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Annexe 1 – La naissance du maoïsme en Allemagne : un vrai roman policier !
Allemagne : De Mao à… l’AfD
Article mis en ligne le 4 décembre 2025
dernière modification le 6 juillet 2026

L’histoire de l’introduction du maoïsme en Allemagne a commencé avant l’explosion du mouvement étudiant radical, le SDS, en 1970 et l’apparition des multiples « Groupes K » qui en découla. Après avoir exploré les archives du KPD ouest-allemand, le BfV, soit l’Office fédéral pour de protection de la Constitution (une sorte de super « Renseignements généraux » allemands qui jouent, en plus, le rôle d’une police politique depuis les années 1950) et des archives du Parti communiste en Chine, Masha Jacoby a pu reconstituer en partie l’histoire du maoïsme en RFA et en RDA avant 1970, dans sa thèse de doctorat : « De Pékin au mouvement : comment le maoïsme est arrivé par des chemins détournés en Allemagne de l’Ouest » (2020).

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Annexe 1

La naissance du maoïsme en Allemagne : un vrai roman policier !
L’histoire de l’introduction du maoïsme en Allemagne a commencé avant l’explosion du mouvement étudiant radical, le SDS, en 1970 et l’apparition des multiples « Groupes K » qui en découla. Après avoir exploré les archives du KPD ouest-allemand, le BfV, soit l’Office fédéral pour de protection de la Constitution (une sorte de super « Renseignements généraux » allemands qui jouent, en plus, le rôle d’une police politique depuis les années 1950) et des archives du Parti communiste en Chine, Masha Jacoby a pu reconstituer en partie l’histoire du maoïsme en RFA et en RDA avant 1970, dans sa thèse de doctorat : « De Pékin au mouvement : comment le maoïsme est arrivé par des chemins détournés en Allemagne de l’Ouest ’ » (2020).

Avant que le conflit idéologique autour de la « coexistence pacifique » et du « révisionnisme soviétique » éclate au grand jour entre l’URSS et la Chine en 1962, la RDA et son parti stalinien (le SED) distribuaient en Allemagne de l’Ouest les publications imprimées en Chine. Grâce aux liens étroits entre le KPD ouest-allemand1 2 et le SED est-allemand (en réalité, grâce à la totale subordination du premier au second qui travaillait, avec la Stasi, la police politique est-allemande), les staliniens chinois disposaient des noms et adresses des militants et sympathisants « communistes » dans les deux Allemagne. Cela leur permettait d’envoyer gratuitement des exemplaires de l’hebdomadaire sur papier glacé Peking Rundschau (en allemand donc) et de faire connaître les traductions des textes du Grand Timonier - et, plus tard, du Petit Livre rouge3 - aux membres du KPD, mais aussi du SPD, de la DFU (Union allemande pour la paix), d’organisations écologistes ou pacifistes dont ils obtenaient les coordonnées grâce à leurs camarades est- et ouest-allemands. Pour booster les ventes, les staliniens chinois offraient de petits cadeaux (calendriers, peintures, timbres, foulards en soie, etc.) à celles et ceux qui s’abonnaient, commandaient des livres, ou recommandaient d’autres personnes susceptibles d’être intéressées par la propagande chinoise.

Pour ajouter un peu de piquant à l’histoire, les services secrets des deux Allemagne avaient infiltré les PC et leurs organisations larges des deux côtés du Mur. Et les fins stratèges policiers de la RFA, persuadés que des groupes maoïstes importants ne pourraient jamais apparaître à l’Ouest, facilitèrent la diffusion des œuvres de Mao et des publications chinoises destinées à l’Occident. (Les employés des Postes contrôlaient des millions de lettres et de colis en provenance de la RDA, mais aussi des autres pays communistes, dont la Chine reconnue seulement par la RFA en 1972 ; ils laissaient ensuite au service des douanes le soin de décider s’il fallait détruire ces missives, les renvoyer à l’expéditeur ou, malgré tout, les faire parvenir à leurs destinataires.)

