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Ni patrie ni frontières !
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Nous voulons une nouvelle société – et nous en avons sacrément besoin !
Article mis en ligne le 8 janvier 2020

Le système capitaliste actuel est en crise – tout le monde peut le constater. Ce que nous ne distinguons pas, ce sont des solutions alternatives. Nous avons écrit ce texte pour engager une discussion à ce sujet. Commençons par comprendre d’où nous venons, comment le système capitaliste actuel a émergé. Ensuite, nous nous attaquerons à la façon dont ce système fonctionne, ou plutôt, comment il nous fait fonctionner. Il n’y aurait pas de solutions alternatives à ce système capitaliste s’il ne montrait pas de signes clairs qu’il est en crise – nous devons donc savoir ce qui cause réellement cette crise. Il n’y aurait pas de solutions alternatives si celles et ceux qui sont exploités et opprimés n’avaient pas essayé de se battre pour une société meilleure. Nous devons apprendre de ceux qui nous ont précédés.
Nous ne sommes pas des experts mais des travailleurs, qui ne veulent pas observer les événements mondiaux comme des victimes. Si nous ne remettons pas en question le système capitaliste tel qu’il est, nous nous battrons pour les miettes que ses maîtres nous jettent. Ce sera la guerre de tous contre tous. Nous écrivons ce texte pour en discuter avec nos voisins et nos collègues de travail. Nous nous trompons peut-être, et ça ne nous dérange pas de repenser ce que nous avons écrit. Envoyez-nous vos critiques et vos propositions.

(Traduction d’un texte d’Angry Workers of the World paru en novembre 2019 : https://angryworkersworld.wordpress.com/2019/11/11/pamphlet-we-want-a-new-society-and-dont-we-need-it/ )

Dans la société capitaliste actuelle, nous en sommes réduits à accepter n’importe quel emploi, sans avoir notre mot à dire sur la façon dont les choses sont gérées. Bien que nous dépendions du travail de beaucoup d’autres personnes, nous n’entretenons aucune relation avec elles. Un petit groupe d’individus au sommet prend les décisions, mais comme nous l’avons déjà vu, ils ne sont pas capables de contrôler leur système !

Nous pouvons facilement imaginer une société différente. Une société où nous ne travaillerons pas pour le profit de quelqu’un d’autre, mais pour que nous ayons tous une bonne vie. La plupart des emplois dans la société actuelle n’existent que parce qu’il faut augmenter et défendre les profits : par la publicité, les assurances, les marchés boursiers, la production de biens inutiles, les interventions militaires. Si nous supprimons ces emplois et que nous nous concentrons sur ce dont nous avons besoin pour jouir d’une bonne vie, nous devrons travailler beaucoup moins. Travailler moins signifie que nous aurons plus de temps non seulement pour être heureux, nous amuser, créer, et inventer, mais aussi pour prendre des décisions concernant la vie en commun. Nous ne laisserons plus les politiciens et les gratte-papiers décider de notre sort, nous envoyer à la guerre ou annoncer une nouvelle série de coupes dans les dépenses publiques.

« Tu rêves, mon pote. Tu ferais mieux de changer de vie ! »

Tu as raison, tout cela semble plutôt déjanté. Commençons plutôt par regarder ce qui se passe sous nos yeux. Ce qui se passe ici et maintenant nous donne trois bonnes raisons de penser qu’une société différente est non seulement possible, mais nécessaire :

1) La société capitaliste actuelle est en très mauvais état !
Malgré l’automatisation, nous travaillons davantage et nous sommes plus pauvres. Une grande partie de notre dur labeur sert soit à remplir les poches de quelqu’un d’autre, soit à préparer des guerres dont nous serons les premières victimes. Les dirigeants politiques s’accrochent au pouvoir en nous dressant les uns contre les autres. Des milliards d’entre nous sont piégés dans des emplois qui n’ont guère de sens, gaspillent notre potentiel et nous dépriment. Les gens sont plus solitaires que jamais. Et n’oublions pas le changement climatique, pensons à l’avenir de nos enfants.

