Cet article sur le site Lieux Communs fait partie d’une série de textes qui paraîtront durant les semaines à venir en six parties. L’introduction se trouve ici : https://npnf.eu/spip.php?article1193
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Lieux Communs :
de Castoriadis au…
collapso-trumpisme
Ce chapitre est un peu différent des autres dans la mesure où il analyse la prose d’un micro-groupuscule (Lieux Communs), et non d’un individu spécifique. De surcroît, ce groupe xénophobe et décliniste, qui se réclame à la fois de Castoriadis et d’idéologues réactionnaires, est inconnu des médias dominants. Pour augmenter son audience (et/ou booster l’ego de son « animateur »), Lieux communs (H) a récemment commencé à fabriquer des podcasts sur heretiques.fr, podcasts qui lui ont permis de réaliser quelques interviews de personnalités connues et médiatiques comme Bensoussan, Le Goff, Sibony et Sansal, et d’autres moins célèbres mais que l’on peut entendre sur RMC, Sud Radio, Europe 1, CNews, Livre Noir/Frontières et lire dans le Figaro, Marianne, Causeur, Front Populaire, etc.
C’est sans doute une bonne façon de poser des jalons pour des renvois d’ascenseur : invitations à des débats ou des colloques, publications dans des revues ou des sites qui apprécient ces intellectuels, etc. Lieux Communs se constitue un carnet d’adresses notamment dans la réacosphère, ce qui explique sans doute pourquoi elle a rejoint la plateforme du site decolonialisme.fr. L’avenir nous dira si cette stratégie sera payante pour l’avenir médiatique de ses membres, ou en tout cas de celui qui a publié un premier livre et a déjà eu le déshonneur de publier deux fois dans la revue de Michel Onfray.
La régression politique de ce collectif, entre 2007 et 2024, s’est inspirée des mêmes thèmes que ceux mis en avant par les intellectuels médiatiques évoqués dans ce livre : les dangers de l’immigration et de l’islam, la possibilité de l’anéantissement de l’Occident, la défense de la nation. En clair, ils reprennent à leur compte le propos d’un petit patron de la réacosphère sur « les trois i : islam, immigration, insécurité, mais aussi le genre », qui seraient des sujets tabous à gauche, selon Claude Chollet, fondateur de l’Observatoire du journalisme, alias l’OJIM, et collaborateur de la chaîne d’extrême droite TV Libertés. Si les sympathisants de Lieux Communs sont plus jeunes que Preve, Mahler ou Furedi, ils se sont précipités vers les thèses de l’extrême droite beaucoup plus rapidement que leurs aînés, et sans même en tirer un profit symbolique ou matériel, du moins pour le moment. Juste pour le fun, en quelque sorte. Cette dégénérescence politique accélérée de jeunes « rebelles », de surcroît qui aiment lire des livres, est symptomatique d’une époque.
Dans ce chapitre, j’analyserai le contenu d’un texte[1] paru en 2019 et qui puise son inspiration dans les écrits d’une ex-sarkozyste devenue député européenne du RN (Malika Sorel), d’un journaliste xénophobe obsessionnel de CNews (Mathieu Bock-Coté[2]) et d’un historien helléniste et trumpiste enragé (Victor Davis Hanson[3]), le tout en adoptant un ton « radical » qui peut faire croire à ses lecteurs et lectrices qu’il a été écrit par des gens sincèrement soucieux de changer le monde en s’inspirant de principes égalitaires et libertaires. Comment une telle involution est-elle possible dans un minuscule milieu « rebelle » censé être cultivé et pratiquer l’esprit critique, voire hypercritique ? Je l’ignore, et sans doute la réponse à cette question n’a-t-elle aucune importance vu l’insignifiance numérique de ce groupe. En tout cas, cet exemple nous indique que même des jeunes « radicaux » sont capables de reprendre à leur compte les réflexions de la Nouvelle Droite et des Identitaires d’extrême droite tout en se faisant passer pour des contestataires de l’ordre établi.
Loin de proposer des hypothèses innovatrices sur les conséquences de l’immigration et de la présence importante de l’islam au sein du continent européen, ou plus généralement (puisque c’est sa prétention) sur les grandes tendances de l’évolution du monde actuel ; loin de se résumer à l’expression d’une modeste « perplexité devant le cours des choses », les considérations déclinistes du site Lieux Communs dissimulent mal les poncifs nationalistes, racistes[4] et antimusulmans qui parsèment l’exposé de leurs divagations « anthropologiques » et « géopolitiques ».
Nous rejouant l’antienne du « déclin de l’Occident » déjà entonnée par Oswald Spengler en 1918, Lieux Communs nous dépeint un monde « affolant » marqué par :
– « le néo-analphabétisme, l’amnésie fonctionnelle, le narcissisme, l’infantilisme, la disparition de toute maîtrise de l’individu sur son environnement matériel » ;
– « le retour en force de pratiques collectives primitives telles que les superstitions, les rumeurs, les fausses informations, la calomnie, la vengeance, le chantage, la paranoïa complotiste, mais aussi l’obsession du lignage à travers l’éventail des procréations médicalement assistées ou la communautarisation au sens large » ;
– « la formation d’une multitude d’entre-soi à la fois sociaux, culturels, religieux et intellectuels, d’“amis“, d’“abonnés”, de “followers”, de réseaux, de communautés, de clans, de tribus partageant une même sous-culture commune » ;
– « la dés-institutionnalisation de la famille » ;
– « la disparition de toute notion d’intérêt général » ;
– « l’usage ostentatoire d’une langue étrangère » ;
– la multiplication des « incivilités, [du] harcèlement de rue, [des] provocations, [des] humiliations, [des] conduites dangereuses, [de] la guerre des regards, etc. » ;
– « la dégradation affolante, diagnostiquée depuis des décennies mais reconnue depuis peu, de la syntaxe, du vocabulaire, de l’orthographe et de la grammaire » ;
– « la prolifération actuelle des jargons techniques (managériaux, militaires, informatiques...) et leur contagion à la langue commune, mais surtout la multiplication des néo-accents (l’accent “noir”[5] aux États-Unis, “jamaïcain” en Angleterre, “du 9-3” en France) et d’expressions étrangères, le mélange de langues, voire l’affirmation décomplexée d’une non-maîtrise de la langue autochtone au profit de la langue maternelle communautaire » ;
– la liquidation des « derniers restes des Humanités qui visaient à donner à l’individu un minimum de repères affectifs et intellectuels », etc.
Soyons clairs, certains des problèmes (j’écris certains parce que d’autres relèvent des fantasmes néofascistes ou des pleurnicheries de septuagénaires aigris) listés pêle-mêle par Lieux Communs sont dignes de discussion. Mais à quoi bon prendre la pose du Grand Philosophe ou du Grand Anthropologue, si c’est pour finalement cibler des boucs émissaires d’une banalité affligeante : les immigrés, les musulmans et les « woke » ?
Dans le catalogue décliniste précité, en effet, les immigrés (y compris les descendants des esclaves africains arrivés à partir du XVIIe siècle aux États-Unis !) sont responsables d’une bonne partie des maux qui affectent les sociétés occidentales. Un philosophe comme Marcel Gauchet qui a commencé, lui aussi, par être un « libertaire » antistalinien, disciple de Claude Lefort et même anarchisant si l’on en croit sa fiche Wikipedia, nous sert depuis des années les mêmes constatations alarmistes de baby boomer passé du côté de la défense de l’ordre capitaliste : « La donnée de base est très simple : le monde occidental regroupe en gros un milliard de personnes et le reste du monde six milliards et quelques. […] [ces six milliards] ont tiré la conclusion logique que la solution la plus simple était de venir carrément s’installer chez nous. Sauf que s’ils veulent consommer comme nous, ils ne veulent pas pour autant devenir comme nous. C’est là que le problème devient explosif. Nous n’en sommes qu’aux balbutiements d’un processus qui pourrait assez vite devenir ingérable. Ce potentiel migratoire est gigantesque et représente une force de déstabilisation qui risque de s’imposer comme la question politique centrale en Occident. Si l’on y ajoute la question écologique, on se dit qu’il risque de se passer de drôles de choses dans un avenir pas si éloigné. D’autant que nous avons pris le parti d’organiser notre désarmement sur tous les plans, pas seulement militaire, mais plus encore intellectuel et moral[6]. »
Comme le montrent le catalogue de citations des pages précédentes, dans son texte de 2019, Lieux Communs se livre surtout à un copier-coller des thèses de Marcel Gauchet sur à peu près tous les sujets, mais à destination d’un public libertaire.
