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Pays-Bas : Comment rompre la léthargie créée par le Coronavirus
Article mis en ligne le 5 avril 2020

Publié le 3 avril 2020

Ces derniers jours, deux actions ont été organisées par le groupe #Leidenvoor14, qui lutte pour un salaire minimum horaire de 14 euros (1), et elles ont été très bien accueillies. Au début, elles ont eu un retentissement surtout local, limité à Leyde et sa région, mais grâce à une stupide campagne sur Facebook menée par un manager de la chaîne de supermarchés Albert Heijn, les médias nationaux s’en sont également fait l’écho.

En raison de la crise du Coronavirus, la campagne nationale visant à porter le salaire minimum à 14 euros semble s’être pratiquement arrêtée ces dernières semaines, tout comme de nombreuses activités politiques. Néanmoins, de petites actions de rue sont tout à fait possibles, en combinaison avec les réseaux sociaux, à condition de maintenir une distance de sécurité entre les participants. L’atmosphère positive qui entoure les professions dont l’activité est vitale pour la société constitue un excellent point de départ pour avancer et soutenir de façon pérenne la revendication d’une augmentation substantielle du salaire minimum.

« Forgeons le fer tant qu’il est chaud, ont pensé les membres de #Leidenvoor14, et rendons visible cette sympathie généralisée pour les travailleurs sous-payés des secteurs vitaux de l’économie. Après tout, ce sont eux qui font vivre la société, et pas seulement pendant la crise du Coronavirus. C’est un scandale que leurs salaires soient si bas. »

Mercredi matin, trois membres du groupe #Leidenvoor14 (auquel Doorbraak participe également), ont donc exprimé, grâce à des dessins à la craie sur les trottoirs, leur soutien aux salariés du magasin Albert Heijn XL sur la place la Libération de Leyde. « On ne peut pas se passer de vous – un salaire minimum à 14 euros », ont-ils écrit en grosses lettres devant l’entrée du magasin, complétées par les inscriptions #voor14 et #pepchalk.

Pendant que nous dessinions à la craie, plusieurs salariés sont venus jeter un coup d’œil, discuter brièvement avec nous et prendre une photo. Plus tard, dix autres employés sont sortis, à la demande d’un directeur. Bien sûr, ils ont été applaudis. Le manager a alors remis son téléphone à l’un des militants en lui demandant s’il voulait prendre une photo de lui et de ses employés avec notre dessin à la craie. Entre-temps, de nombreux clients de passage ont exprimé leur accord avec notre message.

L’action a également été accueillie positivement par les médias locaux. Unity l’a mentionné dans son blog live sur le Coronavirus et Keystad (2) a fait une interview à la radio. Le message sur la page Facebook « Leyde pour 14 euros » a reçu une attention relativement positive.

Le directeur du magasin Albert Heijn a annoncé avec enthousiasme qu’il publierait la photo sur Facebook, et lorsqu’elle y est effectivement apparue le mercredi soir, le message concernant le salaire minimum avait disparu. Via les médias sociaux, le directeur du supermarché pensait pouvoir transformer notre action en faveur d’une augmentation du salaire minimum en une offensive de charme pour ses patrons. Du genre : « Regardez comme nous nous amusons avec notre personnel. »

Sous le post du directeur du supermarché, le groupe #Leidenvoor14 a immédiatement placé un commentaire qui se terminait ainsi : « Apparemment vous aimez adresser des compliments à votre personnel, mais ne souhaitez pas leur accorder un salaire minimum décent pour vivre. Pourquoi cachez-vous à vos clients, sur Facebook, la revendication d’un salaire minimum plus élevé ? De quoi avez-vous peur ? »

Via Facebook, le groupe #Leidenvoor14 a appelé d’autres personnes à réagir également, et le lendemain matin, le message avait déjà été supprimé.
Bien entendu, des captures d’écran ont été immédiatement publiées sur le site Reddit et d’autres médias sociaux et les médias locaux ont été informés. Et après que le site Unity eut écrit un article à ce sujet jeudi matin, les sites Joop et Vice l’ont repris, puis nous avons vu les nouvelles se répandre sur les sites de RTL et Nu. Même la radio-télévision néerlandaise (NOS) l’a évoqué dans son blog live sur le Coronavirus. Aujourd’hui, deux autres journaux, Leidsch Dagblad (un quotidien régional basé à Leyde) et Hart van Nederland (un programme régional de la chaîne de télévision publique nationale SBS6), en ont également fait état.

