Un anticommunisme d’État
Si des coups mortels furent portés par l’Etat nazi aux organisations du mouvement ouvrier entre 1933 et 1945, la gauche et l’extrême gauche allemandes ne recouvrirent pas une totale liberté d’expression et d’organisation après la Libération, d’abord à cause des troupes d’occupation américaines, françaises, britanniques et soviétiques, puis à cause de la façon dont RFA se structura. « Les communistes étaient traités comme des criminels, y compris ceux qui avaient survécu à la persécution napie » [Bois, 2016]. L’Allemagne de l’Ouest promut dès sa naissance un anticommunisme d’État qui aboutit à l’interdiction du KPD en 1956 — la dictature du prolétariat étant jugée contraire à la « Loi fondamentale » (la Constitution). Cet anticommunisme (à ne pas confondre avec l’antistalinisme prolétarien1 des Gauches communistes* allemande, italienne et hollandaise) fut nourri en permanence par les conséquences de la division entre la RDA et la RFA ; ce climat réactionnaire s’aggrava avec la construction du Mur en août 1961, l’omniprésence de la police politique (la Stasi) à l’Est, etc. Cet anticommunisme conditionna aussi les comportements de la gauche et de l’extrême gauche durent faire face à une pression sociale considérable.
L’ensemble des tendances de gauche et d’extrême gauche (et, pour faire bonne mesure, d’extrême droite) étaient (et sont, encore aujourd’hui, en 2026) soumises à la surveillance policière ; les sympathisants ou partisans du « communisme » (du stalinisme) n’avaient pas le droit de travailler dans la fonction publique et étaient licenciés si l’enquête du BfV (Bureau de protection de la Constitution*) jugeait qu’ils n’étaient pas « fiables » : si vous aviez participé à une manifestation ou à une distribution de tracts, ou, pire, si vous aviez déposé une demande d’autorisation de manifester, ou écrit des articles sous votre nom dans un journal jugé « extrémiste2 » dix ans auparavant, cela suffisait pour que votre candidature soit refusée à un concours, ou à un poste, administratif, et que vous soyez éjecté de votre travail si vous aviez déjà été embauché dans la fonction publique3. « Les dizaines de milliers de procès pour haute trahison, atteinte à la sûreté de l’Etat et intelligence avec l’ennemi, dans des affaires mineures — comme l’organisation de voyages touristiques en RDA, laissèrent un goût d’autant plus amer qu ’on cessa quasiment de poursuivre les crimes napis » durant les premières années de la décennie 1950-1960 [A. Schildt, 2009].
De surcroît, une presse « populaire », contrôlée par le groupe Springer, exerçait une influence délétère en prétendant incarner un « sentiment populaire sain. » comme le formulait le tabloïd Bild-Zeitung, par exemple. Les médias décrivaient les étudiants et les « gauchistes » comme des « fascistes repeints en rouge. » ; ils dénonçaient les « minorités anarchistes et terroristes », les « Sections d’assaut* rouges » et les « idiots utiles de Moscou », chaque fois que les étudiants manifestaient, et ils incitaient les braves Allemands à se charger de les réduire au silence ; lorsqu’un flic abattit Benno Ohnesorg, le 2 juin 1967, lors d’une manifestation contre la venue du shah d’Iran, les journaux du groupe Springer n’hésitèrent pas à prétendre que les policiers avaient été menacés avec des couteaux, voire qu’un étudiant avait tué un policier.
Autre particularité allemande : les groupes trotskystes étaient beaucoup plus faibles, en Allemagne, qu’en France et au Royaume-Uni. L’extrême gauche allemande se forma surtout, non pas à partir de scissions de la social-démocratie ou des Partis communistes4 comme dans les autres pays européens, mais à partir de l’éclatement du SDS — organisation dans laquelle, il est vrai, des tendances très différentes coexistaient, animées par des gens qui pratiquaient « l’entrisme » pour des groupes extérieurs, ou avaient déjà de très fortes affinités avec eux.
Qu’était exactement le SDS ?