Dans « L’horizon impérial », Lieux Communs nous fait faire le tour de la planète et de l’histoire du monde depuis trois mille ans (tout en évitant soigneusement l’Asie c’est-à-dire la moitié de l’humanité[7] !) pour finalement aboutir à « démontrer » le prétendu bien-fondé de ce qui étaient ses présupposés et ses préjugés dès le départ :
– la nation et l’État qui lui est lié sont un pilier civilisationnel sans lequel l’humanité court à sa perte ;
– les migrations actuelles mettent en péril l’existence des nations occidentales, notamment à cause du « machisme » et de « la délinquance noirs[8] » (!) ; d’une « délinquance endémique » ; et de l’existence de « poches de violence intérieure tendant à l’homogénéité ethnico-religieuse et en voie de dissidence » ;
– en Europe, les immigrés majoritairement musulmans forment des « tribus violentes » qui, tels les « bédouins », vont « coloniser » l’Occident et le soumettre à leurs coutumes « barbares ». Encore une fois, Marcel Gauchet est beaucoup plus explicite que ses disciples pseudo radicaux de Lieux Communs : « Les Occidentaux sont aveugles à l’immense difficulté de cette acculturation obligée pour les peuples qui la subissent. Ceux-ci se voient contraints de digérer en très peu de temps un cadre culturel qui a mis des siècles à se créer chez nous, qui leur tombe dessus de l’extérieur et qui remet profondément en question leur manière d’être. Étonnez-vous de l’ambivalence de leur accueil ! Ils prennent, parce que c’est une proposition qu’on ne peut pas refuser, mais ils ne nous vouent pas une affection débordante. Nous voudrions que les barbares auxquels nous apportons la « civilisation » nous embrassent sur la bouche. Mais ils ont des motifs de nous porter d’autres sentiments[9]. »
L’usage répété du « concept » de « bédouin », emprunté à Martinez-Gros, spécialiste de l’islam médiéval, permet de fabriquer une métaphore raciste subliminale. Le « bédouin » – imaginé et imaginaire – fait ici fonction de symbole apocalyptique puisqu’il désigne ces individus non européens squattant les « marges » (les quartiers ouvriers ou populaires) mais qui vont bientôt envahir le reste de la France, et même tout l’Occident, pour accomplir le « grand remplacement » islamique et islamiste – ou pour faciliter le contrôle des mafias latino-américaines sur certains pays – ce que le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, appelle la « mexicanisation de la France », terme goulument repris par Pascal Praud, sur CNews ! Ce vocable de « bédouin » est quand même plus chic que ceux de « basanés », fellaghas » ou « terroristes » chers aux défuntes publications Minute et Défense de l’Occident, ou au torchon, (hélas, toujours vivant !) qu’est Rivarol.
Cela rappelle furieusement la prose de Georges Mauco. Ce démographe fit carrière avant, pendant et après la seconde guerre mondiale ; antisémite, collaborateur et résistant de la dernière heure il affirmait déjà en 1937 : « Parmi la diversité des races étrangères en France, il est des éléments pour lesquels l’assimilation n’est pas possible. Il y a aussi ceux appartenant à des races trop différentes : asiatiques, africains, levantins même, dont l’assimilation est impossible et, au surplus, très souvent physiquement et moralement indésirable. L’échec de nombreux mariages mixtes en est une vérification. Ces immigrés portent en eux, dans leurs coutumes, dans leur tournure d’esprit, des goûts, des passions et le poids d’habitudes séculaires qui contredisent l’orientation profonde de notre civilisation[10]. »
– pour contrer cette évolution inéluctable, il nous faut un peuple de « citoyens-soldats » prêts à défendre la nation contre les envahisseurs « bédouins » et il ne faut surtout pas céder à la tentation d’un « auto-dénigrement national » ;
– les minorités sont « sur-représentées dans les médias », etc.
Les convergences entre ce genre de discours et celui de Frédéric Saint Clair, économiste et consultant catholique d’extrême droite, sont évidentes. Dans un podcast intitulé « L’immigration n’est que la conséquence de notre effondrement culturel ! », l’idéologue se paie même le luxe de ridiculiser ses trois intervieweurs qui prônent un racisme biologique décomplexé[11]. Ils n’ont pas encore compris qu’il est plus habile de prôner l’ethno-différentialisme* ou l’ethnopluralisme de la Nouvelle Droite* que de puiser son inspiration dans les thèses de Gobineau*, Vacher de Lapouge*, Chamberlain* ou Rosenberg*.
Pour conforter ses pseudo-hypothèses « théoriques », Lieux Communs pioche des bribes d’idées chez des individus très divers : des propagandistes de caniveau (Mathieu Bock-Coté et Malika Sorel) ; des universitaires sérieux…. tant qu’ils restent dans leur champ de recherche (Martinez-Gros, Lagrange) ; un psychanalyste qui mélange allégrement des considérations psychanalytiques, religieuses et politiques (Sibony) ; et des spécialistes d’une discipline qui utilisent leur autorité dans un domaine pour défendre des choix politiques nationalistes et xénophobes (la démographe Michèle ribalat, et l’historien helléniste Victor Davis Hanson).
L’utilisation de sources aussi hétéroclites repose sur quatre piliers « théoriques » :
a) Le thème de la décadence de l’Occident (un vieux mantra réactionnaire mais modernisé notamment à grands coups de références à la Grande Catastrophe écologique, à la dénonciation de la société de consommation, et à tous les maux précédemment cités en vrac). Ce n’est pas un hasard si l’historien trumpiste Victor Davis Hanson, tant apprécié par Lieux Communs, collabore activement à la National Review (Nwanevu, 2017) dont sont sortis les idéologues de l’alt-right. Et ce n’est pas un hasard non plus s’il tient les mêmes propos racistes contre les Afro-Américains que ce courant (cf. son article de 2013, cité plus loin, en détail).
Comme l’explique Blair Taylor, « L’idéologie de l’alt-right emprunte de nombreux thèmes à Alain de Benoist et à la Nouvelle Droite française, en intégrant les critiques du capitalisme et de l’immigration dans le langage de la diversité culturelle et de l’“ethnopluralisme”. Elle s’inspire également de divers penseurs “déclinistes”, du nationaliste allemand Oswald Spengler* au néofasciste russe Alexandre Douguine*. Ces récits sont centrés sur le renversement du déclin civilisationnel perçu par le biais de la “palingénésie”, une renaissance nationale ou raciale qui balaie l’ordre ancien.. Cet antimodernisme ou cet ultra-traditionalisme révolutionnaire rejette les forces “métisseuses” du capitalisme, de l’individualisme et du multiculturalisme » (Taylor, 2021). On retrouve là toutes les obsessions de Lieux Communs.
b) La défense de l’État-nation dont les « cadres nationaux » tendent « littéralement à exploser » ; Lieux Communs admire ces » corps d’armée baignés d’un militarisme civique, mêlant un égalitarisme fonctionnel en même temps qu’une solidarité et une discipline pragmatique », ces virils « fantassins formés dans des cités ou des États fondés sur la rationalité du monde, la délibération collective, l’innovation technique, l’autocritique, la créativité et l’imagination individuelle que l’on retrouvera toutes sur les champs de bataille ». Ce « militarisme civique » et cette admirable civilisation occidentale fondée sur « l’autocritique » (?) devraient lutter contre « l’insécurité permanente, culturelle, sociale et physique » qui atteint même le niveau d’une « insécurité anthropologique » ; cette défense de l’État-nation est la seule solution pour combattre les « tribus violentes » qui partent « à l’assaut de la ville-continent qu’est l’Occident historique – Europe, États-Unis, Australie » et « appartiennent autant à l’islamisme international qu’aux gangs latinos ».
c) La xénophobie motivée par « l’ensauvagement rapide » des immigrés car « l’étranger » ne peut contrôler « la violence dont il est porteur » ; et les visionnaires de Lieux Communs entrevoient « la mise en minorité des natifs d’ici quelques décennies ».
d) Et l’hostilité à l’immigration « musulmane[12] » qui se regroupe dans des « banlieues sécessionnistes » où des « bandes prédatrices » font régner la terreur ; « prédatrice et sécessionniste », cette population pratique un « séparatisme social et culturel qui divise tous les pays occidentaux » et qui menacerait la civilisation « occidentale ».
Ces peurs et ces sentiments de haine irrationnelle sont exprimés de façon plus ou moins claire, plus ou moins violente, dans les articles ou interviews des auteurs cités par Lieux Communs et que j’évoquerai ici.
Dans ses textes, Lieux Communs utilise aussi les réflexions d’autres essayistes nationalistes, xénophobes, hostiles aux musulmans et aux immigrés, comme Jean-Claude Michéa, Douglas Murray, et Chantal Delsol.
Qu’ont en commun, par exemple, ces trois polémistes ? Le fait de n’avoir effectué aucune recherche sur l’immigration et d’être des xénophobes, chacun au nom d’une posture différente : « anarchiste » pour Michéa, libérale pour Murray et catholique pour Delsol !
Dans Les mystères de la gauche, Jean-Claude Michéa oppose les travailleurs français aux travailleurs immigrés et dénonce « la concurrence de la main-d’œuvre étrangère ». Il utilise exactement les mêmes arguments que les ministères de l’Intérieur Darmanin et Retailleau ou que la Présidente du Conseil Georgia Meloni en Italie. Il diffame les soutiens des sans-papiers qui n’auraient « presque jamais en effet à assumer personnellement le prix réel de leur bonne volonté humanitaire » ; en plus, ce seraient tous des « fonctionnaires » (comme lui !) – ce qui prouve son ignorance abyssale. En effet, quiconque connaît les soutiens des travailleurs « clandestins » sait qu’ils rassemblent majoritairement de femmes et pas des fonctionnaires ; que beaucoup d’entre elles (et eux) sont des descendants directs ou des conjoints d’immigrés, mais aussi de personnes d’origine juive ; et enfin qu’en France, comme dans d’autres pays, on y trouve beaucoup plus souvent des catholiques, des protestants ou de braves démocrates que des athées d’extrême gauche !
