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Sur les sources de l’antisémitisme de gauche anticapitaliste et/ou anti-impérialiste (2014)
Article mis en ligne le 31 mai 2024

La première révision douloureuse qu’il faut opérer, si l’on veut vraiment sortir des ambiguïtés de l’antisionisme de gauche actuel, c’est qu’il existe une vieille tradition antisémite anticapitaliste et/ou anti-impérialiste particulièrement vivace à gauche et à l’extrême gauche, en Europe, mais aussi ailleurs. A ma connaissance, en Europe, seuls deux groupes, aux origines politiques très différentes, se sont démarqué publiquement des ambiguïtés des milieux « « gauchistes » » et altermondialistes à ce propos : l’AWL en Grande-Bretagne (un groupe trotskyste) et Doorbraak (ex-De Fabel van de illegaal) aux Pays-Bas, organisation « communiste libertaire ».
Je pourrais mentionner les Anti-Deutsch en Allemagne, qui viennent au départ du maoïsme et de l’autonomie, mais leurs positions actuelles ne peuvent être qualifiées d’extrême gauche, ni même de gauche, tant elles sont devenues synonymes de défense fanatique des politiques américaines et israéliennes... au nom d’une condamnation radicale du nationalisme allemand .

Aucun des groupes libertaires ou d’extrême gauche en France ne s’est posé la question de l’antisémitisme de gauche et n’a essayé de le combattre sérieusement dans ses propres rangs. A lui seul, le silence sur Dieudonné dans ces milieux depuis dix ans est éloquent (et ce ne sont pas les défenseurs « libertaires » de la « liberté d’expression » de Dieudonné face aux mesurettes répressives de Valls qui pourraient nous inciter à croire à une quelconque prise de conscience ou autocritique de leur lâcheté passée).

Mais on pourrait aussi citer les innombrables fois où des sites et des auteurs conspirationnistes et antisémites sont cités comme références par des militants « gauchistes » dans leurs échanges sur Internet, quand ils ne figurent pas comme liens réguliers de revues, d’organisations ou de sites alternatifs dits « radicaux ». Cette indifférence – voire cette attitude « carrément » je-m’en-foutiste – ne peut que les rendre particulièrement vulnérables et suspects face aux critiques de journalistes pressés, d’historiens peu scrupuleux mais aussi de personnes de bonne foi n’ayant pas des œillères « antisionistes » et donc qui ne sont pas obsédés par Israël et la Palestine du matin au soir.

Les groupes « gauchistes » ou libertaires, en France comme ailleurs, nient généralement ce phénomène ou bien le réduisent aux délires de quelques individus aigris et isolés, de quelques (ex) « ultragauches » décérébrés passés à l’extrême droite, ou surtout aux calomnies des « sionistes » pour faire taire toute critique contre Israël.

Entreprendre une telle réflexion sur l’antisémitisme de gauche actuel suppose déjà de bien connaître les mécanismes traditionnels de l’antijudaïsme chrétien et musulman et de l’antisémitisme racial, quelle a été leur évolution et quels sont leurs nouveaux déguisements et mutations. Si l’on pense que l’antisémitisme est un phénomène en voie de disparition, si on le réduit à l’antijudaïsme chrétien du Moyen Age ou aux théories raciales nazies, et si l’on croit que seul sévit aujourd’hui « l’islamophobie », nul besoin de s’y intéresser. Mieux (ou plutôt pire), toute personne qui soulève le sujet est forcément un flic, un sioniste, un néo-conservateur ou un paranoïaque anticonspirationniste...

Pour expliquer cet antisémitisme de gauche, à tonalité anti-impérialiste et/ou anticapitaliste, on peut distinguer plusieurs facteurs présentés ici de façon succincte, mais qu’il faudrait évidemment développer beaucoup plus longuement :