Des anti-autoritaires aux groupes K : quelques hypothèses
Créé en 1946, le Sozialistischer Deutscher Studentenbund (SDS) rassemblait, à ses débuts, moins de 90 étudiants, unis notamment par leur opposition à la course aux armements et leur soutien à l’objection de conscience. En principe indépendant du SPD, le SDS fut en réalité assez proche du Parti social-démocrate allemand jusqu’en 1959, année du congrès de Bad-Godesberg durant lequel le SPD rejeta officiellement le marxisme5. Par la suite, le SDS se « radicalisa » notamment dans ses combats importants contre la loi sur l’état d’urgence (Notstandgesetze) adoptée le 30 mai 1968 ; certains de ses membres furent poursuivis par la justice pour leurs liens — supposés ou réels — avec des partisans de la lutte armée, notamment de la RAF, du Mouvement du 2 juin (Bewegung 2. Juni) ou des Cellules révolutionnaires (Revolutionäre Zellen), même si ces groupes apparurent ou se développèrent après la dissolution du SDS6. Le SDS devint ainsi une espèce de chaudron intellectuel pour tous les courants de gauche et d’extrême gauche, rassemblant au maximum 3 000 militants. Il finit par exploser en 1970, écartelé entre différents « groupes de projet » qui devinrent les « K-Gruppen », « néo-léninistes », hiérarchiques et centralisés.
Néanmoins, les pratiques les plus originales des éléments « anti-autoritaires » du SDS différaient de celles de l’extrême gauche traditionnelle internationale, à la même époque, et ces particularités allaient marquer les courants de gauche durant les décennies suivantes.
Dès l’année 1968, deux universitaires remarquèrent que « « Les critères traditionnels employés dans l’analyse de l’histoire du mouvement ouvrier européen de l’entre-deux-guerres ne [rendaient] pas compte de la réalité complexe de cette gauche allemande de minorités permanentes » [Schmidt et Cullin, 1968]. Ils signalèrent trois changements importants :
a) les « structures » - les jeunes « gauchistes » créaient des clubs de discussion, des « centres de dialogue et de recherches » qui ne s’intéressaient pas aux élections, et dont le « râle éducatif [était] riélément essentiel », en vue de créer une « nouvelle pédagogie politique. » ;
b) les « références doctrinales » — elles « dépassent le cadre du marxisme-léninisme. » et « l’apport chrétien est très important » ; il existait « une volonté de synthèse entre tous ces grands courants philosophiques » dans la Nouvelle Gauche qui voulait « remplacer la démocratie parlementaire par la démocratie des conseils » ; elle prônait la « libération de toute autorité, de toute contrainte. », mais ne comptait plus sur la classe ouvrière : en effet, ils jugeaient que celle-ci était intégrée7 à la société de consommation et s’identifiait à V« État autoritaire » — un discours que l’extrême gauche internationale commencera à diffuser elle aussi, de plus en plus ouvertement, à partir des années 1980, en s’appuyant sur l’essor des « nouveaux mouvements sociaux », de l’altermondialisme et des politiques identitaires.
Comme l’expliquait déjà Rudi Dutschke en 1963 : « Le travail salarié et le capital se conditionnent mutuellement, s’engendrent réciproquement. Marx analyse cela de manière fantastique et sans ambiguïté, mais aujourd’hui, son analyse ne s’applique plus à l’Europe occidentale. [...] Bien sur, les travailleurs d’Europe occidentale vendent aussi leur force de travail — ils se vendent bien — mais ils ont aujourd’hui plus à perdre que leurs chaînes. La conscience de classe prolétarienne, qui s’était développée dans la lutte acharnée pour l’amélioration des conditions de vie générales, s’est avérée peu durable après l’amélioration des conditions de vie, et les travailleurs se sont embourgeoisés » [cité in Hacker, 2013] ;
c) la base sociale — plutôt que d’essayer de recruter chez les militants syndicaux comme les staliniens du KPD (clandestins depuis 1956 en RFA) et les sociaux-démocrates du SPD8 (organisations dont l’influence déclinait, du moins, dans la classe ouvrière9), les « gauchistes » cherchaient à attirer « les milieux étudiants, universitaires et intellectuels » et aussi les lycéens (ce qui annonçait une évolution qui allait toucher toute l’Europe à partir des années 1970), et bientôt les jeunes apprentis.