D’après le compte rendu de l’un de ses fans : « Selon [Michéa], l’idée de s’installer en France, pour un travailleur clandestin, dans le seul but de se proposer comme main-d’œuvre à exploiter par le patronat ne constitue pas un projet philosophiquement défendable et il s’agit, en outre, d’une sorte de désertion vis-à-vis de sa collectivité d’origine, à qui son courage et sa force de travail vont manquer. [...] RESF se fait le complice de l’exploitation par le patronat d’une main-d’œuvre sans défense et de la constitution d’un véritable sous-prolétariat. »
Michéa, qui se gargarise de la solidarité des « gens ordinaires » chers à George Orwell, ne sait même pas la reconnaître quand elle se manifeste sous son nez !
Dans la même veine polémique et diffamatoire, il affirme que « la gauche et l’extrême gauche en sont venues à reprendre à leur compte les principales exigences de la logique capitaliste, depuis la liberté intégrale de circuler sur tous les sites du marché mondial jusqu’à l’apologie de principe de toutes les transgressions morales possibles » (La double pensée. Retour sur la question libérale, 2008).
Et il enfile ces perles dignes de CNews ou de Sud Radio, tout en prétendant benoîtement qu’« il ne s’agit évidemment pas de “délégitimer” le moindre de ces combats dits “citoyens” (ne serait-ce que par fidélité à Marx qui, dans le Capital, rappelait déjà que “ le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper là où le travail sous peau noire reste stigmatisé et flétri”)[13] ».
Douglas Murray est un essayiste à l’humour réactionnaire très british, qui se sert de son homosexualité pour se donner une image libérale. C’est donc un bon client pour les chaînes de télévision et de radio réactionnaires. Il s’est fait connaître aussi bien par sa plume[14] que par ses multiples interventions dans les médias et les réseaux sociaux anglosaxons. Il y dénonce, pêle-mêle, le prétendu « immigrationnisme » de la classe politique, le « wokisme », les « activistes trans », l’islam, etc. Murray s’est spécialisé dans les « questions de société », donc dans les guerres culturelles que mènent les droites anglosaxonnes – rejointes en France, ou ailleurs, par les gauches laïco-xénophobes et antimusulmanes, comme en témoignent des publications comme Causeur et Front populaire, dont les discours sont identiques à ceux de Lieux Communs
Pour la philosophe catholique Chantal Delsol, les « migrants sont une menace culturelle[15] » et ils viennent « profiter de tous ces avantages qui n’existent pas chez eux » (encore une constante des discours racistes/xénophobes contemporains : le mélange entre des considérations abstraites et la mention d’imaginaires avantages matériels). « Les migrants, majoritairement musulmans, ne peuvent pas intégrer au même titre que nos sociétés d’abord chrétiennes, puis ayant évolué sous les Lumières, les notions de liberté, pour les femmes notamment ».
Mme Delsol dissimule le fait que les Églises chrétiennes combattirent cette liberté des femmes mais aussi les Lumières – et ce, jusqu’à aujourd’hui, pour ce qui concerne les catholiques traditionalistes et les évangélistes protestants. Heureusement pour elle, Lieux Communs vient au secours de notre philosophe dévote en affirmant que, dans « la société française », « la socialité fait la part belle aux femmes » (le procès des viols collectifs de Mazan en est sans doute l’illustration ?).
Delsol ne mentionne pas la Manif pour tous dans cet article, mais elle défend ardemment ce mouvement et ses valeurs[16]. Selon elle, les migrants pratiqueraient systématiquement « le harcèlement sexuel » et commettraient des viols sans même être capables de comprendre les motifs de l’interdiction de ces délits et de ces crimes : « Les viols de Cologne ont mis du temps à se dire, mais il n’y a pas qu’à Cologne, c’est partout. »
Le fait que Lieux Communs s’inspire de Michéa, Murray et Delsol n’est pas fortuit. Ce parti-pris idéologique n’a rien à voir avec des interrogations politiques parfaitement légitimes sur l’évolution des sociétés occidentales, ou celle de l’humanité au XXIe siècle.
Pour celles et ceux qui les ignorent, je vais donc exposer dans ce texte les positions ouvertement xénophobes et même, dans certains cas, racistes des intellectuels qui servent de références « théoriques » à Lieux Communs.
1.Un auteur victime d’un hold-up grossier
Commençons par Hugues Lagrange dont les travaux sont dénaturés par Lieux Communs comme par bien d’autres xénophobes. Ce sociologue a suscité beaucoup de débats et d’attaques à gauche à cause de son livre (Le déni des cultures, 2010) qui, après une enquête de sept ans, tente d’établir des liens entre culture, structure familiale et délinquance dans des familles africaines vivant dans certaines banlieues. Quoi que l’on pense des thèses exposées dans cet ouvrage, elles méritent d’être discutées, ne serait-ce que pour les réfuter ou en montrer les limites. Mais Lieux Communs, comme l’extrême droite qui a voulu récupérer le travail de ce sociologue, passe sous silence les objectifs de ce chercheur qui se situent aux antipodes de ceux défendus par les xénophobes et les racistes de tout poil : l’universitaire défend en effet le multiculturalisme (I) et un accueil digne et empathique des immigrés – ce que dénonce Lieux Communs !
Les déclarations suivantes d’Hugues Lagrange (les passages soulignés ci-dessous l’ont été par mes soins) montrent clairement le fossé qui existe entre lui et ceux qui manipulent ses travaux : « Pour ne pas désespérer Billancourt, va-t-on éviter de dire un certain nombre de choses, notamment qu’il y a un surcroît d’enfants issus de l’immigration sahélienne dans la délinquance transmise au parquet ? Doit-on s’interdire de dire cela sous prétexte que ça pourrait entraîner une stigmatisation ? Non. Mon point de vue est qu’il faut être capable de dire ça et en même temps d’accueillir ces populations. Je suis favorable à un multiculturalisme assumé : il faut favoriser la préscolarisation, l’activité des femmes. Mais ce n’est pas en niant la réalité qu’on apporte au débat public les moyens d’être un débat sincère. […] Je ne parle pas d’intégration, et je ne me situe pas dans cette perspective, où l’on pose le problème de l’immigration du point de vue du pays hôte, que je n’appellerais pas le pays d’accueil, parce qu’il n’est pas très accueillant. [17] » (Idem.)
Lagrange prend donc ses distances avec les discours hostiles à l’immigration et favorables à une « intégration » aveugle.
2.Un philosophe-psychanalyste qui règle ses comptes avec un traumatisme de jeunesse
Passons maintenant à Daniel Sibony. En principe, un psychanalyste sonde les pensées intimes des individus, chacun étant, par définition, différent et spécifique. On voit mal comment un tel « ingénieur des âmes », aussi cultivé soit-il, pourrait établir la cohérence de la psychologie collective et de l’identité culturelle-religieuse d’1,6 milliard de musulmans, ou de 473 millions d’« Arabes ». C’est pourtant sa prétention affichée !
Ajoutons que, pour Sibony, le problème existerait depuis la naissance de l’islam et serait lié aux rapports étroits (mais farouchement niés par les musulmans) entre cette religion et les écrits fondamentaux du judaïsme. Ses hypothèses sont marquées à la fois par un biais religieux (son enthousiasme pour les vertus supposément éternelles du judaïsme) mais aussi par son expérience traumatique de Juif né dans l’empire français (au Maroc) et qui a été obligé de le quitter à l’âge de 13 ans, en 1955, juste avant la fin du protectorat français[18].
Difficile de croire que cette expérience négative individuelle (qu’il ne cache nullement car elle lui sert même d’argument) n’ait pas un rapport avec ses propos hostiles à l’immigration musulmane, même s’ils sont exprimés de façon modérée.
Cette « modération » a d’ailleurs totalement disparu à propos d’Israël-Palestine, depuis le 7 octobre 2023, comme on peut le constater quand, sur la chaîne Mosaïque[19], il se révèle incapable de dénoncer les crimes de guerre de Tsahal. On peut avoir de sérieux doutes sur son amour de la paix quand on l’entend s’exprimer sur ce thème et développer son argumentation antimusulmane.
Mais que dit exactement Sibony sur l’islam, et ce depuis fort longtemps ?
Selon lui, l’islam aurait tout volé, pillé (le monothéisme, les prophètes, les rites, l’essentiel de la Torah, etc.) au judaïsme antique. Au XXIe siècle, les musulmans auraient au moins deux graves problèmes :
– un complexe d’infériorité vis-à-vis des juifs (c’est aussi la thèse de Georges Bensoussan et de Nathan Weinstock (2004)– ces deux historiens mettent l’accent sur la frustration et le traumatisme causés par la suppression du califat en 1924 ; la disparition du statut du dhimmi (J) dans les pays musulmans ; et la création de l’État d’Israël, État souverain pour les Juifs mais inacceptable pour les musulmans) ;
– et un désir farouche d’éliminer physiquement les Juifs et les Israéliens puisqu’ils seraient à la fois les témoins gênants de ce hold-up théologique opéré par l’islam, au VIIe siècle et les occupants d’une terre qui aurait dû rester éternellement musulmane (d’où un ressentiment judéophobe qui ne disparaîtra jamais, selon Sibony).
Quelles que soient les intentions de Sibony, ses opinions sont les bienvenues dans les guerres culturelles orchestrées par la droite et l’extrême droite, et accompagnées par une partie de la gauche xénophobe dont font partie (pour le moment…) les gens de Lieux Communs.
