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Limites de l’antisionisme (3)
Article mis en ligne le 8 mai 2017
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Bêtisier sioniste

« Quelqu’un qui a toujours critiqué Israël est un antisémite. »

(Elie Wiesel, entretien avec P. Amar le 1er février 2003 dans l’émission On aura tout lu)

Bêtisier antisioniste (les passages soulignés ne le sont pas dans l’original)

« Il faut se demander à qui profite le crime. Je dénonce tous les actes visant des lieux de culte. Mais je crois que le gouvernement israélien et ses services secrets ont intérêt à créer une certaine psychose, à faire croire qu’un climat antisémite s’est installé en France, pour mieux détourner les regards. »
(José Bové, à son retour d’Israël en 2002)

« On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs, issus du peuple le plus longtemps persécuté (…) soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui et, à l’exception d’un admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier ».

« Dans les derniers temps de la reconquête de la Cisjordanie, Tsahal s’est livré à des actes de pillages, homicides exécutions où le peuple élu agit comme la race supérieure ».
« Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les palestiniens. Les juifs qui furent victime d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux palestiniens. Les juifs qui furent victimes de l’inhumanité montrent une terrible inhumanité ».

(Le Monde, juin 2002, « Israël-Palestine : le cancer », tribune libre signée par Danièle Sallenave, Edgar Morin et Sami Naïr)

Cette rubrique risque de devenir régulière vu les réactions négatives, voire violentes, qu’ont suscitées les articles dans les deux premiers numéros de Ni patrie ni frontières portant ce même titre et vu la façon dont les groupes dits d’extrême gauche traitent la question d’Israël. Mon objectif était assez limité, au départ : pointer les risques de dérapage antisémite dans la dénonciation unilatérale du sionisme qui va presque toujours de pair avec une complaisance vis-à-vis des autres formes de nationalisme présents dans la région, qu’il soit palestinien ou arabe. Il me semblait aussi que l’irritation spécifique contre le nationalisme juif -israélien venait notamment, chez les marxistes, de leur incapacité à prendre une distance critique vis-à-vis de deux de leurs textes sacrés : La Question juive de Marx et La conception matérialiste de la question juive d’Abraham Léon. Paralysés par un respect religieux vis-à-vis des écrits de Karl Marx et Abraham Léon, ils refusent de prendre en compte les recherches historiques qui remettent en question de vieux schémas, sous prétexte que leurs maîtres à penser auraient tout dit.

Cette démarche religieuse (aussi athées soient ses partisans) ne permet pas de comprendre l’existence de l’Etat d’Israël. On met donc l’accent sur les grandes manœuvres impérialistes (l’intérêt d’avoir un « pion » dans la région), sur la culpabilité morale de l’Occident (suite à l’Holocauste), facteurs qui ont certes joué un rôle important mais qui évitent de s’attaquer à un problème essentiel : l’existence d’un peuple juif et d’un sentiment national suffisamment puissant pour aboutir à la création d’un nouvel Etat. On oublie que le projet sioniste est bien antérieur à l’Holocauste, que les pogroms antisémites ont commencé bien avant l’arrivée au pouvoir de Hitler et que l’implantation en Palestine a démarré à une époque où il n’existait pas dans cette région d’États nations structurés mais un Empire, l’empire ottoman, démantelé après la Première Guerre mondiale.

Il est évident que, du point de vue révolutionnaire, la multiplication des États ne facilite pas à priori l’avènement d’une société communiste débarrassée des patries et des frontières. Mais rien ne sert de regretter la Yougoslavie de Tito ou l’URSS de Staline comme le font certains groupes trotskystes en oubliant un détail : ces fédérations se sont construites contre la volonté des peuples. De même rien de sert d’avancer des mots d’ordre comme ceux de fédération socialiste des États du Moyen-Orient, d’Etat palestinien binational, etc. sans tenir compte des réalités religieuses, sociales et politiques locales.

Misère de l’antisionisme
Un lecteur, ex-militant trotskyste, me téléphone pour me communiquer son indignation à propos de mes articles sur « les limites de l’antisionisme ». Je serai, selon lui, passé dans l’ « autre camp ». Dont acte. Ce camp est d’ailleurs très large puisqu’il inclut, selon mon interlocuteur, non seulement la bourgeoisie mais… les trotskystes. Ensuite, il m’explique qu’il est pour la « destruction de l’Etat d’Israël » (je m’étonnerai toujours devant cette obstination, chez certains « révolutionnaires », à vouloir détruire seulement un Etat réactionnaire du Moyen-Orient, mais pas tous les autres États qui l’entourent...) puis il conclut en m’expliquant que la Palestine occupée ne serait, paraît-il, qu’un vaste « camp de concentration », reprenant ainsi à son compte les propos ridicules de l’écrivain portugais Saramago au printemps 2002 lors de sa visite à Ramallah.

