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La Fondation de la Terre flirte avec le nationalisme (2000)

La Fondation de la Terre
flirte avec le nationalisme

Article mis en ligne le 9 juin 2017
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Avril 2000

Willem Hoogendijk, de la Fondation de la Terre aux Pays-Bas, a créé une fédération d’ « ONG progressistes » qui promeuvent des initiatives économiques à petite échelle. Le point de départ est son Manifeste optimiste qui est en fait un texte gorgé de nationalisme dans lequel Hoogendijk s’attaque aux immigrés et au « capital étranger ».

Hoogendijk s’est fait connaître dans les années 1970 quand il a créé l’organisation écologiste Aktie Strohalm et l’association de cyclistes ENFB. Il s’est ensuite immergé dans le milieu des consultants en matière environnementale. Il est maintenant membre du Conseil critique de l’agriculture (Kritisch Landbouw Beraad). Au cours des dernières années, il a fondé plusieurs organisations pour promouvoir ses propres écrits comme le Projet Economie Moderne, Pays-Bas Différemment et la Fondation de la Terre.

En novembre 1998, la Fondation de la Terre a organisé une première réunion avec plusieurs organisations actives sur des questions écologiques ou dans de petites initiatives économiques. Ils ont décidé de travailler sur des projets communs et la Fondation de la Terre a proposé de s’occuper du travail de secrétariat. Lors de la deuxième réunion, ils ont brièvement discuté du Manifeste optimiste de Hoogendijk, que tout le monde a apparemment approuvé. Les « ONG progressistes » semblent n’avoir émis aucune critique face à ses opinions ouvertement nationalistes.

Tous ensemble.
Selon Hoogendijk, tous les habitants des Pays-Bas – les marginaux, les étudiants, les scientifiques, les hauts fonctionnaires, les politiciens et les patrons – ont en fin de compte un seul et même intérêt national. Une fois qu’ils seront tous unis dans un même mouvement ils pourront effectuer un « grand virage », comme le dit Hoogendijk, pour désigner sa révolution nationale. « Ce grand revirement doit rompre tout lien avec un parti ou une couleur politiques. Mais cela ne doit pas être pour autant un mouvement anti-parlementaire. »

Hoogendijk rêve d’un « vaste mouvement rassemblant la droite et la gauche, et unifiant (ou esquivant) les mouvements sociaux et culturels, le tout en faveur d’une vie et d’une cohabitation meilleures entre tous ». Mais cela ne reste pas seulement un rêve. Il vend déjà des cartes postales contenant des citations tantôt vaguement de gauche tantôt de droite, dont par exemple des phrases de Frits Bolkestein, le nationaliste libéral, ou de Guillaume d’Orange, membre de la famille royale. Il a même proposé d’utiliser une citation de Guillaume d’Orange comme mot d’ordre pour sa fédération : « Je n’ai besoin ni d’espoir ni de succès pour persévérer. »
Comme d’habitude chez les nationalistes, Hoogendijk veut mettre un terme aux luttes internes au sein du pays. « Dans presque tous les partis politiques, on trouve des gens bien. Des gens qui, si nous ne nous polarisons pas sur nos différences, peuvent devenir nos camarades. Mais, dans ce cas, nous devons éviter des questions sensibles comme celles de l’immigration. » La lutte contre le racisme n’est plus nécessaire, si l’on en croit Hoogendijk.

Les politiciens d’extrême droite, pour Hoogendijk, doivent aussi se sentir les bienvenus dans son « mouvement populaire pré-révolutionnaire ». « Si Dijkstal [politicien d’extrême droite] voulait nous rejoindre, il serait probablement accueilli par des huées et des sifflets. Beaucoup d’individus radicaux détruisent plus qu’ils ne construisent », a déclaré Hoogendijk. Quand un militant de la gauche révolutionnaire l’a accusé de protéger les racistes, Hoogendijk a réagi avec fureur : « Nous devons respecter l’opinion des autres, de ceux qui sont aussi nos alliés ! Sinon, nous sommes sectaires, et resterons des marginaux. Telle ou telle opinion différente pourrait être l’opinion de la majorité, de beaucoup de gens dont nous voulons qu’ils nous rejoignent. »

Selon Hoogendijk, le racisme serait une réalité biologique. L’un de ses oncles lui a un jour dit : « La discrimination est une qualité naturelle chez les êtres humains. Tu prend toujours tes distances avec les autres. Tu marques toujours ton territoire par rapport aux autres. Tout individu, tout groupe, est enclin à se défendre. » Et Hoogendijk de commenter : « Je pense que ces réflexions sont un bon point de départ. »

Les Pays-Bas affichent complet
« Je vois venir des famines en Egypte, en Russie, mais devons-nous pour autant être envahis ? » Hoogendijk semble avoir emprunté ses images directement à l’extrême droite. « Des millions de gens se presseront à nos portes. » Comme tout nationaliste révolutionnaire qui se respecte, il est favorable « à une politique réservée en matière de contrôle des migrations. Je souhaite préserver la culture néerlandaise, sous tous ses aspects. Je veux un grand changement social dans ce pays, ce qui ne sera pas facile. Nous ne devrions pas rendre notre tâche plus difficile en créant de nouvelles tensions au sein de la population. »