S’ils ont besoin d’arguments « théoriques », les affirmations de Daniel Sibony peuvent aider des xénophobes radicaux, comme ceux de Lieux Communs, à présenter les immigrés musulmans comme des ignorants, des paranoïaques, emplis de ressentiment vis-à-vis des Juifs, mais aussi vis-à-vis de l’Occident, berceau de la civilisation « judéo-chrétienne », démocratique et si douée pour « l’autocritique ». Selon eux, « Ce qui est honni dans cet Occident n’est pas, très précisément, ce qu’il se reproche lui-même sans cesse depuis son apparition mais, tout au contraire, son principe même d’auto-institution, la capacité d’auto-critique et d’auto-transformation d’une société[20] ». Ce que le philosophe devenu réac Marcel Gauchet exprime en termes moins éthérés : « Il y a eu en Europe l’invention d’un modèle politique, social, intellectuel et culturel préférable à celui qui règne partout ailleurs dans le monde : c’est ce que pense l’immense majorité des Européens, mais ils n’ont pas le droit de le dire[21] ! ».
Dans leurs textes et podcasts, ces soi-disant « universalistes » répètent fréquemment que la supériorité occidentale serait liée à sa capacité exceptionnelle d’ « auto-critique ». Ils refusent de considérer que les cultures et les civilisations s’interpénètrent et s’enrichissent mutuellement depuis des siècles, et que cet enrichissement ne fait que s’accélérer. Ils analysent les rapports interculturels uniquement sous l’angle de la guerre de conquête et/ou de l’infiltration sournoise, menée par une cinquième colonne de barbares, en vue d’une future guerre civile contre l’Occident. Ils ne sont même pas capables d’admettre que les mouvements de libération nationale qui ont changé la face du tiers monde (de Gandhi à Hô Chi Minh) se sont réclamés de valeurs et de concepts dits « occidentaux ». Leur identitarisme national-occidental n’est que le reflet inversé des identitarismes « de gauche » qui eux aussi prônent la pureté et la non-contamination entre les peuples, les cultures et les civilisations.
3.Deux chercheurs qui dévoilent leurs sentiments xénophobes, l’une au nom de la neutralité scientifique (?) l’autre en sortant de son domaine de compétence.
3.1. Michèle Tribalat, démographe xénophobe, milite contre ce qu’elle appelle « l’immigrationnisme » et le « progressisme transnational » qui seraient l’idéologie fabriquée par les « élites transnationales, nombre d’anciens soixante-huitards, les juristes internationaux, les ONG, les Nations Unies et autres organisations internationales, les patrons des sociétés transnationales et les technocrates de l’Union Européenne ». On retrouve ici les discours automatiques à tonalité plus ou moins complotiste utilisés sur de multiples sujets, de l’extrême droite à l’extrême gauche – sauf, pour cette dernière, la mention des « anciens soixante-huitards » !
Selon Tribalat, « La hausse de l’immigration régulière et l’anarchie amenée par l’immigration illégale qui embolise le traitement des demandes d’asile, sans parler de l’aide sociale à l’enfance avec l’arrivée de mineurs non accompagnés, donnent le sentiment aux Français que l’État n’a aucune prise sur l’immigration étrangère[22] ».
Se situant dans une perspective nationaliste, hostile à la liberté de circulation des personnes, cette démographe regrette que la France ne puisse plus « comme par le passé, disposer de sa population étrangère au gré de ses besoins économiques ». De quels mystérieux « besoins économiques » s’agit-il, sinon de ceux du Capital français qui exploite les travailleurs étrangers, notamment les « sans-papiers » ? Et notre universitaire xénophobe est évidemment dans le bon camp, celui de « l’homme ordinaire [qui] se plaint d’une immigration étrangère trop importante[23] » (bienvenue dans le monde des sondages aux questions manipulatoires et des faux débats organisés par les médias !).
3.2.L’historien Gabriel Martinez-Gros, sort totalement de son domaine de compétence (l’islam médiéval) pour s’attaquer à l’impact de l’immigration au XXIe siècle sur la « civilisation occidentale ». Tout en faisant semblant de réfuter partiellement le fantasme du « grand remplacement » puisque, selon lui, la croissance démographique décroît partout, y compris dans le Sud, il dénonce
– le fait que « l’Europe et surtout la France » soient « exposées aux migrations africaines[24] » (sans préciser les prétendus dangers de cette « exposition ») ;
– « la redistribution sociale » qui s’opère « dans une large mesure » au « profit » (!?) des immigrés (il se garde bien d’avancer le moindre chiffre et « oublie » de mentionner que ladite « redistribution sociale » est liée à la possession d’un titre de séjour et d’une activité salariée légale) ;
– la « généralisation » du « problème politique de l’immigration » (« problème » dont il ne précise pas la nature) ;
– et le fait que l’Occident « aspire » « une part de l’insécurité qui chasse les migrants de chez eux », ce qui risque de provoquer « un désastre politique, une fragilisation durable de la cohésion sociale » (propos qui dévoilent son « agenda » politique mais pas les recherches sérieuses qu’il aurait effectuées à ce sujet).
Martinez-Gros regrette la défaite des armées impérialistes en Algérie et au Vietnam. Et Lieux Communs d’approuver son plaidoyer pro-impérialiste : « c’est l’idéologie pacifiste et tiersmondiste, que l’on pourrait qualifier de néo-chrétienne, qui s’est progressivement imposée autour et à l’occasion de la guerre du Vietnam, empêchant les armées américaines et européennes de remporter des victoires décisives ». Des émules de Castoriadis qui regrettent la domination coloniale et défendent les interventions armées impérialistes, on aura tout vu !
Martinez-Gros a le culot d’affirmer : « Incapable de faire face militairement et politiquement, comme les empires dans leur déclin, l’Occident se transforme en discours religieux, qui tente de retenir par la parole et par le moralisme ce qu’il est incapable de retenir par la force ou l’autorité politique [25] ».
On se pince : depuis l’invasion du Koweït en 1990 jusqu’aux bombardements israéliens d’octobre 2024 au Liban et en Iran, l’Occident aurait-il cessé d’employer la force pour ne plus produire et diffuser que des discours moraux ? A Gaza, les Palestiniens meurent-ils en écoutant des discours humanitaires… ou sous des tonnes de bombes et de missiles ? Les innombrables interventions militaires françaises[26] en Afrique depuis 1981 ont-elles reposé sur des distributions de tracts et de bonbons ?
Mais Martinez Gros a répondu par avance à ces objections, puisque, pour lui, cette violence serait uniquement… « symbolique » ! « La violence de l’aviation est justement une mise à distance de la violence. J’entendais un jour dans un reportage un jeune pilote, dont je ne remets pas en cause le patriotisme, qui comparait son appareil à un bureau : c’est précisément le problème. Mais en réalité, il ne s’agit pas uniquement de violence : si la civilisation fait de nous des conquis, ce n’est pas seulement en nous dépouillant de notre violence, mais c’est surtout en nous dépouillant de notre solidarité. Ce n’est pas par hasard si les mouvements fascistes, qui sont tout de même parmi les grands mouvements du XXe siècle, sont nés des solidarités du combat dans les tranchées de la guerre de 1914. Les fascistes avaient redécouvert les valeurs de solidarité du combat, c’est-à-dire des valeurs barbares khaldûniennes[27]. »
Après un tel éloge des vertus de la « solidarité » dans le cadre de la boucherie des guerres de tranchées et de l’intelligence des « grands mouvements fascistes », je dois me retenir pour ne pas céder à la tentation du point Godwin !
4.Trois propagandistes des thèses de l’extrême droite, de celles du Rassemblement national à celles de Donald Trump
4.1. Essayiste besogneux Matthieu Bock-Coté est surtout un chroniqueur vedette sur CNews, violemment xénophobe et antimusulmans. Les titres de ses éditoriaux se passent de tout commentaire : « L’État de droit peut-il survivre au choc des civilisations ? » ; « L’immigration qui transforme en profondeur la France depuis 40 ans est l’immigration légale » ; « C’est le refus de l’immigration massive qui est diabolisé » ; « L’immigration comme Chance, un dogme contesté » ; « Immigration en Europe : une question existentielle », etc. En digne toutologue, il n’a évidemment jamais effectué la moindre recherche sur les sujets qu’il aborde à l’antenne, ou dans ses essais.
4.2. Malika Sorel a été successivement une groupie de Nicolas Sarkozy, Philippe de Villiers et François Fillon, et est aujourd’hui députée européenne du RN. Bien avant son ralliement officiel à cette formation d’extrême droite en 2024, cette collaboratrice active du site xénophobe et raciste Riposte Laïque[28] durant les années 2009-2010 réclame déjà l’arrêt des « flux migratoires » et dénonce l’absence de volonté des immigrés d’apprendre le français. Elle fustige le fait qu’« une partie des populations de l’immigration se révèle dans l’incapacité de respecter un certain nombre de règles et de lois qui existaient bien avant son arrivée en France[29] » (2011) et pense que « Ce sont aujourd’hui des peuples qui se reconstituent sur les terres d’accueil, avec leurs propres modes de fonctionnement, leur propres référents culturels et sociaux[30] »(2011). Elle croit à la fable du « grand remplacement » et s’opposait à l’attribution du droit de vote aux étrangers. Mais l’affaire est encore plus grave : selon Malika Sorel, « c’est notre société qui fabrique la sauvagerie des enfants issus de l’immigration, une sauvagerie qui finira par l’anéantir si aucune prise de conscience politique n’intervient rapidement » (Riposte laïque, 2010).
