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Gilets jaunes, violence et anomie (Lignes de crêtes)
Article mis en ligne le 7 janvier 2019
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Published on 12 décembre 2018 in Chroniques du déni by Antonin Grégoire

Les Gilets Jaunes sont l’anti-barrage au fascisme. Le slogan « Macron démission » permet d’unir ceux qui n’ont aucun horizon politique et ceux qui ont pour horizon de rejouer le second tour ou d’abolir la république. C’est en cela que ce mouvement est un mouvement fasciste, car c’est un mouvement qui peut convaincre des gens de se tourner vers le fascisme.

C’est aussi l’anti-barrage au fascisme qui est exprimé par cette gauche tentée de rejoindre les Gilets Jaunes. Celle là ne supporte pas qu’on lui rappelle la réalité du fascisme du mouvement et développe tout un argumentaire destiné à briser, dépasser, oublier le barrage au fascisme. “Ils ne sont pas tous comme ça ; c’est du mépris de classe ; justement il faut aller sur le terrain avec l’extrême droite pour pas lui laisser le terrain ; j’ai un ami du comité Adama qui y était ; c’est pas représentatif ; c’est minoritaire ; y’a des fascistes partout donc c’est normal on ne peut rien y faire”. La gauche se construit consciencieusement son déni et ses justifications, qui resserviront par la suite.
Des milices fascistes venues recruter et le retour de “l’identité nationale”

Les milices d’extrême droite ne sont pas là par hasard, c’est un lieu qu’elles ont identifié comme étant un terrain favorable et elles viennent faire quelque chose. Ce n’est pas non plus un hasard si les milices d’extrême droite osent arborer leurs symboles, brassards et drapeaux. C’est très rare que les fascistes disent qu’ils sont fascistes et ils ne le disent que lorsqu’ils savent qu’ils peuvent séduire. Un phénomène invisible à l’oeil qui s’est convaincu de l’idée que le fascisme n’était qu’une conséquence du libéralisme et qu’il ne pouvait pas être un mouvement de masse par lui même.

Cette constitution d’un mouvement anti-Macron comme un anti-barrage au fascisme est le résultat de la politique de Macron. En cherchant à briser le front anti-fasciste qui l’avait élu pour ne pas avoir de comptes à lui rendre, Macron a permis la constitution de ce mouvement. Le rejet des syndicats, le refus de la négociation, l’écrasement des forces démocratiques de gauche qui avaient appelé à voter pour lui pour faire barrage à Le Pen, voilà ce que Macron a mis en place durant toute la première partie de son mandat et qu’on retrouve pris au mot par les Gilets Jaunes. Macron pensait que le libéralisme seul pouvait tenir face à l’extrême droite, il a, de son coté, consciencieusement mis en place le face à face qui a lieu aujourd’hui.

Il perd et il organise alors ce que le libéralisme peut céder à la droite et à l’extrême droite. Hausse du SMIC par la hausse de la prime d’activité, défiscalisation des primes, défiscalisation des heures supplémentaires, prise en compte du “malaise” face à une “laïcité bousculée” et promesse d’affronter la question de l’immigration pour mettre la Nation en accord avec son identité profonde.

Mouvement de poujadistes victoire de poujadistes…

Et la gauche qui soutient les Gilets Jaunes pour “ne pas laisser le terrain à l’extrême droite” se demande pourquoi le Président n’a pas parlé du chômage, de l’éducation, des lycéens, des hôpitaux…
Et la gauche qui veut soutenir

L’ignominie, la plus grande des trahisons, c’est cette gauche qui cautionne. L’insoumis qui, lorsqu’un Gilet Jaune crie « A bas la république » se précipite pour dire « Non mais seulement la Vème » ; ce bourgeois social démocrate qui dit « non mais regardez la présence des racistes c’est la preuve que c’est la révolution parce que la révolution c’est avec tout le monde ». Cet autre qui, dès que tu mentionnes la présence des fascistes te demande de te taire parce que ça nuit au fantasme qu’il veut garder de l’image d’un « mouvement populaire » ; « il y a pas que des fascistes », sorte de « not all men » réinventé pour protéger ceux qui cautionnent. Ils se sentent dérangés par ceux que l’extrême droite dérange, on est prié de se taire.

