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Du trotskysme britannique au libertarianisme international (2)
Frank Furedi, l’Amicale des anciens du RCP et le site Spiked
Article mis en ligne le 16 mai 2025
dernière modification le 6 juillet 2026

Voici le deuxième article d’une longue série sur ce qu’il est convenu le "Réseau RCP/LM/Spiked" au Royaume-Uni, les initiales RCP signifiant : "Revolutionary Communist Party" et LM : "Living Marxism". Ces textes font partie d’un futur livre sur les courants "marxistes" (Faux rebelles et "marxistes" au service de l’extrême droite) qui ont très mal tourné en Europe mais qui continuent à manier une phraséologie "radicale".

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I. Une fascination durable pour l’idéologie bourgeoise

En 1981, Alex Callinicos, l’un des dirigeants des International Socialists (devenu le SWP en 1977), pondit un long texte soporifique contre les militants que son organisation avait exclus en 1973, et qui allaient former le RCP en 1977. Il les accusa d’être une « secte social-démocrate pré-léniniste » viciée par le « propagandisme » et le « paléomarxisme », et de vouloir mener « une lutte purement idéologique » - en clair de refuser de mettre les mains dans le cambouis de « l’activisme » (ce qui se révéla faux par la suite, comme nous le verrons) ; néanmoins, il concéda, du moins à l’époque, que leur groupe était « révolutionnaire » (faisait donc partie de la « famille » marxiste élargie) parce qu’il acceptait « la nécessité d’un parti léniniste » et « du renversement par la force de la bourgeoisie ».

De cet article abscons se dégage une piste utile pour comprendre l’évolution de Furedi et de ses camarades, un fil rouge qui n’a pas varié depuis cinquante ans chez les têtes pensantes de cette confrérie bizarre. Dans les années 1970, les dirigeants de ce petit courant oppositionnel éprouvaient déjà, selon Callinicos, un « grand respect pour le pouvoir de Vidéologie bourgeoisie » et lui accordaient même des « propriétés magiques ». A partir du début des années 1990, lorsqu’ils renoncèrent à construire un Parti léniniste d’avant-garde et abandonnèrent le « marxisme » tout en se réclamant vaguement de la classe ouvrière, ce pieux « respect1 » se transforma progressivement en une apologie décomplexée des vertus du libéralisme bourgeois, du libertarianisme et du conservatisme politique (sauf sur la question de l’avortement), tout en critiquant la gauche parce qu’elle « s’est tournée vers ce que l’on a appelé les “nouveaux mouvements sociaux”. Cela commença par l’engouement des radicaux pour les mouvements de libération nationale du tiers-monde, s’étendit aux étudiants, aux groupes du pouvoir noir, à la libération des femmes, et s’étenditfinalement étendu à “l’infini etcetera de la différence ” » [Fitzpatrick, 2002).

En ce qui concerne le rejet du « marxisme », il faut nuancer cette affirmation dans la mesure où tous les « ex » du RCP qui font partie de sa nébuleuse actuelle n’ont pas rejeté le marxisme de la même façon ni à la même époque. Certains continuent à utiliser de temps en temps un vocabulaire marxiste ou marxisant2, même si l’on peut douter de leur sincérité.

Lorsque la conseillère de Boris Johnson, Munira Mirza, qui a travaillé à ses côtés pendant quatorze ans, prétend qu’il faut « quitter la forteresse Europe et ouvrir le Royaume-Uni à un véritable internationalisme3 » on ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire, tout comme lorsqu’une vétérane du RCP (Alka Sehgal Cuthbert, cf. la quatrième partie de cet article) se sert de ses origines indiennes pour affirmer que l’Union européenne est mille fois plus « raciste » que le très xénophobe Brexit Party dont elle est la candidate4 !

James Heartfield est sans doute celui qui, dans ses livres théoriques, se sert le plus de son passé marxiste, comme en témoignent plusieurs extraits de son livre « A propos de la “mort du sujet” » republiés, avec son autorisation, sur le site marxists.org. Dans cet ouvrage, il se livre à une critique féroce du postmodernisme, de la déconstruction et de l’antihumanisme. Et, à propos du colonialisme gallo-républicain, il écrit même que la France « [...] refusa à l’Algérie sa liberté au nom des droits de l’homme. Les sentiments républicains de la révolution, universels dans leur aspiration, furent liés aux intérêts étroits et particuliers de la domination française. Ce qui était vraiment humain a été avili en une idéologie étroitement chauvine qui niait P humanité des Algériens, alors même qu’elle prétendait représenter toute l’humanité. En Algérie, la France a avili l’humanisme et en fit une imposture [...] La défense de l’universalisme était particulièrement perverse puisque, pour l’essentiel, les Algériens furent privés des droits dont jouissaient les colons et les citoyens français. [... ] l’Algérie fut occupée au nom de l’humanisme et de l’universalisme. L’occupation était éclairée, les Algériens arriérés. [... ] L’establishment militaire et politique français se mit dans la peau de la Gestapo. Il suspendit des subtilités telles que P habeas corpus et la démocratie parlementaire pour recourir à la torture et à la détention de masse » [The « Death of the Subject » Explained, Sheffield Hallam UP, 2002],

Mais, après avoir lu ces lignes décapantes, que doit-on penser de sa candidature pour le Brexit Party, une organisation de la droite dure xénophobe et antimusulmane, pour ne pas dire d’extrême droite, alors qu’il écrivait encore en 2002 : « La domination française en Algérie et en Egypte est restée liée au système avilissant de la corvée de travail forcé qui a empêché toute extension substantielle des libertés civiles aux musulmans annexés à l’empire français ? »

