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Du trotskysme britannique au libertarianisme international (6)
Frank Furedi, l’Amicale des anciens du RCP et le site Spiked
Article mis en ligne le 22 mai 2025
dernière modification le 7 juillet 2026

Voici le sixième article d’une longue série sur ce qu’il est convenu le "Réseau RCP/LM/Spiked" au Royaume-Uni, les initiales RCP signifiant : "Revolutionary Communist Party" et LM : "Living Marxism". Ces textes font partie d’un futur livre sur les courants "marxistes" (Faux rebelles et "marxistes" au service de l’extrême droite) qui ont très mal tourné en Europe mais qui continuent à manier une phraséologie "radicale".
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III. Deux petits succès politiques depuis la dissolution du RCP....

Grâce à cette cohésion amicalo-idéologique, quelques membres de cette confrérie 2.0 ont accédé (ou au moins ont tenté d’accéder) à des postes politiques. En fait, seules deux personnes (deux femmes) ont véritablement réussi dans le champ politique : Claire Fox et Munira Mirza. Ce n’est pas vraiment le cas de Frank Furedi, leur ex-dirigeant. Je l’inclus cependant dans cette partie parce que, sur le tard (en 2022), il s’est officiellement lancé dans le lobbying politique pour Viktor Orban, sans lui-même exercer de responsabilités dans l’appareil d’Etat britannique ou hongrois. J’évoquerai ensuite les échecs politiques subis par les vétérans du RCP sur le plan électoral, puis le rôle idéologique des vétérans du RCP (Annexe 2) et des membres, plus jeunes, de la nébuleuse furedo-compatible au XXIe siècle (Annexe 3), beaucoup plus nombreux, qui ont connu une ascension sociale significative sans parvenir pour autant à des responsabilités politiques.

• Le sociologue Frank Furedi, d’origine hongroise (il a fui la Hongrie stalinienne avec ses parents après 1956), a d’abord enseigné à l’université de York pendant trente ans. Il a écrit près d’une trentaine de livres et ses articles ont été publiés dans toute la presse bourgeoise mondiale, si l’on en croit son site, notamment dans « The Australian, New Scientist, The Guardian, The Independent, The Financial Times, The Daily Telegraph, The Express, The Daily Mail, The Wall Street Journal, The Independent on Sunday, India Today, The Times, The Sunday Times, The Observer, The Sunday Telegraph, Toronto Globe and Mail, The Christian Science Monitor, The Times Higher Education Supplement, The Critic, The Times Literary Supplement, Harvard Business Review, Die Welt et Die Zeit ».

Puis il a été embauché comme chercheur à temps partiel pour la Fondation hongroise du XXIe siècle, qui dépend du parti Fidesz de Viktor Orban_et nommé par Viktor Orban à la tête du Mathias Cornivus Collegium (MCC) à Bruxelles, en novembre 2021. Pourquoi a-t-il accepté ce poste ? Parce que « la Hongrie était présentée comme un pays autoritaire et fasciste, ce qui me paraissait complètement absurde » et que c’était pour lui « Voccasion de riposter aux guerres culturelles » a-t-il déclaré [Volpicelli, 2023).

Ce think tank bruxellois organise des conférences pour défendre les idées de l’alt-right* et celles du régime hongrois. Voici comment se présente cet organisme :

« A une époque de polarisation politique sans précédent, le MCC Brussels s’engage à fournir un foyer pour une véritable délibération politique et une exploration en profondeur des questions de notre temps. Il permettra aux intellectuels et aux experts de débattre et d’évaluer le statut conceptuel et normatif de l’élaboration des politiques européennes. En s’appuyant sur l’expertise exceptionnelle du MCC, il tentera de familiariser et d’influencer les décideurs européens avec son approche distincte des questions politiques, socio-économiques et culturelles de notre époque. Le centre offrira un environnement stimulant et exigeant aux jeunes étudiants en stage_pour qu’ils se familiarisent avec la politique et le processus de prise de décision à Bruxelles. Il proposera des cours et des séminaires de courte durée sur des sujets liés à la pensée européenne et à T élaboration des politiques de l’UE. »

Un agent d’influence au service du FIDESZ* à Bruxelles et sur les réseaux sociaux

Pour coopérer avec Orban et l’extrême droite hongroise, Furedi a dû payer un prix politique très élevé, tout comme ses amis de Spiked qui soutiennent eux aussi ce régime en écrivant de nombreux articles apologétiques1. En effet, tout en se présentant comme un fervent adversaire de l’antisémitisme (à gauche, mais pas à droite), n’hésite pas à expliquer qu’il est normal que les Hongrois « méprisent George Soros » en raison de son « comportement semi-colonial » et qu’une telle attaque n’aurait rien à voir avec l’antisémitisme2. (Rappelons que les médias gouvernementaux colportent la rumeur ignoble selon laquelle « Soros, alors qu’il se cachait des nazis en 1944, aurait participé au pillage des biens de ses coreligionnaires juifs » [Gado, 2024] !). De même dans un article de Spiked, Furedi se déchaîne contre les « politiciens cosmopolites [sic] » et explique que « La vie et la culture juives sontflorissantes en Hongrie et le gouvernement applique une politique de tolérance zéro à l’égard de l’antisémitisme3 » alors que partout ailleurs en Europe les synagogues sont gardées par des flics.

Comme l’ont souligné plusieurs universitaires4, la Hongrie est, après la Pologne et la Grèce, le pays où les préjugés antisémites sont le plus enracinés en Europe, et en même temps celui où l’on recense le moins d’actes violents contre les Juifs, même si les néonazis paradent régulièrement dans les rues de Budapest. Même un torchon comme le JDD) témoigne : « Gros bras tatoués, crânes rasés, quelques personnes âgées, et puis ces miliciens en treillis - dont la Garde nationale hongroise. C’est toute la fine fleur de l’extrême droite de Budapest qui s’est rassemblée samedi à deux pas du Parlement. Tous réunis à l’initiative de Jobbik, parti d’extrême droite ayant obtenu 17% des voix aux législatives de 2010, pour une commémoration des victimes de "la terreur véritable". Comprendre : les victimes "du bolchevisme et du sionisme" en Hongrie5. » Et une tribune d’une organisation juive hongroise souligne aussi : « Depuis quelques années, la Hongrie accueille néo-nazis, activistes d’extrême droite, racistes et antisémites de toute sorte. Des ultranationalistes suédois, français, belges, allemands et britanniques se sentent à Budapest comme chez eux, sous le regard bienveillant, ou à tout le moins indifférent, du gouvernement6. »

Comment expliquer ce paradoxe.. .apparent ?

Le régime finance généreusement une organisation juive ultra minoritaire mais servile (les Charad Loubavitch de l’association EMIH) ; il a coupé les fonds du Centre Mémorial de l’Holocauste parce que ce dernier refusait d’entériner ses falsifications historiques et a tenté de créer une institution concurrente, la « Maison des Destins » dont le bâtiment est vide pour le moment ; il accuse régulièrement les partis d’opposition d’être antisémites (y compris le Jobbik qui est parfois son allié localement) et défend inconditionnellement la politique d’Israël ; « .(...) il a subventionné l’établissement d’un abattoir casher et encourage le tourisme de pèlerinage juif II ne manque pas non plus de critiquer l’UE pour avoir restreint la liberté de culte des juifs » [Gado, 2024] ; il a tenté d’organiser une scission dans une autre association, la Fédération des communautés juives hongroises (MAZSIHISZ) qui résiste à son négationnisme historique. En effet, le régime affirme que le Traité de Trianon en 1920 (à la suite duquel le territoire de la Hongrie fut réduit de 66%) a eu des conséquences humaines plus graves que le judéocide ; que les Croix fléchées*, arrivées au pouvoir seulement en octobre 1944, seraient les seules responsables de l’extermination des Juifs ; et que leurs crimes seraient comparables à ceux des communistes hongrois après 1945 (thèse abondamment illustrée dans la « Maison de la Terreur », ce musée anticommuniste), staliniens qui ont opprimé le « peuple magyar » jusqu’en 1990.