Hoogendijk termine son Manifeste optimiste par quelques questions qu’il veut soumettre à la discussion. L’une d’entre elles est empruntée à la thématique de l’extrême droite. « Les Pays-Bas sont-ils un pays d’immigration ? (Les Pays-Bas ne sont-ils pas déjà pleins, et pas seulement d’automobiles ?) ». Hoogendijk pense que « le développement durable, à long terme, exige une réduction de la population ». Il croit que « ce delta du Rhin ne devrait pas accueillir aujourd’hui plus de 10 millions de personnes, et un peu plus tard la population devrait descendre à 7 millions ! Notre pays a trop de voitures, mais aussi vraiment trop de gens. » (Aujourd’hui 16 millions de personnes vivent aux Pays-Bas.)
Dans un journal de la Fondation de la Terre, Hoogendijk a même publié un article d’un « Comité pour que l’humanité déménage de la Terre » – sans doute bidon. Il y a tout à craindre que cet exode interplanétaire commence par les migrants et les réfugiés. Car même s’il prétend améliorer la situation de ceux qui vivent aujourd’hui aux Pays-Bas et requérir leur coopération, Hoogendijk rêve du départ des migrants et des réfugiés qui se sont déjà installés aux Pays-Bas : « Des milliers de Ghanéens rôdent autour de Bijlmer [un quartier africain d’Amsterdam] ou s’y entassent. Nous aurions mieux fait de mettre au point un projet à grande échelle dans leur pays avec notre argent et notre assistance ! »

« Achetez néerlandais »
Hoogendijk prétend être un soixante-huitard et un marxiste. Mais, au lieu de parler de la lutte de classe entre le Travail et le Capital, Hoogendijk s’intéresse surtout, comme l’extrême droite, à la lutte entre un « bon » Capital national et le « méchant » Capital financier étranger. Il veut « domestiquer un peu le Grand Capital » et « éloigner un peu le Capital étranger ».
Les propositions pratiques de Hoogendijk ressemblent beaucoup à celles des nationalistes. « Produisez autant de marchandises que possible dans votre propre pays, et, surtout, veillez à ce que les investisseurs soient néerlandais. » Nous devons, selon lui, « produire, dans un pays comme le nôtre, les wagons de nos trains, les avions de nos lignes aériennes, les hélicoptères de notre police et notre armée ». Hoogendijk veut « conserver notre monnaie nationale » et propose aussi de réintroduire un vieux slogan nationaliste : « Achetez néerlandais ».

Les positions de Hoogendijk sont loin d’être anticapitalistes. Selon lui, c’est inutile, parce que « le capitalisme est devenu beaucoup plus amical ». D’après Hoogendijk, le problème principal est que « toute la population » arrête de tolérer « la perte de contrôle de notre système monétaire qui est en train de soumettre tout et tout le monde ». Quand les Pays-Bas auront de nouveau leur « propre circulation monétaire tranquille, la concurrence pourra exercer ses effets bénéfiques ».
Hoogendijk ne parle jamais de mettre fin à l’exploitation. C’est normal, puisque, selon les idéaux nationalistes, patrons et ouvriers doivent s’unir, et qu’ensuite chacun sait exactement quelle est sa place dans la société. Hoogendijk apprécie spécialement « l’élite qui est apparue juste après la Seconde Guerre mondiale ». Ses membres « ont défendu un réarmement moral. Ces gens-là, en particulier les gestionnaires d’industrie, n’étaient pas mauvais du tout, ils représentaient une sorte de courant social libéral. Le mouvement que nous voulons construire aujourd’hui a certainement beaucoup de points communs avec eux », a déclaré Hoogendijk.

Edward Goldsmith
Hoogendijk veut « restaurer l’autorité des gouvernements, c’est-à-dire remodeler notre morale collective, ses manifestations et ses outils ». Il pense aussi que nous devons nous débarrasser de « l’idée dépassée du citoyen libre, de l’entrepreneur libre », et retourner à un équilibre entre l’individu et la collectivité.
Dans sa vision nationaliste, toutes les luttes politiques disparaissent. Le nouveau dirigeant saura exactement ce que chacun veut. « Je peux imaginer un système, dans lequel j’aurais entièrement confiance dans les dirigeants (des sortes de chamans, de chefs pleins de sagesse) et je déciderais de les laisser gérer la société », écrit Hoogendijk. « Mais il doit rester possible de corriger ces dirigeants », ajoute-t-il prudemment.
« La démocratie ne fonctionne que si elle est locale et s’il existe un contact direct entre le citoyen et la personne pour laquelle il vote », affirme Hoogendijk dans son livre Le Grand Virage. Il cite Sir James Goldsmith. À première vue, cela peut sembler un choix étrange que de citer ce milliardaire britannique pour illustrer ce qu’est la démocratie. Dans les années 1970, Jimmy Goldsmith a financé des opérations des services secrets, le MI5, et l’extrême droite pour paralyser la résurgence de la gauche. Un peu plus tard, il a organisé et financé le groupe parlementaire d’extrême droite, l’Europe des nations, au Parlement européen. Après sa mort, le Front national, en France, a déclaré regretter la disparition « d’un combattant loyal pour l’identité nationale ».

Le choix étonnant de Hoogendijk est probablement lié à son admiration pour le frère de Sir James : Edward Goldsmith. L’année, dernière, on a découvert que cet individu était un idéologue de la Nouvelle Droite. Il est devenu célèbre pour être le propriétaire de la revue The Ecologist. Il a aussi créé Ecoropa qui serait, selon Hoogendijk, « un groupe d’amis d’écologistes européens. Nous aimons les idées de Schumacher (Restons petits) et les visions radicales de The Ecologist, le meilleur magazine écologiste que je connaisse ».
La Fondation de la Terre fait partie d’Ecoropa et Hoogendijk participe toujours à ses réunions. Dans Le Grand Virage, Hoogendijk fait l’éloge de The Ecologist. Et ce n’est sans doute pas un hasard si le titre de son ouvrage est exactement le même que celui d’un livre de Goldsmith.

Eric Krebbers
Avril 2000




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