Pour Mme Sorel, non seulement le droit du sol est « devenu complètement obsolète [31] » (2014), mais l’islam est incompatible avec la République française : « Il s’agit de discuter des principes fondamentaux qui structurent l’identité. Que faire de la devise de la République française lorsque l’on se trouve en présence de cultures dans lesquelles l’individu n’a pas droit de cité et n’existe pas pour lui-même ? Que faire de l’égalité homme-femme si elle est considérée comme une hérésie ? À la poubelle ? Quid de la fraternité, si elle est subordonnée aux convictions religieuses ? [32] » (2019).
Rappelons à Mme Sorel que le rapport entre les immigrés catholiques et la République ne fut pas plus harmonieux à la fin du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle : « Ainsi, avant 1914, les pratiques religieuses très voyantes des Italiens ont-elles eu fréquemment pour effet de les isoler de leurs compagnons de travail et des milieux populaires avec lesquels ils se trouvaient en contact dans les agglomérations industrielles. Ceci, à un moment où le prolétariat français avait déjà fortement subi les effets de la déchristianisation. Le même réflexe a joué pour les Espagnols et plus tard pour les Polonais dont le comportement religieux, tout aussi ostentatoire que celui des Transalpins, pouvait susciter une certaine méfiance de la part des populations du cru. Surtout, l’organisation d’une partie de la colonie polonaise autour de ses prêtres, de ses chapelles et de ses écoles, si elle répondait à la volonté majoritaire des migrants de sauvegarder leur identité, ne pouvait qu’accroître leur isolement et freiner l’intégration d’une première génération déjà passablement enfermée dans son ghetto linguistique et culturel. » (Milza, 1985.)
Mais peut-on s’attendre à ce qu’une députée du FN/RN connaisse sérieusement l’histoire de France ?
Née à Marseille de parents immigrés algériens, Mme Sorel n’hésite pas à diffamer « une partie non négligeable des immigrés [qui] verse dans la délinquance » (Le Figaro, 4 mai 2023) et prétend que laisser se poursuivre l’immigration, ce serait « de la mise en danger de la vie d’autrui. Il faut que le chef d’État se ressaisisse » (idem). Cette fille de ressortissants non européens adopte la même attitude vis-à-vis des nouveaux arrivants que l’idéologue trumpiste dont nous allons maintenant parler.
4.3. Victor Davis Hanson, auteur de Carnage et Culture, est un fervent partisan de l’impérialisme américain et a toujours soutenu ses agressions extérieures. En effet, il souhaite que la guerre soit conduite « sous le contrôle civil éclairé » (!?) du peuple américain. Il déplore que, dans son pays, règne « une antipathie généralisée à l’égard de la guerre en général et de l’armée américaine en particulier[33] » à cause de « l’hystérie » des opposants à la guerre du Vietnam, ces « ignorants […] qui disposaient d’outils de communication instantanés et terriblement puissants ». Pour lui, il faut réhabiliter les « notions d’honneur, de bravoure de courage et de patriotisme ». Cet historien spécialiste de l’Antiquité grecque et des questions militaires a pris sa retraite à 50 ans pour, depuis 2004, consacrer tout son temps à des think tanks réactionnaires comme le Claremont Institute ou la Hoover Institution, et à d’innombrables interventions dans toutes sortes de médias.
Pendant qu’il dénonce en permanence « l’immigration de masse et le choc des cultures[34] », il loue à une entreprise agricole les 16 hectares de la ferme que sa famille d’origine suédoise gère depuis un siècle. Ce descendant d’immigrés croit moralement détenir plus de droits à vivre dans un pays que les nouveaux « migrants » qui y arrivent, poussés probablement par la misère comme ses propres ancêtres !
Dans les années 2000, il a soutenu les interventions américaines en Irak et en Afghanistan, et a publié, en 2013, un article intitulé « Facing Facts About Race » (Comment affronter les faits à propos de la race).
Voici quelques extraits édifiants de la prose de cet historien admiré par Lieux Communs : « […] s’il est vrai que les hommes afro-américains sont considérés avec suspicion, c’est probablement parce que, statistiquement, ils commettent un nombre disproportionné de crimes violents. […] La semaine dernière, je conduisais dans le nord de la Californie en écoutant le discours du procureur général diffusé à la radio. Au nord de San Francisco, je me suis arrêté pour acheter un café et deux journaux locaux. Dans l’un d’eux, il y avait l’histoire macabre d’un jeune Afro-Américain accusé d’avoir saccagé une bijouterie de San Francisco et d’avoir assassiné deux employés. […] L’autre journal relatait une histoire étrangement similaire. Non loin de là, à Santa Rosa, à peu près au même moment, deux jeunes Afro-Américains en sweat à capuche ont attaqué une autre bijouterie, ont également échangé des coups de feu avec le propriétaire et n’ont pas réussi à échapper à la police.
[…] Un jour, alors que mon père était en train de garer sa voiture avec ma mère lors d’une visite à San Francisco, ils se sont retrouvés soudainement entourés de plusieurs adolescents afro-américains. Face à leurs exigences, il a proposé aux voleurs de leur donner tout son argent s’ils les laissaient tranquilles. Heureusement, ils ont pris son argent et sont partis. Je pense que c’est à cause de cette expérience – et d’autres – qu’il m’a conseillé un jour : “Quand tu vas à San Francisco, fais attention si un groupe de jeunes Noirs s’approche de toi. »
[…] C’est après quelques épisodes du même genre avec de jeunes Afro-Américains que j’ai donné un conseil similaire à mon propre fils. Ce conseil est né de l’expérience plutôt que de stéréotypes subjectifs. Lorsque j’étais étudiant diplômé vivant à East Palo Alto, deux hommes noirs adultes ont un jour essayé de défoncer la porte de mon appartement – alors que j’étais dedans. Une deuxième fois, quatre hommes noirs ont essayé de voler mon vélo – alors que j’étais dessus[35]. »
Est-il besoin de souligner la nullité scientifique[36] d’« analyses » subjectives qui prétendent s’appuyer sur des faits divers isolés et des anecdotes personnelles ?
Cette bonne conscience raciste de Davis Hanson repose sur une conviction plus profonde qu’il partage avec Lieux Communs, puisque tous deux croient en la supériorité de la civilisation occidentale : pour l’historien américain, si la ségrégation et les lois Jim Crow ont disparu, ce serait uniquement parce que « la Constitution ne contient aucune mention de la race », et que « la logique innée de cette Constitution est l’autocritique et l’amélioration » !
Quelle grossière falsification !
En effet, dans la Constitution américaine de 1787, « par la clause dite des trois cinquièmes (art. I, 2), les esclaves sont comptabilisés (aux trois cinquièmes) pour le calcul de la représentation à la chambre basse du Congrès et au collège électoral, ce qui garantit un certain poids politique aux États du Sud ; la clause sur la traite des esclaves (art. I, 9) interdit l’abolition nationale de la traite avant 1808 ; la clause sur les esclaves fugitifs (art. IV, 2) facilite le retour d’un ou d’une esclave en fuite à son maître, quand bien même il ou elle aurait fui dans un État ayant aboli l’esclavage[37] ».
L’hypocrisie de la Constitution américaine de 1787 est impressionnante : « d’un côté, la propriété des maîtres sur leurs esclaves n’est pas remise en cause, et assure même aux propriétaires une meilleure représentation au niveau fédéral ; de l’autre, le principe de property in man[38] [de posséder un être humain] et le mot d’“esclavage” sont omis de la Constitution. L’acceptation de l’esclavage à l’échelon des États ne s’accompagne donc pas d’une légitimation de l’institution à l’échelon national » (idem).
« C’est le racisme, produit de l’esclavage, qui a été transmis en héritage à l’Amérique d’aujourd’hui, bien plus que les idéaux d’égalité de la Déclaration d’indépendance. » Cette citation d’un critique à propos d’un autre historien, s’applique parfaitement à Victor Davis Hanson qui, lui aussi, « met l’accent sur les intentions (non réalisées) ayant présidé à la rédaction de la Constitution, au détriment parfois de ses effets (bien réels) » [le « parfois » est à mon avis superflu].
Dans son livre Mexifornia[39] (2007), Davis Hanson se vante du fait que sa famille élargie inclue des personnes d’origine mexicaine. Il raconte avoir fait partie, pendant les six premières années de sa scolarité d’une petite minorité d’Euro-descendants étudiant au milieu d’une majorité d’élèves mexicains et mexicano-américains. Il affirme avoir travaillé côte à côte avec des Mexicains et des Mexicains-Américains dans sa petite ferme familiale et « se sentir plus à l’aise avec les gens avec lesquels il a grandi, une population composée principalement de Mexicains, de Mexicains-Américains et de Blancs qui ont été élevés avec des non-Blancs[40] ».
Malgré ces curieuses confidences, on peine à croire à sa sincérité quand on lit ses diatribes contre les « Mexicains de la deuxième génération » et ceux qui viennent de franchir clandestinement la frontière. Ces deux catégories sont dépeintes comme rassemblant des membres de « gangs mexicains », « des trafiquants de drogue et des personnes en liberté conditionnelle ». Ces individus qui vivent des aides sociales, « deviennent des pupilles de l’État », « une population infantilisée », des « personnes dépendantes du gouvernement ou des largesses des riches » qui déposent leurs ordures au bord des routes, organisent des « combats de coqs et de chiens[41] », etc.
Davis Hanson colporte de nombreux autres poncifs de l’extrême droite comme en témoigne cette salve contre « l’adoption de spectacles de drag-queen dans les bases militaires, l’avortement jusqu’au moment de la naissance, la participation d’hommes transgenres à des sports féminins[42] ».