Le régime dissimule le fait que les universités hongroises imposaient déjà un quota d’entrée aux Juifs bien avant la venue d’Hitler au pouvoir et l’arrivée de trois cents SS en Hongrie en 1944 et bien avant la prise du pouvoir par les Croix fléchées ; il réécrit l’histoire en présentant son pays comme une « victime » de l’Allemagne.

Pourtant, « les gouvernements hongrois du régime Miklos Horthy [...] sont à l’ origine de plusieurs lois antisémites avant et pendant la deuxième guerre mondiale : restriction de l’accès des juifs à l’éducation supérieure (1920) et, entre 1938-1942, toute une série de lois et décrets gouvernementaux qui ont progressivement dépouillé les juifs de tous leurs droits. A partir de 1939, le gouvernement hongrois a aussi organisé un service de travaux forcés pour les hommes juifs adultes, soit pour l’armée (mais sans armes), soit dans les mines et pour d’autres corvées, dans des conditions terribles. En 1941, tous ceux qui avaient deux grands-parents juifs étaient définis comme Juifs, et le mariage entre Juifs et chrétiens était interdit. [...] Le 19 mars 1944, à la suite des négociations hongroises avec les Alliés, pour empêcher la conclusion d’un armistice, l’armée allemande a occupé la Hongrie. [... ] Le régent Horthy a conservé le pouvoir et a nommé un nouveau gouvernement. Ce gouvernement a ensuite organisé le déplacement forcé des Juifs dans des ghettos, puis leur déportation. En 57 jours à partir du 14 mai 1944, 437 000 Juifs étaient déportés, la plupart à Auschwitz. [...] De manière tactique et opportuniste, Horthy a ensuite (le 6 Juillet) arrêté la déportation des Juifs de Budapest [...]. Il l’a fait sous pression internationale, pour garder la possibilité de négocier un armistice, quand il était clair que Hitler et ses alliés allaient perdre la guerre. [...] le 15 octobre 1944, les Allemands ont soutenu un coup d’Etat des Croix-fléchées, le parti pronazi hongrois. (...) La fin de la guerre n’a pas mis fin à la violence antijuive. Après la fin de l’occupation nazie, entre 1945-1948, des Hongrois ont délibérément déclenché des pogroms, dans lesquels quelques Juifs, survivants de la Shoah, étaient massacrés » [Berend, 2020).

On comprend que, face à un tel passé aussi difficilement récupérable pour valoriser l’identité nationale hongroise, Orban et le Fidesz ont dû recourir à de multiples manœuvres et falsifications ainsi qu’au soutien du gouvernement israélien, pour littéralement acheter le soutien d’une partie (petite mais bruyante dans les médias locaux) des 70 000 à 110 000 Juifs hongrois qui, dans leur grande majorité n’ont toujours pas oublié leur passé. Ils n’ont pas oublié le comportement des 200000 fonctionnaires hongrois qui collaborèrent activement avec les nazis pour exterminer 565000 Juifs de Hongrie (465 000 sous Horthy, régent de 1920 au 15 octobre 1944, l’idole et le modèle d’Orban, puis 100 000 sous les Croix fléchées après le 15 octobre 1944) : les gendarmes organisèrent les rafles, les civils récupérèrent les appartements et les biens des Juifs ; quant à l’Église catholique, elle ferma pieusement les yeux sous l’Occupation allemande comme pendant les décennies d’antisémitisme qui la précédèrent. A côté de cela, la glorification des 867 « Justes » qui sauvèrent des Juifs, ou le double discours du régime (reconnaissance de la responsabilité de l’Etat hongrois dans le judéocide devant les institutions internationales ; mais négation dans les discours prononcés à l’intérieur du pays) fait pâle figure...

En bon toutou d’Orban, Furedi se garde bien d’expliquer que, même si Orban « ne cherche pas à marginaliser les juifs, mais à leur donner une place et un rôle dans sa grande vision de la nation » [Gado, 2021] les écrivains antisémites classiques hongrois sont systématiquement mis à l’honneur dans les manuels scolaires et dans les musées ; une bonne partie des journalistes et intellectuels du Fidesz* au pouvoir de 1998 à 2002, et depuis 2010, ont tenu des propos antisémites pendant des années avant que leur chef ne siffle la fin (temporaire ?) de la récréation ; et surtout, la propagande nationaliste-chrétienne d’Orban est fondée sur des clichés habituellement dirigés contre les Juifs : « l’invasion » migratoire (attribuée d’ailleurs à George Soros) ainsi que le financement des partis d’opposition et ONG par des forces étrangères et occultes. Selon le Premier ministre hongrois, « Nous devons affronter un adversaire très différent de nous. Ses visages sont masqués, ses méthodes sont sournoises et déloyales. Ce n’est pas une force nationale, mais internationale, motivée non par le travail honnête, mais par la spéculation financière. Sans attaches particulières, elle se considère comme propriétaire du monde entier. Dénuée de générosité, elle est vindicative et vise directement le cœur surtout si celui-ci est rouge, blanc et vert » [cité in Gado, 2024],

Ce type de propagande nationaliste au sous-texte antisémite est extrêmement dangereux : « La propagande gouvernementale ne prétend pas aujourd’hui que les Juifs soient derrière les intérêts étrangers qui complotent contre les Hongrois. Mais, si le gouvernement agite constamment les persécutions dont les Hongrois seraient aujourd’hui victimes et la menace des ennemis qui les entourent, il est probable que les Hongrois finissent par chercher des ennemis tangibles. Or, au cours des 120 dernières années, le groupe le plus souvent dépeint comme le groupe ennemi en Hongrie furent les Juifs. C’est eux qui, pendant de nombreuses décennies, furent présentés comme les opposants aux valeurs nationales et chrétiennes des Hongrois. Il y a donc de fortes chances que ceux qui se laissent aujourd’hui persuader par la propagande gouvernementale pensent encore aux Juifs quand ils entendent parler d’un ennemi “au service des étrangers” et qui “ne croit pas en Dieu, en la patrie et en la famille ”. » [Gado, 2022.]

La « tolérance zéro » qu’invoque Furedi reprenant l’expression de son maître Orban, « ne signifie qu’une seule chose : le régime se réserve le droit de dire qui est ou ce qui est antisémite dans une situation donnée » [Gado, 2021]. « En échange de toute cette protection et des avantages qu’il est prêt à lui accorder, le gouvernement attend la loyauté de la communauté juive » [idem]. Il attend des Juifs qu’ils adhèrent, aux côtés des églises chrétiennes, au conservatisme religieux. Et il se sert donc des Juifs pour servir son projet « nationaliste-religieux archiconservateur » car « seuls les Juifs peuvent donner à la nation hongroise l’ultime “cachet kasher" qui absoudrait cette dernière de sa responsabilité dans les crimes commis pendant la Shoah. Cet événement constitue encore la plus grande atteinte à l’estime de soi des nations comme la Hongrie ou la Pologne. Or, cette estime de soi est désespérément nécessaire aux nationalistes de ces pays. C’est pourquoi ils ont lancé le culte des Justes : un accent disproportionné a été marqué sur les actes de ceux de leurs citoyens qui ont sauvé des Juifs pendant la Shoah [...] les nationalistes hongrois aimeraient que les Juifs revoient leur récit de la Shoah au profit d’un récit dans lequel les Hongrois “ ne perdent pas la face’’ » [idem].

