Les trois passerelles potentielles entre l’extrême droite et l’extrême gauche
Auteur d’une biographie d’Horst Mahler, Michael Fischer [2015] s’est interrogé sur les passerelles entre l’extrême gauche et l’extrême droite. Selon lui, trois thèmes peuvent faciliter les transferts, les cousinages idéologiques : l’antisémitisme, l’antiaméricanisme et l’antiparlementarisme.
Examinons brièvement les hypothèses de cet historien sur ces trois points :
Première passerelle potentielle : l’antisémitisme
« La force d’attraction de I’anti sémitisme moderne ne peut être comprise que dans son lien avec la conception communautaire de la “nation ”. La vision antisémite du monde peut contribuer de deux manières à la stabilisation de celle-ci :premièrement, elle fait des “Juifs” les “autres” au sein de la nation, en face desquels le collectif national ne peut se constituer en nation que du point de vue de l’identification. Deuxièmement, l’antisémitisme construit avec les Juifs une image idéale de l’ennemi, face à laquelle le collectif nationalpeut se constituer en communauté de défense. Les “Juifs” servent ainsi — plus que tout autre groupe — d’ennemi à la fois intérieur et extérieur. » [M. Fischer, 2015.]
Cela a abouti, en Allemagne mais aussi dans de nombreux pays, à :
— l’expansion de l’antisionisme qui réduit l’identité juive à une dimension uniquement religieuse, après la création de l’Etat d’Israël. Cet antisionisme peut aussi être appelé « antisionisme anti-impérialiste. » : il décrit bien l’idéologie de ceux « qui interprètent le sionisme selon cette grille (Etat israélien impérial contre peuple palestinien sous-développé) et qui n ’accordent des droits spécifiques qu ’à un seul côté (les Palestiniens). Il s’agit donc de ceux qui ne critiquent pas le sionisme en tant que nationalisme israélien (ou étatisme, ou violence, ou militarisme, pour ne citer que quelques solutions alternatives possibles il), mais en tant quejuda’isme. Ainsi, par exemple, certains ne reconnaissent pas le statut national des seuls Juifs ou critiquent le sionisme de manière antisémite. » [Ullrich, 2008] ;
— « l’inversion de la victime et du bourreau [qui] constitue un traitfondamental de l’antisémitisme moderne depuis le XIXe siècle. » et l’affirmation selon laquelle « “les Juifs ” auraient une part de responsabilité dans la réalisation de la Shoah », voire auraient collaboré avec les nazis (tarte à la crème chez les antisionistes de gauche1). Cela fait partie de ce que l’on appelle « l’antisémitisme secondaire », ou 1’« antisémitisme du refus de la mémoire » (antisémitisme né après Auschwitz et lié au ressentiment contre les Juifs qui est provoqué par toute mention du judéocide2 3 4).
Selon le BfV, l’Office fédéral de protection de la Constitution, « l’antisémitisme ne fait pas partie intégrante de l’idéologie d’extrême gauche », mais des clichés antisémites circulent activement dans ces milieux. Cet organisme étatique, qui mobilise des universitaires pour rédiger ses rapports, reprend à son compte une définition de l’antisémitisme secondaire utilisée par les spécialistes en sciences sociales : pour certaines personnes, « le rappel de la persécution des Juifs par les napis et de l’Holocauste contribuerait à diffamer l’identité allemande ; ce serait une humiliation morale orchestrée par les Juifs, un moyen d’obtenir des réparations injustifiées” ou de légitimer la politique israélienne au Proche-Orient. Dans une variante extrême, l’Holocauste est non seulement minimisé, mais même complètement nié. A l’aide d’une stratégie dite d’inversion des râles entre victime et bourreau, les Juifs sont accusés d’être à l’origine de ce “mensonge du siècle”, dont ils tireraient profit aux dépens de 1’Allemagne1’. »
Cet antisémitisme secondaire a un certain poids en Allemagne puisqu’il permet « de relativiser la culpabilité allemande ou de l’attribuer aux Juifs. Il le fait par exemple en niant Auschivif et en insinuant qu’il s’agit d’une invention juive utilisée contre les Allemands » [Ullrich, 2008].