Comment croire en la sincérité de James Woudhuysen qui dénonça, en 2016, le racisme de David Cameron et la fable de l’invasion migratoire5, et se présenta en 2019 sur les listes du Brexit Party, l’une des organisations les plus hostiles aux immigrés ? Les électeurs du Brexit Party/Reform UK choisissent à 60% de voter pour ce parti justement parce qu’il mène campagne contre « l’immigration les demandeurs d’asile les immigrés et les gens du voyage » et que 80% d’entre eux pensent que l’immigration est une « force nuisible » [Taylor, 2025],

Comment croire la baronne Claire Fox lorsqu’elle nie être devenue une libertarienne de droite et proclame : « Je suis heureuse de me qualifier de bolchevique », parce que « le bolchevisme était précisément une lutte révolutionnaire pour la liberté » [Fox, 2012] ? Lorsqu’elle affirme être une « militante de gauche depuis 35 ans » et ceci parce que, dans sa lointaine jeunesse, elle fut « arrêtée sur des piquets de grève », qu’elle a « mené des manifestations anti-impérialiste s et pris la parole lors de manifestations contre des expulsions devant des commissariats de police » [Fox, 2019] ? Quand elle affirme être toujours « marxiste » mais explique qu’elle n’a « jamais cru » au caractère inéluctable de la révolution prolétarienne et ne pense pas que « les moyens de production devaient être entre les mains des travailleurs » [Fox, 2007] ? Ou lorsqu’elle déclare : « S’il existait encore un RCP aujourd’hui, j’en serais membre. J’adhère à certains principes révolutionnaires. Je souhaite améliorer le monde » et souligne cette continuité entre son engagement révolutionnaire et sa position trente ans plus tard : « S’ily a une cohérence entre mes opinions d’alors et celles d’aujourd’hui, c’est dans mon point de vue libertaire6 sur la liberté d’expression » [Jeffries, 2005],

Quelle que soit la sincérité, l’auto-aveuglement, la schizophrénie, ou l’hypocrisie cynique des vétérans du RCP, au cours d’une première étape, leur prise de distance avec leur dogme trotsko-léniniste se traduisit par la mise en avant d’un certain nombre de positions qui allaient ensuite se radicaliser :

 un intérêt prononcé pour la médecine et la santé reproductive (ce qui eut des positifs, puisque le RCP soutint le droit inconditionnel des femmes à l’avortement et dénonça le manque d’investissements dans le système de santé publique, pénurie nuisible pour la classe ouvrière) ; mais aussi la valorisation acritique de la science et de la technique, ce qui eut des conséquences de plus en plus négatives. Ainsi, les revues Living Marxism (lancée en 1998) puis EM (à partir de 1992) publièrent des articles de Ron Arnold, le vice-président exécutif du Center the Defense of Free Enterprise* (LM n° 108, mars 1998), de Roger Bate, de l’Institute of Economic Affairs* (IM n° 107), ou un texte vantant les mérites de Bill Gates, des expériences sur les animaux ou des OGM [Price, 1999], En 1997, dans un article consacré à la peur de la technologie, qui était, selon lui, devenue l’idéologie dominante favorisée par les écologistes, Furedi [1997] affirma que les êtres humains craignaient les « dangers les plus médiatisés - encéphalopathie spongiforme bovine, radiations nucléaires, catastrophes environnementales potentielles » mais également « chaque nouveau produit, du téléphone portable aux jeux vidéo » qui était donc « invariablement soumis à un calcul anxieux des risques ». Et un autre dirigeant du RCP écrivit, à propos de l’épidémie de la vache folle et du végétarianisme : « Alors que dans le passé, le soutien au végétarisme et aux droits des animaux était l’apanage de fanatiques religieux, d’excentriques et de stars du cinéma et de la musique pop, ces causes bénéficient aujourd’hui d’un soutien croissant de la part de la population - et de l’establishment. Il est facile de trouver des philosophes et des scientifiques universitaires qui contredisent les fondements rationnels et humanistes de la civilisation moderne » [Fitzpatrick, mai 1996],

Comme l’écrit un commentateur : « En parcourant les archives, un thème semble particulièrement fort : une croyance empirique inébranlable dans la capacité de la race humaine à triompher de l’adversité et à progresser grâce à la science et à la technologie ; cette croyance est associée à une croyance tout aussi ferme dans l’impératif pour les êtres humains, d’agir pour le plus grand bien de l’espèce. A cela s’ajoute la crainte de ne pas réaliser notre potentiel si nous cherchons à nous imposer des limites ou à placer nos attentes à un niveau trop bas. Cette crainte sous-tend leur hostilité à l’égard de l’environnementalisme. Ils préfèrent donc que l’on cherche des moyens techniques pour atténuer le changement climatique, plutôt que l’on essaie de prévenir le problème en réduisant l’activité industrielle. Le problème que je rencontre avec cette forme de sur-humanisme est qu’elle ressemble beaucoup à une position fondée sur la foi. » [Wilson, 2011.]

 Le thème du combat contre la « culture de la peur », notamment de la peur du progrès et de la technique comme obstacle au développement économique devint un thème récurrent, obsessionnel, dans tous les domaines d’intervention du RCP, puis de ses « ex ». Après la dissolution du groupe, ces derniers se reconvertirent dans les activités de conseil (aux entreprises, aux politiciens de droite, aux parents, aux apprentis journalistes, etc.) mais aussi dans la bureaucratie étatico-culturelle et les médias (traditionnels ou numériques).

