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Cinq histoires de femmes travailleuses dans l’Ouest de Londres (Angry Workers of the World)
Article mis en ligne le 12 mars 2018
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Pour marquer la journée internationale de la femme, Angry Workers souhaite partager cinq histoires de femmes qui travaillent dans la grande banlieue de Londres en 2018. Elles forment un échantillon des gens que nous avons rencontrés dans notre coin – cette zone suburbaine où habitent de nombreux migrants, anciens et récents, qui s’éreintent au travail et chez eux et sont en première ligne des politiques d’austérité et du Brexit, mais qui vivent dans une obscurité relative. Les journaux sont remplis d’histoires de profiteurs, de voleurs, d’assassins et de commerçants escrocs dont on nous dit qu’ils saignent à blanc ce pays. Mais ceux qui font marcher l’économie – ceux qui font les boulots mal payés et la plus grande partie du travail d’aide à la personne – se voient rarement accorder un espace pour exprimer leurs propres expériences, besoins et désirs. Nous espérons que cette série y contribuera modestement.

Ces dernières années, on a vu une avalanche de campagnes et de révélations concernant les violences et le harcèlement dont les femmes sont victimes. La popularité du hashtag #MeToo sur les réseaux sociaux, suite aux accusations de viol contre Harvey Weinstein, a révélé l’omniprésence du sexisme et du harcèlement quotidien. Plus récemment, après des révélations sur la collusion d’institutions publiques avec des cercles pédophiles, on a parlé d’abus sexuels sur des jeunes femmes et jeunes filles perpétrés par les membres de certaines institutions humanitaires. Toutes ces affaires sont vues comme des ’scandales’ – de même que les révélations sur l’exploitation au travail, comme l’ont montré les commentaires journalistiques sur les ’conditions victoriennes’ que subissent les travailleurs d’Amazon et de Sports Direct. Mais cette insistance sur les ’scandales’ – de préférence avec un méchant bien identifiable, comme Weinstein, Crosby, Saville ou ’les hommes musulmans’ – laisse dans l’ombre l’oppression quotidienne et structurelle des femmes prolétaires.

Après la crise financière de 2008, les femmes prolétaires ont été prises en étau entre les coupes dans les aides sociales et la pression de plus en plus grande à travailler, d’un côté, et la réaction conservatrice qui promeut les valeurs familiales, de l’autre. L’objectif pratique est de valoriser la famille comme un havre de sécurité en ces temps d’austérité, de privations et d’incertitudes masculines. Pourtant, il est impossible de faire les deux – rapporter un salaire supplémentaire et créer un havre familial – et ces pressions contradictoires transforment bien plutôt la famille un lieu de tensions souvent violentes.

Nous devons donc regarder en face la contradiction fondamentale du triple fardeau que les femmes continuent à porter (le travail salarié, le travail émotionnel et la violence masculine) dans une période de prétendue égalité. Il est vital d’adopter une perspective féministe pour comprendre et affronter une situation qui se dégrade sur le marché du travail - en termes de droits, de salaires réels, de précarisation et de diminution brutale du salaire social. Nous ne pouvons pas nous en tenir aux vieux modèles d’organisation centrés sur les ’meneurs naturels’ et une stricte limitation aux problèmes qui se posent sur les lieux de travail, car ils relèguent par nature les femmes dans les marges. Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin d’une action de classe qui s’enracine dans les expériences de vie de la classe ouvrière. Il est choquant de voir combien la gauche actuelle se préoccupe peu de ces questions. Si nos activités politiques ne partent pas de cette réalité, les professionnels de la parole continueront à parler à notre place. Au Royaume-Uni, certaines franges du mouvement féministe abordent ces questions, comme celles qui soutiennent les détenues de Yarl’s Wood1. Mais une grande partie du mouvement s’est enfermé dans un débat en vase clos qui touche rarement les vies des femmes qu’il prétend placer au centre de ses préoccupations. Un féminisme qui se focalise en grande partie sur le ’choix’ - quand il s’agit par exemple de l’avortement, du travail sexuel ou de l’identité – oublie souvent de considérer les forces matérielles qui s’exercent sur les femmes prolétaires et font bien souvent de ces ’choix’ un privilège.