Ces mécanismes ont aussi donné l’occasion « à la RDA de se déculpabiliser des crimes nationaux-socialistes » et plus généralement, dans les deux Allemagne, ils ont permis de présenter le « peuple allemand » « comme une victime innocente, impuissante et persécutée — victime du traité de l Prsailles*, de la persécution d’Hitler, de la terreur des SS, de la guerre, des bombardements alliés, de la détresse d’après-guerre, de la captivité, de l’expulsion et des accusations injustifiées de culpabilité collective de la part de l’étranger »... et jamais responsable de quoi que ce soit [Michael Fischer, 2015].
L’existence de passerelles possibles entre les discours de la gauche et de la droite ne nous oblige évidemment pas à tracer un trait d’égalité entre des positions radicalement opposées, inspirées par des principes politiques et éthiques fondamentalement incompatibles entre eux. Mais cette convergence facilite considérablement les amalgames polémiques...
Quoi qu’il en soit, selon Michaël Fischer, le KPD des années 1920T9305, le SED (le Parti communiste au pouvoir en RDA), les groupes « extraparlementaires » des années 1960 et les groupes « K » — maoïstes ou maoïsants — des années 1970 et suivantes, en bref, l’extrême gauche, aucun groupe marxiste n’a jamais compris l’antisémitisme, ce qui a pu faciliter l’évolution de certains de ses membres vers l’extrême droite. Cette remarque ouvre une piste, mais la droite allemande n’a pas non plus brillé par sa capacité à analyser les causes profondes de l’antisémitisme, à soutenir une dénazification efficace après 1945, ou à lutter efficacement contre les groupes néonazis et leurs idées depuis la défaite du Troisième Reich.
Puisant notamment dans les travaux de Thomas Haury [2003], Michaël Fischer considère que la vision du monde antisémite repose sur la personnification6, la théorie du complot, le manichéisme et la construction de collectifs identitaires antagonistes reposant sur l’opposition autochtones/allochtones, voire, en Allemagne, entre les individus de « souche » germanique (ce que Hitler appelait les l Piksgenossen) et ceux appartenant à des « races » non germaniques (ou non « aryennes » pour les nazis).
Pour Michaël Fischer, l’extrême gauche, les courants proches du Parti communiste et même les « anti-autoritaires » de la Nouvelle Gauche ne se seraient jamais vraiment intéressés aux procès menés contre les nazis en Allemagne. Ils se seraient surtout focalisés sur les hauts fonctionnaires nazis qui n’avaient pas été purgés de l’appareil d’Etat, mais ils auraient négligé les petits exécutants (flics de base, soldats sans grade, gardiens de camps, etc.) beaucoup plus nombreux, et la masse des Allemands qui est restée passive. Selon cet historien, l’extrême gauche des années 1960-1970 souhaitait uniquement soutenir la thèse d’une double continuité : institutionnelle entre le Troisième Reich et les sommets de l’appareil judiciaro-policier de la RFA ; et économique, liée à la domination du « capital monopoliste » des années 1930 aux années 1960, domination du « capital monopoliste » que l’extrême gauche déconnectait de l’antisémitisme. Mais celle-ci ne se serait pas intéressée aux millions de collaborateurs ordinaires du nazisme.
Cette critique doit être considérablement nuancée : au moins deux courants de gauche, les intellectuels de l’école de Francfort, dès avant la Seconde guerre mondiale7 8, puis tous les groupes ou intellectuels influencés par leurs réflexions sur la « personnalité autoritaire. », et ensuite, après 1990, le mouvement hétérogène des antideutsch, ont tenu à souligner l’importance et le rôle de ces « collaborateurs ordinaires », voire en sont devenus obsédés et ont transmis cette « obsession » à une grande partie de la gauche institutionnelle.
C’est d’ailleurs ce que regrette l’universitaire et militant Leandros Fischer [2024] dans la revue Historical Materialism à propos des antideutsch. Selon lui, ils auraient considérablement influencé à la fois les Grünen (les Verts allemands), une aile de Die Linke et une fondation politiquement très proche de ce parti, la Rosa Luxemburg-Stiftung, créée en 1990, puis reconnue (et financée) par l’Etat fédéral en 1999. L’année 1990 a justement vu éclore le mouvement « Nie nieder Deutschland » (Plus jamais d’Allemagne) animé par la Radicale Linke (Gauche Radicale), mouvement qualifié dé « antideutsch » par ses adversaires, à cause de son opposition à la réunification et à la constitution d’un éventuel « Quatrième Reich » qui résulterait de la fusion entre la RFA et la RDA.