Soudain, il s’agissait d’autre chose que du Coronavirus. Soudain, le sujet de discussion était de savoir si nous devions transformer les applaudissements en encore plus d’applaudissements. Dans d’innombrables endroits sur les médias sociaux (par exemple RTL sur Facebook), une discussion a soudainement éclaté sur le salaire minimum.

La campagne « Pour les 14 euros » peut en tirer une leçon. Dans la rue, les passants ont exprimé leur soutien aux salariés des secteurs vitaux de l’économie et la campagne a suscité beaucoup d’intérêt, mais la direction du magasin a tenté d’en détourner le sens et de la dépolitiser la campagne. Tout comme, après la crise du Coronavirus, le monde des affaires mettra tout en œuvre pour empêcher le mouvement ouvrier de transformer l’énorme sympathie pour les travailleurs touchant des bas salaires en une pression pour une augmentation importante du salaire minimum.

Alors que le mercredi soir, au magasin Albert Heijn XL, la direction était encore occupée à tripatouiller les photos prises ce matin-là, trois autres militants de #Leidenvoor14 discutaient déjà devant un deuxième supermarché de Leyde : le Plus qui se trouve en face de la gare de Lammenschans. C’était une soirée tranquille, mais l’action a quand même attiré beaucoup d’attention. Les clients et les passants se sont arrêtés pour lire les slogans. De nombreuses et brèves conversations ont eu lieu, au cours desquelles les militants ont pu expliquer leurs slogans. Naturellement, ils ont fait très attention à garder une certaine distance avec les passants. Au bout d’une heure, ils ont quitté le trottoir devant le supermarché avec les slogans : « On ne peut pas se passer des remplisseurs de rayons », « Pour un salaire minimum horaire de 14 euros », et « Gratitude et respect pour tout le personnel du supermarché ».

Le lendemain, tous les messages ont été effacés des trottoirs devant le supermarché Plus, à l’exception de « On ne peut pas se passer des remplisseurs de rayons ». Le magasin Plus a voulu que toutes les traces de notre protestation disparaissent. Quant à la direction d’Albert Heijn, elle n’a rien effacé sur les trottoirs et s’est limité à la manipulation numérique.
N’oubliez pas de signer la pétition pour un salaire minimum de 14 euros !

Eric Krebbers

***

ANNEXE : Questions-réponses sur la campagne « Pour un salaire minimum plus élevé à 14 euros de l’heure » (extraits)

(Publié le 15 janvier 2020 sur le site doorbraak.eu)

Les organisateurs et les militants qui mènent la campagne pour un salaire minimum plus élevé ont d’innombrables discussions dans la rue, lors de réunions et sur les médias sociaux. La plupart des gens expriment beaucoup de sympathie pour la lutte pour une répartition plus équitable des richesses. Mais ils posent aussi régulièrement des questions sur la faisabilité, sur la manière dont nous voulons le financer, sur ce qui se passera avec les prestations sociales, par exemple, mais aussi sur le rôle de la centrale syndicale FNV (3) et la façon dont les mouvements de gauche existants peuvent jouer un rôle dans cette campagne. (...)

Il n’y a certainement pas de véritable pauvreté aux Pays-Bas. Alors pourquoi faut-il augmenter le salaire minimum ? Et de toute façon n’augmente-t-il pas un peu chaque année ?
Le salaire minimum augmente en effet un peu chaque année, à cause de l’inflation. Mais au moins deux millions de personnes vivent actuellement en marge de la société aux Pays-Bas. Un enfant sur neuf grandit dans la pauvreté, parce que ses parents sont sous-payés. Dans ce pays riche, de plus en plus de jeunes ne peuvent vivre de façon indépendante, car ils ne réussissent pas à payer un loyer avec leur salaire. Certaines personnes ne sont pas sorties depuis des années de la ville où elles résident, parce qu’elles n’ont pas les moyens d’acheter un billet de train. Sans parler des vacances. Ce n’est pas normal. Nous allons changer cela en augmentant le salaire minimum de 9 à 14 euros nets. (...)

Pourquoi une augmentation à 14 euros ?
Un salaire minimum sur la base horaire de 14 euros est le point de départ. Avec 14 euros de l’heure, le salaire minimum est conforme aux directives européennes. Ce que les gens peuvent payer avec leur salaire minimum a diminué de vingt pour cent depuis la fin des années soixante-dix ! Il est temps de rattraper le retard.