La RFA avait un triple objectif :

• les gouvernements ouest-allemands voulaient repérer et ficher tous les sympathisants et militants communistes, pour ensuite pouvoir les accuser de « haute trahison » au service d’un Etat étranger (la RDA), reprenant ainsi une ancienne loi nazie ; à cette fin ils créèrent un département spécialisé dans le « Radicalisme de gauche » qui utilisa tout l’arsenal légal et illégal à sa disposition : écoutes téléphoniques, interception du courrier4, infiltration, provocations, procès, etc. ;

• une fois l’interdiction du KPD mise en place, en 1956, les gouvernements de la très « démocratique » RFA souhaitaient continuer à surveiller tous les milieux sympathisant avec les idées socialistes et communistes, de façon à pouvoir licencier de la fonction publique ceux qui étaient trop philostaliniens ou trop à gauche à leur goût ;

• lorsque le conflit sino-soviétique devint public, les services secrets de l’Ouest facilitèrent délibérément l’importation de la propagande chinoise en RFA pour miner de l’intérieur le KPD clandestin à l’Ouest. Ils créèrent même, avec l’aide de dissidents est-allemands qui ignoraient le rôle de leurs amis peu recommandables du BfV, un journal Die Dritte Weg (La Troisième Voie) avec une boîte postale dont ils inspectaient régulièrement le contenu. Ils envoyèrent ainsi à tous ceux qu’ils pensaient être des sympathisants du KPD des formulaires d’abonnement à des publications chinoises, etc.

Quel fut le résultat de ces brillantes manœuvres policières ouest-allemandes ?

Le KPD clandestin s’en rendit compte et purgea régulièrement ses rangs, ce qui, loin d’étouffer la contestation interne, poussa des militants de base à se poser des questions, à créer des groupes de discussion, etc. Apparemment les contre-mesures prises par le KPD clandestin et le SED (qui avait infiltré le ministère de l’Intérieur et l’Office fédéral de protection de la Constitution à l’Ouest) arrivèrent à empêcher, dans l’immédiat, qu’un nombre important de militants quittent le KPD pour créer de nouvelles organisations fidèles à la ligne de Pékin. « Parmi les petits groupes qui s ’intéressèrent au maoïsme au sein du KPD en 1963 et 1964, seuls quelques militants individuels restèrent actifs à long terme. [...] à quelques exceptions près, les fondateurs des organisations maoïstes ne vinrent pas du KPD. Mais le KPD infiltra également des informateurs dans certains de ces groupes et mena d’autres activités afin d’influencer négativement leur développement » [idem].

Lorsque les militants du KPD entretenaient des rapports trop étroits avec l’ambassade de Chine ou avec des groupes maoïstes, le KPD n’hésita à publier leurs noms et adresses pour les dénoncer, les faire licencier de leur lieu de travail et exclure des syndicats.

Malgré leurs efforts, on assista à l’apparition de « petits groupes et réseaux [maoïsants], parfois faiblement liés entre eux et en constante évolution : certains partisans n’étaient pas reconnaissables en tant que tels, et il y avait beaucoup de sympathisants » [idem}.

Le MLPD fut la première organisation maoïste qui apparut en Allemagne. Créée en mars 1965, elle fut soutenue à la fois par la Chine et les réseaux maoïstes européens, principalement autrichiens et belges. « Mao était convaincu que la République fédérale d’Allemagne se rebellerait contre les États-Unis. En créant une “cause commune contre l’hégémonie des super puissances”, Mao ouvrait la voie à une coopération entre les États capitalistes et les pays du tiers monde ». D’ailleurs, la RFA et la Chine « avaient un point commun : ils se considéraient comme les représentants légitimes d’un pays divisé », puisqu’il y avait deux Chine (celle de Taiwan et celle de Pékin) et deux Allemagne (RFA et RDA).