Pour bénéficier de l’aide financière de l’Etat hongrois, Furedi et ses amis sont obligés de fermer sur les yeux sur le fait que le Fidesz « ce parti de la droite dure au pouvoir a réhabilité la tradition “chrétienne hongroise ’’profondément antijuive d’avant-guerre, qui a rendu la vie si misérable aux ancêtres de FrankFuredi » [Flewers, 2022]. Mais c’est mal connaître l’ex-dirigeant du RCP puisque celui-ci écrit sans le moindre complexe : « La meilleure façon de décrire la vision du gouvernement hongrois est de dire qu’elle est conservatrice, traditionnelle et chrétienne. Elle est également démocratique et très humaine. Ce sont des valeurs que Voligarchie européenne est déterminée à abolir, à effacer du paysage et de l’histoire de l’Europe, afin de les remplacer par sa propre vision technocratique et cosmopolite7 8 [.s/c]. »

Même si le Fidesz* « a réhabilité Miklôs Horthy*, le dictateur de la droite dure qui a fini par devenir le Quisling de Budapest durant la guerre » et s’il « a recours à des théories du complot antisémites contre sa bête noire libérale George Soros » [Flewers, 2022], les membres de la confrérie « furediste » 2.0 ont avalé goulûment toutes ces couleuvres.

Furedi assume parfaitement sa tâche de propagandiste d’Orban et ce prétendu apôtre des Lumières et de la raison scientifique n’hésite nullement à faire l’apologie des « valeurs » chrétiennes, comme nous l’avons déjà vu.

Furedi travaille en relation avec l’université privée homonyme qui n’a cessé de se développer depuis 1996 en Hongrie et de créer des clones en Europe de F Est ; et il palabre dans toutes sortes de congrès, comme celui sur la nécessité d’un « retour à l’éducation classique » et le combat « contre le militantisme dans les salles de classe » qui s’est tenu à Budapest, en février 2025, avec un large panel d’une soixantaine d’intervenants, surtout universitaires, mais aussi quelques politiciens et essayistes, venant d’Europe, des Etats-Unis et d’Amérique latine9 10.

Spiked et Unherd : deux sites qui mènent les mêmes batailles culturelles

Si Furedi et les « ex » du RCP ont un site web (Spiked) qui collecte 1,4 millions de visiteurs par mois, Jacob Furedi (le fils de Frank) dirige un site issu d’une tendance du Parti conservateur (Unherd) qui accueille 2,7 millions de visiteurs par mois. Les deux sites sont engagés dans un dialogue intense : « Aucun des deux sites ne manque de fonds. Tous deux bénéficient d’un soutien important de la part de personnalités associées à la droite populiste. Unherd est financé par une dotation de Sir Paul Marshall, gestionnaire de fonds spéculatifs et fervent partisan du Brexit, qui a donné 596 000 euros aux conservateurs en 2019, soutient GB News* et l’a présidé pendant une courte période. Spiked a notamment reçu 300 000 dollars des frères Koch*, qui ont été l’un des plus importants bailleurs de fonds de Donald Trump.w »

Les thèmes abordés par Unherd et Spiked sont souvent les mêmes et les intervenants écrivent fréquemment dans les deux médias.

« Mais leur principal impact est la façon dont leurs idées - en particulier la dénonciation du multiculturalisme et du “projet woke ” - ont été accueillies avec enthousiasme par les grands médias de droite. Freddie Sayers, rédacteur en chef d’Unherd, a écrit une série d’articles dans le Daily Telegraph tout au long de la crise du COVIDpour attaquer le confinement, tandis que la rédactrice en chef adjointe de Spiked, Ella Whelan, a une colonne régulière dans ce quotidien, colonne presque exclusivement consacrée aux guerres culturelles. Mick Hume, ancien rédacteur en chef de Living Marxism [organe du RCP] puis de Spiked, est une figure bien établie dans le circuit de la presse de droite. Il a travaillé pendant dix ans pour le Times, s’est livré à des polémiques occasionnelles dans le Sun et occupe désormais un créneau régulier dans le Daily Mail. » [Bloomfield et Edgar, 2022.]

L’ami des nationaux-conservateurs européens.

Avec un tel réseau d’amis politiques, on comprend pourquoi il est intervenu, en mai 2022, à « la Conservative Political Action Conference (CPAC) à Budapest, en Hongrie. La CPAC est organisée par l’American Conservative Union (ACU), la principale organisation républicaine de droite aux Etats-Unis » [Bali, 2022]. Et il était en bonne compagnie puisque lors de cet événement sont également intervenus Donald Trump (en vidéo) ; Tucker Carlson (journaliste aux opinions ethno-nationalistes et xénophobes, vedette de Fox News avant d’être viré pour diffusion de... « fausses informations » !) et Candace Owen (animatrice afro-américaine, trumpiste, complot !ste, antisémite, antimusulmans, suivie par 4 millions de gens sur les réseaux sociaux). Mais ce n’est pas tout.

En mai 2023, Frank Furedi a été invité à « la conférence nationale des conservateurs à Londres » et a présenté un exposé sur « La guerre contre l’identité nationale 11 ». Cette réunion « ressemblait à un Who’s Who de l’extrême droite britannique et américaine. Les orateurs principaux étaient Suella Braverman*, Michael Gove*, Douglas Murray* et Jacob Rees-Mogg* ». On a pu aussi y entendre « des anciens de la Heritage Foundation*, de l’American Enterprise Institute* et de I’Edmund Burke Foundation*. Et la liste des intervenants comprenait Melanie Phillips*, Darren Grimes*, Matthew Goodwin*, Toby Young*, Emma Webb* et une poignée de chroniqueurs et de présentateurs de GB News, Unherd*, The Telegraph, Spiked, The Spectator et d’autres médias réactionnaires britanniques en plein essor » [Small, 2023].

Une pensée de plus en plus réactionnaire mais qui se réclame encore du marxisme...

Dans un article intitulé « 200 ans après sa naissance, rappelons à quel point il était attaché à la liberté » [Furedi, 2018], l’ex-dirigeant du RCP se présente encore comme un fin connaisseur de Marx et donne des leçons aux marxistes du XXIe siècle qui ne l’ont ni lu entièrement ni surtout compris. Et il a le culot d’affirmer : « La théorie de l’histoire de Marx et les idées qu’il a développées sur le fonctionnement de la société capitaliste peuvent nous apprendre beaucoup de choses » sans préciser quoi que ce soit sur « son incroyable héritage intellectuel ». Sa conclusion se résume à : « il vaut mieux le laisser derrière, là où il doit être : au XIXe siècle ». En bref, le marxisme est ringard mais pas la défense de la nation, de l’Etat-nation et du capitalisme entrepreneurial !

Comme souvent, dans la production intellectuelle des vétérans du RCP, la montagne accouche d’une souris.

Auteur de nombreux livres, Frank Furedi est apprécié par les réactionnaires parce qu’il sait utiliser un langage suffisamment modéré pour ne pas être assimilé au fasciste Tommy Robinson (que Spiked a critiqué pour son non-respect de l’Etat de droit MAIS en déplorant la censure de ses propos diffamatoires12), tout en développant des thèmes très proches voire identiques : selon la quatrième de couverture de son livre paru en 1999 : « [...] la défaite du nazisme a laissé l’Occident mal à l’aise face à son propre passé raciste. [... ] cela a été redéfini dans la période d’ après-guerre, en particulier pendant la guerre froide, et [... ] même si les opinions suprémacistes blanches sont devenues obsolètes dans les affaires internationales, les nations occidentales ont cherché à présenter le racisme comme un élément naturel de la condition humaine. En conséquence, l’Occident a continué à se draper dans une position morale supérieure [...] au détriment ultime des nations non occidentales13 ».

Si on lit rapidement ces lignes, on pourrait croire que Furedi approuve les thèses tiersmondistes, décoloniales ou identitaires actuelles, mais ce serait commettre une erreur grossière. En effet, comme il l’explique dans son livre Why Borders Matter (Pourquoi les frontières sont importantes) : ses cibles sont : les « militants cosmopolites », les « militants transgenres », les « militants des frontières ouvertes », les « militants anti-binaires » et les « militants identitaires ».

