis au SED stalinien, de 1945 à 1955 ; donc il a appartenu à des organisations « de gauche » pendant seulement 21 ans, et non durant les 60 années de sa vie adulte (il est né en 1889 et mort en 1967). Ensuite, de 1926 à 1937, il a animé différents regroupements avec des sympathisants nazis et des membres de milices paramilitaires qui avaient assassiné des communistes, des anarchistes, et des militants ouvriers, et eu des contacts avec des fascistes hostiles à Hitler ; et de 1953 à 1967, il n’a appartenu à aucune organisation « de gauche », tout en maintenant des contacts étroits avec des fascistes plus ou moins « repentis » comme Jünger, Paetel, Drexel, etc., ainsi que des groupes nationaux-révolutionnaires comme Sache des Volkes* et Solidaristische Volksbewegung*. Je serais donc plutôt d’accord avec Rosa Meyer-Léviné [1980] lorsqu’elle écrit : « Il n’a jamais été marxiste et sa collaboration avec les communistes a été de brève durée sur l’ensemble de sa vie. »
Niekisch face au « marxisme », aux socialistes et aux communistes avant 1933
Chacun sait qu’on peut trouver plusieurs versions du « marxisme », plusieurs « marxismes », voire même plusieurs « Marx ». Lorsque Niekisch évoque Marx, c’est toujours pour en souligner les limites, ou plus exactement les tares congénitales. « Au fond, Marx ne fait qu’expliquer les lois qui régissent l’économie capitaliste »] [« L’espace politique de la résistance allemande », 1931]. Or, pour Niekisch, « l’économie » (ce qu’il appelle aussi la « ratio économique », « l’esprit » économique) aurait, selon lui, toujours été viciée par l’influence des… Juifs et du judaïsme ! L’économie est à la fois un domaine secondaire sur le plan « spirituel » et une préoccupation matérielle néfaste. En clair, Marx a perdu son temps à décortiquer les structures économiques et sociales capitalistes et il aurait dû s’occuper de choses plus importantes. Où l’on voit que le « compliment » précité est en réalité un coup de pied de l’âne porté contre Marx. Quand on lit attentivement Niekisch (ce que n’ont pas fait les collaborateurs de Wikipedia), on constate aussitôt que, à part dénoncer la « soif de profit », Niekisch n’évoque jamais les fameuses « lois » de Marx.
Si « le marxisme affirme que la lutte des classes est la force motrice de l’histoire », [« Lutte des classes », 1932], Niekisch est en total désaccord avec ce postulat de base : pour lui, « c’est la guerre nationale et non la lutte des classes qui a donné son véritable sens » à toutes les révolutions (de 1789 à la révolution russe) parce que la « mission nationale » de chaque peuple représente « un véritable explosif ».
Les uniques facteurs qui l’intéressent dans la lutte des classes sont des facteurs subjectifs, métaphysiques : « la volonté de vivre » et la « révolte contre le Destin » provoquée par la différence entre les classes. Mais ne vous emballez pas : cette différence est « un destin », « un fait inéluctable, inhérent à la nature humaine » [idem]. Chaque peuple, chaque nation doit choisir son « destin » : « Une nation ne peut être révolutionnaire qu’à la condition que sa nature l’ait mystérieusement prédestinée à des bouleversements pour lesquels le moment est venu. Le fait qu’elle sache accomplir ce que le moment exige lui confère une grandeur historique. La mentalité russe, dans son orientation, était merveilleusement en accord avec l’action que l’année 1917 exigeait de son peuple. L’Allemagne, en revanche, s’est montrée complètement désemparée face à la situation de 1918. Le modèle prolétarien lui était étranger, ne correspondant pas à sa nature. C’est ainsi qu’il tomba, maladroitement et sans grâce, sous le joug de Versailles. […] Compte tenu de sa nature, le peuple allemand, y compris les ouvriers, ne pouvait pas faire face à ce que l’histoire lui avait imposé. Cette tâche dépassait ses forces et allait à l’encontre de son instinct. Ne pouvant maîtriser la situation, il est devenu l’esclave » [« Une destinée manquée », 1933].