Les femmes que nous avons interrogées portent tout le poids du sexisme sur les lieux de travail, du racisme dans le contrôle des frontières et d’un système d’aide social de plus en plus punitif, avec peu de possibilités pour faire résonner leurs expériences dans les médias ou les organisations féministes. Notre but n’est pas de faire pleurer dans les chaumières mais de prendre ces expériences comme base de notre travail politique. Nous devons construire des organisations de classe qui affrontent les problèmes des femmes prolétaires. Angry Workers essaie de le faire par ses bulletins d’usine2, les permanences de son réseau de solidarité et son journal3.

Nous pensons que ces interviews illustrent la complexité et la richesse des expériences vécues par les femmes dans un contexte d’’expansion et de crise du capitalisme. C’est de là que nous devons partir.

https://angryworkersworld.wordpress.com/2018/03/08/a-series-of-interviews-with-working-class-women-from-west-london-part-1/

1. Hanna

Depuis 2004, de nombreux hommes et femmes des pays de l’Est sont venus travailler au Royaume-Uni - pour se faire un peu d’argent, peut-être apprendre l’anglais, et tirer profit des possibilités qui s’offrent à eux. Bien souvent, dans les médias, ils sont soit diabolisés soit considérés comme des victimes du système, prêts à accepter n’importe quel salaire et n’importe quelles conditions de travail. Mais nous entendons rarement leur propre voix. Comme de nombreux migrants européens, Hanna est sur-qualifiée pour le travail qu’elle fait ici. Comme beaucoup, elle a travaillé dans d’autres pays d’Europe avant d’arriver en Angleterre. Cette mobilité est une forme de pouvoir : si les cela ne se passe pas bien au travail, on va voir ailleurs – et c’est d’autant plus facile si l’on est en Angleterre depuis quelque temps, qu’on a quelques amis et qu’on parle un peu anglais. Mais les bas salaires et les mauvaises conditions de travail sont endémiques dans les secteurs subaleternes du marché du travail, et changer de boulot n’améliorera sans doute pas beaucoup les choses. Avec de possibles restrictions à la mobilité suite au Brexit, cette force peut-elle se convertir en un pouvoir collectif organisé contre les patrons ?

Je suis née en Hongrie en 1989. Avec mes parents, j’habitais dans une petite ville du nom de Lecskemèt. Après le lycée, mes parents m’ont poussée à aller à l’université. J’ai réussi l’examen d’entrée mais mes résultats n’étaient pas assez bons pour obtenir une bourse. Il m’a donc fallu payer plus de 1300 euros pour les frais d’inscription.

Je suis partie pour Budapest où j’ai étudié le tourisme pendant un an. Mes parents payaient tout mais cela me mettait mal à l’aise. J’ai pris un boulot à temps partiel dans un supermarché Tesco. Je travaillais la nuit. Je mettais en rayon les vêtements, ce genre de choses. Au bout d’un an, je voulais arrêter l’université mais mes parents souhaitaient que je continue. Je me suis inscrite dans un programme d’étude de la finance. C’était assez mathématique, ce qui ne me gênait pas, mais c’était très ennuyeux. J’ai trouvé un boulot de femme de chambre dans un hôtel cinq étoiles. J’aimais ce travail, mais je gagnais à peine 300 euros par mois. Bien sûr, en Hongrie les loyers sont moins élevés qu’à Londres, mais la nourriture par exemple est tout aussi chère. Pendant mon séjour à Budapest, j’habitais dans un grand foyer privé. Nous étions quatre filles par chambre. Les douches étaient au bout du couloir. Cela me coûtait 100 euros par mois. Au bout d’un moment, le foyer a fermé. J’ai été hébergée quelque temps dans la famille d’un ex-copain, mais ils étaient si pauvres que je m’en voulais de rester chez eux.

Finalement, j’ai décidé d’abandonner l’université et de trouver un travail. Avec une amie, nous nous sommes inscrites en 2011 dans une agence d’intérim, Otto Workforce. Après un entretien en anglais à Budapest, on nous a envoyées en Hollande. On travaillait dans un grand entrepôt [picker ?] à côté d’une ville appelée Oss. Tous les intérimaires étaient logés dans des bungalows. Cela nous coûtait environ 50 euros par semaine. L’agence d’intérim venait nous chercher en voiture le matin et nous raccompagnait le soir. On apprenait seulement le matin même si on avait du travail pour la journée. Parmi nous, beaucoup venaient d’Europe de l’Est. Au début, tout se passa bien, mais au bout d’un moment un Polonais est devenu chef et il ne donnait de travail qu’aux Polonais. Avec mon amie, nous avons demandé un autre travail. Nous avons travaillé dans une chambre froide pendant un temps. Puis ils nous ont envoyées dans la région de Düsseldorf. Nous étions logés dans les dortoirs d’une ancienne base militaire. Les travailleurs venaient de Pologne, de Roumanie, de Hongrie, de Slovaquie, de Slovénie, de République tchèque... Il n’y avait pas assez de travail - nous ne gagnions même pas assez pour payer l’hébergement. D’ailleurs, c’est toujours plus difficile pour les femmes, car il y a des travaux qu’ils ne donnent qu’aux hommes. Au bout d’un moment, mon amie et moi avons décidé de rentrer en Hongrie.