Ainsi, un intervenant, lors d’une table ronde sur le bilan du mouvement antideutsch en 2024, a pu déclarer : « Nous sommes presque tous dans cette salle des petits-enfants de nagis. Da gauche ne se préoccupe pas encore suffisamment de h antisémitisme et de la responsabilité historique que nous portons en tant que membres de la gauche allemande. Il m ’est pénible de voir ce sujet discuté ici en ternies de “passé” et de “petite rupture civilisationnelle ” [..] Nous avons une responsabilité spécifique. Je ne pente négliger le passé de mes grands-parents et la “rupture civilisationnelle” qui s’est opérée alors fi.. .f [Platypus, 2025].
« Petits-enfants de nazis »... ou de « résistants » ?
D’après une enquête publiée en 2002 (f)pa war kein Nagi, « Pépé n’était pas nazi »), dans les conversations privées au sein des familles, « Les membres des familles qui ont vécu le napisme sont décrits comme des opposants au napisme (héroïsation) ou comme des victimes (.victimisation), alors que leurs actes ne sont pas rappelés ». De plus, des études réalisées en 2006 révèlent que « plus de la moitié des Allemands comparent la politique d’Israël à celle du Troisième Leich. Plus de 30% sont d’accord, ou plutôt d’accord, avec l’affirmation selon laquelle la politique israélienne rend les Juifs de moins en moins sympathiques. Près de 45 % des personnes interrogées comprennent parfaitement que l’on puisse avoir quelque chose contre les Juifs en raison de la politique israélienne » [Ullrich, 2008].
Comme le souligne aussi un penseur antideutsch : « L’antisémitisme se retrouve aujourd’hui dans toutes les couches sociales et tous les spectres politiques, mais avec une intensité variable. Environ un quart de la population en République fédérale d’Allemagne approuve des déclarations antisémites classiques telles que ‘Les Juifs ont trop d’influence dans le monde Les déclarations relevant de l’antisémitisme lié à Israël., telles que l’assimilation de la politique israélienne à l’égard des Palestiniens à la politique de persécution et d’extermination des Juifs sous lé national-socialisme, sont soutenues par environ 55 % de la population. Les formes d’antisémitisme visant à rejeter la culpabilité, également appelées antisémitisme secondaire, sont particulièrement répandues : en 2022, 49 % des citoyens allemands ont demandé de “tirer un trait ” sur le passé nagt » [Grigat, 2024].
Selon un sondage de 2002, « les citoyens allemands d’aujourd’hui sont convaincus que 26% de leurs parents et proches ont aidé des persécutés et que 13 % ont même participé activement à la résistance. Seuls 2 % auraient été des partisans actifs du national-socialisme et 4 % supplémentaires auraient eu une opinion "‘plutôtpositive" à son égard. Mais seuls 3 % auraient été antisémites. » [Koenen, 2004].
Et pour couronner le tout, « A la fin de l’année 2004, un groupe de recherche dirigépar le sociologue Wilhelm Heitmeyer, de Bielefeld, a découvert que [.. J plus de la moitié des Allemands pensent “que le comportement d’Israël envers les Palestiniens n ’estfondamentalement pas différent de celui des nagis envers les Juifs sous le Troisième Leich" » [Kloke, 2007].
Face à de telles attitudes et perceptions du passé et du présent (qui contrastent avec les manuels scolaires et les édifiants discours gouvernementaux), on comprend mieux l’inquiétude des antideutsch, qui ne peuvent être considérés simplement comme des individus « paranoïaques » ou « hystériques ».
On imagine mal un « gauchiste » français prendre la parole dans une réunion-bilan sur l’extrême gauche soixante-huitarde, se battre la coiffe et qualifier les participants de « petits-enfants de pétai/listes », et encore moins invoquer une « rupture civilisationnelle » à propos des crimes de I Ichy, des collaborateurs et de la Milice, ou s’affliger de toutes les déclarations ambigües ou carrément antisémites prononcées par d’éminents intellectuels de gauche9 10...