Même un auteur « radical » qui se prétend « marxiste » et est tombé amoureux de Niekisch doit admettre : « La lecture de l’histoire par Niekisch est toujours imprégnée d’éléments métaphysiques et spirituels. D’où sa critique du marxisme qui, au contraire, réduit l’histoire à un conflit économique et matériel. Les contrastes marqués Nord/Sud, protestantisme prussien/catholicisme latin, esprit guerrier/pacifisme, État absolu/société de libre marché, communisme/libéralisme individualiste, représentent des cristallisations métaphysiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec la complexité des peuples dans leur existence concrète. […] Niekisch va même jusqu’à parler du “Juif Éternel”, du “Romain Éternel”, du “Barbare Éternel” non pas comme des modèles purement abstraits mais, à la manière hégélienne, comme des universaux concrets qui s’objectivent au cours de l’histoire » [Milanesi, 2024].
On est vraiment à des années-lumière de Marx !
En réalité, Niekisch est « un spiritualiste doublé d’un vitaliste, et surtout un irrationaliste » ; pour lui, « l’Esprit mène le monde — de pair, il est vrai, avec la Force, “seule créatrice d’empires” —, et conformément aux lois du “Destin” » ; il « est aux antipodes du matérialisme historique, Marx n’est pour lui qu’un auxiliaire de la critique, […] Le moteur de l’Histoire présente n’est pas l’accumulation unilatérale du capital, mais, outre la “Mission” dévolue à des “forces” issues des tréfonds de “l’Est”, le double phénomène vitaliste de la percée d’une nouvelle “Figure” porteuse d’une “force” nommée Technique » [Dupeux, 1984B].
Un historien italien arrive aux mêmes conclusions en analysant les articles du Volkstaat dirigé par Niekish dans les années 1926-1928 : « La place centrale de l’héritage lasallien* avait déjà été soulignée par Niekisch lors du deuxième congrès de l’Alte Sozialdemokratische Partei. La critique du matérialisme historique marxiste sera reprise par la suite, soulignant la centralité de la sphère idéale et de la psychologie pour une conception socialiste, faisant écho à certaines thèses déjà avancées par Henri de Man* dans Zur Psychologie des Sozialismus » (en français, Au-delà du marxisme), [Bernardini, 2015].
Comme l’écrit l’organe de l’ASP, Der Volkstaat, « le socialisme de Lassalle est un socialisme national en contraste conscient avec celui de Marx ».
Niekisch affirme explicitement son hostilité non seulement au marxisme mais à toutes les formes de socialisme – y compris au national-socialisme qu’il range dans la même catégorie !
« Le “marxisme”, et en général toute forme de socialisme fondée sur l’humanisme, même si elle s’appelle socialisme “national” ou socialisme “allemand” sont des tendances subversives qui s’attaquent à la substance combative des Allemands. Elles ont un effet aussi lourd de conséquences que celui de “l’esprit de l’économie libérale ” » [« L’Allemagne en état de guerre », 1932]. « […] le marxisme apporte [seulement] une réponse sentimentale à la technologisation de l’existence » [« L’espace politique de la résistance allemande », 1931].
De plus, au niveau de la mise en application concrète des idées marxistes, Niekisch dénonce aussi bien les sociaux-démocrates que les communistes, comme je l’ai montré précédemment. Voici, par exemple, ce qu’il écrit sur le plus grand parti socialiste et ouvrier d’Europe, le SPD : « Jusqu’en 1918, l’opposition “marxiste” n’avait été qu’une lutte à l’intérieur du système capitaliste. Suivant l’adage “Vivre et laisser vivre”, nous avons cherché un compromis permettant d’assurer le profit de la bourgeoisie et d’empêcher le prolétariat de perdre tout espoir. La social-démocratie et les syndicats remplissaient leur fonction en empêchant la pression du prolétariat de dépasser les limites au-delà desquelles une explosion sociale serait inévitable » [« L’espace politique de la résistance allemande »,1931]. Durant l’entre-deux-guerres, la social-démocratie ne trouve pas davantage grâce à ses yeux puisqu’elle « fait autant partie de la société bourgeoise que les nationaux-socialistes » et que son « pouvoir domestiquant » continue de peser sur les ouvriers socialistes [idem].