Il y a aussi ce petit bourgeois en révolte contre ses parents depuis 40 ans qui vibre pour l’émeute. Il est prêt à lâcher l’utra gauche pour une belle barricade aux côtés des gudards. Tu l’as vu dans le cortège de tête tu sentais bien qu’il n’était pas là pour les mêmes raisons que toi et puis là tu le revois avec l’extrême droite et il est au comble de son bonheur. Parce qu’enfin il est avec les siens, il peut déchaîner son ultra violence avec des gens qui veulent vraiment littéralement tuer des flics et qui, faut bien l’admettre, sont beaucoup plus efficaces pour les violences.

Ce petit bourgeois là, souvent a aussi fantasmé sur Daech. Maintenant il a son propre mouvement nihiliste fascisant et ultra violent.
Détruire l’idée même de révolution en la réduisant à la violence

Il y a aussi le rêve de détruire définitivement mai 68. Cette révolution honnie, libération sexuelle, libération de la parole, livret de naissance du gauchisme, victoire de la négociation syndicale, chute du pouvoir réactionnaire vieillissant, le rejet total, absolu et viscéral des groupes d’extrême droite. Ici chaque comparaison avec mai 68 est une oblitération de ce qu’a été mai 68 et que ce fut autre chose qu’une émeute. Tout ce que mai 68 fut au delà de l’émeute est aboli, l’imagination au pouvoir, les slogans, les AG partout, tout ça est oublié. Mai 68 était une émeute et les gilets jaunes c’est la même chose. Ce comparatif réducteur à l’extrême pour fournir un gros titre devient ligne politique. Ceux qui ont toujours voulu se débarrasser de mai 68 peuvent enfin le faire en disant « on fait pareil, on est le nouveau mai 68 ».

Et pas seulement Mai 68, les soutiens aux Gilets Jaunes s’empressent de comparer le mouvement avec toutes les révolutions connues et ainsi de toutes les vider de leur substance. 1789, les Printemps Arabes, la Commune, tout y passe. Ceux là même qui haïssaient 1789 pour avoir inventé les droits de l’homme et la démocratie représentative, les printemps Arabes pour avoir redonné de l’autonomie politique ou la Commune qu’ils ont toujours trouvée un peu trop organisée, d’un coup se jettent sur ces révolutions pour les comparer aux Gilets Jaunes. On fait ainsi d’une pierre deux coups, on enfonce les révolutions (qu’on déteste au fond car elles refusent d’appartenir à personne) et on rehausse le prestige révolutionnaire de l’extrême droite qui en manque historiquement.

On arrive ainsi au summum de la fascination pour la violence à expliquer que c’est par la violence que se fonde l’événement historique. De 1789 il ne faudra retenir la décapitation de Louis XVI, la prise de la Bastille, la terreur mais pas la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. A ce jeu là les fascistes ont déjà gagné : ils sont beaucoup plus efficaces dans la violence que la manifestation syndicale démocratique, que les blacks blocs du cortège de tête aussi, ce qui explique pourquoi ceux qui venaient dans le cortège de tête uniquement pour la violence ont tôt fait d’aller prendre des leçons d’émeutes avec les fascistes en jaune.
On voit aussi comment cette fascination pour la violence agit sur l’acceptation du fascisme : arrêtez de pointer le sale comme le racisme, l’homophobie, le sexisme, l’islamophobie, l’antisémitisme, c’est quand même bien beau ce qu’ils font.

Le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie deviennent des imperfections et des impuretés qui, une fois esthétisées, rendent la chose encore plus belle, encore plus authentique. Et celui qui esthétise ces “impuretés” se sent encore plus courageux d’affronter le réel pas noir ou blanc mais gris. Décrire le racisme des jaunes comme le noir sur la joue du prolétaire qui sort de la mine c’est se sentir Zola.
Le fasciste exalte la beauté des corps mais le soutien de gauche des jaunes aura lui, le courage d’encore plus exalter le corps du prolétaire en détaillant aussi ses “impuretés”.