Pourtant, comme l’explique un sociologue allemand°, « Il existe à gauche (,à l’exception d’une partie de la social-démocratie, en particulier son aile droite) une tradition qui remonte loin dans le temps et qui se caractérise par un rejet particulier du nationalismejuif et une sous-estimation de l’antisémitisme, donc de la souffrance spécifiquement juive ». Cette sous-estimation est liée à l’idée que l’antisémitisme serait un produit du féodalisme et de la petite production marchande, donc d’une formation sociale en voie de disparition. « Cette relation problématique de la gauche avec lejudaïsme a constitué la base d’un biais antisioniste qui n’est pas lié au conflit réel au Proche-Orient, mais qui a été renforcépar celui-ci. Cet héritage a trouvé son point culminant dans l’antisionisme anti-impérialiste (en particulier dans la gone de pouvoir soviétique sous Staline), qui a clairementfranchi le seuil de l’antisémitisme à plusieurs reprises. La gauche porte encore aujourd’hui le poids de cet héritage » [Ullrich, 2008].
Une petite digression s’impose ici : en France, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, ce sont les courants les plus réactionnaires (catholiques de droite stimulés par le pape, et monarchistes emmenés par l’Action française) qui ont exprimé leur hostilité la plus violente face à l’idée d’un État « hébraïque » en Palestine, et ce en raison de leurs visions religieuses et complotistes, qu’on retrouve notamment dans le Protocole des Sages de S ion. Du côté des catholiques, « L’Eglise pensait le petple juif comme un petple rejeté par Dieu à cause de son refus d’accepter le Christ. De ce fait, elle ne pouvait pas accepter que les Juifs fondent un mouvement national pour “rentrer" dans “leur" terre ancestrale » [Neuhaus, 2019]. Quant à Maurras, en 1923, il « dresse un panorama complet de la domination juive mondiale et des moyens de la contrecarrer » et se réjouit « de la réaction anti sioniste des Arabes en Palestine, qui ouvre les “possibilités de l’antijudaïsme islamique” » [Joly, 2012]. L’antisionisme nationaliste catholico-monarchiste gaulois et pro « islamique », voilà un précurseur dont les antisionistes « de gauche » en France ignorent certainement l’existence !
En dehors des questions du judéocide, du nazisme et de l’antisionisme, les clichés sociaux contre les Juifs n’ont jamais disparu à l’extrême droite, comme en témoignent de nombreuses déclarations de l’AfD.
Sources citées
Fischer, Leandros (2024), « “For Israël and Communism” ? Making sense of Germany’s antideutsche », https: / /www.historicalmaterialism.org/article tag/antideutsch !
Fischer, Michael (2015), Horst Mahler, KIT Scientific Publishing, 2015, disponible en ligne, https:/ /books.opened ! tion.org/ksp/480Z
Grigat, Stephan (2024), Hom Antijudaismus cçitm Hass auf ’Israelinterventionen erir Kritik des Antisemitismus, https://kidoks.bsz-bw.de/frontdoor/deliver/index/docld/5809/file/Grigat Antijudaismus.pdf
Hanloser, Gerhard (2022), Interview à propos de son livre « L’autre Front transversal et l’escroquerie antideutsch » https://www.youtube.com/watch?v=FbxVXHpW-J8
Haury, Thomas (2003) « Sur l’antisémitisme à gauche en Allemagne »
https://npnf.eu/spip.php?article738
Joly, Laurent (2012), « D’une guerre l’autre. L’Action française et les Juifs, de l’Union sacrée à la Révolution nationale (1914-1944) », https: / /shs.cairn.info /revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2012-4-page-97 ?lang=fr
Kistenmacher, Olaf (2006), « De “Judas” au “Capital juif” : les formes de pensée antisémites dans le Parti communiste allemand (KPD) sous la république de Weimar, 1918-1933 »
(https: / / npnf.eu/spip.php ?article664)
Kistenmacher, Olaf (2006), https://engageonline.wordpress.com/2015/11/04/from-j ewish-capital-to-the-jewish-fascist-legion-in-jerusalem-fhe-devel opmen t-of-antizionism-in-the-german-communist-party-kpd-in-the-weimar-republic-1925-1933/ On trouve une version en allemand du même texte dans Antifa Désaccord [2023]