Le MLPD (à ne pas confondre avec le MLPD maostalinien actuel créé, lui, en 1982) fut une organisation clandestine dès le départ, et dûment infiltrée par les flics. « Il agissait dans la clandestinité, parce que ses fondateurs voyaient leur activisme politique menacé par les services de sécurité de la RDA et ceux de la (RFA). Le MLPD tenta d’appliquer le maoïsme aux deux parties de l’Allemagne » [idem}. Son journal dénonçait en permanence « la “théorie des deux États” des gouvernements est-allemand et soviétique. Pour la Sozialistisches Deutschland, il s’agissait de la plus grande trahison du “révisionnisme ”. Elle accusait également Ulbricht [dirigeant très important du SED et de la RDA entre 1949 et 1973] d’avoir “empêché jusqu ’à aujourd’hui la libération du peuple allemand de l’occupation militaire ” » [idem}. Le MLPD « exigeait que les “territoires allemands de l Est” soient cédés à la RDA ». Pour ce groupe maoïste, « Le peuple allemand travailleur [avait] été plongé dans une nouvelle catastrophe par la “solution ” barbare de l ’unité allemande, qui entraîné l’expulsion de plus de 14 millions d’Allemands des zones de peuplement orientales traditionnellement allemandes. » Selon le MLPD, « la Pologne et l’ancienne Tchécoslovaquie étaient de mèche avec l’impérialisme ». Le premier parti maoïste allemand justifiait même « les tirs sur les fugitifs à la frontière de la RDA en ces termes : “C’est un crime hautement politique lorsque certains éléments antiléninistes rejettent l’ordre de tirer sur le rempart antifasciste berlinois et veulent laisser passer ‘librement ’ à l’avenir les déserteurs - librement comme espions et saboteurs en RDA et librement comme traîtres à la patrie et défaitistes hors de la RDA ” ! » [idem.]

On comprend qu’avec des discours aussi délirants le MLPD recueillit peu de succès, n’organisa sans doute pas plus d’une centaine de membres, et finit par se dissoudre en 1968, laissant la place à d’autres groupes maoïstes un peu moins bourrins, en tout cas contre ceux qui fuyaient la RDA !

D’autres petits groupes maoïstes (formés principalement de sympathisants du KPD clandestin dont quelques ouvriers) apparurent, en 1967 : le Freie Sozialistische Partei (FSP) à Francfort (organe Die Warheit), un groupe autour du Roter Morgen à Hambourg, puis en 1968 la Rote Garde à Berlin-Ouest (composé, d’après ses dires, de lycéens, d’apprentis et de jeunes travailleurs), etc. Ces groupuscules fusionnèrent ensuite, notamment sous la pression amicale de l’Albanie, dans la première organisation maoïste nationale, le KPD-ml, lors d’un congrès qui se tint le 31 décembre 1968 et le 1er janvier 1969

Il faut signaler un autre résultat plus important de ce « laxisme » policier à l’égard de l’importation des publications maoïstes : la « pensée Mao-tsé toung » (cette « bombe atomique spirituelle d’une puissance incommensurable », selon l’inénarrable maréchal Lin Biao) se répandit beaucoup plus facilement dans les milieux étudiants et universitaires. Mais une fois que les flics et les gouvernants se rendirent compte de leur monumentale erreur d’appréciation, ils ne purent arrêter le mouvement idéologique dont ils avaient facilité la naissance. Des milliers de jeunes, y compris dans les milieux dits « anti-autoritaires », très éloignés des staliniens ouest-allemands en théorie, s’étaient déjà mis à bricoler des interprétations fort romantiques du maoïsme et particulièrement de la Révolution culturelle. « La maison d’édition Trikont Verlag5 et la Kommune l6 contribuèrent notamment à la diffusion massive du maoïsme dans le mouvement étudiant en distribuant au moins 160 000 exemplaires du Petit Livre Rouge » [idem}.

« La première édition en langue allemande de la principale maison d’édition chinoise pour l’étranger rencontra le mouvement étudiant ouest-allemand, qui prit de l’ampleur après la mort de Benno Ohne sorg le 2 juin 1967. Politisée par la guerre du Vietnam, la Nouvelle Gauche ouest-allemande était réceptive au maoïsme révolutionnaire incarné par la Révolution culturelle.[...] les journalistes discutaient de la Révolution culturelle comme modèle pour une révolution en République fédérale, les militants se référaient à Mao de manière ludique, provocatrice et politique » [idem}.

En dehors même des organisations maoïstes qui arrivèrent à brasser environ 100 000 sympathisants dans les années 1970 et suivantes, les milieux « maoïstes libertaires » ( ?!) contribuèrent, eux aussi, à la diffusion d’un anti-impérialisme à sens unique7. Et cette idéologie a survécu jusqu’à nos jours, comme on a pu encore le constater depuis les massacres du 7 octobre 2023 commis par le Hamas et les organisations de la prétendue « gauche palestinienne ».