Dès 1968, Schmidt et Cullin décrivaient ainsi des tendances qui se développeraient dans ce que les spécialistes appelleront plus tard les « nouveaux mouvements sociaux ». Ces mouvements qu’ils qualifiaient aussi de « post-matérialistes » , se proclamaient « anti-autoritaires10 », ne se préoccupaient guère de rigueur idéologique et se désintéressaient des problèmes des ouvriers et des employés, puisque, selon eux, les ouvriers allemands étaient « intégrés »,.
Ce thème de l’intégration et de l’atomisation totale des prolétaires est d’ailleurs toujours central dans ces mouvements, aujourd’hui, qu’ils soient antideutsch, autonomes, « antifa », « antira », écologistes, féministes, LGBTQI+, etc. Un demi-siècle plus tard, les références à la classe ouvrière (ou en tout cas aux travailleurs) sont devenues courantes, en revanche, chez les courants nationaux-populistes, fascistes et d’extrême droite, alors que ces milieux ultra réactionnaires ne s’intéressaient pas à ces catégories sociales exploitées dans les années 1960.
Dans leur article, Schmidt et Cullin soulignaient que les membres de cette « Nouvelle Gauche » avaient une attitude particulièrement rigide (même lorsqu’ils ne se réclamaient pas, ou plus, du marxisme-léninisme) : ils n’étaient prêts à aucun compromis. Et cette rigidité continuera sans doute à se manifester dans les groupes « alternatifs », féministes et écologistes (et, vingt ans plus tard, antideutsch) qui prospéreront après l’explosion du SDS, en 1970.
Lorsque le SDS disparut, ses militants s’éparpillèrent en adhérant aux groupes d’extrême gauche, autonomes*, antifascistes, antiracistes, féministes, « alternatifs », anti-impérialistes : au bout de quelques années, ils rejoignirent les Verts, la social-démocratie ou même le parti stalinien ouest-allemand (le DKP, de nouveau autorisé sous un nouveau nom en 1968), comme cela se produisit après 1968, en France, où le PCF connut une certaine popularité parmi la jeunesse étudiante, popularité inattendue pour l’extrême gauche, vu l’attitude très modérée que le Parti avait adoptée durant les mois de mai-juin. Si l’on consulte la liste (évidemment partielle) des anciens membres les plus connus du SDS sur Wikipedia en allemand, on peut constater qu’ils prirent des directions politiques très différentes et que certains entreprirent une « longue marche à travers les institutions” » qui les mena à de très hautes fonctions.
Quant à l’« extrême gauche » en RDA (État qui fusionna avec la RFA en 1990), elle était minuscule jusqu’à la chute du Mur* et est restée beaucoup moins forte à l’Est qu’à l’Ouest jusqu’à ce jour. Aussi la plupart des individus évoqués dans ce livre ont-ils commencé à militer, à l’Ouest, dans des mouvements tiersmondistes, maoïstes ou de la « Nouvelle Gauche » issue du SDS, de l’APO* (l’« Opposition extraparlementaire »), pour lesquels les thèmes du « peuple » et de la « nation12 » étaient plus familiers, voire plus centraux, que dans les courants trotskistes — quel que soit l’opportunisme congénital de ces derniers [cf. Y.C., 2007].
Sources citées :
Bois, Marcel (2016), https: / /jacobin.com/2016/08/ERNST-THALMANN-EAST-GERMANY-STALIN-NAZIS
Droz, Jacques (2020), https: / /maitron.fr/le-mouvement-ouvrier-allemand-et-la-social-democratie-1920-1933/
Fringeli, Christoph (2016), https://datacide-magazine.com/marcel-bois-kommunisten-gegen-hitler-und-stalin-die-linke-opposition-der-kpd-in-der-weimarer-republik-eine-gesamtdarstellung-book-review/
Hacker, Daniel (2013), « Rudi Dutschke - nicht rechts, nicht links, sondern revolutionär ? », mémoire pour un master de philosophie, https://unipub.uni-graz.at / obvugrhs / content/titleinfo /234144 ?lang=en
Koenen, Gerd (2022), « Die KPD wartete auf den Zusammenbruch », https://gerd-koenen.eu/ mais opposés « à l’idéologie sexuelle impérialiste. » qui exagère « artificiellement les besoins sexuels afin de détourner la jeunesse ouvrière des problèmes plus importants. » \in Popp et Gentzer, 1974] !