Quant au KPD, il ne vaut guère mieux pour Niekisch : ce parti ne peut attirer « ces paysans, intellectuels, soldats, employés et ouvriers qui [ne sont pas] encore définitivement prolétaires » ; il sait seulement stimuler le « ressentiment social » et ignore comment « sonder les grandes profondeurs de l’existence humaine » afin de diriger efficacement « le combat de l’Allemagne pour sa libération » [idem].
Les ouvriers des deux partis « évitent avec une obstination aveugle la confrontation avec la passion nationale » ; « la classe ouvrière [allemande] s’obstine dans l’égoïsme de sa lutte de classe » ; « le communisme se résume à un vacarme inutile » ; « la social—démocratie se limite à des phrases creuses » et favorise délibérément « la politique étrangère de la France ». De toute façon, « la social-démocratie et le Parti communiste ne sont pas des organes vivants » [« Lutte des classes, 1932 »].
Un antisémite enragé
De plus, si les rédacteurs de Wikipedia signalent que Niekisch fut membre du SED, ils oublient de mentionner la préface de son livre Memoirs of a German Revolutionary . A daring life (1889-1945) qui indique : « Son ouvrage Europaische Bilanz ne put être publié [en RDA] qu’après l’intervention de Grotewohl [Premier ministre de la RDA à l’époque] et la suppression d’un chapitre sur l’importance des Juifs dans l’histoire nationale allemande. » C’est ce qu’affirme son préfacier Hans Schwab-Felisch, journaliste conservateur et historien de la littérature. Niekisch lui-même prétend dans le premier tome de ses mémoires qu’il aurait « souligné » « l’importance des Juifs dans la communauté intellectuelle ».
De deux choses l’une, soit les « communistes » allemands étaient antisémites… soit Niekisch l’était.
Et les rédacteurs de Wikipedia ne se sont même pas donné la peine de vérifier le contenu des pages censurées de son livre Europaische Bilanz, ce qu’ont pourtant fait deux universitaires : « Ainsi, Niekisch réaffirme en 1946 que le “peuple juif”, en tant que groupe biologiquement homogène (c’est-à-dire une “élite”), agissait toujours de manière unie, même si les Juifs pris individuellement n’en avaient pas conscience. Grâce à cette quête commune de pouvoir et d’influence vieille de plusieurs siècles, l’“élite juive”, contrairement à d’autres “élites” plus hétérogènes, aurait réussi à s’assurer des avantages décisifs et à s’imposer dans des positions clés sur les plans économique et politique à l’échelle mondiale. Niekisch défend une nouvelle fois l’idée que le christianisme aurait été une “ruse audacieuse” du judaïsme visant à rendre les “peuples” non juifs réceptifs aux “valeurs juives”. […] Contrairement à ce qu’il fait dans Die dritte imperiale Figur [1935], Niekisch ne parle toutefois pas, dans son Europäische Bilanz [1951], de “l’esprit juif” ou de “l’Éternel Juif”. Il devrait toutefois être clair que Niekisch utilise les termes “citoyen”, “capitaliste”, “aristocratie de l’argent” et “Juif” comme synonymes dans différents contextes. L’Europäische Bilanz de Niekisch peut donc être considéré comme une réédition remaniée de Die dritte imperiale Figur, dans laquelle les propos explicitement antisémites, völkisch-racistes ont été remplacés par des considérations structurellement antisémites, d’ordre historico-culturel. Le message de cette vision de l’histoire est le même : “Les Juifs dominent le monde, et le bolchevisme reste le seul espoir” » [Ellsbach, 2015].
Toujours selon wikipedia, son antisémitisme aurait été d’ordre uniquement « spirituel » (métaphysique, aurait été plus adéquat, à condition de prendre Niekisch pour un grand philosophe !), sans aucune dimension biologique .
Cette ligne de défense qui consiste à établir une différence entre l’antisémitisme fondé sur la biologie et celui qui repose sur des différences « culturelles » ou « spirituelles » infranchissables rappelle furieusement l’argumentaire favori des néo-droitiers et néofascistes quand ils se défendent contre une accusation d’antisémitisme ou qu’ils tressent des louanges à Evola* ou Spengler*.