Koenen, Gerd (2004), « Mythen des 20. Jahrhunderts », https://gerd-koenen.eu/
Kloke, Martin (2007), https://www.compass-infodienst.de/Martin-Kloke-Israel-Alptraum-der-deutschen-Linken.2400.0.html
Neuhaus, David (2019), https://www.cath.ch/newsf/david-neuhaus-on-ne-peut-pas-assimiler-le-peuple-elu-au-peuple-israelien-contemporain/
Platypus (2025, https://platypus 1917.org/2025/04/01 table ronde
Quélennec, Bruno (2023), « Penser l’antisémitisme post-Auschwitz avec la « première » Théorie critique. Réceptions, apports, limites », https://hal.science/hal-04156499/document
Ullrich, Peter (2008), Die Linke, Israel und Palästina. Nahostdiskurse in Grössbritannien und Deutschland (« La gauche, Israël et la Palestine. Discours sur le Proche-Orient en Grande-Bretagne et en Allemagne »), Karl Dietz Verlag, disponible en ligne
Ullrich, Peter (2024, 20 décembre), https: / /www.rosalux.de /en /news /id /52916/anti-antisemitism-is-fuelling-an-authoritarian-climate-in-germany
Virchow, Fabian (2021), « “Brecht den roten Uni-Terror” — “1968” im Visier der extremen Rechten » [« “Brisons la terreur rouge dans les facs” — La vision de “68” par l’extrême droite », Zeitschrift für Kechtsextremismuforschung, 1 (2),
1
Les interprétations d’Henry Laurens sur le site orientxxxi.info ou des sites « propalestiniens » sont parfaitement cohérentes avec le narratif défendu par le Parti stalinien tchécoslovaque, dans son organe, Rude Pravo, le 21 novembre 1951 : « Pendant la guerre mondiale, alors que le maréchal Staline lançait un appel en
1942 aux Juifs du monde entier durant cette période de terreur, les organisations sionistes se sont tues, sachant qu ’une campagne en faveur de l’arrêt de l’effusion de sang susciterait l’exigence de l’ouverture immédiate d’un secondfront contraire aux intérêts des puissances occidentales. Aujourd’hui, les sionistes s’unissent avec des néo-napis, qui marchent sur les traces de Hitler et de Ben Gourion, chef d’Israël, qui a conclu un pacte avec Adenauer. »
2
[...] les Allemands ne pardonneront jamais Auschivitp aux Juifs » selon le psychanalyste israélien Zvi Rex. Ou, selon un personnage du film Welcome in I henna : « Ils ne nous pardonneront pas le mal qu’ils nous ont fait. » Pour une définition plus détaillée on se reportera à l’article de Bruno Quénellec [2023].
3
Cet argument a été abondamment développé, à gauche, par l’« antisioniste » Norman Finkelstein dans L’industrie de l’Holocauste, dont le sous-titre est Réflexions sur l’exploitation de la souffrancejuive (cf. https://npnf.eu/spip.php?article566 ).
4
Cette citation est extraite d’un imposant « Rapport de situation sur l’antisémitisme 2022/2023 ». Après avoir tenté de définir l’antisémitisme, ce document distingue entre six formes d’antisémitisme : religieux, social, politique, raciste, secondaire et lié à Israël — ou antisioniste ; il analyse en détail les positions de tous les courants politiques qu’il considère comme « antidémocratiques » et qui pourraient être, ou sont, violents : qu’ils soient liés à des groupes politiques étrangers comme le PKK, islamistes, d’extrême gauche ou d’extrême droite. L’extrême droite inclue les néonazis organisés mais aussi les nationalistes-complotistes-mouvementistes du type Reichsbürger* (Citoyens de l’Empire) et Selbstverwalter* (littéralement « ceux qui s’administrent eux-mêmes » ou « autonomistes » — à ne pas confondre avec les autonomes d’extrême gauche !), souvent compromis dans des projets d’attentats. Les auteurs de ce rapport publié en mai 2024, restent curieusement anonymes :
https://www.verfassungsschutz.de/ SharedDocs/publàationen/DE/allgemein/2024-05-lagebild-antisemitismus.html.
5
Cf. Olaf Kistenmacher [2006] et l’Annexe n° 2 de ce texte.