2) Nous avons les moyens de créer quelque chose de mille fois mieux !
Les moyens abondent sur cette planète. Nous disposons des technologies nécessaires pour faciliter le travail. La plupart des connaissances sur la façon de produire et de travailler seraient disponibles gratuitement – si elles n’étaient pas verrouillées par des brevets et des droits d’auteur, ou bien gardées secrètes derrière les murs des grandes entreprises et des universités. Nous avons les moyens modernes de communiquer au-delà des frontières, entre des milliers et des millions de personnes.

3) Des gens se battent déjà et risquent leur vie.
Pendant que vous lisez ce texte, des milliers de personnes descendent dans la rue et s’opposent à leur gouvernement, à la police, à l’armée. Des centaines de personnes se font tirer dessus lors de manifestations contre la corruption en Irak, de même qu’au Soudan. Au Chili, les étudiants et les travailleurs luttent ensemble, à Hong Kong aussi. En France, le spectre des gilets jaunes hante toujours les rues. Les gens se battent et prennent des risques, mais pour l’instant ils ne se battent que contre l’Etat et ses plans pour nous presser davantage le citron. Nous n’avons pas encore la moindre idée de ce pour quoi nous nous battons.
Alors, après avoir rappelé les dures réalités de notre vie, recommençons donc à rêver.

* Une organisation différente de la société
Si vous envisagez d’organiser quelque chose avec d’autres personnes, vous utiliserez des moyens assez simples, mais logiques, pour le réaliser. Vous vous poserez des questions du genre : quelle est la façon la plus efficace ? Et en même temps comment éprouver le plus de plaisir dans cette tâche ? Comment faire en sorte que toutes les personnes impliquées puissent avoir leur mot à dire ? Comment le travail ou la tâche que nous effectuons nous affecteront-t-ils, nous, nos enfants, l’avenir et la planète ?

