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Finkielkraut-Dieudonné : A chaque « communauté » son petit Farakhan et l’esclavage salarié se perpétuera

Et c’est reparti pour un tour.... Après la stigmatisation, par la droite et l’extrême droite, des jeunes Franco-Africains qui auraient été les principaux acteurs des récentes « émeutes » [de novembre 2005], voilà que Finkielkraut se met lui aussi à prêcher la haine comme son en-nemi juré, ou plutôt son double, Dieudonné.

Article mis en ligne le 21 mai 2017
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Et les potes d’Alain Finkielkraut (Pascal Bruckner et Luc Ferry par exemple lors d’une émission sur LCI) se gardent bien de le critiquer sur le fond. Au mieux, ils se démarquent de la forme de ses propos, lui cher-chent des excuses, voire, comme Bruckner, le comparent à Sarkozy : ce se-rait un dépoussiéreur d’idées, un provocateur salutaire. On voit bien que la caste médiatico-intellectuelle « de gauche », toujours prête à donner des le-çons d’antiracisme et d’humanisme, reste muette quand l’un de ses membres exprime ouvertement sa haine des Africains et des Antillais et tient des propos qu’un Le Pen ne renierait pas. Tout ce qui l’inquiète, ce n’est pas de savoir si Finkielkraut colporte des propos racistes, et si ces propos ne vont pas encore aviver la haine en France, mais si ce « philo-sophe » va perdre un peu de pognon au cas (bien hypothétique) où on lui retirerait son émission sur France-Culture.

Alain Finkielkraut a dénoncé (avec raison sur ce point) la façon dont Dieudonné a récupéré des arguments antisémites chez Louis Farakhan, ce dirigeant de la Nation de l’Islam qui prétend que les principaux bénéfi-ciaires du trafic d’esclaves transatlantique auraient été les Juifs.

Mais Finkielkraut n’essaie-t-il pas, au sein de la prétendue « communau-té juive » de France, voire d’Israël, de jouer un rôle exactement symétrique à celui que Louis Farakhan a joué dans la « communauté noire » aux Etats-Unis ?
En effet, peu de gens savent comment s’est produit la rupture entre les Juifs démocrates et le mouvement noir aux Etats-Unis. Dans les années 60, le développement de l’idéologie du Pouvoir noir, puis des Black Panthers et de la Nation de l’Islam, d’un côté, et de l’autre l’identification de plus en plus grande d’une partie des Juifs démocrates américains à la politique colonialiste d’Israël après la guerre israélo-arabe de 1967 ont rompu définitivement l’alliance traditionnelle entre les Juifs « libéraux » (modérés de gauche) et antiracistes et les Noirs dans leur lutte commune contre le racisme et la ségrégation aux Etats-Unis. Chacun s’est replié sur les problèmes de sa « communauté », pour de mauvaises raisons bien sûr, mais ce sont les Afro-Américains qui en ont fait les frais.

Toutes proportions gardées, c’est exactement ce que tente de faire Alain Finkielkraut (fournissant ainsi des arguments à d’autres intellectuels qui, contrairement à lui, ne se sont jamais mouillés dans l’antiracisme) en France : se désengager du combat antiraciste en assimilant à des antisé-mites tous ceux qui veulent dénoncer l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Si Dieudonné a introduit la thématique de Farakhan en France avec des bobards antisémites, Finkielkraut lui joue en France le rôle symé-trique de celui de Farakhan au sein de la « communauté juive » : il fait tout pour que les Juifs de France (mais aussi d’Israël puisque ses propos sont parus dans Haaretz) se détournent de la lutte contre les discriminations dont sont victimes les Africains et les Antillais.

Toutes les vaguelettes médiatiques que soulèvent les déclarations crapu-leuses de ce prétendu penseur antiraciste n’auraient guère d’importance si elles ne créaient pas ou n’aggravaient pas de fausses oppositions entre prétendues « communautés » et n’occultaient le vrai problème.
Sur la planète aujourd’hui ce qui domine ce n’est pas la traite des es-claves africains par les puissances occidentales, abolie depuis longtemps, c’est l’esclavage salarié, de Bamako à Pékin, de Moscou à Kaboul, de Pa-ris à Sidney, de Washington à Bagdad, de Buenos Aires à Mexico, de Tel Aviv à Katmandou.