A l’été 2012, une collègue de ma mère qui avait ouvert un salon de manucure – pédicure à Chypre m’a offert un travail. Je suis partie pour Chypre et j’ai appris le métier. J’étais payée 850 euros par mois et je travaillais cinq jours par semaine. J’habitais avec la collègue de ma mère. Je payais 225 euros de loyer. J’aimais bien ce travail, mais je me sentais isolée. J’ai essayé d’apprendre un peu de grec, mais je n’étais pas très motivée car je ne voulais pas vraiment rester. Je ne pouvais même pas aller au bord de la mer car nous étions au centre de l’île et il n’y avait pratiquement pas de transports en commun. Il y avait bien des arrêts de bus, mais on ne savait jamais si un bus passerait, ni quelle serait sa destination... La collègue de ma mère n’était pas sympathique du tout. Elle me faisait payer un tas de choses et ne contribuait jamais aux frais communs. La maison où nous habitions n’était pas isolée correctement - quand l’hiver est arrivé, j’ai eu vraiment très froid. Ma mère est venue me rendre visite à Noël. Quand elle a vu la situation, elle m’a convaincue de rentrer en Hongrie avec elle.

Je suis fille unique, mais j’ai de nombreux cousins. Beaucoup d’entre eux ont quitté la Hongrie. Parmi ceux qui sont restés, deux travaillent dans une usine Mercedes, l’un comme mécanicien et l’autre comme soudeur. Les salaires sont un peu meilleurs car ce sont des postes qualifiés. Mais c’est plus difficile pour les femmes car dans ce genre d’usines on ne leur proposera que le travail à la chaîne. J’ai une cousine qui travaille comme réceptionniste. Elle travaille 60 heures par semaine mais n’est payée que 4.5 euros de l’heure – et ce n’est pas le salaire horaire le plus bas. Je crois que le salaire minimum est autour de 200 euros en Hongrie. Retour ligne automatique
En 2013, j’ai décidé de venir au Royaume Uni. Une cousine à moi était tombée amoureuse d’un garçon originaire de l’Azerbaïdjan qui avait vécu longtemps au Royaume Uni et avait un passeport britannique. Il nous a trouvé une chambre à Brentwood. La chambre était très grande. Je payais 240 euros par mois. J’ai rapidement trouvé un boulot de femme de chambre dans un hôtel. J’aimais bien ce travail. Le personnel était entièrement britannique et tout le monde était très gentil avec moi. Quand je suis partie, les autres femmes m’ont offert de nombreux cadeaux et j’ai pleuré.

En janvier 2014, ma cousine a décidé de repartir en Hongrie. Elle s’était séparée de son copain et avait rencontré un Hongrois sur internet. Comme je ne pouvais pas payer la grande chambre toute seule, j’ai loué un cagibi pour 70 euros par semaine près de Bank Station. Les colocataires étaient sympas. Ils venaient d’Italie, d’Espagne, de Roumanie. J’ai postulé pour un travail à l’hôtel Hilton mais j’ai eu un mauvais pressentiment et je n’ai pas pris le poste. Au même moment, l’agence d’intérim Omni m’a envoyé un SMS pour un poste de femme de chambre à l’hôtel Park Plaza – je crois que c’est le deuxième plus grand hôtel de Londres. C’était un travail à temps plein, mais j’étais payée par l’agence d’intérim (toujours au salaire minimum). Je travaillais de 8 heures du matin à 16h30 avec une pause d’une demi-heure non payée – au moins, ils nous donnaient de quoi manger. Par contre, si on n’arrivait pas à terminer les chambres qu’on devait nettoyer, on devait faire des heures supplémentaires non payées pour les terminer. Cela arrivait souvent et je trouvais ça injuste. Cependant je ne regrette pas d’avoir travaillé dans cet hôtel car j’y ai rencontré ma meilleure amie, une Hongroise. Il y avait aussi beaucoup de femmes roumaines.