Les outils policiers de la guerre froide se retournèrent contre leurs concepteurs8, à la grande satisfaction de l’Etat chinois qui acquit ainsi une renommée qu’il n’aurait sans doute pu attendre aussi rapidement, si sa propagande avait seulement reposé sur le réseau de ses ambassades, de ses espions, et de ses compagnons de route dans les Amitiés germano-chinoises et la Deutsche China-Gesellschaft (DCG) ; sur l’agence de presse centrale Chine nouvelle et des publications comme China im Bild ou Peking-Rundschau ; sur ses invitations (tous frais payés) à venir visiter la Chine et découvrir les merveilles du « communisme local » (jardins d’enfants, écoles, universités, communes populaires et entreprises industrielles) ; sur ses subventions largement dispensées dans toutes sortes de milieux, pour à la fois dynamiser les échanges économiques avec (’Occident et convaincre « la gauche internationaliste et démocratique », et tout particulièrement la jeunesse universitaire, des aspects « progressistes » de la politique étrangère du régime totalitaire chinois (notamment de son soutien au Vietnam du Nord).

La DCG : business sino-germanique et idéologie rouge-brune

En 1957, le gouvernement chinois autorisa la formation d’une « organisation amicale » qui militait « pour des contacts politiques, culturels et économiques plus intenses avec la République populaire ». Elle fut créée « par des neutralistes ouest-allemands en République fédérale » qui voulaient « que l’Allemagne soit réunifiée sans adhérer à l’OTAN ou au Pacte de Varsovie » ; elle
attira des notables (dont un dirigeant du parti libéral, le FDP), des journalistes et des chefs d’entreprise (dont un armateur) qui n’étaient pas des communistes mais voulaient développer des relations économiques avec la Chine dans leur propre intérêt. « [...] en coopération avec des institutions chinoises, la DCG s ’occupait principalement de propagande et de relations publiques pour la République populaire : elle diffusait du matériel de propagande chinois, organisait des réunions d ’information sur la Chine et facilitait les contacts et les voyages entre les parties prenantes des deux pays. Wolf Schenke et Gerd Flatow, un autre membre fondateur, furent notamment des intermédiaires du gouvernement chinois et des précurseurs du maoïsme en Allemagne de l’Ouest en coulisses » [idem].

On notera que Schenke eut le parcours typique des « transfuges » que nous analysons plus loin dans ce texte9, sauf qu’il commença à l’extrême droite pour finir à l’extrême gauche : « Schenke était venu à Shanghai alors qu’il était encore jeune homme, notamment pour le travail de propagande des Jeunesses hitlériennes. Plus tard, il y travailla comme correspondant du Völkischer Beobachter et comme espion pour les services secrets militaires, l Abwehr. [...]. Après la Seconde Guerre mondiale, il fut capturé par les Américains à Shanghai et reconnu coupable de crimes de guerre. En 1947, il fut ramené en Allemagne, où le verdict américain fut révisé quelques années plus tard. Schenke commença alors à sympathiser avec les mouvements de décolonisation en Asie. Il établit des parallèles avec la situation de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, qui était également opprimée par les États-Unis et l’Union soviétique. » [idem.]

Wolf Schenke ne faisait ainsi que reprendre à son compte le vieux thème de la « nation prolétaire », commun aux fascistes italiens, aux nationaux-bolcheviks allemands, et aux « souverainistes » d’extrême droite allemands au XXIe siècle.

1

Von Beijing über Umwege zur Bewegung : Wie der Maoismus nach Westdeutschland kam, (2020) https://ediss.sub.uni-hamburg.de/handle/ediss/! 1398.2

2

Les effectifs du KPD ouest-allemand atteignirent leur apogée en 1947 (325 000 membres) bien avant la construction du Mur (12-13 août 1961), mais ils ne firent que décroître à mesure que le SED est-allemand prit le contrôle de ce parti, dès la fin des années 1940.

3

Ce recueil de citations, publié pour la première fois en 1964, était initialement destiné aux soldats de F Armée populaire de libération pour soutenir le combat de Mao contre d’autres fractions du PCC. Cet ouvrage insipide devint un best-seller international après le déclenchement de la prétendue « Grande Révolution culturelle » (dite « socialiste » ou « prolétarienne ») en mai 1966. Imprimé à des dizaines de millions d’exemplaires, il fut traduit en 14 langues et envoyé dans plus de cent pays.

4

Pour illustrer l’ampleur de cette surveillance postale, un chiffre suffira : entre 1963 et 1965, « la République fédérale retint entre 7,5 et 8,5 millions d’envois provenant de la RDA chaque année ».