Une xénophobie chic
Mais il ne s’arrête pas là : il s’attaque aussi aux immigrés et aux musulmans : à propos d’émeutes racistes en Irlande en 2023, il dénonce ainsi « le comportement antisocial de certains migrants récemment arrivés en hausse depuis des mois ». Cette remarque prudente s’insère dans un raisonnement plus large, au ton suavement nationaliste, xénophobe et antimusulmans :

« La question de l’ immigration ne se résume pas à la perte de contrôle des flux migratoires vers l’Europe. Il s’agit avant tout d’une question sur l’importance que la société accorde [... ] au sentiment d’appartenance à une nation et au statut de citoyen. L’immigration de masse sape le sens de la nation et le rôle décisionnel des citoyens. Dans la pratique, l’immigration de masse crée les conditions d’une dégradation morale de l’identité nationale. Elle diminue effectivement le statut de l’identité nationale. L’identité nationale n’a que peu de sens lorsque les autochtones se retrouvent étrangers dans leur propre pays. La guerre entre Israël et le Hamas a servi à cristalliser la tension entre les citoyens européens dont la loyauté va à leur nation et les partisans de l’islamisme dont l’attachement va à un mode de vie très différent.

Les migrations de masse érodent les frontières nationales et la distinction entre les citoyens dont le lien organique avec le passé d’une nation leur donne le droit de déterminer le destin de leur communauté et ceux qui n’ont pas ce lien. Si le statut de la citoyenneté s’érode, c’est la démocratie elle-même qui est mise à mal. En fin de compte, les migrations de masse remettent en question le rôle de la prise de décision démocratique. C’est la principale raison pour laquelle l’Europe doit faire face à la crise des migrations de masse14. »

Dans un texte écrit au moment des émeutes xénophobes d’août 2024 au Royaume-Uni, Furedi affirme que les Eurodescendants britanniques « ont peur de devenir des étrangers dans leur propre lieu de naissance15 ». Et il ajoute : « Ils ont l’impression que leur voix est ignorée et qu’ils ont en effet été dépossédés de leur héritage culturel et de leur mode de vie. Ils n’ont aucune place dans un monde où l’identité est tout. Tragiquement, certains d’entre eux ont réagi à leur situation difficile en décidant de s’identifier comme blancs. Dans la conjoncture actuelle, où la vie publique est intensément racialisée, une identité blanche sera toujours perçue comme hyper-raciste » (idem).

S’il établit un constat partiellement juste (la polarisation sur l’identité raciale - les imaginaires races « subjectives » (?!) ou « sociales » tant vantées par les identitaires de gauche), Furedi est incapable de s’attaquer à l’identitarisme de droite et d’extrême droite, puisqu’il en partage les fondements sans vouloir l’admettre. Il en arrive donc

 à vanter « l’esprit de devoir » de la vieille identité nationale britannique, ses « symboles classiques », ses « idéaux patriotiques » et ses « valeurs traditionnelles » qui ont justement été au cœur des entreprises coloniales de l’empire britannique,

 à dénoncer le « désarmement moral », « la promotion d’idées antibritanniques »’,

 à combattre le « programme d’ingénierie sociale » travailliste visant à « déposséder la Grande-Bretagne de son héritage historique en faveur d’une nation où les immigrés vont et viennent et où un nouveau menu populaire sert de symbole » (« le poulet Tikka Massala » !) ;

 et à vouloir « rééduquer les jeunes et leur inculquer la vertu du courage » [Furedi, blog Roots & Wings, 1er février 2025] !

Un apologiste de la monarchie britannique

La mort de la reine Elisabeth II en 2022 lui donna l’occasion d’en remettre encore une couche, dans deux articles successifs en septembre 2022, « Le rôle historique de la reine » et « Pourquoi ils détestent la reine ». Ce faisant, il se garda bien d’expliquer pourquoi, en 1996, dans le « Manifeste adapté aux besoins de la population », il considérait, avec ses camarades du RCP, qu’il fallait « abolir » la monarchie comme toutes les « institutions aristocratiques » de son pays, et pourquoi il avait radicalement changé d’avis (LivingMarxism, The Point Is to Change It, 1996, p. 169].

Dans le premier article, Furedi écrit : « La reine Elisabeth II, du moins en Grande-Bretagne, a fini par incarner ce sentiment de continuité historique. En tant que plus ancien monarque britannique, elle a réussi à personnifier le lien entre le passé et le présent de la nation. Ce faisant, elle en est venue à jouer le rôle d’un monarque contre-culturel » [sic]. « Ses valeurs et son comportement ont rappelé à la société britannique un monde très différent de celui promu par les médias et les autres institutions culturelles. D’une certaine manière, c’est la source de sa popularité et de son autorité morale. Elle a fait en sorte que les gens se sentent bien dans leur peau et leur a inculqué la fierté du mode de vie britannique. [...] Malgré son refus de jouer le jeu de la célébrité ou de “moderniser” son comportement et son image, elle a continué à symboliser avec succès la nation britannique. A une époque où les élites britanniques s’éloignaient volontairement du passé de la nation, Elizabeth s’est démarquée. Par ses paroles et son comportement, elle n’a jamais fait oublier que, tout compte fait, les réalisations historiques de la Grande-Bretagne devaient être considérées comme une source de fierté. Il s’agit là d’une réussite remarquable. Dans un monde où l’identité britannique est devenue la cible constante d’idéologues antipatriotiques, elle l’a fermement affirmée comme une chose dont nous pouvons être fiers. Presque à elle seule, cette reine historique a veillé à ce que le fil qui relie la Grande-Bretagne à son passé reste intact. Elle nous manquera16. »

Dans un second texte17, Furedi s’en prend à l’image négative que les journalistes « libéraux » (traduire : de la gauche molle) américains auraient en général du Royaume-Uni : un pays accablé par « la pauvreté », « en déshérence », engagé dans un « suicide contrôlé », dirigé par une « élite snob » et surtout habité par « des millions de xénophobes incorrigibles qui ne peuvent oublier le passé raciste et impérialiste de leur pays ». Selon Furedi, cette interprétation relève d’une « vision disneyifiée d’une nation qui prétend vivre à l’époque victorienne » et il fustige la presse qui attaque la monarchie et la « fabuleuse richesse » du roi Charles III peut flatter d’autant plus facilement le chauvinisme britannique et la « britishness » (la britannicité en français), qu’une linguiste nigériane, Uju Anya, enseignante aux États-Unis, à la Carnegie Mellon University, voit en la reine Elisabeth « la représentante du culte de la femme blanche » et s’est surtout fendu d’un tweet vengeur : « J’ai entendu dire que la monarque en chef d’un empire génocidaire voleur et violeur est enfin en train de mourir... Que sa douleur soit atroce ! »

Furedi met donc facilement les lecteurs de son côté avec de tels propos outranciers pour ne pas dire stupides. La citation de ce tweet lui permet de glisser sur les séquelles du colonialisme dans la société britannique (il affirme que « la nostalgie du passé impérial est manifestement absente de la vie quotidienne ») et d’entamer une ode à « la mémoire historique qui attribue des qualités positives à des aspects du passé », sans jamais préciser la nature de ces « qualités positives ». Il est évident qu’invoquer le passé des luttes du mouvement ouvrier, du chartisme et des suffragettes, ou du Parti communiste britannique n’est pas du tout la même chose que de tenir un discours nationaliste, xénophobe, procapitaliste, comme c’est le cas de Reform UK, ce parti d’extrême droite que soutiennent les « furedistes » et leur porte-voix : Spiked18.