Cet esclavage-là, Dieudonné comme Finkielkraut n’y trouvent rien à re-dire. Pas plus d’ailleurs que le nouveau CRAN, fédération d’une soixan-taine d’associations africaines et antillaises et qui se prétend « apolitique ». Le CRAN veut bien communier dans la mémoire de l’esclavage disparu il y a plus d’un siècle et demi, mais n’a rien à dire contre l’esclavage capita-liste actuel. Nous commencerons à prendre tous ces anti-esclavagistes et ces antiracistes vraiment au sérieux le jour où ils se battront aussi contre le principal esclavage universel moderne : l’esclavage salarié.
Cet esclavage-là joue sur toutes les prétendues différences, qu’il baptise « ethniques », « culturelles », « civilisationnelles », « religieuses », voire « ra-ciales », pour maintenir un système d’exploitation et d’oppression univer-sel : le capitalisme, qu’il soit privé ou d’Etat.

Tant que les esclaves salariés ne se rebelleront pas contre leurs maîtres capitalistes, ils se préoccuperont de questions secondaires : ils se focalise-ront sur la couleur de la peau de leurs voisins ou collègues de travail, leur façon de s’habiller, de cuisiner, de manger, de parler, de marcher, de dan-ser ou de jouer de la musique, oubliant ainsi l’essentiel pour le plus grand profit des exploiteurs.
Tant que les prétendus antiesclavagistes et antiracistes à la Finkielkraut ou à la Dieudonné resteront muets sur la plaie universelle du monde ac-tuel, l’esclavage salarié, nous ne les prendrons pas au sérieux. Au-delà de leurs prétendues oppositions et rivalités médiatiques, prenons-les pour ce qu’ils sont : des amuseurs publics, des prêcheurs de haine, des individus qui usent et abusent de leur talent littéraire ou artistique pour figer les êtres humains dans des « races » ou des communautés imaginaires.

Et entre deux prêcheurs de haine, l’un qui déteste les Juifs et l’autre qui déteste les Africains et les Antillais, que l’on ne nous demande pas de choisir.
Finkielkraut et Dieudonné, c’est bonnet blanc et blanc bonnet !

Y.C., 27/11/2005

P.S. : Lors de l’émission « Cultures et dépendances » du 25 janvier 2006, Alain Finkielkraut a semblé défendre une position un peu en retrait par rapport à ses propos reproduits dans Haaretz. Il ne nous a plus parlé des « Noirs », a fait étalage de sa profession de foi anticommunautariste et an-tivictimaire, et s’est retranché derrière deux de ses leitmotiv : la progres-sion de l’« incivilité » et la disparition de la religion de l’effort et du respect pour la culture.
On peut, comme lui, ne pas apprécier que les rapports entre les individus soient devenus plus rugueux, pour ne pas dire agressifs, sans pour autant tomber dans la ridicule nostalgie d’une France qui aurait été dans le passé un modèle de civilité, voire LE modèle de la civilité dans le monde.
Il suffit d’évoquer la politesse et le souci d’autrui palpables dans des di-zaines de coins dans le monde qui n’ont jamais été influencés par la « civi-lisation » française ou occidentale. Mais, bien que l’arrogance chauvine choque toujours dans la bouche d’un intellectuel censé faire preuve de plus de discernement et de largeur de vues, ce n’est pas le plus important.

Le plus grave, et c’est en cela que Finkielkraut persiste et signe dans des propos qui frôlent le racisme ou la xénophobie, c’est qu’il n’a évoqué que les « incivilités » supposées des « jeunes issus de l’immigration ». On aurait affaire à un De Villiers ou un Le Pen, on comprendrait mieux : si tout va mal, c’est la faute aux étrangers, nous disent ces deux crapules politiques. Mais Finkielkraut, au nom d’un combat dérisoire contre le politiquement correct, n’a qu’une seule obsession : l’incivilité d’origine « étrangère »…

Et notre philosophe a ajouté dans la même émission, pour illustrer sa deuxième obsession, la religion de la culture et de l’effort, qu’il ne s’étonnait pas que des jeunes « issus de l’immigration » ne veuillent plus étudier et sous-estiment la culture, quand un gars comme Djamel De-bouze, « d’un immense talent » selon Finkielkraut (à mon humble avis, le talent de Djamel est tout sauf immense, mais bon…), remporte du succès et gagne énormément d’argent, alors que sa réussite sociale et financière ne doit rien aux études.

Cet intellectuel se fout vraiment du monde : comme si dans le showbizz, le cinéma, le sport, la télé-réalité, et bien d’autres champs d’activité, il n’y avait pas des dizaines de jeunes Franco-Français qui gagnent beaucoup de fric et n’ont jamais été des « premiers de la classe » !
Une telle obsession à propos des origines pseudo-ethniques d’une partie de la population française n’a qu’un nom : au pire le racisme, « au mieux » la xénophobie.




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