5

Trikont : Créée par deux membres du SDS, elle s’occupa de la diffusion des éditions staliniennes chinoises entre 1967 et 1974. Elle publia aussi des textes de Castro, Debray, Dutschke, Guevara, Ho chi Minh ainsi que des spontis - les éléments les plus « libertaires » du mouvement -puis des féministes, avant de se convertir au New Age en 1980.

6

Kommune I : communauté active dans les années 1967-1969, elle était favorable à la destruction de la famille censée nourrir le fascisme. Elle était composée d’une dizaine d’hommes et de femmes proches, au départ, du SDS et des situationnistes de la Subversive Aktion de Munich. Ceux qui s’intéressent aux débuts de la Kommune 1 pourront lire cet article très complaisant : https://archivesautonomies.org/spip.php7article213.

Ces hippies « libertaires » (notamment Dieter Kunzelman et Rainer Langhans) entretenaient d’excellents rapports avec l’ambassade de Chine, portaient des badges à l’effigie du dictateur stalinien et finançaient leurs activités politiques en vendant des exemplaires du Petit Livre Rouge, des magazines de propagande chinoise, des affiches, des badges et des livres de Mao qu’ils commandaient à la Chine, mais ils faisaient aussi imprimer des copies pirates du Petit Livre Rouge en Allemagne pour rassembler plus de fonds.

Plus tard, deux ex-membres de la Kommune 1, Langhans et Kuntzelmann se « distinguèrent » également par leurs propos antisionistes-antisémites. Langhans déclara, en 1989, que, en Allemagne, le nazisme « représentait la spiritualité » et qu’il fallait désormais « reprendre l’héritage de nos parents, non dans le sens d’un antifascisme total, bien intentionné, mais plutôt dans le sens d’un développement de ce qui a été tenté par Hitler ». Quant à Kuntzelman, il affirma, dans sa pseudo « Lettre d’Amman », en 1969, qu’il fallait remettre en cause « l’idéologie fasciste du “sionisme ’’ » et « la domination du complexe juif sur tous les sujets » en Allemagne.

7

Selon 1’ « anti-impérialisme à sens unique », ou « campisme », il n’existerait qu’un seul impérialisme, celui des Etats-Unis. Pour les partisans de cette vision du monde, des puissances comme la Chine, l’URSS et aujourd’hui la Russie, jouent un rôle « progressiste » et favorisent la « libération » des peuples du tiers monde hier, du Sud aujourd’hui. Cette indulgence criminelle, plus ou moins consciente et théorisée, s’étend aussi à des puissances régionales comme la Turquie ou l’Iran (voire l’Irak ou la Syrie), considérées uniquement comme des victimes. Dans un tel cadre idéologique, les seuls Etats criminels sont ceux alliés aux Etats-Unis. Tous les autres sont innocents et leurs interventions militaires, leurs régimes dictatoriaux, sont excusables....

8

Du moins, dans un premier temps, car on peut aussi soutenir que l’infiltration policière a profondément marqué les mœurs internes des organisations maoïstes, y compris après 1970, en dehors des pratiques staliniennes que ces militants avaient eux-mêmes connues s’ils avaient milité auparavant au sein du KPD illégal ou dans ses organisations larges : « La double infiltration étatique eut d’autres conséquences : les militants maoïstes étaient soupçonnés soit de soutenir le mouvement dans l’intérêt de l’Allemagne de l’Ouest, soit de le saboter pour le compte de l’Allemagne de l’Est. Cette crainte justifiée d’une ingérence de l’Etat conduisit notamment à la formation d’un mouvement déstabilisé de l’intérieur, qui voyait des ennemis partout, y compris dans son propre camp et parmi ses propres membres. Cette étude suppose que ces facteurs ont contribué à la mentalité conspirationniste des “groupes K” et à leurs innombrables exclusions et scissions » qui commencèrent à peine un après la fondation du KPD-ml [Jacoby, 2020).

Ces différents facteurs, spécifiques à la RFA (et à la RD A), peuvent expliquer pourquoi les groupes maoïstes naquirent un peu plus tard en Allemagne qu’en France, mais aussi pourquoi, de façon paradoxale, ils exercèrent une telle influence, par rapport au trotskysme, dans les années 1970 et suivantes.

9

Cf. la quatrième partie, consacrée à l’Allemagne, de ma série de textes Faux « rebelles » et « marxistes » au service de l’extrême droite : https://npnf.eu/spip.php7rubriquel68 .

