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Anti-impérialisme
Article mis en ligne le 17 octobre 2017
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Anti-impérialisme : à l’extrême gauche comme à l’extrême droite on ne connaît généralement qu’un seul impérialisme, l’impérialisme américain, et son « valet sioniste ».

Ce sont les jeunes nazis du NPD et les nationalistes-révolutionnaires allemands qui ont, les premiers dans l’extrême droite européenne, théorisé la nécessité de mener une lutte de libération nationale, pour défendre l’identité nationale allemande, et « soutenir “dans un cadre international et ethnopluraliste”, les combats des Africains, des Asiatiques, des Basques, des Bretons, des Flamands » (N. Lebourg, op. cit.). À la même époque (le début des années 70) l’Organisation Lutte du Peuple insistait en France sur le fait que leur nationalisme racial-européen était « juste et légitime à l’instar du nationalisme arabe et des nationalismes sud-américains » fondés sur des « zones ethno-géographiques bien déterminées ».

L’anti-impérialisme des fascistes s’explique aussi par la phobie du métissage : comme l’expliquait Maurice Bardèche en 1960, « toutes les races sont égales entre elles, aucune n’a de titre à s’installer dans l’espace vital d’une autre race et la paix ne règnera sur le monde que lorsque chaque race aura réintégré le continent qui lui a été attribué par la nature ».

Du côté de l’extrême gauche, la théorie de l’impérialisme (et donc de l’anti-impérialisme) correspond à une époque où un certain nombre de puissances européennes (Espagne, Portugal, Pays-Bas, France, Angleterre) exerçaient une domination directe ou indirecte (Etats-Unis) sur des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui n’avaient aucune autonomie politique. Ces puissances entretenaient sur place des troupes ou des bases militaires, voire parfois se livraient à une colonisation de peuplement (Australie, Nouvelle-Zélande). À cette époque, le fait de réclamer l’autodétermination et l’indépendance nationale, et surtout tous les droits démocratiques du mouvement ouvrier (droits d’organisation, liberté de presse, de réunion et d’expression) qui y étaient associés, avait un sens, notamment pour les militants vivant dans les métropoles impérialistes qui devaient prouver concrètement qu’ils n’étaient pas complices avec leur propre bourgeoisie.

Aujourd’hui, on assiste à l’essor de puissances régionales (Iran, Irak, Turquie) au Machrek ; Chine, Inde, Pakistan en Asie ; Brésil, Venezuela, en Amérique latine, qui ne sont plus sous la coupe militaire ou la domination coloniale directe.

Le plus souvent, les mouvements anti-impérialistes actuels ne soutiennent pas des mouvements de libération nationale, car il n’y en a plus guère sur cette planète (on pouvait encore fantasmer, dans les années 1960 sur une éventuelle « transcroissance » socialiste de ces mouvements, ce n’est plus possible aujourd’hui). Ils soutiennent des Etats solidement constitués qui ont eux-mêmes des ambitions territoriales particulièrement agressives vis-à-vis de leurs voisins immédiats (Iran/Irak ; Irak/Koweït ; Inde/Pakistan ; Pakistan/Afghanistan, etc.), ou qui veulent devenir les dirigeants d’alliances économiques et politiques régionales (Venezuela, Brésil) pour mieux affronter la concurrence des grandes puissances.

C’est ainsi que Michel Collon, dont les écrits sont cités par de nombreux sites d’extrême gauche ou altermondialistes, a pu écrire le 11 août 2011 : « Mais s’ils arrivent à renverser Kadhafi, que se passera-t-il ? Plus d’Etat-providence en Libye, mais un maximum de privatisations. » Vous avez bien lu : le régime Kadhafi avait instauré un « Etat-Providence » dans son pays ! Sa stupéfiante clairvoyance politique est même dépassée par Alexander Cockburn, un autre journaliste dont les articles sont traduits ou cités sur les sites altermondialistes et d’extrême gauche, et qui écrivait le 22 juillet 2011 un article au titre prémonitoire « Quatre mois plus tard:L’échec de l’OTAN contre la Libye désormais confirmé ». Notre journaliste anti-impérialiste écrivait un mois avant la chute du régime : « Tripoli a récemment connu de vastes manifestations pro-gouvernementales. La population libyenne est de 6 millions, dont 4 à Tripoli. Kadhafi se promène dans la ville dans une Jeep ouverte. Un grand nombre d’AK-47 ont été distribués aux comités de défense civile. Les forces de sécurité de Kadhafi ont-elles obligé tous ces gens à aller manifester ? C’est peu probable. »

Voilà à quoi sont réduites aujourd’hui la gauche « anti-impérialiste » et l’extrême gauche. Elles reproduisent les écrits de journalistes qui auront soutenu et embelli le régime Kadhafi jusqu’au bout. Elles se taisent sur les massacres en Syrie (la gauche française et internationale n’a organisé aucune manifestation significative contre les massacres du régime syrien). Elles expliquent que la chute de Kadhafi serait une victoire pour « l’impérialisme », comme si ce tyran avait jamais représenté le moindre danger sérieux pour les grandes puissances, Russie et Etats-Unis inclus, qu’il a servies alternativement.

En mars 2011, l’appel à un débat rassemblant les organisations de la gauche et de l’extrême gauche des Bouches-du-Rhône contenait les propos crapuleux suivants : « Pourtant, peut-on comparer le régime du colonel Kadhafi à ceux de ses voisins égyptien et tunisien ? N’a-t-on pas connu les dirigeants libyens, sous des postures plus en phase avec l’aspiration des peuples de la rive sud de la Méditerranée (nationalisation des hydrocarbures, redistribution relative des richesses générées par la vente du pétrole et du gaz, gratuité de la médecine, alliance avec les régimes progressistes du sud de la planète, soutien indéfectible à la cause palestinienne et à toutes les luttes de libération à travers le monde, etc.) ? Depuis quand ce régime a-t-il commencé à tourner le dos à son peuple ? » Et qui avait signé ce tract ? Le PIR (le Parti des Indigènes de la République), ce qui est normal vu son positionnement politique, mais aussi ATTAC, le PCF, la FASE, le PG le MRAP et… la CNT. La « redistribution relative » voilà ce que les anarcho-syndicalistes, les trotskystes, les staliniens et les sociaux-démocrates de gauche français trouvent progressiste ! On comprend que tous ces gens-là soient en phase avec Michel Collon.

La devise du socialiste Karl Liebknecht « L’ennemi principal de chaque peuple est dans son propre pays » a rarement été appliquée à l’extrême gauche, et jamais à l’extrême droite, ce qui est moins étonnant ! Depuis quarante ans, on n’a jamais vu l’extrême gauche française se mobiliser dans les facs et les lycées contre les interventions françaises en Afrique subsaharienne. On ne voit jamais des militants entamer des actions, ou ne serait-ce qu’une propagande, en direction des soldats français qui partent combattre en Afghanistan, en Côte-d’Ivoire, au Tchad, etc. Par contre, on ne compte plus les comités Palestine, bateaux pour Gaza et autres boycott des produits israéliens venant des Territoires occupés. Même les Indigènes de la République, si bavards sur le « post-colonialisme », n’ont pris aucune initiative concrète pour dénoncer l’armée française actuelle qui joue pourtant un rôle central dans le maintien de la domination « postcoloniale » qu’ils prétendent dévoiler…
Extrait du n° 36/37 de Ni patrie ni frontières : "Extrême gauche, extrême droite : inventaire de la confusion"


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