Anticommuniste délirant, il a consacré un livre entier à Trump, The Case for Trump (Plaidoyer pour Trump), dont une nouvelle édition augmentée est parue en 2024. La quatrième de couverture de cet ouvrage affirme : « Seul Trump a vu une opportunité politique dans la défense des travailleurs de l’Amérique profonde que l’élite côtière des deux partis en était venue à mépriser. Et seul Trump avait l’instinct et l’énergie nécessaires pour poursuivre cette ouverture vers la victoire, démanteler un ordre ancien corrompu et apporter des changements politiques attendus depuis longtemps dans le pays et à l’étranger. Après des décennies de dérive, l’Amérique avait besoin de l’outsider Trump pour faire ce que les politiciens normaux ne voulaient pas et ne pouvaient pas faire. » A quelques s des élections présidentielles, il prédit que « Trump battra la radicale[43] Kamala Harris » et poste sans arrêt des textes délirants sur son blog.
Le trumpiste Davis Hanson serait-il devenu le Castoriadis américain pour Lieux Communs.
Pour conclure
Le site Lieux Communs va sans doute poursuivre sa régression politique[44], même je ne peux prévoir dans quel marais putride se produira son crash final. Tous les gens de gauche ou d’extrême gauche qui cherchent à justifier leurs retournements de veste ne deviennent pas pour autant des « néofascistes », ni de brillants serviteurs de telle ou telle fraction de la classe dominante ! De toute façon, pour cette dernière option, il leur faudrait disposer d’effectifs au moins comparables à ceux du RCP (200 militants quand ils commencèrent leur mue du trotskysme au libertarianisme) et disposer d’une structure hiérarchisée ; il faudrait aussi qu’ils recrutent et forment un nombre significatif d’universitaires bien placés ; et enfin qu’ils aient un flair politique très développé et des dons pour créer des structures attrape-tout. On en est très loin pour ce qui concerne Lieux Communs – et cela vaut peut-être mieux pour eux….
Néanmoins leur parcours est symbolique d’une époque de recul des luttes ouvrières et d’essor d’idéologies réactionnaires très variées.
Parti du culte inoffensif et consensuel de Castoriadis, Lieux Communs en est venu à s’inspirer d’agitateurs médiatiques ou d’intellectuels nationalistes et xénophobes qui se prétendent humanistes, voire se présentent comme des adversaires du racisme et de l’antisémitisme[45] – musulman ou de gauche seulement, puisque, selon eux, à droite l’antisémitisme serait devenu « résiduel », pour employer un vocable de Mélenchon.
Fondamentalement, les écrits de Lieux Communs et ceux de l’ensemble hétéroclite formé par leurs référents idéologiques convergent avec les « idées » agitées par le FN/RN malgré la faible implantation de ce parti dans l’intelligentsia française (Raynaud, 2016), y compris chez ceux et celles qui ont tourné leur veste. En 1973, Jean Raspail n’avait-il pas écrit un roman (Le camp des saints) dont les fantasmes xénophobes et racistes[46] correspondent parfaitement aux divagations actuelles de Lieux Communs ? Sonia Mabrouk, présentatrice franco-tunisienne de CNews, ne vient-elle pas de publier une fiction (Et si demain tout s’inversait) sur le même thème et ne reconnaît-elle pas ses affinités avec l’écrivain raciste Jean Raspail[47] ? La xénophobie et la paranoïa antimusulmanes sont très à la mode aujourd’hui – et donc potentiellement lucratives.
Il est pour le moins ironique qu’une micro-secte censée s’inspirer des réflexions de Castoriadis sur la démocratie et l’autonomie accompagne, dans des publications ultraconfidentielles, un processus qui va vers une restriction croissante des libertés démocratiques et un renforcement des pouvoirs étatiques, que ce soit au nom de l’État-nation, de l’Europe ou de ladite « civilisation occidentale » !
Que leur involution politique soit consciente ou pas, cynique ou non maîtrisée, ils prétendent encore défendre « une perspective d’émancipation individuelle et collective du genre humain », « un projet d’auto-transformation de la société » et « un projet de justice sociale, de liberté individuelle et collective, d’égalité entre tous ». Ils affirment être « attachés à la vieille visée ouvrière d’une société sans classes » ; ils invoquent plusieurs fois un « nous libertaires » ; et ils semblent regretter la disparition « d’un grand mouvement ouvrier depuis deux ou trois siècles en Occident [48] ». Ce « verbalisme radical[49]« ne les empêche nullement de dénoncer « le fantasme internationaliste » et « la promesse utopique d’extinction de toutes les dominations ». Mais peu importe.
Ce rideau de fumée dissimule mal leur haine de l’immigration et leur paranoïa antimusulmane, si utiles à la division des exploités (qui mènent une existence déjà fragmentés par l’organisation même des entreprises) et aux pouvoirs en place – de droite et de gauche.
Sources citées (dans la série d’articles)
Baragli, Mateo (2012), « Catholicisme et nationalisme dans l’Italie fasciste : la réponse clérico-fasciste à la sécularisation d’une nation catholique (1919-1929) »
https://journals.openedition.org/amnis/1709
Camus, Jean-Yves (2019) « Les mouvements antimigratoires en Europe », https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/271038-les-mouvements-antimigratoires-en-europe.
G.H. Dumont (2003), « Georges Simenon et l’Afrique », communication devant l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique
Fertikh, Karim (2011), « Bad-Godesberg dans le langage social-démocrate en 1959 », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique,
François, Stephane (2019), « Les réseaux religieux de l’extrême droite », https://shs.cairn.info/revue-d-ethique-et-de-theologie-morale-2019-3-page-89?lang=fr
François, Stéphane et Nicolas Lebourg (2024), « Le courant nationaliste-révolutionnaire et les mondes arabo-musulmans, de Maurice Bardèche à Christian Bouchet », https://tempspresents.com/2024/08/05/les-neo-fascismes-europeens-et-les-mondes-arabo-musulmans/.
Fringeli, Christoph (2024), https://datacide-magazine.com/far-right-compact-magazine-banned/
Samuel Greef, Samuel, Alain Olive, Johan Sjölander, Emanuele Toscano (2022), Cf. https://www.jean-jaures.org/publication/lextreme-droite-europeenne-contre-les-travailleurs-un-dialogue-social-menace/ (texte utile même si ces textes sont écrits dans une perspective très favorable aux bureaucraties syndicales)
Ismaïl, Sacha (2014), « Qu’est-ce que le racisme antimusulmans », https://npnf.eu/spip.php?article1138
Monzat, René, « Les inavouables racines de la thématique identitaire » (2021) ; « Comment l’identité est devenue le langage commun du nationalisme blanc » (2021) ; « Comment le discours identitaire a été aseptisé pour permettre sa diffusion » (2022) ; et « La thématique identitaire est virale, mais a-t-elle un avenir ? » (2022), https://www.contretemps.eu/racines-identitaires-grece-benoist-racisme/
Nwanevu, Osita (2017), « How National Review Helped Build the Alt-Right », https://slate.com/news-and-politics/2017/03/how-national-review-helped-create-the-alt-right.html
Poblese, Pablo, « Théorie des privilèges, identitarisme et développement du capitalisme »
–– « La politique identitaire d’iFood »
–– »Conclusion de Machisme, racisme et capitalisme identitaire. Les stratégies des entreprises sur les questions de genre, de race et de sexualité »
Ravndal, Jacob Assland, Charlotte Tandberg, Simone Sessolo, Anders Ravik Jupskås, Tore Bjørgo (2024), https://www.jean-jaures.org/publication/terrorisme-et-violence-dextreme-droite-en-europe-occidentale-1990-2022/
Raynaud, Philippe (2016), « La nébuleuse intellectuelle du Front national », https://shs.cairn.info/revue-pouvoirs-2016-2-page-75?lang=fr
Salzborn, Samuel, « La Nouvelle Droite au sein de l’extrême droite allemande » (2020), dans l’ouvrage collectif Die Neue Rechte. Hintergründe und Hauptelemente neurechten Denkens (La Nouvelle Droite. Contexte et éléments principaux de la pensée de la Nouvelle Droite), https://tuprints.ulb.tudarmstadt.de/12853/1/Hauptelemente_Hintergr%C3%BCnde_Neuerechten_Denkens.pdf
Taylor, Blair (2021) « Sur l’alt-right », https://npnf.eu/spip.php?article941
Volpicelli, Gian (2023) https://www.politico.eu/article/trotsky-brexit-viktor-orban-attack-dog-frank-furedi-hungary-fightback-eu/.
Wagner, Thomas, « La Nouvelle Droite et l’art de la provocation », dans l’ouvrage collectif Die Neue Rechte. Hintergründe und Hauptelemente neurechten Denkens (op. cit.)
Weinstock, Nathan (2004) Histoire de chiens : La dhimmitude dans le conflit israélo-palestinien, Mille et une nuits
Notes renvoyant aux textes parus principalement dans la revue ou sur le site Ni patrie ni frontières
A. « “La caste ” ?!?! La gauche et l’extrême droite partagent le même vocabulaire », https://npnf.eu/spip.php?article867
B. « Les dix commandements de la Gauche théocompatible » (2007), https://npnf.eu/spip.php?article1127.
C. [1] Au sujet de ce terme que j’ai employé dans le passé (Extrême gauche, extrême droite : Inventaire de la confusion, 2011, https://www.npnf.eu/IMG/pdf/36-37_confusion.pdf) et que je préfère ne plus utiliser, on pourra lire « “Confusion ” et “confusionnisme ” : utilité et limites de ces notions » (https://npnf.eu/spip.php?article632) et Candide au Pays des mirages identitaires. A propos de La Grande Confusion de Philippe Corcuff, disponible sous forme de brochure et en ligne (https://npnf.eu/spip.php?article876).
