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Combattre aux côtés des migrants et des réfugiés

La gauche radicale, aux Pays-Bas, apporte son soutien aux réfugiés depuis longtemps. À l’origine, il s’agissait surtout de soutenir des camarades qui avaient dû s’enfuir de leur pays. Comme, par exemple, dans les années 1930, quand les communistes allemands furent chassés par les nazis ; ou après le coup d’Etat du 11 septembre 1973, quand les militants chiliens se réfugièrent en Europe pour ne pas être assassinés par la dictature de Pinochet. À l’époque, la gauche radicale se préoccupait peu des autres réfugiés et des migrants. À partir de la moitié des années 80, cela a lentement changé sous l’influence de groupes comme les Revolutionäre Zellen (a) (Cellules révolutionnaires) et Rote Zora en Allemagne.

Article mis en ligne le 19 mai 2017
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Ces militants attaquaient toutes sortes de cibles liées à la politique répressive de l’Etat contre les réfugiés et les migrants. Au lieu de soutenir laborieusement des mouvements de libération nationale dans des pays éloignés, les anti-impérialistes, les autonomes et les féministes devraient organiser plus efficacement la solidarité internationale concrète ici, en Occident, en luttant aux côtés des réfugiés et des migrants arrivant de ces pays, affirmait Rote Zora. Cette position provoqua beaucoup de discussions parmi les militants allemands, et, par la suite, elles influencèrent les militants néerlandais grâce à des traductions publiées dans des revues de la gauche révolutionnaire comme De Zwarte. Au début des années 1990, quelques groupes décidèrent de rejoindre la lutte contre le racisme et le contrôle des migrations. Parmi eux se trouvaient les militants qui avaient fondé le centre d’information politique De Invalshoek, qui, plus tard, deviendra De Fabel van de illegaal.

Il est important que la gauche révolutionnaire organise la résistance, particulièrement dans les endroits où la répression est forte. Au début des années 90, le contrôle des migrations devint l’une des questions politiques principales aux Pays-Bas. Le gouvernement adopta toute une série de mesures proposées par la commission Zeevalking(1) pour plonger dans l’illégalité totale des catégories entières de migrants et de réfugiés, et les exclure de toute vie sociale. Tous les citoyens reçurent un numéro social d’imposition et il devint obligatoire de porter sur soi et de montrer son passeport au travail, à la mairie, dans les transports en commun et dans les stades. En 1998, le Parlement vota une loi autorisant les services de l’immigration à avoir accès à toutes les données informatiques publiques.

Elle permit de rassembler toutes les bases de données de l’Etat afin d’empêcher les migrants et réfugiés sans-papiers d’avoir accès aux services publics. Cette intensification de la répression fut accompagnée par une propagande raciste croissante coordonnée par des leaders d’opinion comme Frits Bolkestein, qui dirigeait à l’époque le Parti libéral conservateur, le VVD (b). Des mesures comme l’obligation de porter sur soi son passeport ou la flexibilisation du travail frappèrent durement, bien sûr, et en premier lieu, les migrants et les réfugiés, mais elles affectèrent aussi d’autres couches exploitées de la population.

Des possibilités nouvelles…
Les migrants et les réfugiés ont toujours provoqué de grands changements sociaux dans les sociétés qui les ont accueillis. Ils ont joué un rôle important dans de nombreux soulèvements et révolutions au cours de l’histoire. La révolution espagnole de 1936 a fortement dépendu des travailleurs migrants originaires des régions pauvres de l’Espagne méridionale.

Certes, les immigrés ne se sont pas toujours unis dans des structures politiques ayant des buts communs, mais ils forment littéralement un mouvement social, puisque ce sont des personnes qui se déplacent. Et là où un mouvement social apparaît, surgissent aussi de nouvelles opportunités politiques. Les migrants et les réfugiés sont obligés de faire face à l’exclusion, au racisme et à l’exploitation. Ils observent souvent le monde avec des yeux un peu différents des autres. Habituellement, ils apportent avec eux une manière de penser plus collective, qui ne doit bien sûr pas être idéalisée, mais qui a presque disparu en Occident sous l’influence des processus d’individualisation. C’est pourquoi les migrants tendent souvent à rechercher des solutions plus collectives à leurs problèmes.
Ils vivent, cependant, entre deux mondes. Ils ne peuvent plus continuer à résoudre leurs problèmes comme avant ; ils doivent donc rechercher de nouvelles manières d’agir et cette démarche peut mener à des idées politiques originales. De nouvelles organisations politiques et de nouvelles formes de résistance sont susceptibles d’apparaître. Les groupes révolutionnaires comme De Fabel van de illegaal doivent donc entrer en contact avec ces migrants et ces réfugiés, et ensemble stimuler et radicaliser cette résistance potentielle.