Parmi la trentaine de livres écrits par Furedi au moins cinq font directement allusion à la peur : en français, Parentsparanos (en anglais « Le parentage paranoïaque. Pourquoi il vaut mieux ignorer les experts ») ; « La culture de la peur » ; « La politique de la peur » ; « Invitation à la terreur : l’empire de l’inconnu en expansion » ; « Comment fonctionne la peur : la culture de la peur au XXIe siècle ». Et si l’on y ajoute les six titres suivants on peut dire que « l’anxiété culturelle » a été, et est encore, un filon inépuisable pour le principal idéologue du RCP : « Le gâchis : pourquoi l’éducation n’éduque plus » ; « Cent ans de crise de l’identité : la guerre culturelle sur la socialisation » ; « La guerre contre le passé : pourquoi l’Occident doit combattre pour son histoire » ; « Contre la psychologie : comment les dérives thérapeutiques rendent les individus vulnérables face à la société » ; « La démocratie assiégée : ne les laissez pas la confiner » ; « Que se passe-t-il dans l’Université ? Une explication sociologique de son infantilisation ».

Et les anciens du RCP, comme les disciples libertariens (plus jeunes) de Furedi lui ont tous emboîté le pas dans leurs articles et leurs livres en affirmant, ad nauseam, que la liberté d’expression était menacée partout dans le monde ; la Raison, la Démocratie et la Science étaient victimes d’attaques constantes ; les frontières physiques et morales étaient en train d’être détruites ; et l’Etat (qualifié à la fois de « nounou » et « Big Brother » surveillait tous nos gestes et toutes nos pensées.

Selon un ancien militant, cette dénonciation des peurs modernes élaborée par Furedi faisait partie d’une analyse critique plus large, puisque, pour le RCP, « L’altermondialisme et l’écologie [...] partent du principe que tout changement, tout progrès, aura inévitablement des conséquences destructrices que nous ne pouvons pas prévoir. Selon le groupe LM, la montée des codes culturels d’expression, du politiquement correct et d’autres formes de réglementation officielle des comportements interpersonnels sont également le reflet d’hypothèses négatives sur l’humanité ; ces hypothèses proviennent du fait que l’on ignore le potentiel des êtres humains à écrire l’histoire. Les solutions alternatives au capitalisme ayant échoué, cet échec a facilité le développement de ces différentes évolutions. Selon les camarades de Furedi, la disparition de la pensée historique est “une simple généralisation de la reconnaissance empirique du fait qu’il n’existe actuellement aucune solution alternative idéologique au capitalisme libéral” » [D. Webb, cité par Bunting, 2005] ;

 la méfiance vis-à-vis des interventions de l’Etat : comme l’expliquent deux universitaires : « Selon Furedi et Hume, un volume croissant de réglementation et de surveillance de l’Etat dans des domaines aussi divers que la santé, l’éducation, la garde d’enfants et les médias, émasculait le sentiment qu’avaient les gens de leur propre capacité à changer le monde1 » [Kelt et Cushion, 2024], Cette position constitua un point de rencontre et même, plus tard, de fusion entre leur ancienne hostilité léniniste-trotskyste contre l’Etat bourgeois et leur future position libertarienne, hostile à ce que le RCP et ses « ex » appellent avec mépris « l’État-nounou » (l’État-providence). Cette méfiance se manifesta notamment dans le domaine de l’éducation qui fut l’un des champs de recherche de Furedi. Un historien va même jusqu’à avancer l’hypothèse que le RCP aurait toujours été un peu « libertarien » : « L’un des traits caractéristiques du RCP, qui est largement démontré par sa transition vers Living Marxism et Spiked, était son libertarianisme. Dans le manifeste du Red Front, il souligne sa résistance aux interventions de l’État, quelles qu’elles soient, et son rejet de ce qu’il considère comme un “moralisme réactionnaire " » [Smith, 2017].

Cependant, un observateur remarque que ce libertarianisme exacerbé ne repose pas sur une analyse historique sérieuse : en effet « Depuis que la bourgeoisie a pris le contrôle de l’État britannique à la fin du XVIIe siècle, la portée des institutions de l’État en Grande-Bretagne s’est accrue de façon exponentielle [...]. De la fondation de la Banque d’Angleterre en 1694 et la création de la dette nationale pour financer la lutte contre la France pour la suprématie coloniale, jusqu’à l’élaboration, au cours du XVIIIe siècle, du droit pénal et du droit civil, et l’émergence d’un appareil sophistiqué de tribunaux, de prisons et de gardiens, aboutissant finalement à l’inauguration de forces de police citoyennes, et aux premières tentatives de réglementation des conditions de travail dans les mines et les usines, l’État a joué un rôle central dans la vie de la société bourgeoise. » A quoi vinrent s’ajouter, au XIXe siècle, « la légalisation du syndicalisme », « l’élargissement du droit de vote », « la promotion de l’enseignement élémentaire obligatoire et gratuit », « la censure des divertissements populaires » (théâtre, cinéma), etc.

Il est donc « difficile de comprendre les raisons pour lesquelles Spiked s’irrite de l’intrusion de l’État dans les questions de conduite privée et d’expression culturelle, comme s’il s’agissait d’une évolution récente, urgente ou sinistre. [...] la tentative de l’État de réglementer la conduite privée, les manières et la morale, et d’assumer un rôle dans le maintien de ce qui est considéré comme décent à un moment donné, est en effet très ancienne, ce n’est certainement pas un produit de l’« État nounou ”, du “politiquement correct” ou d’une “culture de faibles attentes ” » comme ont tenté de le faire croire les militants du RCP puis les supporters de toutes ses « excroissances » associatives dans sa conduite des guerres culturelles [Milligan, 2015].