D. Cf. João Bernardo, « Le postmodernisme et le culte des identités seront-ils le fascisme de notre époque ? » suivi de la traduction partielle d’un chapitre de son livre sur les Labyrinthes du fascisme (https://npnf.eu/spip.php?article580).
E. Cf. notamment « Du “Black-Blanc-Beur” à la “race sociale” : la confusion s’épaissit chez les gauchistes gaulois » https://npnf.eu/spip.php?article256 ; et « “Race”, “genre” et tours de passe-passe biologiques », https://npnf.eu/spip.php?article657 sur le site npnf.eu.
F. J’ai signalé l’évolution de ce micro-groupuscule laïco-xénophobe vers des thèmes d’extrême droite dès 2007, quand il était encore invité sur les ondes de Radio Libertaire. Cf. les pages 163 à 236 dans le numéro de Ni patrie ni frontières intitulé Les pièges mortels de l’identité nationale, https://npnf.eu/spip.php?rubrique89.
G. Cf. notamment « L’identité nationale : un vieux mythe dangereux et une discussion jamais réglée à gauche » (2009, https://npnf.eu/spip.php?article1052 ; et « Idéologues et militants du social-chauvinisme » https://npnf.eu/spip.php?article257.
H. Sur l’évolution de ce collectif : « Lettre à Lieux Communs » (2010), https://npnf.eu/spip.php?article629 ; « “Soulèvements arabes” : il est temps de dire “Bye, Bye, Castoriadis” ! » (2011), https://npnf.eu/spip.php?article231) ; et « Xénophobie et racisme antimusulmans sur les ondes de Radio Libertaire et dans d’autres lieux dit “contestataires”« (2019), https://npnf.eu/spip.php?article630
I. Pour une critique des limites du multiculturalisme, on pourra lire les points de vue différents de Loren Goldner, « Multiculturalisme ou culture mondiale ? » (1991), https://npnf.eu/spip.php?article70 et d’Eric Krebbers (2003), « Votez pour des expulsions "civilisées", votez pour le SP ! », https://npnf.eu/spip.php?article357 et « Du multiculturalisme à l’intégration forcée » (2005), https://npnf.eu/spip.php?article375
J. Cf. « Géopolitique de l’islam et dhimmis juifs » (2007), https://npnf.eu/spip.php?article163
K. Cf. Joachim Bruhn : « Qui sont les Antideutsch ? » https://npnf.eu/spip.php?article799 ; Raphael Schlembach : « Vers une critique du communisme antideutsch » https://npnf.eu/spip.php?article716 ; Stephan Grigat (2007) : « Que signife Antideutsch ? » (https://solitudes81.rssing.com/chan-75129751/latest-article6.php) ; Stephan Grigat (2006), « Société libérée et Israël. Du rapport entre Théorie critique et sionisme », https://www.ca-ira.net/verlag/leseproben/stephan-grigat-societe-liberee-et-israel-du-rapport-entre-theorie-critique-et-sionisme/ ; Robert Ogman : « Contre la nation. Le mouvement antinational en Allemagne. “L’Allemagne ? Plus jamais ça !” » https://npnf.eu/spip.php?article721 ; « Perspectives antinationales » https://npnf.eu/spip.php?article728 .
L. On trouvera quelques éléments d’information dans mon « Glossaire évolutif sur l’extrême droite nord-américaine (et quelques-unes de ses sources d’inspiration européennes) » https://npnf.eu/spip.php?article935
[1] L’horizon impérial, en trois parties : https://collectiflieuxcommuns.fr/?L-horizon-imperial-1-4,965.
[3] Avant comme après l’élection présidentielle, cet historien spécialiste de l’Antiquité grecque n’a cessé de faire l’éloge de Trump : https://www.youtube.com/watch?v=AheBb-MOxy0. Et il a écrit un livre sur son idole dont une première édition est parue en 2014 et une seconde édition, augmentée, au début de 2024.
[4] Comme en témoignait déjà, en 2012, un texte (re)publié par Lieux Communs à mon propos : « Yves Coleman, né d’un homme afro-américain qui ne l’a pas élevé et d’une femme européenne (qui a fait sa vie en France, avec un statut social qui n’avait rien de “déshérité”), se trouve visiblement dans une espèce de vide identitaire. » (https://collectiflieuxcommuns.fr/?562-une-polemique-d-une-autre-epoque-2). Les identitaires, d’extrême gauche (comme le PIR, les tiersmondistes ou les « décoloniaux ») ou d’extrême droite (comme Reconquête ou le FN/RN), détestent que des hommes et des femmes d’origines ethniques diverses, de surcroît « étrangers » au regard du droit administratif, osent s’aimer en désobéissant à leurs diktats racialistes et/ou « culturels » !
[5] Encore un propos bêtement raciste, qui dévoile leur ignorance de ce qu’est le « Black English », appelé aussi l’« ebonics », ou le « vernaculaire afro-américain ». Ceux que cette question intéresse pourront lire le livre du linguiste (et électeur démocrate très modéré) John McWorther (Talking Back, Talking Black. Truths About America’s Lingua Franca, 2017), écouter cette vidéo (https://www.youtube.com/ watch ?v=eoWGx060lyA) ou lire cet article sur les modifications intervenues en l’allemand suite à la présence de l’immigration turque (https://www.theatlantic.com/international/archive/2015/12/language-immigrants-multiethnolect/420285/ « Comment l’immigration change la langue »). Le fait même de mettre sur le même plan les dernières inventions du langage populaire en France avec le dialecte (l’ethnolecte) des Afro-Américains qui ont inventé une grammaire spécifique prouve la nullité de ce type de généralisations « anthropologiques » fabriquées par des ignorants.
[6] https://www.causeur.fr/marcel-gauchet-immigration-democratie-europe-143243
[7] Chine ; 1,3 milliard d’habitants ; Asie du Sud ; 2 milliards ; Asie du Sud-Est : 646 millions, soit près de 4 milliards de personnes sur 8. Un point de détail pour nos grands « théoriciens »...
[8] Il est toujours fascinant de voir de prétendus adversaires des politiques identitaires reprendre à leur compte les catégories raciales qu’ils affirment mépriser…
[9] https://www.causeur.fr/immigration-islam-burkini-mondialisation-140011.
[10] Cité par Patrick Weil (1999)
[11] https://www.youtube.com/watch?v=ZJgnNxWB4hw
[12] Je mets des guillemets car le fait d’être décrété « musulman » à la naissance, par ses parents ou sa communauté, n’empêche nullement les individus concernés de faire un autre choix à l’âge adulte… s’ils le souhaitent
[14] Trois de ses livres ont été traduits en français : L’étrange suicide de l’Europe : Immigration, identité, Islam (2018) ; La grande déraison : Race, genre, identité (2020) ; et Abattre l’Occident : Comment l’antiracisme est devenu une arme de destruction massive (2022) – ces titres se passent d’explications.
[17] https://www.mediapart.fr/journal/france/080313/immigration-sahelienne-lenquete-et-la-controverse.
[18] Ce même traumatisme (assumé publiquement ou pas) affecte d’autres intellectuels (juifs ou pas) qui attaquent régulièrement l’islam et les immigrés dits « musulmans » en Europe. Durant les premières années de leur existence, ils ont tous vécu dans des pays qui ont connu la domination coloniale française ou britannique : Gabriel Martinez Gros et Jacques Tarnero à Oran ; Georges Bensoussan à Rabat ; Shmuel Trigano à Blida ; Bernard Lugan à Meknès ; André Bercoff à Beyrouth ; Jean Messiha et Bat Yeor au Caire, etc. Si certains ont commencé leur itinéraire politique à gauche et d’autres à droite, ils se retrouvent aujourd’hui tous dans le même camp idéologique, celui de la guerre des civilisations et de la paranoïa antimusulmane.
[19] Sur laquelle il est intervenu quatre fois en un an, https://www.youtube.com/@MosaiqueTube/featured.
[20] https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/brochpulsiondempire27.pdf.
[21] https://legrandcontinent.eu/fr/2019/02/06/nous-avons-rencontre-marcel-gauchet/
[23] Le Figaro, 12 janvier 2022.
[25] http://parolesdactu.canalblog.com/archives/2022/09/11/39611540.html
[28] https://ripostelaique.com/author/malika-sorel. Dix articles de Malika Sorel ont été publiés sur ce site xénophobe sans compter deux interviews.
[29] http://www.malikasorel.fr/archive/2011/06/01/bfm-et-lci.html
[33] https://newcriterion.com/article/uses-abuses-of-military-history/
[34] https://www.youtube.com/watch?v=H7t5kPr-VVE
[35] https://www.nationalreview.com/2013/07/facing-facts-about-race-victor-davis-hanson/
[36] Pour un rappel, pas toujours dépassionné mais intéressant, des principes de la neutralité scientifique et un exposé de la différence entre militantisme et recherche, on lira l’ouvrage dirigé par Jean Szalamowicz et Pierre-André Taguieff, Les humanités attaquées. Discours militants et sciences de la culture (PUF, 2024), livre auquel ont participé une pléiade d’universitaires réactionnaires, insoupçonnables du moindre « gauchisme ». Les écrits de Victor Davis Hanson pourraient parfaitement illustrer l’attitude que ces spécialistes dénoncent chez des auteurs accusés d’être proches de la « gauche radicale ». Mais je doute qu’ils se chargent de cette tâche pour analyser les travaux d’intellectuels d’extrême droite comme Victor Davis Hanson !