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SOMMAIRE provisoire de cette série d’articles sur l’évolution de l’extrême gauche en Allemagne, de Mao à l’AfD

Après avoir décrit l’évolution rocambolesque d’un groupe de trotskystes britanniques passés au service des « nationaux-conservateurs » européens et pleinement engagés dans les guerres culturelles de la droite orbano-trumpiste internationale, je m’ intéresse ici à un ensemble d’ex-militants, devenus des « publicistes », c’est-à-dire des journalistes, des essayistes et/ou des agitateurs sur la scène politique allemande. Ils proviennent essentiellement du maoïsme (Frank Böckelmann, Bernd Rabehl, Jürgen Elsässer, Horst Mahler, Günther Maschke, Werner Olles et Reinhold Oberlercher) ou des mouvements étudiants dits contestataires des années 1960. Ils appartiennent aussi parfois à une nébuleuse hétérogène et provocatrice d’ex-militants d’extrême gauche (appelés par leurs adversaires « antideutsch », anti-allemands, ou revendiquant plus ou moins cette étiquette).

Tous ont renoncé à la Révolution sociale qu’ils prônaient durant leur jeunesse ; certains se réfèrent encore à Marx (par coquetterie ? par cynisme ?), d’autres prétendent développer une « critique radicale de l’idéologie » dans les nuages cotonneux de la « Théorie Critique* » ; d’autres, enfin, se sont carrément mis au service de la droite, ou de l’extrême droite.

Leurs itinéraires politiques diffèrent de ceux empruntés par d’autres « gauchistes » dans d’autres pays de l’Europe, dans la mesure où ils ont dû affronter des questions spécifiques qui les touchaient directement : le bilan du nazisme et ses éventuelles séquelles contemporaines ; la « rupture civilisationnelle » qu’a représentée le judéocide et sa portée pour les nouvelles générations ; la résurgence létale (ou l’estompement ?) de la question nationale (le « Sonderweg * », le destin particulier de l’Allemagne) après la réunification de la RFA et de la RDA en 1990 ; le rapport unique avec l’État d’Israël. Ces questions restent centrales, encore aujourd’hui, et pas simplement pour les personnes politisées, comme en témoignent les débats sur les prétendus excès de la « repentance » et de la « culpabilité collective », la volonté de « passer à autre chose », de « tourner la page » du Troisième Reich, ainsi que les polémiques sur la prétendue « immigration-invasion » et le racisme antimusulmans en Allemagne – discussions intimement liées aux positions défendues sur les quatre points mentionnés précédemment.

Les articles seront petit à petit mis sur ce site, même si je commence aujourd’hui par une annexe.

Yves Coleman, 4/12/2025

Introduction
A) L’antisémitisme
« Petits enfants de nazis » ou de « résistants » ?
B) L’anti-américanisme
C) L’antiparlementarisme
Le « Querfront » (Front transversal)
Socialisme, national-socialisme et Révolution conservatrice
Passerelles….involontaires ?

L’enfer est pavé de bonnes intentions (florilège de citations sur les Antideutsch)

Quelques points de repère chronologiques sur le contexte politique et les positions de la nébuleuse antideutsch (1944-2003 )

Des « antinationaux » aux « antideutsch » : une évolution politique complexe
Des origines multiples
Bilan dressé par certains Antideutsch
Comment expliquer une telle dégénérescence politique ?

Tristes transfuges, renégats ou convertis ?
Controverses autour de Dutschke
La Déclaration canonique de 1999/98
Frank Böckelmann
Bernd Rabehl
Jürgen Elsässer
Horst Mahler
Günther Maschke
Reinhold Oberlercher
Rolf Peter Sieferle
Werner Olles
Klaus Rainer Röhl
Peter Schütt
Rainer Langhans
Dieter Kunzelman
Tilman P. Fichter

Annexe 1 : La naissance du maoïsme en Allemagne – un vrai roman policier !
https://npnf.eu/spip.php?article1262
Annexe 2 : Le SPD, le KPD et la prétendue « question juive »
Annexe 3 : L’Initiative du Forum socialiste, l’Institut de critique sociale et les éditions ça ira
Annexe 4 : Le Querfront : un projet présidentiel de droite ?
Annexe 5 : Sur quels points les Antideutsch ont-ils parfois été utiles ?
Glossaire
Sources