11 On trouvera l’explication de ce slogan dont on attribue la paternité à Rudi Dutschke dans le Glossaire final.
12 Ainsi le programme d’action du KABD proclamait « La classe ouvrière est la garante de l’unité nationale. Elle est la force patriotique cohérente pour l’unification de la patrie. » ; et l’Union ouvrière pour la reconstruction du KPD souhaitait « réaliser le souhait profond de tout le peuple allemand d’éliminer à jamais l’oppression senile, l’humiliation honteuse et la division de sa nation. » ; pour le KPD (ml) [ f. Die Maoisten. Die Modernen Volkstümler, Sozialistiche Arbeiter Gruppe, Popp et Gentzer, 1974].
Mondot, Jean (2013), « Le terrorisme des années 70 en RFA, vu de France et de gauche », https:/ / open.ifz-muenchen.de/server/api/core/bitstreams/da7addbl-446e-49a2-a283-c4450cl04bc4/content
Schmidt Gerhard et Cullin Michel, « Enquête : La nouvelle gauche allemande », Allemagne d’aujourd’hui, n°13, mai-jui, https://doi.org/10.3406/alaui.1968.6L36
Y.C. (2007), « Faillite du trotskysme ? », http://npnf.eu/spip.php?article275
Y.C. (2007), Quelques pistes pour un bilan du « trotskysme », http://npnf.eu/spip.php?article274
Y.C. (2007), « Trotskystes, néotrotskystes et... dinosaures », https://npnf.eu/spip.php?article260
1
Après 1945, non seulement les historiens est-allemands falsifièrent l’histoire du mouvement communiste, mais, à l’Ouest, les historiens de gauche ne s’intéressèrent que très peu aux « nombreux communistes opposés à Lénine et (beaucoup plus encore) à Staline. Les deux camps de la guerre froide profitèrent de l’idée objectivement erronée selon laquelle stalinisme — communisme, alors que le stalinisme était en réalité une nouvelle forme de contre-révolution. Ce n ’est pas dans l’Est prétendument communiste, mais en Allemagne de l’Ouest que certains groupes radicaux se réclamant de la gauche communiste des années 1920 ainsi que de la “droite ” dissidente du KPO (sous la forme du Gruppe Arbeiterpolitik qui existe encore aujourd’hui [cf. https://arbeiterpolitik.de/]) purent poursuivre leur travail. Au cours de la phase “anti-autoritaire ” du mouvement de protestation des années 1960, bon nombre de ces courants dissidents furent redécouverts. » [Fringeli, 2016].
2
Le vocabulaire universitaro-policier en Allemagne emploie des termes qui ne sont pas utilisés dans le même sens qu’en France. Est considérée comme « radicale. » toute personne qui exprime une critique virulente de l’État sans vouloir le renverser ; mais est étiqueté comme « extrémiste. » tout individu qui veut détruire l’État existant ; en cas de soupçon, « l’extrémiste. » est soumis à une surveillance policière approfondie, puis peut être traduit en justice, si sa « culpabilité » idéologique est reconnue, et donc être condamné à des peines de prison. Son organisation peut être dissoute, son journal interdit, la maison d’édition ou la librairie qu’il dirige être mise en faillite, etc.
En France, les personnes ou les associations musulmanes accusées de soutien au « terrorisme » ou au « séparatisme » se retrouvent dans une situation assez proche : fermeture de mosquées, de librairies musulmanes ou d’écoles confessionnelles privées, interdiction d’avoir un compte bancaire, gel des avoirs de l’association, etc. Ce sera peut-être aussi le sort des groupes « antifascistes » si la droite et l’extrême droite, soutenues par les médias du groupe Bolloré et la fachosphère, réussissent à les criminaliser.
3
Sur les « interdictions professionnelles », se reporter au glossaire final et au terme Berufsverbot.