« Oui, c’est vrai, vous pouvez organiser une grande fête d’anniversaire comme cela, mais une société de six milliards d’habitants ? Soyez réalistes ! »
Tu as raison. Faire travailler ensemble six milliards de personnes n’est pas une chose facile. Mais réfléchis : en ce moment nos vies dépendent du travail de six milliards de personnes d’une manière ou d’une autre. Comment obtiens-tu ta paire de Nike Vapormax ? Où va la page web que tu as conçue ? Toutes ces connexions globales sont aléatoires, inconscientes, non planifiées, désordonnées, gaspilleuses, dommageables pour l’environnement.
Nous pouvons faire beaucoup mieux que ça !
Commençons par retirer de l’équation tous les travaux inutiles. Si nous avions tous notre mot à dire, passerions-nous des millions d’heures de notre temps à vendre des assurances ou à créer des publicités pour des centaines de types de lingettes ? Arrêtons tous ces trucs inutiles ! Si tout le monde travaille pour uniquement produire les biens, les soins et les connaissances dont nous avons tous besoin, nous ne travaillerons pas plus de trois heures par jour.
Ce serait déjà un premier résultat. Nous pourrions enfin respirer, nous asseoir pour discuter ensemble, nous occuper de notre santé, soigner les autres et réfléchir davantage.
Et maintenant que nous travaillons moins, comment pouvons-nous organiser le travail de manière à le rendre plus agréable et à donner à chacun plus de voix au chapitre ?
Commençons par un groupe de 200 personnes, c’est une bonne taille pour diverses raisons. Si vous travaillez et vivez avec seulement trois personnes, à la longue, les rapports entre vous risquent de devenir pénibles – et vous ne pourrez accomplir beaucoup de tâches. Dans un groupe de 200 personnes, vous apprendrez à vous connaître mutuellement, vous ne vous sentirez pas ni seul ou seule, ni étouffés par le nombre. Un groupe de 200 personnes est suffisant pour imaginer qu’il soit possible de prendre des décisions ensemble et d’organiser certains travaux.
Vous organiserez le travail de manière efficace, par exemple si un groupe de dix personnes fait la cuisine pour les autres, c’est plus productif que si chacun cuisine dans son coin. Vous organiserez une rotation des emplois, vous n’aurez donc pas besoin d’être cuisinier toute votre vie. Il en va de même pour la garde d’enfants, les soins aux malades, le jardinage, la construction d’une éolienne. Pour beaucoup de choses, il est plus logique de les partager que de les utiliser toutes individuellement. Vous aurez une seule laverie, au lieu de 200 machines à laver individuelles. Vous mettrez en place un petit cinéma, un joli café, un groupe de musique sympa, etc.
En même temps, nous ne vivons plus au Moyen Age. Beaucoup de choses ne seront pas efficaces si elles sont faites dans des millions de petits villages de 200 personnes. Certaines décisions touchent des millions d’individus en même temps. Et vous ne voudrez peut-être pas rester avec les mêmes 200 personnes pour le restant de votre vie ! Le monde devient un peu plus complexe sur cette terre, mais nous ne sommes pas en train de discuter d’une question scientifique ardue – ou peut-être que si. Nous pouvons envisager d’agir tous selon certaines grandes lignes directrices communes : efficacité, plaisir, prise de décision commune et impact futur. Nous pouvons réfléchir ensemble à l’agriculture, à la production d’énergie et à la fabrication de grosses machines à laver pour nos laveries. Il existe des centaines de façons possibles de le faire.
Dans la société actuelle, le profit est la principale ligne directrice ; par conséquent, certains produits agricoles ou certaines machines à laver font le tour de la terre, car cela permet d’augmenter les profits, même si cela fait perdre du temps et crée davantage de pollution.
Nous utilisons encore une grande quantité de combustibles fossiles pour la production d’énergie, parce que ceux qui cherchent à augmenter sans cesse le profit ne s’intéressent pas à ce qui se passera dans cinquante ans. La plupart des travailleurs s’épuisent sur la chaîne de montage des machines à laver, tandis que la direction place quelques individus dans les services d’ingénierie – principalement pour diviser les salariés entre eux.
Si nous appliquons nos directives au lieu d’objectifs de profit, nous aurons encore de nombreuses options.
Une option serait que 20 « villages » (appelons-les plutôt des « communautés », car ce ne seront ni des villes ni des villages) mettent en commun leur temps et leur main-d’œuvre pour construire un parc éolien local. Ils peuvent travailler près de chez eux, beaucoup de gens peuvent participer à ce projet et cela ne crée pas beaucoup de dommages environnementaux.
Une autre option serait de construire une plus grande centrale hydroélectrique, ce qui nécessiterait la participation de 200 communautés.
L’hydroélectricité serait plus efficace et sa production aurait moins d’impact sur l’environnement à long terme – mais le contrôle de son fonctionnement serait partagé par un groupe de personnes beaucoup plus important, ce qui signifie que nous aurions peut-être moins de possibilités d’exercer un contrôle direct.