A mille lieues d’une démarche « libertaire » (au sens d’anarchiste), leur hostilité aux institutions étatiques a mué subrepticement en une acceptation de l’existence d’institutions étatiques minimalistes mais qui ne « devraient jouer aucun rôle dans l’avancement, la garantie ou la protection des droits universels du citoyen » [Milligan, 2015]. En clair, ils en sont venus à défendre la liberté d’agir du renard dans le poulailler, qu’il s’agisse du champ économique, politique, social ou culturel, comme en témoigne non seulement le combat qu’ils entamèrent très tôt contre l’écologie, mais aussi, plus

7 Cette invocation de la « capacité des gens à changer le monde » est un des leitmotiv des « ex » du RCP encore aujourd’hui (cf. par exemple le site de WORLDWrite qui s’adresse à la jeunesse), et il nourrit leurs postures pseudo-radicales, dont il est difficile de démêler la part de mystification cynique et de sincérité.

tard, après leur dissolution officielle, leurs prises de position contre la réglementation des armes à feu, le mariage homosexuel7, les lois sur les crimes de haine et le racisme dans les entreprises8, etc.

 le culte de l’initiative et de la responsabilité personnelles, au nom de la défense des droits humains, de la philosophie des Lumières, de la Science, de la Raison et du nécessaire apprentissage de l’autonomie individuelle et de la « prise de risques ». En témoigne, par exemple, cette déclaration de Michael Fitzpatrick : « La campagne contre le tabac suppose une société d’individus faibles qu’il faudrait protéger contre les publicités pour les cigarettes [...] elle sape encore davantage l’idée de la responsabilité individuelle en matière de comportement. » Le triptyque Lumières/Science/Raison, aussi juste soit-il, a eu des effets détonants lorsque la droite et l’extrême droite ont commencé, elles aussi, à les défendre pour lutter contre l’influence destructrice d’un « marxisme culturel* » qui leur serait opposé ;

 et le « droit à l’offense9 », c’est-à-dire à une liberté d’expression totale. Cela permit à Furedi et ses fans de passer de la critique léniniste classique de la démocratie bourgeoise à des attaques contre le « politiquement correct » de gauche (« PC » qui commença cependant à droite... [Molyneux, 1993]), puis contre les identitarismes féministes, religieux, antiracistes et pro-LGBTQIA+ (ce que les réactionnaires appellent à tort le « wokisme »). Ce premier virage les amena à collaborer avec « Forest (le groupe pro-tabac financé par l’industrie du tabac10), l’Adam Smith Institute*, ! Institute of Economic Affairs*, Families for Freedom*, le Transport Road Group*, le Freedom and Law group*, l’Association of British Drivers*, Audacity.org*, la Reason Foundation* » [Ford, 2000]. Cette collaboration menée officiellement au nom de la défense de la liberté d’expression aboutit à une étonnante synergie. Comme l’explique un journaliste du Guardian, les idées des ex-du RCP se mirent à présenter « des similitudes remarquables avec celles du Transport Research Group, favorable aux nouvelles autoroutes, et des groupes de pression » précédemment cités ; de plus, « des membres de ces groupes écrivirent régulièrement dans LM », le magazine de Furedi et ses camarades [Pallister, 2000], puis, après 2000, sur le site Spiked-on-line.

Un autre collaborateur du Guardian tira à boulets rouges sur les « furedistes » dès 1998 : « on constate une congruence stupéfiante entre l’agenda de LM et celui de la Libertarian Alliance* d’extrême droite. Les deux organisations adoptent des positions identiques, par exemple, sur

 le contrôle des armes à feu (il s’agit d’une attaque mal conçue contre la liberté humaine) ;

 la pédopornographie (la restriction légale n’est qu’un cheval de Troie pour une censure plus large de l’Internet) ;

 l’alcool (ses dangers ont été exagérés par une nouvelle race de “puritains ”) ;

 le British National Party* (il est injuste de l’associer à T assassinat de Stephen Lawrence11 ; ses activités et ses publications ne devraient pas être restreintes) ;

 I’Anti Nazi League12 (elle est antidémocratique et non pertinente) ;

 les peuples autochtones célébrer leur vie est une offense au potentiel de l’humanité à s’améliorer ; les Indiens Yanomami13 ne sont pas à envier mais à plaindre) ;

 les droits des animaux (ils n’en ont pas) et le réchauffement de la planète (c’est une bonne chose). [...]

Les deux organisations semblent également croire que les personnes faibles et vulnérables sont mieux servies lorsqu’on les laisse se débrouiller seules, sans interférence de la part des “bienfaiteurs” et des “puritains”. [...] Avec ses alliés d’extrême droite et ses opinions d’extrême droite maquillées en opinions de gauche, LM contribue davantage à confondre et déstabiliser la gauche que n’importe quelle organisation ouvertement d’extrême droite » [Monbiot, 1998].

Ce qu’écrivait George Monbiot en 1998 s’est révélé parfaitement juste, mais il ne pouvait prévoir que le pouvoir de séduction et de mystification des vétérans du RCP s’exercerait encore trois décennies après qu’il eut écrit ces lignes.

En effet, dans un second temps, les vétérans du RCP qui avaient glorifié « l’internationalisme prolétarien » se mirent à vanter « la valeur du patriotisme », « la fierté nationale », « l’identité nationale », « les symboles de l’identité britannique » ; et ils prônèrent « la défense de l’héritage » et « la célébration des héros ». Désormais, ces thèmes convergent parfaitement avec les discours de la droite dure, voire de l’extrême droite, puisque Furedi n’hésite plus désormais à dénoncer « /’ incompatibilité de certaines des cultures qui ont été implantées sur le sol de la société britannique » et le « détournement du système d’asile par les migrants14 ».