Les fantasmes sur “la peur du bourgeois” participent de cette mythologie sur la violence. Elle permet au bourgeois ami des gilets jaunes de se donner des frissons en se mettant à la place du bourgeois qui a peur. Un jour il faudra faire le compte des morts et des yeux perdus pour que certains puissent, en confondant violence et révolution, se rêver Che Guevara l’espace d’un instant. Et aussi regarder un peu qui on envoie à l’abattoir aux côtés du Gud pour même pas 100 balles. Entre le bourgeois qui a peur de la violence et le bourgeois qui s’excite dessus, c’est lequel qui gagne ?

C’est aussi là qu’on voit à quel point personne n’a retenu la leçon des révolutions arabes ni de ce que doit être une révolution au XXIe siècle. Pour les révolutions arabes ce qui terrifiait le pouvoir c’était la démocratie et la non-violence. Ici on en est à se réjouir que le pouvoir démocratique soit plus terrifié par la violence que par un mouvement social avec des grèves et des manifs.
Violence ou anomie

Il y a deux sortes de révolutionnaires. Ceux qui rêvent au bonheur futur et ceux qui rêvent à la violence et la destruction immédiate. La fracture est aussi là. On peut aimer une émeute comme moment de basculement social si elle porte en soi un désir d’après. Mais ici il ne semble n’y avoir que de la violence et de la destruction. Il y a des gens qui aiment ça, et seulement cela, le bruit et la fureur. Si le mouvement des Gilets Jaunes était pareil mais pas violent, on verrait de nombreuses franges le déserter. Jamais dans le cortège de tête ou le mouvement contre la loi travail les affrontements avec les flics n’ont été aussi violents. La différence c’est que chez les gilets jaunes, ils veulent les tuer. Vraiment. Et ce n’est pas vrai que toutes les révolutions sont comme ça, toutes sont violentes mais toutes n’aiment pas cela.

Car ce mouvement est bien l’inverse d’un mouvement social. C’est un mouvement a-social (et bien sur “a-politique”). Un mouvement où on agrège des individus avec un seul slogan “Macron Démission” qui porte deux sens, un seul chant la Marseillaise qui lui aussi peut-être du football ou du fascisme, un seul symbole qui lui aussi porte plusieurs sens. Et oui on a entendu des blagues sur l’agent d’entretien avec un gilet jaune qui balaie pour nettoyer après le passage de la manifestation des Gilets Jaunes…

Barricade initialement montée par des fascistes qui sont partis ensuite sur un autre point puis démonté par les flics qui sont partis poursuivre les fascistes, les Gilets Jaunes remontent ici la barricade.

Ce qui frappe c’est à quel point personne ne se parle, c’est l’anomie. Sans la violence les Gilets Jaunes ne savent pas pourquoi ils sont là. Ils montent et descendent les Champs Elysées, ils regardent passer la manifestation des chômeurs et précaires, ils regardent au loin dans la direction d’où les flics vont venir…

Les gilets jaunes attendent la violence. Ils sont là pour ça. Ils pensent que c’est par la violence qu’on fait changer les choses. Alors ils attendent. Dans l’anomie, le silence. C’est surement différent sur les barrages où les gens se rencontrent. Toujours dans la violence car bloquer des gens dans leurs voitures ne peut qu’amener à des situations de violence extrême. A Paris c’est encore pire. Les Gilets Jaunes sont là, comme des zombies, regardant dans le vide en direction des flics qui ne sont pas là. Il ne se passe rien. Puis un petit groupe de gilets jaunes fasciste arrive. Ils montent une barricade. Une barricade ultra violente, on ne se contente pas de barrières de chantier ou d’éléments mobiles, on met réellement à contribution la destruction. Là les gilets jaunes s’animent, ils vont défendre la barricade pendant que le petit groupe d’extrême droite repart ailleurs.

On attend l’Acte V, ça va être encore mieux…




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