6
G. Hanloser [2022] se moque de cette notion de « personnification », jugée potentiellement antisémite par l’école de Francfort et ses disciples actuels — dont les Antideutsch. Selon lui, on ne peut combattre les structures capitalistes sans attaquer les individus qui les gèrent pour conserver leur statut social et leurs privilèges, et prolonger la domination de la classe bourgeoise. A mon avis, cette objection s’applique uniquement aux discours « radicaux » abstraits, indifférents aux aspects concrets de l’exploitation, et qui passeraient sous silence les responsabilités personnelles des hauts dirigeants, des cadres intermédiaires et des hommes de main du capitalisme. Hanloser ne semble pas envisager la possibilité qu’on puisse attaquer à la fois les individus et les structures d’exploitation et de domination, pour éviter la personnalisation fasciste et/ou anticapitaliste-antisémite ou anti-impérialiste-antisémite.
7
Les études sur le rôle de l’antisémitisme, de l’ethnocentrisme et de la personnalité autoritaire dans le développement du fascisme furent menées aux Etats-Unis, par Theodor Adorno, Max Horkheimer et Leo Löwenthal, entre 1936 et 1945. Même si ces intellectuels évitèrent d’utiliser un langage marxiste puisqu’ils étaient réfugiés sur le sol américain durant cette période et qu’ils travaillèrent pour 1’088 (l’ancêtre de la CIA !!!) durant la guerre, les concepts de la Théorie critique* furent ensuite exportés dans les milieux de gauche en Allemagne. En effet, après-guerre, si Marcuse resta enseigner aux États-Unis, Adorno et Horkheimer revinrent dans leur pays natal et vécurent suffisamment longtemps pour former une deuxième, voire une troisième génération d’étudiants, au grand dam de l’extrême droite qui les présenta comme des « corrupteurs de lajeunesse », des « officiers de rééducation » que les Alliés auraient poussé à « réémigrer » en Allemagne pour répandre « un individualisme sans limites et un égoïsme matérialiste qui ne connaît plus que des exigences » [Virchow, 2021].
8
L’expression « rupture civilisationnelle » s’est imposée dans le vocabulaire militant et philosophique allemand, sous l’influence de la réflexion d’Adorno sur le judéocide commis dans les camps de mise à mort, qu’il refusa de réduire à un énième « massacre de masse », mais assimila à un changement capital dans l’histoire de l’Occident et des Lumières.
9
Comme la gauche est (généralement) incapable de se pencher sur sa propre histoire, seuls des pamphlets bâclés écrits par des intellectuels de droite mentionnent les écrits antisémites de gauche. Les plus récents sont ceux de Michel Onfiray (L’autre Collaboration. Les origines françaises de l’islamogauchisme, Plon, 2025) et de Clément Weill-Raynal (Lagauche antisémite. Une haine qui vient de loin, L’Artilleur, 2025) mais je n’incite personne à les acheter, vu leur vacuité sur le plan théorique !!!
10
Auteur qui, par ailleurs, n’hésite pas à dénoncer la « panique morale », le « racisme anti-Palestiniens » et 1’« anti-antisémitisme autoritaire » [Ullrich, 2024] de ceux qui veulent empêcher les protestations contre ce que ce sociologue proche de Die Linke appelle des « crimes de guerre à tendancegénocidaire » commis par l’armée et le gouvernement israéliens actuels. Il ne s’agit donc pas d’un horrible « sioniste » !Les trois passerelles potentielles entre l’extrême droite et l’extrême gauche
Auteur d’une biographie d’Horst Mahler, Michael Fischer [2015] s’est interrogé sur les passerelles entre l’extrême gauche et l’extrême droite. Selon lui, trois thèmes peuvent faciliter les transferts, les cousinages idéologiques : l’antisémitisme, l’antiaméricanisme et l’antiparlementarisme.
Examinons brièvement les hypothèses de cet historien sur ces trois points.
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Dans la même série on pourra lire sur ce site
Allemagne (1). Passeurs et transfuges vers l’extrême droite
https://npnf.eu/spip.php?article1285
Allemagne (2). Passeurs et transfuges de gauche vers l’extrême droite
https://npnf.eu/spip.php?article1286
Allemagne (3). Passeurs et transfuges de gauche vers l’extrême droite
https://npnf.eu/spip.php?article1287
Allemagne (4). Passeurs et transfuges de gauche vers l’extrême droite
https://npnf.eu/spip.php?article1289
Comités de lutte (Kampf Komitees) et Comités antifascistes (Antifa-Ausschüsse) en Allemagne (1945-1948)
https://npnf.eu/spip.php?article1281
Chronologie pour comprendre la nébuleuse antideutsch en Allemagne
https://npnf.eu/spip.php?article1274
Annexe 1 – La naissance du maoïsme en Allemagne : un vrai roman policier !