Antisémitisme « spirituel »
contre antisémitisme « biologique » : un faux débat
Ainsi, pour défendre Julius Evola contre l’accusation d’antisémitisme, un néofasciste [Biondo, 2025] cite cette phrase de son maître à penser : « S’il existe des Juifs dangereux, ce ne sont pas ceux d’Israël, qui travaillent, s’organisent et font preuve d’extraordinaires vertus militaires ; ce sont ceux des métropoles occidentales où, grâce à la démocratie, ils ont les mains libres » (Julius Evola, Heliodromos, printemps 1995). « Les mains libres », pour quoi faire ? Le lecteur fasciste ou néo-droitier n’a pas besoin qu’on lui explique….
Un néofasciste français, chaud partisan de la « race blanche », utilise la même technique. Il semble critiquer « l’aveuglante passion antijuive » de Claudio Mutti*, son ami (ou son ex-ami ?) nationaliste-révolutionnaire, antisémite et converti à l’islam [Baillet, 2016]. Mais il cite aussi, sans y ajouter le moindre commentaire, le théoricien Alfred Rosenberg*, pour qui « l’Européen a fait irruption » en Chine « pour étancher la soif de profit du juif ». A la prétendue « soif de profit » invoquée par Rosenberg, ce monsieur ajoute benoîtement que « les peuples sémites » seraient « très portés sur la palabre et les querelles d’interprétation des textes dits sacrés ». « Sémites » c’est quoi ? Baillet ne nous le dit pas, puisqu’il est prudent. Par exemple, il tente de nous convaincre, quelques pages plus loin, qu’il existait une différence fondamentale entre les « études raciales » (??) telles que les concevait son gourou Evola (un antisémite patenté comme le montre la citation au paragraphe précédent) et les mêmes divagations dans l’Allemagne nazie. Et cet auteur de citer une lettre d’un autre nazi, Joachim von Leers à l’écrivain Ernst Jünger. Converti à l’Islam, von Leers travaillait au ministère de l’information pour Nasser et prétendait (après la seconde guerre mondiale) qu’il n’était pas antisémite mais seulement « un adversaire de la tyrannie juive exercée sur le peuple allemand » ! Là aussi, aucun commentaire de cet essayiste néo-droitier.
Revenons à Wikipedia et à ses falsifications et ses contorsions…
A l’instar des essayistes néofascistes Biondo et Baillet précités, les rédacteurs de la notice de Wikipedia jouent sur les mots de façon malhonnête. Ils raisonnent comme Alain de Benoist quand il veut exprimer son hostilité contre l’immigration arabe ou africaine : les néodroitiers et les néofascistes un peu habiles prétendent toujours ne pas être racistes ; ils seraient seulement partisans d’un « ethnopluralisme » qui respecterait les « cultures » (à condition qu’elles s’épanouissent dans des aires géographiques étanches), et leur « ethnodifférentialisme » serait donc purement « spirituel ».
Les raisonnements antisémites exposés dans Die dritte imperiale Figur [1935] montrent que les conceptions « théoriques » de Niekisch avaient, dans son cerveau malade, un fondement biologique, même si son biologisme n’était pas aussi exacerbé que celui de Hitler. Il suffit de rappeler toutes les fois où, dans Die dritte imperiale Figur, Niekisch mentionne les « instincts », la « race », le « sang », « l’authenticité et à l’immédiateté du sang et du sol », « la cause du sang et du sol », « la chaleur du sang », « le lien naturel au sang et à la terre », la « communauté de sang païenne », la « communauté de sang de la tribu germanique » pour comprendre que les « divergences » avec les nazis étaient secondaires.
Niekisch souhaite l’avènement d’une troisième « Figure impériale » : celle du « Travailleur », du « Barbare-Guerrier » germanique ou prussien, en clair de l’Homme Nouveau qui saura se servir de la « raison technique » pour remplacer cette « communauté de sang » par « une communauté de civilisation, de foi ou d’esprit ». S’il fit semblant de prendre ses distances avec l’antisémitisme hitlérien, ce n’était nullement parce que les facteurs biologiques ne comptaient pas pour lui , mais parce qu’il s’adressait au même public que le NSDAP et avait besoin de se démarquer sur le marché des idées réactionnaires. Mais son antisémitisme prétendument « spirituel » reprenait tous les clichés religieux, économiques, psychologiques, complotistes qu’utilisaient les nazis.