Un fervent défenseur du Brexit

Fidèle à des positions qu’il qualifie lui-même « populistes traditionnalistes », Furedi tient évidemment un discours hostile à l’Union Européenne et favorable au Brexit :

« L’UE s’enorgueillit de célébrer les politiques identitaires et la diversité, mais son histoire d’amour avec la diversité ne va pas jusqu’à apprécier la diversité des cultures nationales de ce continent. [...] l’UE mène une guerre culturelle contre la fierté et la conscience nationales. La souveraineté nationale est importante pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’elle constitue le plus vaste terrain que l’humanité ait découvert à ce jour, où la responsabilité démocratique peut être exercée et avoir un sens réel. La souveraineté populaire peut s’exercer au sein d’une communauté locale, d’une ville ou d’une nation, mais elle ne peut s’exercer sur un territoire plus vaste que la nation. La deuxième raison pour laquelle la souveraineté nationale est importante est qu’elle fournit un contexte pour la culture d’une identité réelle et ressentie. Il existe d’autres moyens pour les gens de développer leur identité, mais pour la plupart d’entre eux, la nation constitue le plus grand espace au sein duquel leur identité peut se forger et être réellement acquise19. »

L’apologie du capitalisme
Furedi a non seulement abandonné tout espoir de renverser le capitalisme mais il prend sa défense sans exprimer la moindre réticence : « Le capitalisme a été capable de créer un système mondialisé où, dans une large mesure, nous avons la prospérité [...] Il n’y a pas de mouvements tournés vers ! avenir qui attaquent le capitalisme. Les seuls mouvements contre le capitalisme sont des mouvements tournés vers le passé [...]. Il s’agit essentiellement de critiques du capitalisme fondées sur de faibles attentes, ce qui, à mon avis, est bien pire que tout ce que fait le capitalisme » [intervention orale à la Battle of Ideas de 2008 citée dans Hepworth, 2023],

Comme l’explique Chris Gilligan, aujourd’hui, Furedi et ses amis ou disciples ne font plus « appel à la classe ouvrière, mais à la classe capitaliste » ; ils exigent « que la classe capitaliste prenne plus de risques et qu’elle investisse dans l’augmentation de la productivité du travail grâce aux nouvelles technologies »« [Gilligan, 2023 ].

Et ce n’est pas Furedi qui le contredira puisqu’il a écrit sur son blog Roots & Wings : « Ce dont l’Europe a besoin, c’est d’élever son niveau de productivité en adoptant une orientation plus solide vers l’investissement dans les nouvelles technologies, L’importation de migrants a servi de substitut autodestructeur à l’investissement et à l’innovation technologique. Elle a également détourné l’attention du défi de la formation et de la re qualification de la main-d’ œuvre européenne. Dans l’état actuel des choses, compter sur l’immigration pour résoudre les problèmes économiques de l’Europe conduit à perpétuer la faible productivité du continent et son régime d’aversion au risque. » [« L’immigration de masse est l’arme de prédilection de l’ingénierie sociale », 1er février 2025.]

Munira Mirza : née en 1978, presque la même année que le RCP, cette fille de prolétaires pakistanais a réussi à entrer à Oxford et à obtenir d’abord un master en littérature anglaise, puis un doctorat de sociologie dans l’université où enseignait Frank Furedi. Elle a su rapidement bâtir sa carrière aussi bien dans la bureaucratie culturelle (la Royal Society of Arts* qui existe depuis 1754) que dans la bureaucratie politique (le think tank conservateur Policy Exchange* pour lequel elle a travaillé de 2005-2007 comme « directrice du développement »), A trente ans, elle est devenue la conseillère culturelle, la directrice des arts et de la culture puis l’adjointe aux questions culturelles du maire conservateur Boris Johnson entre 2008 et 2016 (pour la modique somme de 13 000 euros par mois) ; puis, de 2019 à 2022, elle a dirigé « l’Unité politique du 10 Downing Street », c’est-à-dire le Bureau du Premier ministre. Et le New Statesman l’a présentée comme « la troisième conseillère la plus influente de Downing Street ». Un parcours assez exceptionnel pour une jeune femme qui, à vingt ans, écrivait des articles dans les magazines « furedistes » Living Marxism et EM et qui maintenant, en dehors du site de ses potes de l’ex-RCP, Spiked, collabore à des médias dominants comme The Guardian, The Telegraph, The Spectator, sans oublier All In Britain, un site nationaliste éphémère puis un groupe Facebook aujourd’hui inactif.

La grande copine du maire et Premier ministre Boris Johnson...

Elle a continué son ascension sociale puisque, en dehors d’écrire des livres et des articles, elle appartient à des institutions comme T Arts Council of England*, 1’Institute of Contemporary Arts*, la Royal Opera House* et 1’Illuminated Rover Foundation*, sans compter HENI Talks*. Elle a même créé son propre think tank le Manifesto Club* contre « l’Etat nounou » l’une de ses obsessions héritées du RCP. En 2022, elle a demandé l’autorisation20 de créer une « entreprise à but non lucratif », Civic Future, qu’elle dirigerait sans faire du lobbying et sans utiliser les relations qu’elle a cultivées pendant quatorze ans, aux côtés de Boris Johnson et du Parti conservateur... On peut rêver !

Selon son site, « Civic Future identifie et forme des personnes talentueuses en début, milieu et fin de carrière, en les aidant à apporter une contribution publique. Nos programmes de formation de talents leur donnent les outils nécessaires pour naviguer dans le monde obscur et souvent intimidant du système politique britannique, en leur apportant un éclairage intellectuel et un savoir-faire pratique. Nous sommes une organisation caritative, sans lien avec un parti politique, et nous nous appuyons sur les idées et les valeurs qui sous-tendent la démocratie libérale. » L’organisation prévoit évidemment d’organiser un débat sur l’immigration avec Jonathan Hinder, député travailliste (et... ex-inspecteur de police !) et Ivar Arpi, journaliste suédois qui vient de la gauche et est passé à la droite nationaliste et hostile à l’immigration. Vu la position de Hinder, ce pseudo « débat » risque de se transformer en un chœur xénophobe puisque Hinder s’est réjoui, en janvier 2025, du fait que « en seulement six mois, le gouvernement travailliste a réalisé le plus grand nombre cT expulsions d’immigrés clandestins en cinq ans, expulsant plus de 16 400 personnes n’ayant pas le droit de séjourner légalement dans le pays21 ».

Parmi les donateurs du nouveau fromage de Mirza (ceux qui ne sont pas restés anonymes), on trouve cinq membres de la chambre des Lords, tous conservateurs, et tous des hommes d’affaires prospères (ou une avocate mariée un capitaliste financier) et, pour deux d’entre eux, des proches de... Boris Johnson pour lequel a travaillé Mirza ; le tradeur Benjamin Delo* qui s’est fait prendre en jouant avec des bitcoins et a dû payer 10 millions de dollars pour éviter la prison ; une newsletter qui donne des conseils financiers (MacroEagle), une entreprise internationale spécialisée dans le conseil (Herminius) ; le président d’une société d’investissement ; le PDG d’un groupe qui a investi dans plusieurs dizaines d’hôtels, etc.

Les interventions actuelles de Mirza dans les médias convergent parfaitement avec celles de ses camarades trotskystes devenus libertariens et elle adore prendre la gauche identitaire à contre-pied. Lorsque son patron, Boris Johnson, a ridiculisé les femmes portant la burka comme étant des « boîtes aux lettres » ambulantes, non seulement elle a affirmé qu’il connaissait mieux l’islam que ses critiques, qu’il était un féministe convaincu et que de nombreux musulmans étaient hostiles à cette tenue vestimentaire (ce dernier point étant d’ailleurs exact), mais elle a contre-attaqué en plaçant les identitaires de gauche devant leurs propres contradictions : « Les militants des droits des homosexuels ont-ils marché sur des œufs à propos des croyances chrétiennes lorsqu’ils ont plaidé en faveur de la légalisation du mariage homosexuel ? Les politiciens féministes du Royaume-Uni ont-ils été super sensible s à l’égard des croyances catholiques lors du débat sur l’avortement en Irlande ? Non, ils ont exprimé leur désaccord avec force, parfois de manière offensante, dans le but de persuader l’opinion publique de leur point de vue. Se moquer des pratiques religieuses n’est pas le choix tactique de tout le monde, mais agir comme s’il s’agissait d’une pratique inacceptable est malhonnête et hypocrite. »

Autre exemple de ce « contrarianism22 » si typique du RCP et de ses « ex » : en juin 2020, Munira Mirza a créé une commission sur « la race et les disparités ethniques » à la suite du meurtre de George Floyd par un policier aux États-Unis. Elle provoqua un scandale en affirmant que le racisme institutionnel, en Grande-Bretagne était « une perception plus qu’une réalité » et qu’il fallait plutôt s’attaquer aux facteurs culturels et socio-économiques des inégalités (la pauvreté, les familles monoparentales, les exclusions scolaires, etc.) qu’au racisme. Étant elle-même d’origine pakistanaise, elle n’a eu aucun complexe à affirmer cette position : « J’ai fait l’expérience d’un racisme très explicite et j’ai vécu dans une ville qui était extrêmement divisée, et qui l’est toujours, et qui a connu des incidents racistes très insultants » [cité par Fletcher, 2020).