4
Le premier groupe maoïste national, le MPLD, ne dura que deux ans (1966-1968) et ne regroupa pas plus d’une centaine d’adhérents. Il fut remplacé par le KPD-ML, fondé le 31 décembre 1968 et dirigé par Emst Aust, un ancien permanent du KPD clandestin, qui avait rompu avec le parti stalinien pro-soviétique. En Allemagne, le conflit sino-soviétique provoqua des scissions un peu plus tardives, et moins spectaculaires qu’en France et en Italie où il existait un vivier plus important de dissidents potentiels dans ces deux partis communistes de masse. L’Annexe 1 de ce texte
(https://npnf.eu/spip.php?articlel262) essaie d’en exposer les raisons. Mais, après l’éclatement du SDS en 1970, les mao s allemands rattrapèrent leurs compères français et italiens en créant des dizaines de groupes locaux (les K-Gruppe/i) qui tentèrent de former de prétendus « partis » à l’échelle de tout le pays.
5
Ce virage idéologique permit au SPD d’attirer de nouvelles couches sociales et d’élargir considérablement son électorat qui passa de 31,8% des voix en 1957 à 45,8 % en 1972. Il devint alors un « l Plkspartei », un « parti du peuple », qui avoue officiellement ne plus se préoccuper des clivages entre les classes sociales et souhaite incarner un « Nouveau Centre ».
6
Même si Andreas Baader et Gudrun Esslin placèrent des engins incendiaires dans deux grands magasins en avril 1968 et entrèrent dans la clandestinité en novembre 1969 après leur condamnation définitive, la première véritable action de la RAF eut lieu le 14 mai 1970 (jour où Baader fut libéré par un commando conduit par Ulrike Meinhoff) ; les Cellules révolutionnaires furent fondées en 1973 et le Mouvement du 2 juin en 1972.
7
Cette position était largement partagée dans l’extrême gauche. Le 4 décembre 1974, lors de sa rencontre en prison avec Sartre, Baader lui déclara que « les actions spectaculaires et violentes étaient nécessaires pour réveiller “iin prolétariat en retard d’une digaine d’années sur le prolétariat étranger à cause du nagisme” » [Mondo t, 2013].
8
Le SPD actuel ne se considère plus du tout comme appartenant à la gauche. Ce processus a une longue histoire puisque, déjà entre 1921 et 1925, ce parti avait une première fois « répudié dans le programme de Garlitg (1921 ) l’essentiel de la doctrine marxiste » et avait affirmé être « leparti, non de la classe ouvrière seulement mais du peuple allemand tout entier » [Droz, 2020]. Le sociologue Peter Ullrich colle à ce parti une étiquette bienvenue : « lagauche de l’Etat social », qualificatif qui irait comme un gant au PS français !
9
Selon un universitaire, ex-maoïste déçu, le problème avait déjà commencé durant l’entre-deux-guerres, : « En réalité, les communistes n’ont jamais vraiment réussi à s’implanter dans les couches centrales de la classe ouvrière industrielle » entre 1919 et 1933. « Le KPD est resté un parti d’action et de lutte punitive, soutenu par de petites fractions dejeunes travailleurs et les milieux qui les entouraient, en particulier les chômeurs. A. cela s’ajoutait un segment important de l’intelligentsia urbaine ». Quant au SPD, « c’était déjà un parti populaire moderne, mais il était dominépar les syndicats et les comités d’entreprise. En même temps, ses membres dirigeaient les mairies et les gouvernements régionaux, et donc souvent aussi la police. » [Koenen, 2022].
10
Lénine et Staline n’étaient guère populaires chez les étudiants allemands de gauche en 1967. Ils ne deviendront à la mode que trois ans plus tard, malgré les conceptions de certains marxistes-léninistes, comme les jeunesses du KABD, favorables à des « relations naturelles et honnêtes entre les files et les garçons »
VOUS POUVEZ AUSSI LIRE LE PDF ci-joint
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Dans la même série on pourra lire sur ce site
Allemagne (1). Passeurs et transfuges vers l’extrême droite
https://npnf.eu/spip.php?article1285
Allemagne (2). Passeurs et transfuges de gauche vers l’extrême droite
https://npnf.eu/spip.php?article1286
Comités de lutte (Kampf Komitees) et Comités antifascistes (Antifa-Ausschüsse) en Allemagne (1945-1948)
https://npnf.eu/spip.php?article1281
Chronologie pour comprendre la nébuleuse antideutsch en Allemagne
https://npnf.eu/spip.php?article1274
Annexe 1 – La naissance du maoïsme en Allemagne : un vrai roman policier !