[37] https://laviedesidees.fr/Esclavage-et-constitution
[38] L’esclavage est reconnu dans la Constitution américaine, puisqu’elle mentionne la traite atlantique, les poursuites contre les esclaves fugitifs, et le fait que chaque esclave compte comme les trois cinquièmes d’une personne. Néanmoins, avancent certains historiens, les auteurs de la Constitution refusèrent d’écrire noir sur blanc qu’il était légal de posséder un être humain, qu’un homme ou une femme pouvait donc être considéré légalement comme une marchandise, comme le souhaitaient les propriétaires d’esclaves et leurs représentants. Le texte de la Constitution qualifia hypocritement les esclaves de « personnes tenues au service ou au travail », catégorie très large qui incluait aussi les apprentis et les « serviteurs sous contrat », automatiquement libres à la fin de leur servitude « volontaire ». Le débat persiste aujourd’hui entre les historiens les plus modérés qui affirment que la Constitution fut un vecteur d’émancipation (le résultat d’un compromis entre esclavagistes et anti-esclavagistes) dans la mesure où elle laissa la possibilité aux États de supprimer l’esclavage, et les plus radicaux qui pensent qu’elle fut un fondement de l’esclavage, une tache indélébile. Comme le déclara James Baldwin, « Je suis terrifié par l’apathie morale […] qui règne dans ce pays. Ces gens se sont bercés d’illusions pendant si longtemps qu’ils ne me considèrent pas comme un être humain. Je me fonde sur leur comportement, pas sur leurs déclarations. Et cela signifie qu’ils sont devenus, en eux-mêmes, des monstres moraux. » Et il en tira la conclusion générale suivante, toujours actuelle : « Toutes les nations occidentales ont été prises dans un mensonge, le mensonge de leur prétendu humanisme : cela signifie que leur histoire n’a pas de justification morale et que l’Occident n’a pas d’autorité morale. »
[39] Contraction entre Mexico et California, en anglais.
[41] Citations extraites d’une interview (https://www.hoover.org/research/victor-davis-hanson-diagnoses-dying-citizen-1) et d’un article de Davis Hanson (https://www.hoover.org/research/diversity-illegal-immigration).
[43] Radical en anglais est un terme très ambigu car il peut se traduire aussi par « révolutionnaire » ou « gauchiste », https://www.youtube.com/watch?v=VAjTCLHSOmg et Davis Hanson considère Kamala Harris comme « une radicale, une socialiste » (interview du 7/11/2024, note 5).
[44] Cela me rappelle une petite anecdote. En 2002, un sexagénaire « ultragauche » aujourd’hui décédé, auteur de textes incendiaires contre le capitalisme, demande à me rencontrer pour discuter de la revue Ni patrie ni frontières (2002-2019). Tout se passe à peu près bien jusqu’au dessert où tout à coup notre marxiste pur et dur s’emporte contre les « gauchistes qui veulent régulariser tous les étrangers » (« Qu’est-ce qu’on fera quand on aura 50, voire 100 millions d’immigrés » ? » éructe-t-il d’une voix indignée) ; les « Beurs qui brûlent les voitures et agressent les prolétaires des banlieues » ; et contre « les Arabes qui sont encore plus racistes que les Français ». Et notre redoutable ennemi du « politiquement correct » de s’indigner que l’on critique Chevènement qui aurait « légalisé 80 % des immigrés clandestins » (!!!). Pour conclure par : « Et d’ailleurs pourquoi diable le racisme est-il si important pour toi ? »
[45] Ainsi, depuis le 7 octobre 2023, Douglas Murray s’est soudain transformé en une sorte d’« expert » géopolitique du conflit israélo-palestinien, allant jusqu’à interviewer Netanyahou. Il présente Israël comme le défenseur de la « civilisation occidentale » et du « libéralisme » face à l’alliance entre l’extrême gauche, la gauche et les islamistes qui voudraient instaurer le chaos – selon lui.
[46] Ce livre a eu, et continue d’avoir, en 2024, un impact international car il « a été largement défendu pendant des années par les suprémacistes blancs, y compris Jared Taylor d’American Renaissance. Steve Bannon, conseiller de Trump, a également fait l’éloge du roman à plusieurs reprises et Steve King, représentant républicain de l’Iowa, a recommandé le livre lors d’une récente interview [2017]. Dans une chronique de 2004 de la National Review sur les migrants africains en Europe, Buckley a loué Le camp des saints comme un “grand roman“ » (Nwanevu, 2017). Sur les personnages et publications mentionnés, cf. mon « Glossaire évolutif…. » https://npnf.eu/spip.php?article935.
[47] https://www.youtube.com/watch?v=3uEcuLuiE3U.
[48] https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/brochpulsiondempire27.pdf
[49] https://collectiflieuxcommuns.fr/?175-principes-du-verbalisme-radical. Ils feraient bien de relire ce texte !
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En Europe, on assiste depuis la disparition de l’URSS, et surtout depuis le début des années 2000, à deux phénomènes parallèles : la transition idéologique d’un certain nombre d’intellectuels ou de courants politiques de la gauche vers l’extrême droite ; et la montée dans les urnes, voire au pouvoir, de partis dits « nationaux-populistes ».
Ces transitions idéologiques délétères prennent pour cible les immigrés et les musulmans, au nom de la défense des intérêts des peuples, de la Nation, de l’Europe judéo-chrétienne, de l’Occident, des Lumières, de la liberté d’expression, des traditions et cultures régionales, voire même des droits de la femme et de l’athéisme.
Ce texte ne s’intéresse pas aux parcours classiques de renégats carriéristes, mais à des individus qui bâtissent des justifications idéologiques pour garder un pied dans la gauche ou l’extrême gauche, et un pied à l’extrême droite. Ces intellectuels qui veulent marier la critique sociale et la défense de la Nation ; la dénonciation de la prétendue « société de consommation » et des multinationales avec l’apologie de communautés ethniques fondées sur le sang et le sol.
« Rouges-bruns » ? « confusionnistes » ? « post-fascistes », nouveaux « völkisch », ou « fascistes » tout court ? Aucun de ces termes ne réussit à décrire, de façon adéquate, les composantes de ce marais idéologique, putride et de plus en plus étendu, d’autant plus qu’il prospère sur des questions non résolues depuis le XIXe siècle, et que les courants identitaires de gauche actuels (racialistes, décoloniaux, féministes, etc.) ne font qu’embrouiller encore davantage les problèmes puisque leurs idéologues reproduisent souvent des stratégies et des idées réactionnaires portées par les nationalismes du XIXe et du XXe siècles, ce qui facilite les convergences politiques volontaires, ou involontaires, qui se multiplient sous nos yeux.
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Articles parus et à paraître
Introduction
Nationaux-populistes et Identitaires fascisants : des programmes quasi identiques
L’antiracisme : un ennemi à abattre ?
Des Gaulois racistes ?
Rouges-bruns ? Fascistes ? Post-fascistes ?
Des partis de gauche de plus en plus favorables au « contrôle des flux migratoires »
https://npnf.eu/spip.php?article1193
Première partie
1. George Galloway : de l’anti-impérialisme réactionnaire au socialisme xénophobe
https://npnf.eu/spip.php?article1206
2.La gauche française contre l’immigration : de Jaurès à Roussel
https://npnf.eu/spip.php?article1201
3. Jacopo Custodi « La gauche et la nation »
Deuxième partie
1. Transitions italiennes
Costanzo Preve : de Marx à… Alain de Benoist
Diego Fusaro, le turbophilosophe xénophobe
2. Transitions britanniques
Franck Furedi : De Trotsky à… Viktor Orban
3. Transitions françaises
Lieux communs : de Castoriadis au collapso-trumpisme
https://npnf.eu/spip.php?article1199
Denis Collin : du trotskysme aux revues d’extrême droite
4. Transitions allemandes
– Introduction
– Quelques points de repère chronologiques sur le contexte politique et les positions de la nébuleuse antideutsch
– Des « antinationaux » aux « antideutsch » : une évolution politique complexe
– Transfuges, renégats ou convertis ?
– Etudes de cas : Frank Böckelmann (de Subversive Aktion à l’AfD ) ; Bernd Rabehl (du SDS au nationalisme-révolutionnaire) ; Jürgen Elsässer (du KB à l’AfD) ; Horst Mahler (de la Fraction Armée Rouge au NPD) ; Günther Maschke ; Reinhold Oberlercher ; Rolf Peter Sieferle (du SDS à la Nouvelle Droite)
– Annexe 1 : Le SPD, le KPD et la prétendue « question juive »
– Annexe 2 : L’Initiative du Forum socialiste, l’Institut de critique sociale et les éditions ça ira
– Annexe 3 – Le Querfront (Front transversal) : un projet présidentiel de droite ?
– GLOSSAIRE
5. Transitions espagnoles
Gustavo Bueno : de la Phalange à Vox en passant par Marx
Santiago Armasilla, le disciple de Bueno
Annexes
1. « L’extrême droite est morte et enterrée ». Vraiment , monsieur Marcel Gauchet ?
https://npnf.eu/spip.php?article1192
2. Qui est l’extrémiste ?
3. De curieux amis de Pierre-Joseph Proudhon
4. Qui pleure la disparition de Costanzo Preve ?
Glossaire