Rappelons tout d’abord que ce type de procédé vient de l’arsenal négationniste et antisémite : on retourne contre les Juifs certains mots qui ont une signification précise et ô combien douloureuse dans le peuple juif. De plus, comparer la Palestine avec un camp de concentration est tout simplement aberrant. Quand a-t-on jamais vu des prisonniers d’un camp quelconque disposer du droit d’avoir des armes et d’avoir leur propre police armée, voire de sortir du camp quand ils en ont les moyens économiques ? Encore une fois, nul besoin de comparer Israël à l’Allemagne nazie pour dénoncer sa politique : il est évident que les gouvernements israéliens successifs sont prêts à chasser la majorité des Palestiniens de Palestine et pour cela utilisent tous les moyens à leur disposition : dynamitage de maisons, refus d’employer de la main d’œuvre locale, importation de main-d’œuvre asiatique, harcèlement des paysans, humiliations permanentes lors des contrôles d’identité, liquidations d’opposants, etc. Il s’agit en fait de pratiques coloniales classiques, nul besoin d’invoquer le nazisme.

A propos de Finkelstein
et de la crapuleuse expression « Shoah Business »

Le pamphlet de Finkelstein contre ce qu’il appelle le « business » de l’Holocauste est un excellent exemple… de ce qu’il ne faut pas faire. A partir de sa position individuelle de militant (plus exactement de celle de ses parents — en substance : « La vie n’a pas de prix, donc je ne veux pas recevoir un rond d’aucun Etat, fût-ce l’Etat allemand ») il voudrait que tous les proches des rescapés et les rescapés de la Shoah eux-mêmes fassent le même raisonnement. (Dans son second ouvrage sur le même sujet, il livre d’ailleurs une information contradictoire : ces parents auraient bien reçu une indemnité, mais une indemnité ridicule. De là à penser que la violence de son indignation vient de là, il n’y a qu’un pas… que je ne franchirai pas, ne connaissant pas l’auteur. Mais reconnaissons qu’il donne des verges pour se faire battre.) D’ailleurs, je me souviens d’un documentaire sur Planète qui montrait les débats extrêmement violents qui se déroulaient dans un kibboutz à propos de la visite d’un maire allemand (dont la ville était jumelée avec celle proche du kibboutz), et de la question de l’indemnisation. Le problème était difficile à trancher, mais il faut vraiment être intolérant comme Finkelstein pour mettre tous les Juifs qui ont accepté des indemnisations dans le même panier.

Sans compter qu’on apporte encore de l’eau aux moulins des antisémites puisque l’on dénonce des Juifs qui ne seraient intéressés que par l’argent et n’auraient pas de principes moraux (1).

Toute cette polémique sur les réparations n’a aucun sens. S’il y a des escrocs chez les grands avocats américains, d’accord pour les dénoncer. Mais des escrocs chez les avocats il y en a pas mal et surtout pour des questions beaucoup plus importantes qui touchent au fonctionnement même du capitalisme. Là encore, faudrait peut-être revoir les priorités, si l’on se prétend révolutionnaire. Mais je ne vois pas pourquoi, alors que n’importe quel type victime d’une inondation, d’un cyclone, d’un tremblement de terre (phénomènes naturels, certes, mais où l’imprévision et la corruption des hommes politiques joue un rôle) aurait le droit à demander à l’Etat (donc à tous les contribuables) de lui verser une indemnité, je ne vois donc pas pourquoi donc les Juifs n’auraient pas tiré de l’Etat allemand le maximum, que ce soit pour vivre en Israël ou ailleurs. Et que les contribuables allemands (ou d’autres pays) paient ne me semble que justice. Sans tomber dans la théorie de la responsabilité collective, il faut quand même bien mettre les gens devant leurs responsabilités. Idem pour les Indiens ou les Noirs d’Amérique, les Roms, les homosexuels assassinés par les nazis, etc. Que je sache, personne ne dénonce les Indiens d’Amérique parce qu’ils réclament des compensations pour le génocide dont ils ont été victimes, même si cela a amené une petite tribu de 1 200 membres, afin de toucher plus d’argent par tête, à exclure aujourd’hui de ses rangs des métis Indiens-Noirs qui en faisaient partie depuis 150 ans ! Pourquoi donc en faire tout un fromage à propos des Juifs ?

