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Limites de l’antisionisme (6)
Article mis en ligne le 8 mai 2017
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La dernière guerre criminelle d’Israël contre le Liban a donné lieu aux habituels et sinistres débordements dans la presse d’extrême gauche et sur Internet. En voici un exemple.

Mossad et enlèvements
en Argentine !

Les dirigeants de deux organisations trotskystes grecque et argentine ont fait une tournée de conférences dans le nord de l’Argentine. Dans Prensa Obrera nº 959, publiée le 17/08/2006 (http://po.org.ar/po/2006/po962/po962114.htm), on peut lire ces lignes stupéfiantes, dignes de la pire presse d’extrême droite : « Samedi, Savas [dirigeant de l’organisation trotskyste grecque EEK en tournée de conférences dans le nord de l’Argentine avec le dirigeant du Partido Obrero, Jorge Altamira] a donné une conférence dans un petit stade de la ville de Tucuman à laquelle assistèrent près de 300 personnes. Le débat a été animé et vigoureux. On a remarqué la participation d’Alberto Lebbos, le père de la jeune Paulina Lebbos, dont la séquestration et l’assassinat sont restés impunis. Dans la discussion, les participants ont souligné le rôle du Mossad, le service secret d’Israël, dans la restructuration des services de sécurité de Tucuman, qui sont justement ceux qui sont mis en cause en raison des nombreux cas de disparition de jeunes, particulièrement de femmes. »

Bien sûr, aucune parole ouvertement antisémite n’est prononcée dans cet article. Tout est dans l’habile sous-entendu d’un syllogisme crapuleux : les Israéliens ont formé les policiers locaux ; les flics ne retrouvent pas les kidnappeurs et les assassins de jeunes femmes ; DONC le MOSSAD est responsable de ces crimes. A partir de deux faits exacts (du moins nous le supposons) voilà comment un journal trotskyste joue sur de vieux poncifs antijuifs, dans un pays où les antisémites tuent impunément et où, comble de l’ignominie, des rumeurs persistantes attribuent les attentats de 1992 et 1994 contre des institutions juives… au Mossad israélien (1).
Rappelons que l’Argentine abrite la plus importante communauté juive d’Amérique latine (244 000 membres). En 1919, lors de la Semaine tragique, les émeutes ouvrières s’accompagnèrent de pogroms. Après la Seconde Guerre mondiale, Peron accueillit 10 000 nazis et oustachi croates mais refusa d’accorder des visas aux survivants du génocide juif, parce qu’il les jugeait « inutiles au développement de la nation » ! Sous la dictature militaire (1976-1982), plus 2 000 Juifs furent enlevés et assassinés, soit 12% des « disparus », alors que les Juifs argentins ne représentaient que 1% de la population. En 1992 et 1994, deux attentats antisémites firent plus de 100 morts et 500 blessés. Les assassins n’ont jamais été arrêtés.

En 2004, dans le Chaco, des dizaines de fonctionnaires, brandirent des pancartes frappées de svastikas, pour exiger la démission, parce qu’il était juif, du ministre local de l’Education. La même année, des supporters de l’équipe des Talleres de Cordoba, déployèrent des drapeaux nazis dans le stade sans que l’arbitre n’intervienne, etc.

Voilà le pays (2) où, selon le rapport de la délégation argentine devant le « Comité (des Nations unies) pour l’élimination de la discrimination raciale », il n’existe ni racisme d’Etat ni « idéologie raciste bien réfléchie » ( ?!), et où des trotskystes se livrent à des amalgames nauséabonds, en toute bonne conscience « antisioniste ».

(1) Un des ex-gourous du colonel Chavez, le fasciste Norberto Ceresole, aujourd’hui décédé, auteur d’un livre à la gloire de Chavez où il voyait en lui un nouveau Bolivar et lui conseillait de s’allier avec l’Iran et de dénoncer le « nazi-sionisme » d’Israël (comme on le sait, Chavez a suivi ses conseils à la lettre) a écrit plusieurs ouvrages pour « démontrer » cette fable.

(2) Le racisme en Argentine ne frappe pas seulement les Juifs puisqu’une radio (« très écoutée et disposant d’une revue, intitulée Primera, dont le discours frôle la propagande raciste sans pour autant procéder d’une idéologie bien réfléchie » – dixit un bureaucrate argentin !) peut distiller tranquillement son venin. Et ce n’est pas les propos du représentant argentin devant la commission de l’ONU en mars 2001 qui nous rassureront : « Interrogée sur la situation des Argentins d’origine africaine, la délégation a rappelé qu’historiquement, cette catégorie de la population argentine avait été décimée par la tuberculose au XIXe siècle et que nombre d’Argentins d’origine africaine avaient quitté à cette époque le pays pour l’Uruguay. Dans les années 1920, l’Argentine a connu une vague d’immigration noire en provenance essentiellement du Cap-Vert. Au fil du temps, les Argentins d’origine africaine se sont métissés jusqu’à devenir pratiquement invisibles. » Donc, si on comprend bien ce monsieur, on ne risque pas d’être victime du racisme en Argentine… si l’on est invisible ! Tout un programme !




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