Qui bénéficiera de cette augmentation ?
Environ 2,1 millions de personnes ayant un emploi en bénéficieront immédiatement. Il ne s’agit pas seulement des personnes qui gagnent le salaire minimum, mais de tous ceux qui gagnent moins de 14 euros de l’heure. Environ 4,5 millions de personnes touchant des prestations en bénéficieront car les prestations sociales sont liées au salaire minimum. Si le salaire minimum augmente, les prestations augmentent aussi. Cela inclut les 3,4 millions de personnes âgées qui reçoivent la retraite de base du régime général. Une augmentation du salaire minimum poussera sans doute vers le haut les salaires des personnes qui gagnent juste au-dessus de ce niveau. Elle aura des conséquences positives pour les salaires dans de nombreuses entreprises et conventions collectives. (...)

Si nos revenus augmentent, nous recevrons également moins d’allocations, donc notre situation ne s’améliorera pas.
Non, les allocations sont liées au salaire minimum. Si ce salaire minimum augmente, la limite supérieure en dessous de laquelle vous recevez encore des allocations augmente en même temps.

8. Mais que se passera-t-il si le gouvernement veut abolir ce lien entre prestations sociales et salaire minimum ?
Alors nous nous battrons aussi contre cela. Si nous avons réussi à faire appliquer 14 euros, nous aurons acquis du pouvoir et nous serons plus forts lorsque de tels plans seront mis sur la table. D’ailleurs, même sans augmentation du salaire minimum, le gouvernement pourrait avoir l’idée d’abolir ce lien. Raison de plus pour se révolter ensemble et se battre pour nos droits et nos revenus. (...)

11. Le gouvernement devra mettre de l’argent de côté pour des prestations plus élevées. D’où cet argent viendra-t-il ? Nos impôts ne vont-ils pas augmenter ?
L’augmentation des prestations coûtera à l’État un total de 5,7 milliards d’euros. Ce sera facile, car l’année dernière, il restait 11 milliards au gouvernement. Sans parler de la possibilité d’imposer des taxes plus élevées aux entreprises et aux riches en général. Au cours des dernières décennies, les capitalistes ont payé de moins en moins d’impôts. (...)

12. Le salaire minimum n’est que temporaire dans la vie ; les gens arrivent à gagner davantage en se débrouillant par eux-mêmes.
On nous dit que tout le monde a des chances égales et que, après un certain temps, chacun peut évoluer vers un emploi mieux rémunéré. Mais l’égalité des chances n’existe pas. Dans la pratique, de plus en plus de personnes se retrouvent bloquées dans des emplois pourris. Les entreprises réussissent à payer de plus en plus de personnes au salaire minimum. En 2009, 17,5 % des personnes travaillaient à moins de 130 % du salaire minimum. En 2017, ce pourcentage était déjà de 20,3 %. (...)

13. Qu’en est-il du salaire minimum pour les jeunes de moins de 23 ans ?
Il est lié au salaire minimum général. Donc, cela augmente aussi. Nous pensons que le salaire minimum des jeunes devrait être aboli et que toute personne qui travaille désormais doit avoir droit au même salaire minimum. Il est absurde que vous soyez moins bien payé pour le même travail, simplement parce que vous êtes plus jeune. (...)

Eric Krebbers

NOTES du traducteur

1. Selon le site workwide.fr « Le salaire minimum brut aux Pays-Bas est de 1635,60 € par mois pour toute personne âgée de plus de 23 ans. Le salaire minimum est comparable pour des postes à temps plein de 36, 38 ou 40 heures par semaine. Il n’y a pas de salaire minimum par heure. Une personne qui travaille 40 heures par semaine reçoit donc le même salaire minimum qu’un ouvrier qui en travaille 36. (...) Les retenues d’impôt sur le salaire dépendent de l’échelle salariale. Un montant supplémentaire sera également déduit pour la Sécurité sociale. Un pourcentage total de 37 % à 52 % du salaire net sera donc déduit. ». La notion de « salaire net » a donc une autre signification qu’en France bien que désormais avec le prélèvement à la source, les deux systèmes se sont rapprochés. Pour les petits revenus (moins de 20 000 euros par an) le taux d’imposition est de 36,55 %. Selon le site Trading Economics, le taux de chômage est de 3%, et il y a 4,2 millions de salariés à temps partiel sur 9 millions de salariés. (NdT).

2. Unity et Keystad sont à la des sites web et des radios (NdT).

3. La Federatie Nederlandse Vakbeweging (FNV, Confédération syndicale des Pays-Bas) a été fondée en 1982, suite à la fusion entre un syndicat catholique et un syndicat social-démocrate. Elle compte 1,4 million d’adhérents soit 60 % des travailleurs syndiqués des Pays-Bas (NdT).