(1). Notons à ce propos que dans le livre Libertaires et ultragauches face au négationnisme Gilles Dauvé (ex animateur de La Banquise) s’indigne du « Shoah Business » dans cet ouvrage censé, selon le préfacier Gilles Perrault, présenter une « autocritique courageuse ». Le même Perrault nous explique que les « ultragauches » seraient en quelque sorte des artistes aimant la provocation, des disciples de Mouna Aguigui (sympathique agitateur écolo-pacifiste qui arpentait le pavé du Quartier Latin dans les années 60 et 70.) ou de l’Entartreur belge. Nous n’avons pas dû lire les mêmes textes…

Dans un article plus récent (1999) intitulé « Le fichisme ne passera pas » (dès le titre, le jeu de mots, digne d’une pub de Séguela, essaie de dissimuler le vide de la pensée) quatre mousquetaires de La Banquise nous expliquent que l’un d’eux (G.D.) a eu tort de se livrer à une « autocritique » défensive. Suggérant, par quelques citations au début et à la fin de l’article, que le lynchage médiatique dont ils ont été victimes serait dans la lignée de ceux de Rimbaud ou Flaubert (modestes, nos banquisards !), ils déclarent que c’est parce qu’ils dévoilaient la véritable nature du nazisme et de la démocratie qu’on les a traînés dans la boue. Pourtant ni Léon Trotsky (dès les années 30), ni Amadeo Bordiga, ni Daniel Guérin, ni même le très stalinien Charles Bettelheim qui ont analysé les fondements économiques et politiques du nazisme bien avant nos « ultragauches » n’ont jamais été victimes d’une telle campagne de presse. Les textes de La Banquise ne contenaient qu’une seule minuscule « nouveauté » : les formules destinées à choquer le « bourgeois »… et elles ont atteint leur but. En effet, pour le reste, cela fait des décennies que les liens entre impérialisme, crise de la démocratie, anéantissement du mouvement ouvrier, antisémitisme et nazisme ont été dévoilés.

En fait d’autocritique, Libertaires et ultragauches face au négationnisme est surtout une charge contre Pierre Guillaume et contre la presse qui a monté en épingle les élucubrations d’un quarteron de négationnistes. Si la presse a effectivement joué un tel rôle, pourquoi Dauvé et Quadruppani ne s’en sont-ils pas immédiatement servi à leur tour pour régler son compte à Pierre Guillaume et aux « idées » qu’il colportait ? Pourquoi racontent-ils dans leur livre qu’encore en 1991 ils ont eu des contacts avec des sous-marins de ce milieu négationniste ? A aucun moment ni Dauvé ni Quadruppani ne nous expliquent comment ils ont pu écrire et cautionner les phrases ignobles que La Banquise publiait sur les camps, et en même temps éprouver une empathie quelconque avec les victimes de l’Holocauste. Certes, leurs textes n’étaient pas antisémites (on comprend donc qu’ils se soient sentis blessés, salis par les calomnies dont on les a bombardés) mais ils ont fait preuve d’une légèreté politique incroyable en traitant de l’Holocauste et de la « question juive ».

Les références constantes aux analyses de Hannah Harendt sur le procès Eichmann et au prétendu caractère « froid, bureaucratique » des meurtres de masse pratiqués par les nazis font bon marché de la réalité du génocide. On n’arrête pas, on ne rase pas, on ne dépouille pas, on n’affame pas des millions de Juifs dans une officine bureaucratique en signant un simple morceau de papier. Ce sont des dizaines de milliers de soldats et de civils qui ont brutalisé, humilié, torturé les Juifs, et cela n’avait rien de froid ni de bureaucratique… Il s’agissait d’un déchaînement de violence, de bestialité, de sadisme et de haine pratiqué contre des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards absolument sans défense. La « froideur » de l’Holocauste constamment invoquée par Dauvé/Quadruppani n’existe que dans leurs piètres tentatives de justification.

Enfin, ce texte évoque sans cesse le poids des liens d’amitié entre les ex de la Vieille Taupe N°1 pour expliquer pourquoi il a leur fallu tellement de temps pour se démarquer bruyamment de Pierre Guillaume. On ne peut que rester incrédule quand on connaît les publications de ce milieu qui a toujours (et avec raison d’ailleurs) dénoncé le copinage des politiciens de gauche avec les politicards de droite, les amitiés entre les intellectuels carriéristes, les dignitaires de l’Eglise, les puissants, les journalistes, etc. Ou bien s’agit-il d’une confidence involontaire ? Le copinage sans principes serait-il un des principes de fonctionnement de nos radicaux chics ? Et pour revenir à la campagne de presse qui s’est abattue sur eux, se sont-ils jamais demandé si leurs provocations stylistiques n’avaient pas contribué à discréditer les idées dont ils se réclament ?




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