mais pas un nouveau « sujet révolutionnaire »
Naturellement, cela ne signifie pas que la gauche révolutionnaire doive considérer les migrants et les réfugiés comme une nouvelle classe ouvrière ou une sorte « d’avant-garde révolutionnaire ». Le simple fait que certaines catégories sociales sont opprimées ne signifie pas automatiquement que leurs idées et leurs luttes sont en quoi que ce soit liées à celles de l’extrême gauche. Toutes les classes et catégories sociales sont le produit des relations de pouvoir patriarcales, capitalistes et racistes qui se sont développées au cours de l’histoire. Dans le passé, certains groupes d’extrême gauche ont projeté leurs désirs de libération et de révolution sur les migrants, les réfugiés et leurs organisations, et ils ont rêvé qu’elles allaient devenir le nouveau « sujet révolutionnaire ». Puisque les ouvriers ne veulent pas faire la révolution, essayons donc avec les étrangers, ont-ils parfois pensé. Certes, en raison de leur pauvreté, les immigrés devraient « objectivement » ressentir la nécessité révolutionnaire de renverser la société. Cependant, c’est précisément à cause de leur position en bas de l’échelle sociale, que les organisations de migrants et de réfugiés sont en réalité, le plus souvent, relativement impuissantes.

Une source d’espoir dans une période de reflux
Cela est encore plus vrai pour des organisations de migrants et de réfugiés sans-papiers. Leurs membres désirent habituellement une seule chose : obtenir une certaine stabilité grâce à un permis de séjour et de travail. Pour l’obtenir, ils doivent être acceptés par le gouvernement, et leurs actions sont parfois particulièrement courageuses. Pendant les luttes collectives pour la légalisation de leur situation, leurs revendications se radicalisent parfois rapidement et évoluent vers les positions de l’extrême gauche. Bien que la plupart des campagnes soient déclenchées par des groupes spécifiques de migrants et de réfugiés qui luttent seulement pour leurs droits, de tels mouvements (en raison des discussions souvent intenses qu’elles suscitent) peuvent facilement se transformer en une lutte pour l’égalité, la collectivité et la solidarité de tous.

Ce sont des principes auxquels la plupart des Néerlandais ne s’intéressent malheureusement plus. Des slogans radicaux tels que « Luttons tous ensemble pour l’égalité des droits » et « Personne n’est en situation illégale » sont par exemple devenus des thèmes centraux pour le mouvement des sans-papiers qui travaillaient et payaient des impôts, ceux qui se sont appelés les witte illegalen – les « clandestins blancs ». (Après la loi sur le couplage des données informatiques de 1998, ces migrants ont plongé dans l’illégalité totale après avoir payé des impôts, touché des allocations, etc., pendant dans des années tout en étant, de fait, en « situation illégale ».) C’est précisément parce que leur vie est en jeu que les travailleurs sans-papiers refusent souvent d’accepter l’« irrecevabilité » supposée de leurs revendications. Leurs campagnes se caractérisent donc souvent par un militantisme et une radicalité incroyables. Et c’est un élément important pour la gauche révolutionnaire en cette période de reflux.

Eric Krebbers,
De Fabel van de illegaal n° 62, janvier-février 2004

(1) Créée par le gouvernement, la commission Zeevalking a défini une série de mesures pour faire face aux changements internationaux concernant les migrations. Toutes ces recommandations ont été en fait appliquées au cours des 15-20 dernières années (Note d’Eric Krebbers).

Notes de Ni patrie ni frontières

(a) Revolutionäre Zellen (Cellules révolutionnaires) Voici ce qu’en dit le site ultraréactionnaire Terrorwatch : « Mouvement radical anti-impérialiste et anti-sioniste créé en 1976. Il s’articule en petits groupes de 3-5 personnes et agit par attentats à la bombe ou incendiaires. Il est lié au groupe Rote Zora, qui est essentiellement un mouvement féministe extrémiste, qui agit par attentats à la bombe contre des objectifs considérés comme anti-féministes. Au début des années 80, les RZ ont tenté de “récupérer “le mouvement pacifiste en menant des attaques à la bombe pour protester contre l’installation des missiles Pershing 2 de l’OTAN en RFA. Les attentats des deux organisations touchent des firmes impliquées dans l’industrie de l’armement et aéronautique, l’industrie nucléaire, l’industrie chimique et pharmaceutique, ainsi que les firmes impliquées dans le génie génétique. Les RZ sont actives en Allemagne et ont fréquemment utilisé la Suisse comme sanctuaire. » Pour une analyse nettement plus subtile, voir « Les autonomes allemands » sur le site « Thèses et mémoires sur l’anarchisme » http://raforum.info/these/spip.php?article38
(b) Le VVD (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie ou Parti populaire libéral et démocrate) a obtenu 22 députés sur 150 aux dernières élections.




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