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Brésil : les salariés des centres d’appel exigent la quarantaine face au COVID19
Article mis en ligne le 24 mars 2020

https://passapalavra.info/2020/03/130296/

Passa Palavra, 19 mars

Malgré tous les conseils médicaux et sanitaires pour éviter les foules et les décrets du gouvernement pour fermer les services non essentiels pendant la pandémie, les entreprises de télémarketing continuent à fonctionner normalement dans tout le Brésil. Almaviva, Atento, Teleperformance et d’autres grands centres d’appels externalisés se croient sur une autre planète : ils essaient de maintenir le fonctionnement de leurs sociétés, tout en ignorant ou en minimisant les rapports des opérateurs sur les collègues malades ou les contacts avec les personnes infectées.

Après une semaine d’incertitude et de désespoir, les opérateurs des centres d’appel commencent à agir de leur propre chef. Partout au Brésil, éclatent des grèves sauvages, au cours desquelles les salariés décident ensemble d’arrêter de bosser. Les sociétés de centres d’appel constituent un environnement idéal pour la contamination par le virus, car elles entassent des centaines de personnes dans des salles mal ventilées et partagent des équipements – sans parler de l’absence de moyens de prévention de base, comme le gel hydro-alcoolique et le nettoyage des espaces de travail.

Jeudi 19 mars, les opérateurs de Fidelity de Lauro de Freitas, à Bahia, ont abandonné leurs postes et manifesté devant l’entreprise. Toujours à Bahia, une manifestation a été organisée à Feira de Santana (première ville de l’État où un cas de coronavirus a été confirmé) et à Salvador de Bahia. Retour ligne automatique
Toujours dans le Nord-Est, des travailleurs ont paralysé Almaviva de Teresina, dans le Piauí – la plus grande entreprise de la ville, qui concentre des milliers de personnes dans le même bâtiment – en appelant leurs collègues à quitter leurs postes de travail. Almaviva a également été le théâtre de mobilisations à Juiz de Fora, dans le Minas Gerais, où des opérateurs sont descendus dans les rues en chantant « Ah, qu’est-ce que c’est que ça ? Quelqu’un ici va contracter le coronavirus ! »

A Goiânia, capitale de l’Etat Goiás, la journée n’a pas été moins mouvementée. Les travailleurs de la BTCC-Oi ont fermé l’autoroute BR-153 en chantant « La quarantaine est la solution ! Santé et protection ». La direction a accepté de recevoir une commission de négociation et a proposé de licencier ceux qui font partie du groupe à risque et d’avancer les vacances de ceux qui le demandaient – cependant, la revendication des travailleurs, pour contenir la pandémie, était de fermer la boîte. Toujours à Goiânia, la société Atento a été paralysée par ses employés, qui dénoncent la répression contre ceux qui évoquent les questions sanitaires au sein de l’entreprise : les chefs bloquent et excluent les opérateurs des messageries internes et éteignent les téléviseurs pendant les informations sur Covid-19. En réponse à cette agitation, les chefs d’Atento ont demandé à la police de réprimer la grève. Sur les réseaux sociaux, circule un appel à une grève générale des centres d’appel dans tout le Brésil le vendredi 20 mars. À São Paulo, l’appel a déjà été rejoint par des employés des unités des sociétés Almaviva, Atento, Teleperformance, LiQ et Contact Center. Ils revendiquent la suspension immédiate des activités de leurs entreprises en raison de la pandémie de Covid-19, avec maintien intégral des salaires.

En refusant de fermer, les entreprises mettent en danger non seulement la vie de leurs travailleurs, mais aussi celle de toutes les personnes qui les entourent et, en fin de compte, de toute la population. Après tout, le virus prolifère de manière exponentielle. Il suffit de regarder ce qui s’est passé en Corée du Sud. Selon un reportage de la chaîne Globo, le pays avait réussi à stabiliser l’épidémie de Covid-19 et le nombre de cas infectés avait commencé à diminuer. Cependant, la présence d’une seule personne infectée dans une seule salle du centre d’appel a eu un effet désastreux. Rien que dans cette entreprise, 90 nouveaux cas et 200 autres suspects ont été confirmés. Dans les jours qui ont suivi, le nombre officiel de décès est passé de 3 à 63. Toujours sur la scène internationale, au Portugal, le syndicat des travailleurs des centres d’appel demande la fermeture des centres d’appel de plus de 200 travailleurs, en avertissant qu’il existe des endroits où les employés partagent le même matériel (écouteurs et microphones). En réponse à cette position, les travailleurs réclament, outre la fermeture des centres d’opérations, la mise en place du travail à distance et ont prévu une grève pour le 24 mars.

Au Brésil, l’attitude des patrons, qui insistent sur le maintien d’un service non essentiel, comme le télémarketing destiné à la vente ou à la fidélisation des clients, est soutenue par les syndicats des employés du secteur. Dans la plupart des États, la position officielle des syndicats des télécommunications est de demander aux entreprises de veiller à l’hygiène de l’environnement, sans toutefois exiger de quarantaine. C’est pourquoi, en règle générale, ces arrêts de travail sont le résultat de l’initiative autonome des travailleurs, qui n’attendent pas d’autorisation pour sauver des vies.

Passa Palavra

Post-scriptum : le 22 mars le gouvernement brésilien a déclaré que les centres d’appel étaient une "activité essentielle"...