Le verdict sévère mais « fraternel » de Callinicos à l’égard du RCP en 1981 évoqué au début de ce texte contraste avec celui d’autres commentateurs pour qui le RCP ne fut jamais qu’une « secte léniniste » « banale15 » [Parker, 2020], voire n’appartint jamais vraiment à la gauche [Monbiot, 2018] et aurait « moins en commun avec la gauche qu’avec la droite fanatique » [Monbiot, 1998 ; le titre de son article est violent : « Living Marxism. Fascisme en gestation ? »]. Certains ex-membres du RCP ne sont pas loin de penser comme ce journaliste écolo-altermondialiste puisqu’ils affirment aujourd’hui que, dès les années 1970, ils ne faisaient pas vraiment partie de la gauche, ou de ses marges les plus radicales :

Selon Kirk Leech : « Nous ne nous sommes jamais considérés comme faisant partie de la gauche. Nous en faisions partie sur le plan organisationnel, mais probablement en dehors sur le plan politique et même émotionnel » [cité par Hepworth, 2023], Et un ancien militant raconte : « Nous avons passé beaucoup de temps à nous opposer au reste de la gauche.... Nous ne faisions vraiment pas partie de ce monde. Nous étions à gauche mais nous n’en faisions pas partie, je crois que Frank [Furedi] a dit.... C’est en partie ce qui m’a séduit, c’est d’être à l’écart de ce genre de marasme et d’avoir, je pense, les arguments pour les démonter » [cité par Hepworth, 2023]

Même si nous devons nous méfier des reconstructions complaisantes de leur passé militant, nous pouvons au moins écouter les raisonnements des « renégats » comme ceux des « furedistes » restés fidèles.

Une reconstruction peu crédible du passé ?

Michael Fitzpatrick (médecin « catholique », « communiste », ex-dirigeant de l’organisation et toujours prolixe sur le site Spiked) affirme que ce groupe « a émergé de la gauche » mais « à bien des égards... n’était pas de gauche ». Un ex-militant qui travaillait à la mine, raconte : « En ce qui concerne la Nouvelle Gauche, je ne saurais trop insister sur le fait que, jusqu’à la dissolution du Parti en 1996, nous étions détestés. Nous n’étions pas attachés à la gauche, à ses nouveaux mouvements, aux institutions bourgeoises et aux Etats auxquels elle s’associait » [Roberts, 2022].

Dans une interview-bilan réalisée vingt ans après l’autodissolution, le principal dirigeant de l’organisation prétend que « pour le RCP, la liberté et la démocratie étaient perçues comme des choses bonnes en elles-mêmes » alors que pour l’extrême gauche la liberté et la démocratie ne représentaient que « des moyens d’atteindre quelque chose d’autre, un autre objectif [Furedi, 2017]. Toujours soucieux de se distinguer rétrospectivement des autres groupuscules, Furedi affirme : « Le RCP est devenu une organisation différente de toutes les autres pour la simple raison qu’un grand nombre des idées qu’il proposait n’étaient pas considérées comme étant de gauche par les gens de gauche, simplement parce qu’elles n’avaient jamais existé auparavant. [...] le RCP s’est rapidement fait une réputation pour ses positions hérétiques » [Furedi, 2017].

Un jeune universitaire, par ailleurs personnellement proche du RCP puisque sa tante, Joan Hoey, était membre de la direction de ce groupe [selon Gilligan, 2023], a même écrit un livre entier pour expliquer que cette organisation avait toujours défendu des positions « humanistes radicales16 », et que donc ce n’étaient pas vraiment les militants de ce groupe et les vétérans toujours actifs dans leur réseau affinitaire qui avaient changé, mais le monde autour d’eux. A la question « Vos valeurs et vos principes fondamentaux ont-ils changé ? » la plus médiatique des « ex » du RCP répond d’ailleurs avec un admirable culot : « Je pense que mes valeurs et principes fondamentaux sont restés cohérents : je défends les Lumières et respecte l’autonomie individuelle. C’est la politique qui a énormément changé depuis la fin de la guerre froide » [Fox, 2007].

Pour ma part, je vois mal comment faire entrer la défense fervente de la dictature du prolétariat, le « centralisme démocratique » léniniste, l’apologie de Trotsky (et de sa répression contre les insurgés de Cronstadt17 pour ne prendre qu’un exemple) et la défense inconditionnelle du terrorisme de TIRA ou des mouvements palestiniens contre les civils durant la période 1973-1996 dans « l’humanisme radical » et la défense inconditionnelle de la liberté ! ! ! Cet argument d’une continuité « humaniste » des années 1970 jusqu’en 2025 me paraît davantage relever de l’autojustification (qui assure un indéniable « confort psychique » aux ex-militants et surtout aux « renégats »), que d’une analyse sérieuse.

Néanmoins, l’historien Hepworth a raison de rappeler que les idéologies se caractérisent moins par la cohérence absolue qu’elles revendiquent fièrement, que par leur capacité d’adaptation à des réalités changeantes ; l’histoire des idées doit donc faire preuve d’une certaine souplesse plutôt que de systématiquement chercher une cohérence parfaite dans les parcours intellectuels. Selon lui, « les idéologies politiques doivent être comprises comme des formes hybrides, comprenant des composants conceptuels qui fluctuent, mutent et interagissent différemment en fonction des circonstances » [Hepworth, 2023]... Mais cette analyse indulgente n’est-elle pas bien commode pour minimiser la participation des vétérans du RCP et de leurs jeunes disciples aux guerres culturelles menées par la droite au XXIe siècle ?