Mirza est aussi l’auteur d’un rapport célèbre intitulé : « Vivre ensemble mais totalement séparés. Les musulmans britanniques et le paradoxe du multiculturalisme » dans lequel elle défend l’idée que l’on accorde trop de place au racisme, et notamment au racisme antimusulmans et que les minorités se complaisent dans la « victimisation ».

Ainsi elle écrit, dans un texte intitulé « Repenser la race » : « La race n’est plus le désavantage important qu’on lui attribue souvent. Dans toute une série de domaines -réussite scolaire, progression de carrière, taux de criminalité, mobilité sociale - la classe et le milieu socio-économique sont plus importants. En effet, un certain nombre de groupes ethniques en Grande-Bretagne, en particulier les Indiens et les Chinois, obtiennent des résultats supérieurs à la moyenne dans de nombreux domaines. Aujourd’hui, une proportion plus élevée de personnes issues de minorités ethniques entre à l’université que les Blancs, et ces Britanniques de la deuxième et de la troisième génération font des choix de carrière ambitieux. Il subsiste des différences considérables entre les groupes ethniques - dans des domaines comme la santé mentale, l’emploi, le niveau d’éducation et aussi la façon dont ils sont contrôlés par la police. De nombreuses différences ont pu être façonnées par le racisme dans le passé, mais ne le sont pas nécessairement aujourd’hui23 ».

Dénonçant l’existence de « nouveaux stéréotypes paternalistes » et d’« une nouvelle forme de racialisation » produits par l’antiracisme, elle estime que « personne, à l’exception de l’extrême droite, ne souhaite revenir au passé » (ce qui est une opinion bien optimiste). Elle critique la notion de « racisme institutionnel » selon lequel « personne n’est coupable de racisme et tout le monde l’est » ; ce concept a donné naissance à « une industrie de gestion et de contrôle des comportements sur les lieux de travail, dans les écoles, les casernes de pompiers, les hôpitaux, les conseils municipaux et les ministères. Les institutions publiques aux abois sont tenues d’employer des contrôleurs ethniques, des formateurs en matière de diversité et des évaluateurs de l’impact sur l’égalité afin de se prémunir contre des poursuites judiciaires coûteuses. Même les organisations bénévoles et les groupes civiques tels que les Eglises sont entraînés dans cette nouvelle orthodoxie. La loi de 2000 sur les relations interraciales impose aux écoles de signaler tous les “incidents racistes ” aux autorités locales, ce qui a donné lieu à environ 250 000 rapports entre 2002 et 2009. Cette sensibilisation accrue au racisme contribue-t-elle à l’éradiquer ? Non, au contraire, cela crée un climat de suspicion et d’anxiété. Soudain, votre collègue est une victime potentielle de votre racisme involontaire. Un petit affront peut être considéré comme une infraction ».

En bonne disciple de Furedi, Mirza défend l’idée que « le contrôle des comportements informels empêche les gens de s’exprimer librement, de peur de dire ce qu’il ne faut pas ». Cela nuirait non seulement à la liberté d’expression mais aussi aux « premiers concernés » : « Les victimes sont souvent les minorités ethniques elles-mêmes. En 2004, une enquête sur la police métropolitaine a révélé que les officiers noirs et asiatiques étaient presque deux fois plus susceptibles défaire l’objet d’enquêtes internes et d’avertissements écrits » ; en effet, leurs superviseurs « craignaient de faire ce qu’il ne fallait pas » et « étaient donc plus enclins à signaler ces cas au département des normes professionnelles, département qui se montrait “trop zélé" dans son approche des plaintes. Sans surprise, les agents issus de minorités ethniques se sont sentis injustement visés, bien que leurs responsables aient essayé d’éviter d’être racistes » [Mirza, 2010],

Selon elle, « Le dénominateur commun de toutes ces histoires est la conclusion simpliste que nous sommes censés en tirer. Les hommes se comportent comme des animaux. Les Blancs sont des oppresseurs. La Grande-Bretagne est mauvaise » [Mirza, 2018], « Si l’on dit constamment aux Blancs à quel point leurs voisins asiatiques sont culturellement différents, et si l’on dit aux Asiatiques d’être vigilants face au racisme des Blancs, les deux groupes risquent de conclure qu’ils ont peu de choses en commun et beaucoup à craindre de leurs voisins » [cité par Fletcher, 2020],

Mirza conclut que le multiculturalisme a encouragé l’émergence d’une forte identité musulmane puis l’extrémisme islamique en Grande-Bretagne en divisant les gens selon des lignes ethniques, religieuses et culturelles au lieu de promouvoir l’identité nationale britannique.

Munira Mirza, comme au moins deux ex-militantes du RCP issues de minorités ethniques (Alka Sehgal Cuthbert et Yasmine Fitzpatrick, cf.la quatrième partie « Échecs électoraux ou victoire idéologique ? »), a choisi de dénoncer les dérives bien réelles de l’antiracisme et de l’identitarisme de gauche en invoquant un argument « marxiste » (le rôle des facteurs de classe dans les discriminations sociales) tout en soutenant des politiciens de droite (Boris Johnson) ou d’extrême droite légaliste (Nigel Farage). Dans un système politique beaucoup plus ouvert24 aux « minorités visibles » que la République gauloise, ces trois militantes assument sans aucun complexe leur rôle dans les guerres culturelles mais en y ajoutant une petite touche « radicale ».

• Née en 1960, Claire Fox visitait la communauté de Taizé25, en France, chaque année durant son adolescence. Cette catholique a d’abord été partisane de la théologie de la libération avant d’adhérer au RCP trotsko-léniniste au début des années 1980. Fox a été successivement assistante sociale ; professeure de littérature jusqu’en 1990 ; (sans doute) permanente du RCP pendant les années 1990 (en tant que co-rédactrice en chef de Living Marxism) ; fondatrice et directrice en 2000 de l’Institute of Ideas/ Academy of Ideas26 qu’elle anime toujours aujourd’hui et dont la devise est « Ne rien interdire - tout remettre en question » ; directrice de la Battle of Ideas, festival annuel de débats créé en 2005, qu’elle supervise encore ; députée européenne du Brexit Party de Nigel Farage en 2019-2020 ; enfin, le couronnement de son ascension sociale et politique s’est traduit par sa nomination à la Chambre des Lords en 2020 et son accession au statut de « baronne de Buckley27 ». Elle a également continué l’aventure des « ex » du RCP en collaborant activement au site « furediste » Spiked-on-line. Fox participe régulièrement à des émissions politiques à la radio et à la télévision (BBC Question Time, BBC Any Questions ?, Sky News Review, BBC Breakfast, The Moral Maze sur BBC Radio 4, etc.). Pour cette autodéclarée « progressiste », « le système social actuel ne fonctionne pas de manière très efficace » et « la gauche ne comprend pas que la liberté d’expression vaut la peine d’être défendue ». Plus modérée, tu meurs !

Une baronne ex-trotskyste à la Chambre des Lords.

