A l’heure où le gouvernement israélien annonce le plus officiellement du monde qu’il est prêt à se livrer à un nouvel nettoyage ethnique, à une nouvelle Nakhba, donc à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité encore plus graves que précédemment, il est important de relayer la parole d’une organisation binationale (palestinienne et israélienne) comme Standing Together qui dénonce la "guerre d’extermination" menée par Tsahal et le gouvernement. (Y.C. Ni patrie ni frontières)
Le cabinet de sécurité israélien a approuvé un plan d’occupation militaire durable de Gaza. Des représentants du gouvernement ont déclaré à la presse que ce plan prévoyait une nouvelle offensive visant à "conquérir" et à "tenir" des territoires.
Le 24 avril, environ 10 000 personnes ont manifesté contre la guerre à Tel Aviv, lors d’une manifestation organisée par le mouvement social binational (palestinien et juif) de gauche Standing Together. Alors que les manifestations antigouvernementales générales, qui mettent de plus en plus l’accent sur les demandes de cessez-le-feu et d’accord de libération des otages, ont été plus importantes, il s’agissait de la plus grande manifestation explicitement anti-guerre et anti-occupation depuis le début de la guerre. Les manifestants ont brandi des photos d’enfants palestiniens tués à Gaza, en dépit des menaces de répression de la police.
Standing Together a écrit : "Des milliers d’entre nous, Palestiniens et Juifs, se sont tenus côte à côte jeudi lors de notre manifestation à Tel-Aviv. Face à la tentative de la police de nous censurer, nous avons brandi des images des victimes de cette horrible guerre avec un message simple : Nous refusons d’assister aux atrocités commises à Gaza et à l’abandon des otages par notre gouvernement. Nous savons que tout cela n’a rien à voir avec la sécurité et tout à voir avec l’extrémisme de nos dirigeants. Nous refusons cette guerre d’anéantissement !".
À l’université de Haïfa, un campus où près de 50 % des étudiants sont palestiniens, la direction de l’université a interdit la section locale de Standing Together, après qu’elle a organisé une manifestation où figuraient également des images d’enfants palestiniens morts. La section de Standing Together a lancé une campagne pour faire annuler l’interdiction.
Le 29 avril, une foule d’extrême droite a pris d’assaut une synagogue réformée [une des tendances du judaïsme, NdT] de Ra’anana, au nord de Tel Aviv, qui accueillait une projection de la cérémonie du Joint Memorial Day, un rassemblement annuel de Juifs et de Palestiniens qui ont perdu des membres de leur famille.
L’association Standing Together a déclaré : "Des dizaines d’extrémistes de droite sont arrivés en groupe organisé ; ils ont jeté des pierres, brisé des vitres, grimpé sur des voitures, craché, injurié, frappé des gens - et même poussé une femme en fauteuil roulant à terre.
Une attaque délibérée
"Il ne s’agissait pas seulement d’une attaque contre un événement, mais d’une attaque délibérée contre une idée : celle que les Juifs et les Palestiniens peuvent pleurer ensemble, vivre ensemble et construire un avenir commun. Cette cérémonie vise à affirmer notre dignité ; notre refus de laisser le chagrin alimenter la haine ; notre volonté de reconnaître la douleur des uns et des autres ; et le désir audacieux d’imaginer une vie sans effusion de sang. Personne ne devrait subir de violence pour avoir allumé une bougie à la mémoire des morts, et personne ne devrait être attaqué pour avoir cru en la paix.
Cette attaque était destinée à nous faire taire, à nous effrayer, à nous arrêter, mais elle a plutôt révélé l’urgence et la force croissante de ce que nous construisons ensemble. »
Plus de 70 % de la bande de Gaza est déjà soit sous le contrôle direct de l’armée israélienne, soit soumise à des ordres d’évacuation émis par l’armée israélienne.
Tout au long de la guerre, les dirigeants israéliens ont hésité sur la question de savoir s’ils avaient l’intention de maintenir une présence militaire à Gaza une fois que les objectifs nominaux de la guerre, à savoir la "destruction" du Hamas et la libération des otages, auraient été atteints. Le nouveau plan montre de manière concluante qu’une occupation continue est prévue, ce qui entraînera sans aucun doute de nouveaux appels du mouvement des colons en faveur d’une réinstallation des Juifs dans la bande de Gaza.
Le nouveau plan prévoit également la "possibilité" de mesures visant à reprendre la distribution de l’aide humanitaire, par l’intermédiaire de sociétés privées placées sous le contrôle et la supervision directs d’Israël. Les agences d’aide des Nations unies ont dénoncé ce plan comme étant irréalisable.
Pour faciliter les nouveaux mouvements de troupes à Gaza, des milliers de réservistes devront être appelés. La vague de refus qui a lieu actuellement en Israël, avec des milliers de réservistes qui signent des déclarations affirmant qu’ils refuseront de combattre à Gaza, revêt donc une importance accrue. Si son impact politique est considérable, le mouvement de refus n’a eu jusqu’à présent que peu d’impact opérationnel, les opérations de l’armée israélienne à Gaza ne nécessitant pas d’effectifs importants. Si la vague de refus se poursuit, elle pourrait jouer un rôle dans l’obstruction de la mise en œuvre du nouveau plan.
(…) . Le projet politique du gouvernement de Benjamin Netanyahu est de bloquer l’autodétermination palestinienne, sous quelque forme que ce soit et sur quelque territoire que ce soit ; toute pression diplomatique susceptible d’être exercée à cet égard est utile.
Le gouvernement britannique peut faire beaucoup plus, notamment en retirant les licences d’exportation par lesquelles les entreprises basées au Royaume-Uni vendent des armes à Israël. Les syndicats, en particulier ceux qui sont affiliés au parti travailliste, doivent peser de tout leur poids pour faire valoir ces exigences et renforcer la solidarité directe avec des mouvements tels que Standing Together, qui luttent pour la paix et l’égalité sur le terrain.
Ira Berkovic, 7 mai 2025, Solidarity, organe de l’AWL , https://workersliberty.org/story/2025-05-07/israel-goes-conquer-and-hold
Textes de Standing Together traduits sur ce site
Ce que disent et font les Palestiniens et les Israéliens de gauche (Standing Together)
https://npnf.eu/spip.php?article1109
Standing Together (Israël) : "Des jours de deuil, alors que notre gouvernement bat les tambours de la guerre"
https://npnf.eu/spip.php?article1074
Standing Together (Israël/Palestine) : Qui sommes-nous et que faisons-nous ?
https://npnf.eu/spip.php?article1112