Les explications complotistes n’ont aucun intérêt !

Il me faut aborder un dernier point avant d’entrer dans le vif du sujet. L’évolution du RCP et surtout de la nébuleuse de ses « ex », après la dissolution officielle du groupe, en 1996, a donné lieu à des spéculations sur ses ressources financières - occultes ou pas, voire sur ses liens avec le MI5, les services de renseignement chargés des menaces intérieures. La question des finances du RCP me semble peu pertinente, pour trois raisons :

 un groupuscule qui recrute des personnes motivées et ponctionne l’argent de ses membres et de ses sympathisants peut arriver à collecter des sommes rondelettes. Deux cents personnes qui versent cent euros par mois sont capables de réunir 240 000 euros par an. Si elles travaillent gratuitement pour le groupe et paient eux-mêmes leurs déplacements, leur nourriture, etc., il n’est nul besoin de fonds occultes pour publier une revue bien présentée et correctement diffusée. Cela est évidemment difficile à comprendre aujourd’hui puisque nous vivons à une époque où le « militantisme » est soit subventionné (par des États, des municipalités, TUE ou T ONU) soit monétarisé - je pense aux « militants » et « militantes » qui vendent leurs « compétences » dans le cadre d’associations qu’ils ont fondées. De plus, si la revue accepte des placards publicitaires (ce qui fut le cas pour le magazine LM selon Hepworth [2023]), et si les ventes et abonnements paient au moins les frais d’impression, la petite entreprise peut fonctionner durant nombreuses années sans avoir besoin de fonds occultes tout en étant chroniquement déficitaire18. Évidemment il est plus facile de « militer » si Ton reçoit 300 000 dollars de la Fondation Charles Koch, ce qui fut le cas du site Spiked, d’après une enquête du journaliste du Guardian, George Monbiot. Mais il faut préciser que cela se produisit presque vingt ans après la dissolution du RCP, puisque les versements s’étalèrent entre 2014 et 2016 [Small, 2018] ;

 comme le soulignent, avec raison, les ex-dirigeants du RCP, Frank Furedi et Claire Fox, l’extrême gauche, si prompte à dénoncer les théories du complot quand elles viennent de l’extrême droite, n’hésite pas à utiliser ce genre de thèses quand cela l’arrange. De plus, quiconque lit la prose « anticapitaliste » d’extrême gauche sait qu’y abondent les références au groupe Bilderberg*, au prétendu « État profond* » (voire à plusieurs « États profonds » dans le même pays pour certains complotistes américains !), aux sommets de Davos*, aux opérations secrètes de la CIA et du Mossad (beaucoup moins à celles du KGB ou des services secrets iraniens, turcs, chinois, pakistanais, indiens, etc.) comme étant des forces occultes ayant un pouvoir décisif ;

 et surtout je m’intéresse ici uniquement à l’évolution idéologique et à l’influence politique des ex-militants de ce groupe dans la mesure où ils s’agitent sur les mêmes thèmes en tenant des discours identiques.

J’essaie de comprendre comment et pourquoi, au Royaume-Uni et dans les autres pays évoqués dans ce livre19 (France, Italie, Allemagne et Espagne), certains cadres politiques « radicaux » ont décidé de passer progressivement avec armes et bagages à la droite dure, à la droite libertarienne ou même à l’extrême droite, tout en maintenant un langage marxisant, en dénonçant « l’impérialisme » et en se référant à la classe ouvrière. Je cherche à repérer quelles furent les continuités et les discontinuités, les ruptures, dans leur parcours politique et idéologique.

Dans un article, un militant du CPGB [Flewers 2022] a esquissé une comparaison entre Frank Furedi, Jacques Doriot* et Lyndon LaRouche*, et évoqué les effets du culte du chef sur des militants aveuglés par le charisme supposé de leur leader. Le PC français des années 1930 et la secte trotskyste américaine des années 1970 me semblent cependant très différents du RCP. Quant à la fascination pour un dirigeant qui pousserait des adhérents-moutons à le suivre aveuglément dans toutes ses dérives, les fondements de cet engouement supposé me semblent à la fois trop vagues et infondés. En effet, Furedi est un piètre orateur, il manque singulièrement de charisme et ses écrits sociologiques et politiques ne sont pas d’une sophistication et d’une originalité telles qu’ils aient pu provoquer une fascination aussi durable.

Il faut aller chercher d’autres causes à cette mutation politique de ce groupe « excentrique », « bizarre », « anticonformiste », « iconoclaste », « hérétique », « sectaire », « provocateur », « professionnel de la controverse », « procapitaliste », « conservateur », « libertarien de droite », « qui se revendique schizophréniquement de la gauche » ou « rouge-brun ». Quand ce n’est pas une « petite secte intellectuellement incohérente, vide et prétentieuse » ; une « foutaise sous-réformiste [...] violemment antisoviétique et, au mieux, peu recommandable20 » ; un groupe « qui n’ était ni communiste ni révolutionnaire », « qui n’a jamais été ni de gauche ni trotskyste » et « qui a toujours penché vers la droite libertarienne » ; la coalition des « plus infâmes guerriers de la liberté d’expression » ; le « Robinson Crusoé de la gauche britannique » [Smith, 2019] ; ou un « petit groupes d’illuminés » dont les « points de vue intéressants et provocateurs méritent d’être entendus et débattus » [Monbiot, 1997].