Au bout de quelques mois, j’ai décidé de chercher un boulot où je n’aurais pas à travailler les week-ends. Je me suis inscrite dans une autre agence d’intérim qui m’a envoyée dans une fabrique de chocolats à Park Royal [importante zone industrielle de l’Ouest de Londres]. Il y avait peut-être une centaine de travailleurs dans cette usine, sans compter les intérimaires. J’ai rencontré ma deuxième meilleure amie dans cette usine. Il n’y avait pas beaucoup de Britanniques, mais beaucoup de Polonais, Lithuaniens, Roumains. On m’a mise à la production. Je travaillais six jours par semaine, de 14 heures à 23 heures. C’était encore payé au salaire minimum (à l’époque, il était de 6.5 livres par heure).

Cela ne me plaisait pas de travailler six jours par semaine car je payais trop d’impôts pour que ça en vaille la peine. Je me suis plainte auprès de la responsable de la production. Je croyais qu’elle allait me virer mais au contraire elle m’a proposé un contrat. Le salaire horaire était de 6.66 livres pour commencer mais il montait à 8.75 livres au bout de six mois. C’était en février 2015. J’avais beaucoup de responsabilités. Le matin, je devais organiser le travail de toute la journée – l’ordre dans lequel on traiterait les différentes commandes, etc. Il y avait de nombreux facteurs à prendre en compte. Par exemple, il ne fallait pas traiter une commande à base de chocolat noir avant une commande à base de chocolat blanc, car le chocolat noir est plus difficile à nettoyer et risque de contaminer le chocolat blanc. J’organisais le travail avec beaucoup de soin, mais le chef de l’emballage bouleversait toujours tous mes plans, c’était très énervant.

J’adorais ce travail et je m’y consacrais entièrement. Il m’est même arrivé d’acheter quelques trucs moi-même pour améliorer le travail. Par exemple, un jour j’ai acheté une sorte de fourchette que nous utilisions pour dessiner à chaud sur le chocolat – celles que nous avions à l’usine n’étaient pas de bonne qualité. Une autre fois, j’ai acheté des biscuits amaretto chez Tesco parce que j’étais sûre que la responsable de la production aurait oublié de les acheter et nous en avions besoin pour décorer des chocolats pour une commande importante. Je connaissais tout le monde dans cette usine. Je testais les différents types de chocolats. J’ai même pensé durant un temps devenir ’chocolatière’. Mais la responsable de la production, une femme allemande que nous appelions ’Hitler’, était vraiment horrible. A cause d’elle, je pleurais pratiquement tous les jours après le travail. En février 2016, j’ai décidé de partir, mais je regrette encore ce travail. Avant de quitter l’usine, j’ai formé mon amie. Maintenant elle est juste en-dessous de la responsable de production. Elle a beaucoup de responsabilités mais elle a dû se battre pour obtenir 9.75 livres de l’heure – et ce n’est encore pas assez. Le ’chocolatier’ est payé 12 livres de l’heure.

En octobre 2015, j’ai emménagé à Greenford avec mon copain. J’aime bien ce quartier. C’est pratique aussi, car l’aéroport d’Heathrow n’est pas loin. J’habite toujours à Greenford, mais je ne suis plus avec mon copain. C’est vrai que la vie n’était pas facile car je travaillais le jour et il travaillait la nuit. Au bout d’un moment, il a pété un plomb. Ce n’était pas seulement le travail de nuit – c’était aussi les drogues, il en prenait trop.

Après la chocolaterie, je me suis inscrite de nouveau dans plusieurs agences d’intérim. On m’a envoyée dans un entrepôt de pièces de voiture à Feltham. C’était facile, mais ennuyeux. J’ai ensuite travaillé pour Mash [un fournisseur pour la restauration] à Park Royal. Je travaillais dans la zone froide à 5 °C. Nous devions répartir des tiges d’ail frais dans de petits sacs. C’était un peu écœurant car il y avait beaucoup d’escargots... Nous emballions aussi toutes sortes de fleurs, de tiges, etc., pour les restaurants chics de Londres. Je me demande comment on peut manger ça !