Même le journal et le site d’extrême droite Wir Selbst, dans un article publié en 2014, admettent que « ses sentiments antisémites abjects » « se sont manifestés pour la première fois dans son ouvrage de 1935, La Troisième Figure Impériale ») » et que « son comportement après 1945 – et son autobiographie édulcorée – a servi de modèle aux jeunes “nationaux révolutionnaires ” des années 1970 et 1980 ».
Nous vivons dans un curieux univers où les néofascistes et les néo-droitiers allemands n’hésitent pas à fournir des informations sur eux-mêmes que cachent les collaborateurs de Wikipedia !
Les fables de Grokipedia (l’IA d’Elon Musk)
sur Ernst Niekisch
Rien n’est plus consternant que de comparer les résultats produits par la mal nommée « intelligence » artificielle, et ceux de la recherche historique. Voici une liste (non exhaustive) des erreurs factuelles, des fautes grossières d’interprétation et de raisonnement, des anachronismes, des propos piochés dans la propagande néonazie, néodroitière ou douguiniste, et des omissions vraiment bizarres que diffuse Grokipedia :
1) Niekisch aurait vécu à Berlin-Est dans la zone d’occupation soviétique, alors qu’il a vécu de 1947 à 1967 à Berlin Ouest. Sur le Net, on trouve aisément une photo de l’immeuble où il habita et même le texte de la plaque métallique placée sur la façade jusqu’en 2003/2004. J’ignore où l’IA d’Elon Musk a déniché ces informations fantaisistes : « en 1949, Niekisch s’installa dans le quartier de Köpenick à Berlin-Est » alors que Niekisch s’installa au 8, Koblenzer Strasse, dans le quartier de Charlottenburg-Wilmersdorf, en 1947, et à Berlin-Ouest.
2) Selon Grokipedia, Niekisch a choisi de militer au SPD, en 1917, plutôt qu’à l’USPD « pour des considérations pragmatiques telles que sa carrière d’enseignant » et parce que le SPD était « plus modéré », mais l’IA de Musk ignore totalement le fait qu’il a milité à… l’USPD, entre 1919 et 1922, et fut même député de l’USPD ! De plus, Grokipedia affirme que l’USPD aurait été « plus nationaliste » que le SPD, ce qui est faux.
3) Selon Grokipedia, « l’avancée des forces alliées facilita sa libération », alors que Niekisch fut libéré par les soldats de l’Armée rouge.
4) Selon Grokipedia, Niekisch toucha « dès les années 1950 » « une pension ouest-allemande destinée aux victimes des persécutions nazies », alors qu’il dut aller jusqu’à la Cour européenne pour la toucher rétroactivement, et ce seulement en 1966, un an avant sa mort, donc.
5) Selon Grokipedia, il aurait été exclu du SED. Or il en a démissionné dans des conditions obscures.
6) Cette « exclusion » imaginée par Grokipedia aurait été provoquée par des « sous-entendus antisémites ». Or il ne s’agit pas de simples « sous-entendus » antisémites ; le livre en question (Europaische Balanz) fut édité en RDA mais sans les passages antisémites, mais cela ne provoqua aucune exclusion.
7) A plusieurs reprises, Grokipedia utilise, pour décrire les idées de Niekisch, des termes anachroniques, absents dans ses écrits : « troisième voie », « troisième position », « solidarité eurasienne ». La « théorie » de l’« eurasisme » existait déjà à son époque , de même que l’expression « troisième voie », mais Niekisch n’employa ce vocabulaire ni avant ni après la seconde guerre mondiale. Il s’agit là, à l’évidence, de citations provenant d’auteurs douguinistes ou néodroitiers qui ont redécouvert Niekisch après sa mort et essaient de se l’annexer post mortem.
8) Selon Grokipedia, lors de sa libération, Niekisch « souffrait d’une quasi cécité ». Or, ce handicap n’a pas commencé lors de son emprisonnement en 1937 et à l’occasion des mauvais traitements qu’il a dû subir en prison, mais en 1914, quand l’armée a diagnostiqué chez lui une maladie oculaire qui s’est aggravée au cours des 23 années suivantes.
9) Grokipedia copie-colle les analyses des néo-nazis et des néodroitiers allemands qui ont toujours dénoncé les prétendus « méfaits » dénazification (démarche étatique, de toute façon, très incomplète et limitée durant les vingt années qui ont suivi 1945) puisqu’il affirme : « le milieu universitaire libéral d’après-guerre, influencé par les paradigmes de la dénazification, a tendance à confondre l’extrémisme de Niekisch avec le national-socialisme » (souligné par mes soins).