La diversité des qualificatifs utilisés pour décrire la nébuleuse RCP/LM/Spiked traduit, chez les observateurs, une certaine difficulté à la cerner, comme à cerner les nombreux transfuges politiques, de la gauche vers la droite, étudiés dans ce livre.

Yves Coleman, 16/5/2025

(A suivre...)

NOTES

1

On trouvera de fortes traces de ce « pieux respect » dans une notice nécrologique élogieuse publiée sur le site Spiked-on-line à propos de Dave Hallsworth, ouvrier qui fut membre de l’ancien CPGB (le PC britannique stalinien) puis du RCP. Ecrit par un ancien dirigeant de l’organisation (Mick Hume) ce texte illustre bien toute l’ambivalence (ou la schizophrénie) actuelle des réseaux « furedistes ». Ou dans cet article qui loue les « héros de la classe ouvrière des années 1930 » et « l’action directe véritablement courageuse de la classe ouvrière de I’East End contre de véritables fascistes » pour mieux ridiculiser l’antifascisme actuel [O’Neill, 7/12/2018],

2

Kenan Malik pose un problème particulier parce qu’il continue à utiliser un langage marxiste et défend des positions généralement différentes de la mouvance « furediste » mais se refuse à critiquer publiquement les positions réactionnaires de ses ex-camarades.

3

https://www.briefmgsforbritain.co.uk/leaving-the-eu-opening-up-the-uk-to-true-intemationalism/

4

https://www.spiked-online.com/2019/06/13/how-dare-vou-call-the-brexit-partv-racist/

5

« Sommes-nous vraiment en train de dire, en 2016, que nous manquons d’espace, de technologie ou de cerveaux pour ajouter, disons, 300 000 enfants et trois millions d’adultes dans un pays où plus de 31 millions de personnes travaillent déjà et créent de la richesse ? Même un enfant devrait pouvoir donner la bonne réponse à cette question » [Woudhuysen, 2016].

6

Claire Fox joue sur l’ambiguïté du terme libertarian en anglais qui peut signifier aussi bien « libertaire » que « libertarien ».

7

Le site « furediste » Spiked publia toute une série d’articles aux titres explicites : « Le mariage homosexuel : jamais une orthodoxie ne s’est formée plus rapidement » ; « Pourquoi le mariage homosexuel est une très mauvaise idée » ; « La main de fer dans le gant de velours du mariage homosexuel » ; « Le problème du mariage homosexuel » ; « Le mariage homosexuel : le “bon côté de l’histoire ” ? », etc. Sans compter ce texte de Brendan 0’ Neill dans The Daily Telegraph : « La tempête soulevée par la campagne d’affichage sur les gays prouve que les chrétiens sont désormais plus progressistes que les militants pour les droits des homosexuels ». Après une campagne d’affichage sur les bus menée par l’association Stonewall (« Certaines personnes sont homosexuelles. Où est le problème ? »), une organisation chrétienne voulut riposter par une contre-campagne (« Pas gay ! Post-gay, ex-gay et fier de l’être. Où est le problème ’ ? »), mais cette initiative fut interdite par Boris Johnson, le maire de Londres, en 2012.

8

Cf. les articles publiés dans Spiked : « L’Etat "antiraciste" est une menace pour l’égalité » ; « Les lois anti-discrimination renforcent la sensibilité raciale et détruisent la méritocratie » ; « Oui, nous devrions abolir les lois antiracistes sur les lieux de travail ! », « La discrimination positive est une arme contre l’égalité », etc.

9

Un trotskyste anglo-saxon ignorant [Reed, 2016] a comparé la mentalité libertarienne du site Spiked à celle de Charlie Hebdo (à l’origine d’une pétition qui réclama l’interdiction du Front national et qui réunit plus de 170 000 signatures en 1996 !), alors que cette conception de la « liberté d’expression » est en conformité avec le Premier Amendement de la Constitution Américaine (cf. note 130, p. 75). C’est pourquoi elle a été prônée aussi bien par le « libertaire » Noam Chomsky (comme l’illustra sa défense de la liberté d’expression des négationnistes Robert Faurisson en 1980 et Vincent Reynouard en 2010) que par le vice-président ultraconservateur J.D. Vance qui, à Munich le 14 février 2025, a attaqué la « lutte contre la misogynie sur Internet », la « dénonciation de tout citoyen soupçonné d’un crime de pensée » et la « censure numérique ».

10

Ce groupe de pression organisa un débat sur la « tyrannie du politiquement correct » en juin 2000 sous l’égide de F Institute of Ideas de Claire Fox (ex-RCP) et sous la présidence d’un membre de l’Adam Smith Institute*. Sur son site, Forest ne cache nullement ses sources de financement : « Qui vous finance ? La plupart de nos fonds proviennent de compagnies de tabac basées au Royaume-Uni. » (https://www.forestonline.org/firequently-asked-questions/.)

11

Stephen Lawrence : jeune Afro-Britannique de 18 ans assassiné le 22 avril 1993 par six jeunes Euro-Britanniques à l’arrêt d’un bus.

12

Anti Nazi League : mouvement créé par le SWP britannique mais qui dont l’influence sociale dépassa largement celle de ce groupe néo-trotskyste.

13

Yanomami : peuples autochtones vivant de façon relativement isolée au Brésil et au Venezuela, dans la forêt tropicale amazonienne et les montagnes. Leur existence est menacée par les maladies transmises par les Eurodescendants ; la déforestation provoquée par les éleveurs de bétail ; et les chercheurs d’or qui les tuent.