Après ce travail chez Mash, j’ai trouvé un boulot par une collègue de la chocolaterie qui était aussi aide à domicile. J’étais censée m’occuper d’une femme handicapée. Je devais passer 24 heures chez elle, deux ou trois jours par semaine. Quand j’étais sur place, je devais me lever à 4h30 du matin, m’occuper de ses quatre chiens, faire la lessive de son fils de dix-neuf ans, etc. - un tas de trucs qui n’avaient rien à voir avec le fait d’aider cette femme handicapée. Je pense qu’il faut être soumise pour faire ce genre de boulot. Cela ne me plaisait pas. Je suis restée seulement un mois. J’étais payée au noir.

Une copine à moi a alors décidé de monter un petit commerce : elle fabriquait et vendait des gâteaux traditionnels hongrois, les ’gâteaux-cheminées’, sur un marché de Stratford. J’ai décidé de l’aider. Nous avons fait ça du lundi au vendredi jusqu’à Noël 2016, quand ma copine a décidé d’arrêter. Ce n’était pas facile de gagner de l’argent et il commençait à faire vraiment froid sur le marché.

En 2017, j’ai trouvé un travail d’emballeuse sur le site Indeed. J’avais un contrat mais je ne gagnais que 7.20 livres par heure – le salaire minimum à ce moment-là. Je travaillais pour une compagnie pharmaceutique à Park Royal, près de l’agence d’intérim Response. En fait, il s’agissait de bien plus que d’emballer : nous devions faire fonctionner un grand nombre de machines différentes et étudier tous les manuels (ils craignaient qu’un inspecteur du travail ne se rende compte que nous n’étions pas formés pour utiliser ces machines). Il y avait trois contremaîtres : un Polonais, un Britannique et un Indien. Ils étaient sympas. On sortait parfois avec eux – on allait dans un pub, ce genre de choses. Mais je n’aimais pas le travail. Je me sentais très seule à rester à côté d’une machine pendant des heures. Nous devions apprendre énormément de choses, mais nous étions très mal payés. Cela me semblait injuste. Ce qui me paraissait bizarre aussi, c’est qu’ils n’arrêtaient pas de changer leurs plans. L’organisation était étrange. Je savais que la même usine avait été exploitée auparavant par une autre compagnie qui avait été forcée de la fermer après une inspection. Ce qui me tracassait c’est que la nouvelle compagnie semblait avoir des liens étroits avec l’ancienne. Tout cela me paraissait louche. Quoi qu’il en soit, au bout de quelques mois, j’ai décidé de partir – et peu de temps après, tous ceux qui travaillaient à la production se sont fait virer ! Il y a toujours du personnel dans les bureaux, mais je ne comprends pas ce qu’ils font. Retour ligne automatique
Maintenant j’ai trouvé un travail de femme de ménage près d’Oxford Circus. Je sais que ce travail me convient parce que je suis détendue quand je travaille. Je pense que c’est bon signe quand on n’est pas stressé d’aller au boulot.

Je ne veux pas rentrer en Hongrie. Bien sûr, ma famille me manque un peu, mais je ne pourrais pas vivre comme eux. Mes parents vivent dans un petit appartement, dans ma ville natale. Je ne pourrais pas habiter chez eux. Mes amis là-bas ne peuvent jamais mettre d’argent de côté. Ils n’ont même pas d’argent pour sortir. La seule chose qu’ils font, c’est de prendre une cuite chaque week-end... J’ai une amie qui travaille dans une imprimerie pour 2 livres de l’heure. Une autre travaille au service clients d’un magasin de bricolage. Elle travaille parfois 18 heures par jour. Le copain d’une cousine a un très bon boulot, il est concepteur de sites internet. Mais j’ai appris dernièrement que la boîte ne lui payait pas son salaire... En Hongrie, on ne peut pas se permettre de voyager plus d’une fois par an, et encore dans un pays proche comme la Croatie ou la Bulgarie, peut-être la Turquie. L’année dernière, au mois d’août, je suis allée à Ibiza – je n’aurais jamais pu faire ça si je travaillais en Hongrie. J’ai aussi une vie plus saine ici. Par exemple, le lait d’avoine que j’aime boire vaut une livre ici mais il en coûte deux en Hongrie. Ici je peux aller dans une salle de sports – en Hongrie, je ne pourrais pas me le permettre.

Pour toutes ces raisons, je veux rester ici.
Mais ce n’est pas facile quand on est toute seule – il faut être solide.


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