Selon son profil Linkedin, la baronne Fox a pour « spécialités : la présidence de débats, l’animation de tables rondes et la prise de parole en public », toutes choses qu’elle a évidemment apprises en militant. Quels sont ses « domaines d’expertise » ? « l’éducation, la liberté d’expression, les libertés civiles, les arts, tendances dans les médias et les politiques sociales. » Elle se déclare « hostile à tout endoctrinement et favorable à l’éducation et l’art pour eux-mêmes ; contre l’Etat-nounou ; pour la liberté d’expression et les libertés civiles » et fidèle à la devise « Ni si, ni mais ».

Dès le départ F Institute of Ideas (désormais F Academy of Ideas) a construit des partenariats fructueux avec des institutions prestigieuses à Londres : aussi bien la chaîne de librairies Foyles, la Royal Shakespeare Company et l’Union Chapel*, que « la Täte Modem Gallery, la British Library, le British Muséum, la Royal Shakespeare Company, la Royal Institution*, la Royal Society of Arts et P Art’s Council*. Un nombre impressionnant d’universitaires, de scientifiques, de journalistes, d’avocats et d’écrivains ont accepté de prendre la parole » dans les colloques et événements que Claire Fox a organisés depuis vingt-cinq ans [Pallister, 2000).

Quels sont les thèmes qu’ont agités et que continuent d’agiter avec ferveur les « ex » du RCP ? Ils « estiment essentiellement que la société, les entreprises et la science, en particulier la biotechnologie, sont freinées par la peur du risque et de l’expérimentation - le principe de précaution tel qu’énoncé par le Prince Charles à propos des aliments génétiquement modifiés. Le gouvernement, affirment-ils, fabrique des paniques et des angoisses - sur l’éducation des enfants, la criminalité et la santé. Les citoyens sont traités avec condescendance et se sentent comme des victimes impuissantes. Les thérapies inutiles et la multiplication des litiges liés au politiquement correct font de nous tous des victimes » [Pallister, 2000],

Avant la dissolution de leur groupe en 1996, la direction du RCP évoquait déjà toutes ces questions, comme en témoigne cet article qui dénonce :« [...] la psychologie de la "société du risque " contemporaine. La panique suscitée par la maladie de la vache folle s’est déclenchée dans une société préoccupée par les craintes collectives d’une catastrophe imminente et par les angoisses individuelles liées aux menaces qui pèsent sur la santé, la sécurité et la sûreté. Nous nous inquiétons de la guerre nucléaire et du réchauffement climatique, du sida et d’Ebola, des agressions et des cambriolages, de la rage au volant, de la maltraitance des enfants et de la violence à l’égard des femmes » [Fitzpatrick, février 1996],

Et, trois mois plus tard, l’auteur tapait encore sur le même clou : « Dans notre société de plus en plus précaire, il existe une tendance frappante à exagérer les risques de la vie quotidienne et à vivre avec un sentiment accru de danger, voire de catastrophe imminente. Les groupes de pression mettent l’accent sur des dangers particuliers [...]. L’alimentation constitue le lien entre les préoccupations relatives aux menaces environnementales pour la santé et les choix individuels. » [Fitzpatrick, mai 1996.] Et il poursuivait : « La notion selon laquelle nous vivons aujourd’hui dans une “société du risque ” est de plus en plus influente. Le “principe de précaution ” est l’une des lignes directrices qui a émergé pour réglementer la “société du risque ”. Ce principe signifie que si l’on ne peut pas prouver qu’une chose est sûre, il ne faut pas la faire. [...] le principe de précaution impose le végétarisme à vie [...]. Cela peut ne pas sembler un grand sacrifice, mais appliqué systématiquement à la vie quotidienne, le principe de précaution signifie une vie de prudence, de retenue et, en fin de compte, de résignation » (idem).

Comme l’explique The Guardian, les arguments déployés et les thèmes de réflexion proposés ressemblent étrangement à ceux de think tanks américains ultraconservateurs comme « la Reason Foundation*, la Heritage Foundation*, l’ Hudson Institute* et le Cato Institute*. Tous ces organismes sont financés par l’industrie mais ne sont que la pointe d’un vaste réseau de groupes qui prônent la “liberté ”, et sont tous liés intellectuellement et semi formellement par la coalition souple connue sous le nom de Freedom Network (réseau de la liberté) » [Pallister, 2000].

Mais ces convergences évidentes sont dissimulées par un argumentaire bien rodé, comme celui-ci par exemple : « Je suis une fervente défense lire de la liberté, de l’égalité et de la souveraineté populaire. Ces valeurs sont défendues par des géants de la démocratie depuis des centaines d’années. Qu’elles aient été brandies par les niveleurs pendant la guerre civile, par les chartistes au XIXe siècle ou par les suffragettes au début du XXe siècle, la Grande-Bretagne a une fière histoire de lutte pour le droit des citoyens ordinaires à déterminer leur propre avenir, afin que le Parlement soit responsable devant nous tous23. »

Ces belles paroles ont été prononcées pour annoncer sa candidature lors des élections européennes de 2019 en tant que candidate du Brexit Party dirigé par Nigel Farage, un politicien qui se moque du combat des chartistes (aux débuts du mouvement ouvrier) ou des suffragettes britanniques, et se soucie uniquement des intérêts du patronat britannique ! Ces déclarations ne servent qu’à donner un vernis radical à une capitulation devant le nationalisme et la xénophobie.

NOTES

1

Les titres de leurs textes sont éloquents : « La honteuse campagne de calomnies de l’UE contre la Hongrie » ; « L’EU complote pour humilier la Hongrie ; « La Hongrie dévoile le mépris de l’UE pour la démocratie » ; « La Hongrie n’est pas une dictature » ; « La victoire d’Orban : un autre coup porté à l’oligarchie de l’UE » ; « Pourquoi les élites de l’UE détestent la Hongrie » ; « Pourquoi les conservateurs américains s’intéressent à l’UE », etc.

2

Cf. le débat « Interrogating antisemitism with Deborah Lipstadt and Frank Furedi » (https://www.youtube.com/watch?v=HJkVZ5s77IU&t=1184s). Bien sûr, lorsque Lipstadt et un participant lui rappellent les faits historiques qu’il a occultés, Furedi reste muet.

3

https://www.spiked-online.com/2018/09/12/the-eus-shameful-crusade-against-hungarv/

4

Cf. J.P. Filiu (2020), Nora Berend (2020) et Janos Gado (2021, n2022 et 2024).

5

https://www.lejdd.fr/International/Antisemitisme-galopant-en-Hongrie-605571-3202358.

6

https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/en-hongrie-la-tolerance-d-orban-envers-l-anti semiti sme-favori se-l-extreme-droite.

7

https://www.spiked-online.com/2018/09/12/the-eus-shameful-crusade-against-hungarv/

8

Quisling (1887-1945) : politicien norvégien qui fut la marionnette des nazis... et fut fusillé après la guerre.

9

https://budapestsummit.mcc,hu/en#program

10

https://bvlinetimes.com/2022/12/07/red-torv-to-blue-labour-how-5jP/ker7-and-unherd-are-keeping-national-populism-alive/

11

https://nationalconservatism.org/natcon-uk-2023/presenters/frank-furedi/

12

« [...] la loi sur la diffamation est essentielle au maintien de l État de droit. Si les gens bafouaient systématiquement les décisions de justice comme le fait Robinson, ces décisions ne signifieraient plus rien du tout. Si nous voulons modifier nos lois sur la diffamation pour les rendre moins punitives, ou pour assouplir les restrictions en matière de reportage dans les procès criminels, nous devons le faire par le biais du processus démocratique - et non en encourageant les gens à simplement ignorer nos tribunaux. [... ] Et l’on peut s’opposer à l’approche utilisée pour censurer des personnalités comme lui sans pour autant croire aveuglément aux absurdités qu ’il colporte » [Gittos, 2025] ;

13

https://www.amazon.com/Silent-War-Imperialism-Changing-Perception/dp/0813526124.

14

https://frankfuredi.substack.eom/p/anti-populism-migration-and-the-moral.