Supposons qu’il y ait deux options valables et qu’une décision doit être prise. Là encore, dans le système capitaliste actuel, ces décisions sont principalement influencées par des facteurs très éloignés : l’évolution du cours de l’action de l’entreprise énergétique, les ambitions des partis politiques, etc. Tout cela occuperait pendant dix ans des milliers de bureaucrates corrompus : souvenez-vous de la construction de l’aéroport de Berlin ou de l’extension de celui de Heathrow.
Nous voyons donc qu’il nous faut penser un peu plus grand qu’un groupe de villages. Mais cela ne devrait pas être un problème – les moyens de communication modernes peuvent nous aider à élargir la discussion directe entre 200 ou 2 000 personnes à une échelle beaucoup plus large.
Même avant l’invention de l’Internet, les gens ont mis au point des systèmes de délégation efficaces pour discuter et prendre des décisions sur des questions sociales plus importantes, par exemple par le biais des conseils ouvriers, dans des périodes révolutionnaires. Certaines décisions peuvent être prises par un vote à la majorité des délégués.
Mais en fin de compte, la situation sera simple : si cinq communautés de gens arrogants pensent qu’elles peuvent paralyser cinq cents communautés en ne coopérant pas avec les autres, voyons comment elles survivront toutes seules. Nous avons besoin les uns des autres, ce n’est pas toujours agréable, mais dans la plupart des cas cela nous aidera à trouver la meilleure solution pour chacun.
Et, de toute façon, nos vies ne seraient pas confinées à un groupe de 200 personnes.
Nous passerons une partie de notre temps avec d’autres à développer de meilleurs robots pour l’usine locale de machines à laver. Le jour suivant, nous organiserons un festival de musique, de danse ou de théâtre, pour une douzaine de communautés de la région. Et après avoir survécu à la gueule de bois de la veille, nous participerons à des discussions pour savoir si oui ou non 5% de la main-d’œuvre disponible dans notre région peut construire un tracteur solaire contrôlé par GPS, ce qui nous ferait gagner 10% de temps dans cinq ans.
Une telle description peut donner l’impression que nous cumulerons cinq boulots à la fois. Mais n’oubliez pas qu’en nous concentrant sur les activités utiles à tous, nous travaillerons moins d’heures, nous n’aurons pas à effectuer la même tâche, les mêmes gestes, jour après jour, mais nous aurons les mains dans le cambouis ou la terre certains jours et la tête dans les nuages (d’ingénierie) d’autres jours. Et surtout, nous serons entourés de gens qui ne sont pas aussi tristes, grincheux et déprimés que nos collègues actuels – parce que ce sera amusant !
Alors, faisons un zoom arrière pendant un moment, et que pouvons-nous voir de là-haut ? Nous apercevons des groupes de communautés, qui sont principalement des unités de consommation et des unités de production et d’entretien à petite échelle. A côté des communautés, nous apercevons des zones agricoles plus grandes, des laboratoires techniques communs et des unités de production qui approvisionnent une région, mais aussi des centres sportifs, des stations thermales, des salles de répétition et des parcs d’attractions, évidemment tous gratuits.
Nous voyons aussi de grandes étendues de forêts sauvages et des pistes de course pour les véhicules de type Mad-Max. Les gens travaillent dans les unités de production selon leurs besoins et leurs préférences. Les communautés et les unités de production sont toutes reliées à un système intra-web sophistiqué qui communique l’offre et la demande de biens et de travail et diffuse des suggestions d’amélioration constante concernant la fabrication de confitures maison – ou le dernier dispositif d’impression 3D automatisé.
Ici, nous trouvons enfin une bonne utilisation pour l’algorithme et la technologie des plates-formes, qui dans le système capitaliste actuel sont principalement utilisés pour fournir aux étudiants en surpoids de la malbouffe commandée au coin de la rue ou servie aux adolescents accros à Instagram qui cherchent des conseils sur la façon de s’automutiler.
Beaucoup de décisions seront prises au niveau local et régional ; des décisions moins nombreuses mais importantes seront prises à l’échelle continentale (par exemple l’infrastructure énergétique et celle des transports) ; enfin quelques grandes décisions devront être discutées à l’échelle mondiale parce qu’elles concernent la planète (par exemple, les changements climatiques et la façon d’acheminer le café à Aberdeen et le saumon à Nairobi).
Nous n’aurons pas besoin de diplomatie, d’ambassadeurs et de politique nationale et tout le tintouin. Nous devrons seulement décider comment construire ou maintenir certaines infrastructures qui pourraient affecter tous les habitantes et habitants d’une région plus vaste et comment nous échangerons des biens qui ne peuvent pas être produits partout. En fin de compte, nous avons tous besoin les uns des autres sur ce vaisseau spatial qu’est la Terre. Pas de la science balistique.