https://npnf.eu/spip.php?article1262
SOMMAIRE PROVISOIRE du livre à paraître en fin d’année
INTRODUCTION 3
Un passé traumatique pour la gauche 5
Sur les « groupes intermédiaires de gauche » 7
Un anticommunisme d’État 8
Des « anti-autoritaires » aux « K-Gruppen » : quelques hypothèses 10
Völkisch contre Antideutsch : un faux débat ? 13
Quelques particularités nationales 15
« Extrémisme » ou « Radicalisme » ? 17
• Première passerelle potentielle : l’antisémitisme 18
« Petits enfants de nazis » ou de « résistants » ? 23
• Deuxième passerelle potentielle : l’anti-américanisme 25
Anti-américanisme et « haine de l’Occident » 26
• Troisième passerelle potentielle : l’antiparlementarisme 26
Qu’est-ce que le « Querfront » ? 27
Socialisme, national-socialisme et Révolution conservatrice 29
Passerelles… involontaires ? 30
INTERMEDE : L’enfer est pavé de bonnes intentions (florilège) 35
PREMIERE PARTIE
Quelques points de repère chronologiques (1944-2003) 37
Prémices politiques et intellectuelles 39
Comités de lutte et Comités antifascistes 39
Guerre des 6 jours : rupture ou continuité de l’antisionisme 48
Soixante-septards ou soixante-huitards ? 51
Un tournant dans les groupes autonomes 56
Un groupe antideutsch avant la lettre ? 56
1981-1986 : montée du pacifisme et premières discussions sur l’antisionisme et l’antisémitisme de gauche 57
1989 : Diffusion massive de l’étiquette (ou de l’insulte) antideutsch 61
1991 : Le choc de la première guerre du Golfe 63
1991-1995 : début des guerres de Yougoslavie 64
Soutien aux bombardements alliés de Dresde 65
Bombardements alliés et attitudes victimaires allemandes 66
Controverse autour du livre de Daniel Goldhagen 67
1999 : Soutien à Milosevic 69
2000 : L’antisémitisme des « autres » : une inflexion léthale vers le racisme antimusulmans 70
2003 : Deuxième guerre du Golfe : antideutsch rime de plus en plus avec bellicisme 71
DEUXIEME PARTIE
Des « antinationaux » aux « antideutsch » : une évolution politique complexe 77
Des origines multiples 79
Bilan dressé par certains Antideutsch 85
Une radicalité trompeuse ? 587
Comment expliquer une telle dégénérescence politique ? 93
TROISIEME PARTIE
Passeurs et transfuges 103
Controverses autour de Dutschke 104
« Dénazification » ? « Rééducation » ? « Colonisation » ? 107
Ambiguités et limites de Rudi Dutschke 109
La « Déclaration canonique » de 1998 111
QUATRIEME PARTIE : DES PASSEURS AUX TRANSFUGES. 21 PARCOURS INDIVIDUELS
Herbert Ammon 112
Gunther Bartsch 113
Frank Böckelmann 114
Peter Brandt 119
Jürgen Elsässer 125
Tilman P. Fichter 129
Peter Furth 131
Franz Kerkoff 131
Dieter Kunzelman 132
Rainer Langhans 141
Manfred Lauerman 142
Horst Mahler 143
Günther Maschke 149
Reinhold Oberlercher 150
Werner Olles 151
Bernd Rabehl151
Klaus Rainer Röhl 156
Reiner Rupsch 156
Peter Schütt 156
Rolf Peter Sieferle 157
Rolf Stolz 159
Annexe 1 : La naissance du maoïsme en Allemagne – un vrai roman policier ! 107
Annexe 2 : Le mouvement ouvrier allemand face à la prétendue « question juive » (de Marx à la RDA) 169
De Marx à Bernstein 169
Une communauté juive en voie d’assimilation 173
Le SPD 177
Le KPD 187
Le SED et le KPD après la Libération 198
Paul Merker 199
Le KP et la Troisième Internationale 201
Radicalisation de la politique antisémite-antisioniste 205
Annexe 3 : ISF et ça ira 207
L’ISF vu par Marcel Stoetzler 208
Annexe 4 : Le Querfront : un projet présidentiel de droite ? 210
Annexe 5 : l’AfD et le nazisme
Glossaire 213
Sources 254