14

Les expressions citées dans ce paragraphe sont extraites de plusieurs articles de Furedi [2023, 2025].

15

 : « [...] le RCP n’était ni spécial ni unique. Cette secte “centraliste bureaucratique” et “léniniste” absolument banale avait de nombreux traits antidémocratiques et odieux qu’elle partageait avec le reste de la gauche révolutionnaire britannique ». Précisons que Lawrence Parker a été brièvement un « sympathisant actif » du RCP en 1989-1990 et semble aujourd’hui assez proche du CPGE*.

16

J. Hepworth [2023] ne fait ici que reproduire l’argumentation de Furedi exposée dans une citation placée au départ de son site (https://frankfuredi.org/1 : « Je me considère comme un humaniste radical avec une forte impulsion populiste ». Notre historien furedo-compatible omet de citer le reste de l’exergue : « Pour moi, l’important n’est pas de savoir si quelqu’un est de gauche ou de droite, religieux ou athée, mais s’il est prêt à soutenir et à défendre l’héritage de la culture occidentale, les principes de la souveraineté nationale et populaire, la tolérance, la solidarité humaine et la liberté de choix ». Tout un programme...

17

A ce sujet on lira avec profit deux textes de Léon Trotsky « Réponse à des questions de morale et d’histoire » (1937) et « Beaucoup de tapage autour de Cronstadt » (1938) ainsi qu’un article d’Emma Goldman : « Trotsky proteste beaucoup trop » (1938) qui lui répond avec talent. A ma connaissance, ni les anarchistes ni les trotskystes n’ont jamais publié ensemble ces textes pour l’édification politique de leurs sympathisants, ce qui fut fait dans le premier numéro de la revue Ni patrie ni frontières en septembre 2002, https://npnf,eu/IMG/pdf/l .pdf, pages 29 à 45.

18

Interrogé à ce sujet, en 1999J_Mick Humejépondit : « Nous n’avons aucun lien avec un parti ou un gouvernement. Cette rumeur selon laquelle nous serions financés par un millionnaire sud-africain blanc n’est que pure fantaisie. Nous n’avons pas d’argent. Personne n’est payé pour ses contributions. Nous avons un déficit de 5 000 livres sterling par numéro. Nous avons beaucoup de bienfaiteurs de taille moyenne » [cité in Turner, 2010 ]

19

En cours de publication sur le Net sous le titre Faux « rebelles » et vrais xénophobes. Clowns « radicaux » et « marxistes » au service de la droite et de l’extrême droite européennes, https://npnf.eu/spip.php7articlell93 et suivants.

20

Selon un micro-groupuscule, la Spartacist League [citée dans Smith, 2017].

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PLAN

Introduction

https://npnf.eu/spip.php?article1223

I. Une fascination durable pour l’idéologie bourgeoise . – Intérêt prononcé pour la médecine. Valorisation acritique de la science et de la technique. – Combat contre la « culture de la peur ». – Méfiance vis-à-vis des interventions de l’État. – Culte de l’initiative et de la responsabilité personnelles. – « Droit à l’offense » et défense d’une liberté d’expression totale
Une reconstruction peu crédible du passé ?
Les explications complotistes n’ont aucun intérêt ?

https://npnf.eu/spip.php?article1224

II. Une stratégie de la provoc’ calculée et de la démarcation systématique…. – Soutien à l’IRA. – Grève des mineurs. – Refus de voter Labour
• DENONCIATION DE LA « CULTURE DE LA PEUR » ET DU « CONTROLE SOCIAL ». – Maltraitance des enfants et viol. – Face à l’épidémie du VIH-Sida
• LE RAPPORT DU RCP A LA QUESTION DE L’ETAT. – Abstentionnisme du RCP face aux fascistes – Face à la propagande négationniste. – Les femmes ne doivent jamais faire appel à l’État. – Comment se protéger contre les violences masculines. – Refus de la censure sur Internet, donc aussi des images pédo-pornographiques. – Comment lutter contre les abus sexuels commis sur des enfants ? – Contre toute censure artistique

https://npnf.eu/spip.php?article1225

• AUTRES POINTS DE DEMARCATION. – Pour l’énergie nucléaire. – Contre le contrôle des ventes d’armes. – Le boycott de l’Afrique du Sud. – La guerre des Malouines. – Une mise en garde prémonitoire mais bien oubliée. – La dénonciation du « journalisme compassionnel »
« Midnight in the century » (1990)
https://npnf.eu/spip.php?article1226

 1996 : un ultime Manifeste pour justifier la dissolution du RCP ?

 De la dissolution de l’organisation à la constitution d’une amicale médiatiquement efficace

 Une nébuleuse ? Un réseau informel ? Une mouvance insaisissable ? Une maçonnerie ? Une confrérie ? Une fraternité 2.0 ? un Parti/Réseau ?
https://npnf.eu/spip.php?article1228

III. Petits succès politiques. – Frank Furedi. – Munira Mirza. – Claire Fox. –
https://npnf.eu/spip.php?article1229

IV. Échecs électoraux ou victoire idéologique ?. – John Heartfield – Stuart Waiton. – Alka Sehgal Cuthbert. – James Woodhuysen. – John Fitzpatrick. – Yasmin Fitzpatrick

Annexe 1 : Sur la nébuleuse RCP-LM-Spiked
https://npnf.eu/spip.php?article1233

Annexe 2 : Who’s Who des vétérans du RCP
https://npnf.eu/spip.php?article1236

Annexe 3 : Sur quelques collaborateurs de Spiked et leur participation aux guerres culturelles de la droite
Glossaire
Sources

https://npnf.eu/spip.php?article1237