« Allo, le Cosmonaute Rouge, ici la tour de contrôle. On a une question pour toi : que fera-t-on avec les fainéants, et tous ceux qui essaient d’avoir de profiter du système gratuitement, sans participer aux tâches collectives ? »
Le système capitaliste actuel leur donne les meilleures opportunités. Il est anonyme, tout le monde peut s’en tirer à bon compte. Si tu vis en étroite collaboration avec 200 autres hommes et femmes, ils peuvent te convoquer et te botter les fesses. Aujourd’hui, si tu as de l’argent, tu peux ordonner à d’autres de tuer n’importe qui n’importe où. Dans le nouveau système, il n’y aura pas d’argent. Aujourd’hui, tu graisses la patte aux politiciens, ou tu leur fais de la lèche, et ils te donnent du pouvoir. Dans le nouveau système, il n’y aura pas de politiciens professionnels.

« Oui mais, ils n’abandonneront pas leur pouvoir comme cela, juste parce que nous avons une meilleure idée de comment diriger la société. »
Tu as raison, tout ça ne se produira pas par magie, ou parce que six milliards de personnes s’assiéront ensemble pour prendre un café ou boire une bonne bière. Ceux qui sont au pouvoir maintenant n’apprécieront pas du tout ces changements. Et nous, qui sommes exploités et sans pouvoir, nous devons apprendre comment agir. C’est pourquoi nous avons besoin d’une révolution.

* La grande « R » : un mot effrayant ?
Si tu entends quelqu’un parler de révolution, tu penses soit à des massacres sanglants, soit à un nouveau produit revitalisant qui fait repousser les cheveux. OK, soyons plus clairs donc.
Qu’est-ce qu’une révolution ? Le processus qui permet passer de cette société capitaliste à une nouvelle société. Car cette nouvelle société ne se développera pas à partir de 200 personnes qui discutent ensemble en faisant du jardinage.
Comme nous l’avons vu dans l’histoire, l’un des principaux problèmes des révolutions précédentes a été que les gens se retrouvaient isolés dans des unités trop petites. Ils étaient soit affamés, soit battus. Ce type de changement ne peut pas non plus surgir d’un vote, ni pour la gauche, ni pour la droite, ni pour personne. Car ce que nous voulons est profondément illégal : nous désirons que tout ce que nous produisons appartienne à tout le monde, et non à quelques individus. Nous voulons reprendre le contrôle de nos vies et du monde pour de vrai !
Révolution semble être un bien grand mot, ou un gros mot, en effet. Mais d’une certaine manière, ce terme désigne des phénomènes qui sont déjà en train de se produire. Lorsque les travailleurs occupent leur usine parce que la direction veut la fermer, ils prennent le contrôle leurs vies et apprennent à agir ensemble. Si 2 000 personnes en gilet jaune dans une petite ville de France se rassemblent et bloquent un rond-point, ils apprennent. Si ces 2 000 personnes coordonnent ensuite leurs actions avec des habitants de toute la région, et c’est ce que les Gilets jaunes ont fait en 2019, ils apprennent.
Des luttes se déroulent partout, où les travailleurs reprennent le contrôle de leurs vies pendant un moment. Au cours de ces luttes, nous devons établir des liens au-delà des secteurs d’activité et des frontières. Cela s’est déjà produit auparavant, il y a eu beaucoup d’ « organisations révolutionnaires internationales » – nous avons rapidement vu pourquoi elles ont échoué. Des mouvements comme au Chili ou en Equateur en 2019 créent l’expérience de nombreuses « communautés de 200 personnes », dans des assemblées ou des occupations. En même temps, ils permettent que les gens expérimentent des liens nécessaires, à travers des grèves qui traversent un vaste espace allant des universités aux mines de cuivre.
Nous avons besoin d’une vision du changement qui touche tous les travailleurs du monde entier – selon leurs propres conditions. Les soulèvements dans les pays déchirés par la guerre comme le Soudan, la Libye ou le Congo sont différents des grèves de masse dans les nouvelles usines en Chine ou en Inde. Les personnes qui luttent contre la pauvreté et la violence dans les quartiers pauvres de Detroit ou de Sao Paolo sont confrontées à des conditions différentes de celles des informaticiens qui luttent contre leur direction dans la Silicon Valley.
Mais nous pouvons tous contribuer à cette révolution. Nous avons besoin de définir précisément comment nous utiliserons au mieux nos armes spécifiques : certains, grâce à la grève, paralyseront toute une industrie ; d’autres savent comment créer des assemblées de quartier et organiser eux-mêmes des services communautaires. Le défi sera de rassembler tout cela dans un mouvement qui ait un objectif commun : nous emparer des moyens dont nous avons besoin pour produire nos vies.