Passons maintenant aux erreurs, qui, si elles ne sont pas véritablement factuelles, relèvent de l’incompréhension et/ou de l’ignorance des positions et des raisonnements réels de Niekisch
1) Grokipedia présente Niekisch comme un auteur qui aurait écrit des « critiques du totalitarisme », or tous ses écrits apologétiques sur l’URSS et sur Staline, le stakhanovisme, la discipline militaire dans les usines russes, etc., indiquent le contraire, tout comme ses propositions de créer des « camps de travail » en Allemagne pour rééduquer les citadins ou sa volonté de mettre en place des massacres comme « la nuit de la Saint-Barthélemy et les Vêpres siciliennes contre tout ce qui vit en elle d’occidental ». Grokipedia elle-même affirme que Niekisch soutenait la nécessité d’une « guerre technologique contre les populations civiles », ce qui est justement l’une des caractéristiques du… totalitarisme !
2) Selon Grokipedia, « l’internationalisme prolétarien » aurait été « brisé par les impératifs nationaux ». Cette phrase est absurde puisque l’internationalisme marxiste et social-démocrate a justement été pensé pour briser « les impératifs nationaux » qui préexistaient à l’élaboration de leur réflexion politique.
3) Pour Grokipedia, Niekisch aurait critiqué « l’extrémisme bolchevique » : au contraire, il a fait l’éloge des mesures les plus extrêmes prises par les bolcheviks puis par Staline (qu’il considérait comme le fidèle héritier continuateur du bolchevisme, tel qu’il le comprenait).
4) Considérer que le socialisme (donc l’abolition des classes) puisse être compatible avec la « discipline prussienne » qui veut maintenir les hiérarchies sociales est absurde, tout comme l’idée qu’un « Führer » pourrait « fusionner les conseils ouvriers et les traditions monarchiques » !
5) Selon Grokipedia, Niekisch privilégie « le réalisme politique par rapport au mysticisme » or ses écrits, notamment Die dritte imperiale Figur, présentent une histoire millénaire de l’Allemagne régie par la domination d’une série de « Figures », qui, si elles ne sont pas à proprement parler « mystiques », relèvent de l’idéalisme philosophique le plus débridé et d’interprétations métaphysiques comme en témoignent ses références au « Destin », à de mystérieuses « forces »qui agiraient à « l’Est », à la « substance » de l’Allemagne, etc..
6) Selon Grokipedia, Niekisch aurait rejeté « l’orientation völkisch hitlérienne » et « le racisme occidental », or les réflexions d’ordre biologique sur les Juifs mais aussi sur d’autres peuples pullulent dans ses écrits (cf. les nombreuses citations de ce livre).
7) Selon Grokipedia, Niekisch se serait « orienté vers un marxisme orthodoxe » après 1945. Certes la question de définir ce qu’est le « marxisme », de surcroît « orthodoxe », est subjective et complexe mais Grokipedia n’apporte aucune citation à l’appui de cette affirmation (l’absence de citations de Niekisch est d’ailleurs l’un des problèmes majeurs de l’IA muskienne). Quant au fait, qu’il aurait ainsi « contribué aux efforts de régime [est-allemand] visant à doter les universités d’un personnel idéologiquement aligné » c’est à la fois donner une importance totalement démesurée à l’individu Niekisch (les Soviétiques qui occupaient la RDA et leurs marionnettes allemandes n’avaient nul besoin des services d’un personnage aussi incohérent et compromis avec l’extrême droite) et répandre le mythe qu’il se serait effectivement aligné idéologiquement sur le régime, ce qui ne fut pas le cas.
8) Grokipedia qualifie son « anticapitalisme » de « virulent » ; or cette prétendue « virulence » est d’ordre purement verbal, propagandiste, et ne correspond à aucun engagement concret à part durant six mois en 1919 pendant lesquels il se mouilla un peu avec les conseils ouvriers et de soldats, tout en modérant au maximum leurs actions, comme je l’ai montré précédemment.
9) Selon Grokipedia ? Niekisch aurait « privilégié une intégration corporatiste du travail et de la nation », or le corporatisme est une doctrine explicitement fasciste, comme l’ont prouvé Mussolini, Salazar et Franco dans leurs pays respectifs.