https://npnf.eu/spip.php?article1262
SOMMAIRE PROVISOIRE du livre à paraître en fin d’année
INTRODUCTION 3
Un passé traumatique pour la gauche 5
Sur les « groupes intermédiaires de gauche » 7
Un anticommunisme d’État 8
Des « anti-autoritaires » aux « K-Gruppen » : quelques hypothèses 10
Völkisch contre Antideutsch : un faux débat ? 13
Quelques particularités nationales 15
« Extrémisme » ou « Radicalisme » ? 17
• Première passerelle potentielle : l’antisémitisme 18
« Petits enfants de nazis » ou de « résistants » ? 23
• Deuxième passerelle potentielle : l’anti-américanisme 25
Anti-américanisme et « haine de l’Occident » 26
• Troisième passerelle potentielle : l’antiparlementarisme 26
Qu’est-ce que le « Querfront » ? 27
Socialisme, national-socialisme et Révolution conservatrice 29
Passerelles… involontaires ? 30
INTERMEDE : L’enfer est pavé de bonnes intentions (florilège) 35
PREMIERE PARTIE
Quelques points de repère chronologiques (1944-2003) 37
Prémices politiques et intellectuelles 39
Comités de lutte et Comités antifascistes 39
Guerre des 6 jours : rupture ou continuité de l’antisionisme 48
Soixante-septards ou soixante-huitards ? 51
Un tournant dans les groupes autonomes 56
Un groupe antideutsch avant la lettre ? 56
1981-1986 : montée du pacifisme et premières discussions sur l’antisionisme et l’antisémitisme de gauche 57
1989 : Diffusion massive de l’étiquette (ou de l’insulte) antideutsch 61
1991 : Le choc de la première guerre du Golfe 63
1991-1995 : début des guerres de Yougoslavie 64
Soutien aux bombardements alliés de Dresde 65
Bombardements alliés et attitudes victimaires allemandes 66
Controverse autour du livre de Daniel Goldhagen 67
1999 : Soutien à Milosevic 69
2000 : L’antisémitisme des « autres » : une inflexion léthale vers le racisme antimusulmans 70
2003 : Deuxième guerre du Golfe : antideutsch rime de plus en plus avec bellicisme 71
DEUXIEME PARTIE
Des « antinationaux » aux « antideutsch » : une évolution politique complexe 77
Des origines multiples 79
Bilan dressé par certains Antideutsch 85
Une radicalité trompeuse ? 587
Comment expliquer une telle dégénérescence politique ? 93
TROISIEME PARTIE
Passeurs et transfuges 103
Controverses autour de Dutschke 104
« Dénazification » ? « Rééducation » ? « Colonisation » ? 107
Ambiguités et limites de Rudi Dutschke 109
La « Déclaration canonique » de 1998 111
QUATRIEME PARTIE : DES PASSEURS AUX TRANSFUGES. 21 PARCOURS INDIVIDUELS
Herbert Ammon 112
Gunther Bartsch 113
Frank Böckelmann 114
Peter Brandt 119
Jürgen Elsässer 125
Tilman P. Fichter 129
Peter Furth 131
Franz Kerkoff 131
Dieter Kunzelman 132
Rainer Langhans 141
Manfred Lauerman 142
Horst Mahler 143
Günther Maschke 149
Reinhold Oberlercher 150
Werner Olles 151
Bernd Rabehl151
Klaus Rainer Röhl 156
Reiner Rupsch 156
Peter Schütt 156
Rolf Peter Sieferle 157
Rolf Stolz 159
Annexe 1 : La naissance du maoïsme en Allemagne – un vrai roman policier ! 107
Annexe 2 : Le mouvement ouvrier allemand face à la prétendue « question juive » (de Marx à la RDA) 169
De Marx à Bernstein 169
Une communauté juive en voie d’assimilation 173
Le SPD 177
Le KPD 187
Le SED et le KPD après la Libération 198
Paul Merker 199
Le KP et la Troisième Internationale 201
Radicalisation de la politique antisémite-antisioniste 205
Annexe 3 : ISF et ça ira 207
L’ISF vu par Marcel Stoetzler 208
Annexe 4 : Le Querfront : un projet présidentiel de droite ? 210
Annexe 5 : l’AfD et le nazisme
Glossaire 213
Sources 254