« Si vous touchez aux gens d’en haut, cela se terminera par des meurtres, mec ! Tu as vu ce qui est arrivé au vieux Kadhafi ! »
Peu importe Kadhafi, mais quelque part tu as raison. Ceux qui sont au pouvoir vont essayer de nous arrêter, ils ont toujours essayé.
Dans toutes les révolutions, les armées se divisent. Les rangs inférieurs de toute armée sont composés de gens issus de la classe ouvrière. Si un mouvement peut montrer que l’objectif est de créer une meilleure société pour tous et pour toutes, beaucoup seront de notre côté. Notre plus grande arme est la solidarité. Si nous agissons rapidement et restons unis et que nos amis des chemins de fer, des centrales électriques, des usines alimentaires, des hôpitaux et des centres de télécommunication prennent le contrôle et que des centaines de milliers de personnes les défendent et les soutiennent, qui sera au pouvoir alors ?
Pendant la transition entre le système capitaliste actuel et un nouveau système, notre tâche principale sera d’égaliser les actifs productifs dans le monde entier – l’infrastructure énergétique, les machines modernes, les connaissances. En fin de compte, ceux qui sont au pouvoir ne peuvent le rester que s’ils se débrouillent pour que les pauvres se fassent la guerre entre eux.
Notre proposition est claire : débarrassons-nous de ceux qui sont au pouvoir et la révolution donnera aux travailleurs de toutes les régions de la planète l’accès aux moyens de produire et de prendre des décisions concernant leur vie.
Si tout cela te semble abstrait et effrayant, regarde encore une fois ce qui se passe déjà : depuis la Seconde Guerre mondiale, le monde n’a jamais été en paix, mais nous nous entretuons pour les gains des politiciens et des grandes entreprises. En comparaison, une révolution est un acte nécessaire pour créer la paix.

* Et aujourd’hui ? Et demain ?
Serrons-nous les coudes quand le chef ou le patron nous intimide au travail.
Construisons des groupes et des organisations que nous dirigerons nous-mêmes, que ce soit pour nous opposer à la fermeture d’une bibliothèque, d’une maternité ou organiser une grève pour de meilleurs salaires.
Soyons solidaires et apprenons à nous organiser, ici et maintenant.
Suivons et apprenons de ce qui se passe ailleurs, qu’il s’agisse de grèves chez Amazon en Pologne ou de soulèvements à Hong Kong.
Soyons curieux de ce qui est produit, où, comment, et par qui dans notre région.
Retrouvons-nous les uns les autres au moment de la lutte et serrons-nous les coudes par la suite.
Des mouvements contre l’austérité, contre la corruption, pour de meilleures conditions de vie vont éclater encore et encore, sans aucun doute – dans le système capitaliste actuel, c’est comme une loi de la nature. Nous devons aider ces mouvements à trouver une direction. Au lieu de nous cogner la tête contre les murs des mairies, des préfectures et des ministères, nous devons nous préparer à prendre le relais. En fin de compte, tout se résume à la vieille question : faire la révolution, ou attendre que les choses empirent.

Angry Workers of the World, novembre 2019