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Candide au Pays des mirages identitaires. A propos de "La Grande Confusion" de Philippe Corcuff
Article mis en ligne le 2 novembre 2021

AVERTISSEMENT PRELIMINAIRE : ce texte ne vise nullement à « flinguer » Philippe Corcuff au service de telle ou telle organisation, secte ou coterie concurrente. Il a simplement pour but de réaffirmer certaines positions matérialistes qui me semblent toujours utiles aujourd’hui ; à inciter les militants, s’ils le souhaitent, à réfléchir à la nocivité des discours identitaires postmodernes dominants à gauche et à l’extrême gauche et dans les milieux libertaires ou ceux qui se proclament « radicaux » aujourd’hui ; et à rappeler que les écrits d’un universitaire, fût-il partisan de causes qui sont aussi les nôtres (la défense des droits des sans-papiers , la lutte contre l’antisémitisme, le racisme antimusulmans et l’extrême droite, par exemple), doivent être soumis à la critique et confrontés à d’autres recherches, militantes ou pas, sans céder au copinage sans principes, ou à pire à l’omerta, si répandus dans les milieux dits « radicaux ».

SECONDE PRECISION : ayant publié un Inventaire de la confusion dans la revue Ni patrie ni frontières en 2011, il y a dix ans, je pense désormais que les termes de « confusionnisme » et de « confusionnistes », utilisés pour saisir des réalités mouvantes [A1] sont très insuffisants. En effet, si l’on en prend en compte l’histoire longue du mouvement ouvrier et de ses courants intellectuels, ou des courants qui l’ont influencé, on ne peut se contenter de s’exclamer « Ah mais, c’est du confusionnisme ! », lorsque des militants ou des intellectuels de gauche, d’extrême gauche ou anarchistes, aujourd’hui, tiennent des discours nationalistes, populistes, complotistes et/ou antisémites.

Au sein même des écrits de la gauche (au sens large) depuis les origines du mouvement ouvrier (chez Marx, Proudhon, Bakounine, et leurs disciples, et chez les syndicalistes révolutionnaires) sont présents de grosses scories, voire des éléments de virus mortels, nationalistes, conspirationnistes, antisémites, populistes, etc. Rien ne sert de se scandaliser parce que ces éléments réapparaissent aujourd’hui, sous de nouvelles formes.

Comme je l’écrivais en 2011, « Il ne s’agit pas ici de reprendre la thèse banale de “la convergence des extrêmes”, mais plutôt de souligner que, notamment depuis la disparition du camp des Etats staliniens, depuis la fin de la guerre froide, et grâce à l’usage intensif d’Internet par les militants et sympathisants d’extrême gauche s’est développée une sous-“culture” anticapitaliste, antisioniste et anti-impérialiste réactionnaire, ou anti-impérialiste à sens unique car dirigée contre un seul “impérialisme” ou une seule puissance (les Etats-Unis), et (presque) jamais contre sa propre bourgeoisie. »

Et je poursuivais : « On observe une porosité, voire une interchangeabilité, croissante des concepts utilisés par l’extrême droite et l’extrême gauche. Cela est dû en partie : à l’abandon, par l’extrême gauche, de la référence au rôle central du prolétariat dans les mouvements sociaux (et donc dans la future révolution sociale) ; à l’abandon de la référence au communisme (société sans classes, sans salaires, sans propriété privée et sans Etat) ; et à la disparition de toute référence à la nécessité d’un affrontement violent avec l’Etat bourgeois . La disparition de ces trois points programmatiques (centralité du prolétariat mondial, usage stratégique de la violence contre l’Etat et projet communiste) ne s’est pas traduite par un approfondissement de la réflexion des “révolutionnaires”, mais par un formidable retour en arrière, facilité par l’absence de connaissance de l’histoire du mouvement ouvrier chez les jeunes générations militantes. »

Et les camarades de Mouvement communiste ajoutaient, pour leur part : « L’abandon de ces trois points programmatiques ne peut tout expliquer ; en effet, des camarades ayant abandonné ces points programmatiques ne sont pas forcément tombés dans la connivence confuse avec les idées d’extrême droite. Il faut donc identifier au moins une deuxième cause : les positions déjà erronées défendues par les groupes et courants d’extrême gauche après 1968 (mais dont certaines viennent d’encore plus loin) et qui ont pu s’épanouir après l’abandon de ces points programmatiques. Ces positions plus simplistes étaient d’ailleurs partagées, en partie ou en totalité, par des courants plus proches de l’extrême droite. Il s’agit de : la caractérisation des pays capitalistes comme impérialistes, suivant l’analyse de Lénine ; l’opposition erronée entre un capitalisme financier “prédateur” et un capitalisme industriel “sain”, opposition implicite chez Lénine, comme chez Hilferding, théoricien de la Deuxième Internationale ; l’incompréhension de ce que furent le fascisme et le nazisme. »

Le chantier est donc vaste et nous ne pourrons compter sur notre Candide pour nous aider à y voir plus clair, bien au contraire....

Y.C., Ni patrie ni frontières, 1er novembre 2021