10) Niekisch aurait critiqué « la bureaucratisation stalinienne ». Malheureusement Grokipedia ne fournit aucune citation à l’appui de cette thèse, qui est l’une des légendes les plus répandues chez ses fans « de gauche » comme d’extrême droite.
Quelles conclusions tirer de ce rapide examen de l’IA utilisée par Grokipedia ? Il s’agit pratiquement exclusivement d’une compilation de sources peu fiables, le plus souvent en anglais, et non en allemand, ce qui est pour le moins baroque si l’on veut fabriquer une notice sérieuse sur Ernst Niekisch. Tous les livres importants sur lui ont été écrits en allemand et n’ont pas été traduits en anglais. D’autre part, il est évident que l’IA est incapable de comprendre les subtilités ou les impasses théoriques qui apparaissent au cours des discussions entre marxistes de différentes tendances à propos du nationalisme et du nazisme, entre ces marxistes et les différents courants nationalistes, et encore moins les polémiques entre historiens chevronnés.
Le résumé fourni par Grokipedia donne des résultats encore pires que ceux de Wikipedia, mais elles ont toutes deux des points très évidents et calamiteux : ni l’IA de Grokipedia ni les collaborateurs de Wikipedia ne comprennent les nuances et les oppositions frontales entre les courants marxistes pas plus qu’ils ne comprennent ce que sont les tropes antisémites, pour ne citer que les points qui sautent aux yeux. Leurs choix politiques, aux uns et aux autres, sont dissimulés par la juxtaposition d’opinions opposées, ou même de citations opposées, qui ne font qu’épaissir le brouillard de la désinformation…
Ce qui est inquiétant pour l’avenir des connaissances historiques, et des connaissances tout court, c’est que ces encyclopédies dont le nom se termine en « -pedia » colportent des faits totalement erronés et des interprétations gravement fautives, en toute impunité.
Il est loin le temps où le terme encyclopédie désignait un ouvrage « faisant le tour de toutes les connaissances humaines ou de tout un domaine de ces connaissances »…
Voici venu le règne de l’I(gnorance) A(utomatisée) qu’il faut combattre sans relâche…
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Sommaire
Introduction
Préambule
https://npnf.eu/spip.php?article1302
Une pluralité suspecte d’admirateurs
Deux portraits utiles
Un militariste…planqué
Une personnalité de gauche très « ambiguë »
Niekisch et l’Esprit romain
https://npnf.eu/spip.php?article1303
Un long voyage dans l’extrême droite nationaliste et philofasciste
Le moins sophistiqué des idéologues nationalistes
Fin théoricien ou infatigable girouette ?
https://npnf.eu/spip.php?article1304
Un festival de contradictions
Un idéologue fasciste qui n’a jamais rien compris à Hitler
Pour une nouvelle guerre mondiale
Des critiques superficielles de Hitler
Qu’est qu’une « Figure » ?
https://npnf.eu/spip.php?article1305
Die dritte imperiale Figur
Lénine, Staline et le « bolchevisme « selon Niekisch
Un « anticapitalisme » creux
Völkisch et étatiste
Un antisémite enragé
https://npnf.eu/spip.php?article1306
Attaques personnelles contre Hitler et « arguments » antisémites biologiques
Du fascisme au stalinisme et retour sous un masque prétendument « de gauche »
Quand un blog de gauche embellit les actions et la pensée de Niekisch
La « vision de la misère » allemande : de Goethe à Niekisch
La France et le Saint Empire romain germanique
https://npnf.eu/spip.php?article1307
De la chute du régime nazi à la guerre de Corée
https://npnf.eu/spip.php?article1308
Qui furent les authentiques « résistants » dans l’Allemagne nazie ?
Deux visions opposées de la « résistance »
Les efforts de Drexel
Le jugement secret du « tribunal populaire » de 1939
Une légende solidement fabriquée à l’Est
Postérités multiples
Happy end pour un facho ?
https://npnf.eu/spip.php?article1309
Annexe 1 : Falsifications et omissions de Wikipedia
Annexe 2 : La rencontre de Niekisch avec Mussolini
https://npnf.eu/spip.php?article1310
Glossaire
Sources