15

https://frankfuredi.substack.eom/p/twelve-theses-on-the-distorted-representation /

16

https://www.spiked-online.com/2022/09/19/the-queens-service-to-historv/

17

https://frankfuredi.substack.eom/p/whv-thev-hate-the-queen

18

Cf. par exemple leur réaction lors de la « victoire » remportée par ce parti aux élections partielles du 1er mai 2025 (Reform a acquis un député, un maire et plusieurs dizaines de conseillers municipaux supplémentaires). Les animateurs de Spiked présentent cet événement dans leur podcast du 2 mai (https://www.spiked-online.com/podcast-episode/reform-revolt/) et il est amusant que ce podcast en faveur de « l’insurrection de Reform UK » soit sponsorisé par...la plateforme de commerce en ligne Shopify

19

On remarquera que ce raisonnement est celui de la gauche et d’une grande partie de « l’extrême gauche », de l’OCI/PT/POI/POID (les « lambertistes ») aux identitaires de gauche en passant par LFI. C’est parfaitement clair dans la contribution d’Houria Bouteldja [2025] pour qui certains nationaux-socialistes savaient « mieux » « produire du rêve » et toucher une « corde sensible » dans les masses populaires parce qu’ils n’étaient pas prisonniers d’une analyse « matérialiste » : « Otto Strasser* (de la “gauche” du parti nazi) disait en s’adressant aux communistes : “Vous commettez l’erreur fondamentale de nier l’âme et l’esprit, de vous en moquer et de ne pas comprendre que ce sont eux qui animent toute chose.’’ ». On pourra aussi lire l’article lamentable de Révolution permanente [Morao, 2025] qui fait semblant de découvrir subitement que ses amis racialistes et identitaristes « de gauche » sont des nationalistes - ce qu’ils ont toujours été. On retrouve ces mêmes raisonnements dans les articles et le livre de Jacopo Custodi Un paese. La sinistra et la nazione auquel un chapitre sera consacré dans le présent ouvrage. Custodi a longuement étudié l’expérience de Podemos, Syriza, Die Linke et LFI et croit que leur façon de récupérer les thèmes du nationalisme et le patriotisme des mains de la droite et de l’extrême droite peut être efficace pour gagner les voix du « peuple », alors que ces partis « de gauche » ne font que reprendre de vieilles idées réactionnaires qui minent le mouvement ouvrier depuis plus d’un siècle [cf. Y.C. 2009].

20

https://www.gov.uk/government/publications/mirza-munira-director-of-nolO-policv-unit-cabinet-office-acoba-advice/advice-letter-munira-mirza-civic-future

21

https://www.burnlevexpress.net/communitv/ionathan-hinder-mp-column-how-this-govemment-is-taking-decisive-action-on-illegal-immigration-4964226

22

Traditionnellement, on traduit « contrarianism » par « non conformisme » généralement pratiqué par des individus têtus et narcissiques. Ainsi, en Angleterre, un Contrarian Prize est censé récompenser chaque année « les individus qui ont fait preuve d’indépendance, de courage et de sacrifice à travers les idées qu’ils ont introduites ou les positions qu’ils ont adoptées ». Cette notion pourrait être attribuée aussi bien à Dieudonné qu’à Greta Thunberg, à Louis-Ferdinand Céline qu’à Salvador Dali, à Joseph Goebbels qu’à Léon Trotsky, etc. Son utilisation systématique à propos du RCP et surtout de ses ramifications libertariennes actuelles sème la confusion en lui attribuant une aura de pseudo « rebelle » - ce qui est justement le but recherché.

23

https://www.prospectmagazine.co.uk/essavs/54493/rethinking-race .

24

Cf. ces deux articles parus en 2019 qui listent les candidats d’origine indienne et notent le pourcentage important de partisans du Parti conservateur et du Brexit Party parmi eux : https://timesofmdia.indiatimes.com/nri/other-news/uk-polls-brexit-partv-attracts-numerous-indian-origin-candidates/articleshow/72447395.cms et https://www.theweek.in/news/world/2019/12/ll/uk-elections-surge-indian-origin-candidates-but-manv-opt-for-brexit-partv.html.

25

Taizé : communauté monastique protestante, catholique et anglicane qui accueille environ 50 000 personnes par an, dont beaucoup de jeunes. Ces réunions ont visiblement marqué Claire Fox puisqu’elle affirmait encore en 2007 : « [...] Je ne suis pas une hystérique à propos de la religion. Pour moi, elle est et a toujours été un projet humaniste » ; « je ne m ’inquiète pas du tout de la croissance de la religion » [interview Fox, 2007).

26

On trouvera quelques détails supplémentaires sur 1 ’Institute/Academy of Ideas, Debatting Matters et la Battle of Ideas, espaces dans lesquels Claire Fox est très active, dans F Annexe 1, « Sur la nébuleuse RCP-LM-Spiked ».

27

Petite ville du Pays de Galles où elle a vécu avec ses parents irlandais.

*****

PLAN

Introduction

https://npnf.eu/spip.php?article1223

I. Une fascination durable pour l’idéologie bourgeoise . – Intérêt prononcé pour la médecine. Valorisation acritique de la science et de la technique. – Combat contre la « culture de la peur ». – Méfiance vis-à-vis des interventions de l’État. – Culte de l’initiative et de la responsabilité personnelles. – « Droit à l’offense » et défense d’une liberté d’expression totale
Une reconstruction peu crédible du passé ?
Les explications complotistes n’ont aucun intérêt ?

https://npnf.eu/spip.php?article1224

II. Une stratégie de la provoc’ calculée et de la démarcation systématique…. – Soutien à l’IRA. – Grève des mineurs. – Refus de voter Labour
• DENONCIATION DE LA « CULTURE DE LA PEUR » ET DU « CONTROLE SOCIAL ». – Maltraitance des enfants et viol. – Face à l’épidémie du VIH-Sida
• LE RAPPORT DU RCP A LA QUESTION DE L’ETAT. – Abstentionnisme du RCP face aux fascistes – Face à la propagande négationniste. – Les femmes ne doivent jamais faire appel à l’État. – Comment se protéger contre les violences masculines. – Refus de la censure sur Internet, donc aussi des images pédo-pornographiques. – Comment lutter contre les abus sexuels commis sur des enfants ? – Contre toute censure artistique

https://npnf.eu/spip.php?article1225

• AUTRES POINTS DE DEMARCATION. – Pour l’énergie nucléaire. – Contre le contrôle des ventes d’armes. – Le boycott de l’Afrique du Sud. – La guerre des Malouines. – Une mise en garde prémonitoire mais bien oubliée. – La dénonciation du « journalisme compassionnel »
« Midnight in the century » (1990)
https://npnf.eu/spip.php?article1226

1996 : un ultime Manifeste pour justifier la dissolution du RCP ?

De la dissolution de l’organisation à la constitution d’une amicale médiatiquement efficace

Une nébuleuse ? Un réseau informel ? Une mouvance insaisissable ? Une maçonnerie ? Une confrérie ? Une fraternité 2.0 ? un Parti/Réseau ?

https://npnf.eu/spip.php?article1228

III. Petits succès politiques. – Frank Furedi. – Munira Mirza. – Claire Fox. –
https://npnf.eu/spip.php?article1229

IV. Échecs électoraux ou victoire idéologique ?. – John Heartfield – Stuart Waiton. – Alka Sehgal Cuthbert. – James Woodhuysen. – John Fitzpatrick. – Yasmin Fitzpatrick

https://npnf.eu/spip.php?article1232

Annexe 1 : Sur la nébuleuse RCP-LM-Spiked
https://npnf.eu/spip.php?article1233

Annexe 2 : Who’s Who des vétérans du RCP
https://npnf.eu/spip.php?article1236

Annexe 3 : Sur quelques collaborateurs de Spiked et leur participation aux guerres culturelles de la droite
Glossaire
Sources

https://npnf.eu/spip.php?article1237