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Compil’ n° 1 : "Question juive" et antisémitisme . - Sionisme et antisionisme
Article mis en ligne le 28 avril 2017
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Présentation et sommaire

Présentation

Cette « compil’ » rassemble des textes publiés dans différents numéros de la revue Ni patrie ni frontières depuis 2002, plus quelques traductions inédites d’Emma Goldman, Reginald Reynolds (son contradicteur dans un débat sur le sionisme), Alexander Berkman et Mother Earth (journal qu’anima la célèbre anarchiste) ainsi que la reprise d’un texte des ESRI, Etudiants socialistes révolutionnaires internationaux (anarchistes) qui date de 1900.

Cet ouvrage évoque surtout l’attitude des marxistes et des anarchistes face à la prétendue « question juive », au sionisme et à l’antisémitisme. Notre objectif était d’offrir quelques éléments de réflexion pour comprendre l’évolution des positions de ces courants, leurs hésitations, vacillations et volte-face face à l’existence de la « nation juive » (de la religion juive, du ou des peuples juifs, selon les interprétations), face au sionisme puis enfin face à l’État d’Israël.
Les auteurs sont de tendances très diverses. Les textes ont été choisis, selon l’orientation de la revue, non pas parce qu’ils apporteraient la Vérité, mais parce qu’ils contiennent un certain nombre d’informations historiques et théoriques indispensables pour entamer un débat sérieux.

Contrairement à ce qu’essaient de nous faire croire la plupart des « antisionistes1 », les dérapages antisémites dans les manifs de l’extrême gauche contre la guerre en Irak ou en solidarité avec la Palestine, ou les propos individuels ambigus, voire crapuleux, de certains militants, ne sont pas uniquement le fruit de la politique criminelle et colonialiste des gouvernements israéliens depuis cinquante ans, ou de l’accélération de la violence ignoble de Tsahal depuis la deuxième Intifada contre les civils palestiniens. Ces dérapages verbaux et les amalgames intolérables entre sionisme et nazisme ont une histoire antérieure à 1948.

Il est intéressant de noter que, dans les années 30 et 40, les ancêtres politiques de Sharon traitaient de « complices des nazis » les ancêtres de Rabin, comme l’expliquent, par exemple, Tom Séguev dans Le Septième Million ou Georges Bensoussan dans Un nom impérissable : Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe (1933-2007). Ou que le bulletin officiel de l’Église catholique de France, La Documentation catholique, proclamait en juillet 1949 « que le sionisme était une nouvelle forme de nazisme ». Comme quoi, les « arguments » de l’extrême gauche ou de certains libertaires sont parfois dangereusement proches de ceux de l’extrême droite… sioniste et des calotins antisémites ! Une proximité qui devrait tous nous inciter à s’interroger sur leur bien-fondé et leur pertinence. Mais il faut remonter encore plus loin, aux débuts du mouvement ouvrier, au calamiteux article de Karl Marx (La Question juive), aux délires antisémites de Proudhon et aux propos ignobles de Bakounine sur Marx et les Juifs.

La prétendue « question juive » dévoile en fait les limites de toutes les idéologies révolutionnaires depuis cent cinquante ans, idéologies généralement fondées sur une vision assimilationniste de toutes les ethnies et de tous les peuples ; sur l’illusion que les religions et les nationalismes n’auraient aucun avenir dans un monde capitaliste moderne et développé ; sur une croyance aveugle dans les vertus du progrès technique et scientifique ; sur une foi démesurée dans les effets magiques de la Révolution sociale (qu’elle soit d’inspiration marxiste ou anarchiste) et d’une nouvelle organisation de l’économie par les producteurs eux-mêmes. Et, disons-le clairement, sur une sous-estimation radicale de l’antisémitisme et de ses effets meurtriers au profit d’une surestimation et d’une dénonciation démagogiques de la présence des Juifs au sein des structures du capital financier ou commercial.
Quoi qu’ils en disent, la plupart des « antisionistes » actuels ne s’intéressent guère aux mécanismes du racisme en général, et à ceux de l’antisémitisme en particulier. Ils ne se posent pratiquement aucune question sur les convergences entre certaines formes d’anticapitalisme ou d’altermondialisme et l’antisémitisme déguisé en antisionisme. Pétris de bonne conscience et d’arrogance radicales, ils se croient au-dessus de ces fléaux « secondaires » à leurs yeux. Leurs positions politiques actuelles (« destruction » de l’État d’Israël, comparaisons entre sionisme et nazisme, confusion entre tous les génocides de l’histoire, etc.) ne reflètent généralement pas une compréhension subtile de la façon dont des antagonismes sociaux se doublent de différences fondées sur des identités ethnico-religieuses, aussi fantasmatiques ou nocives soient-elles, du moins aux yeux de partisans du matérialisme philosophique et de la science.

Leur angélisme provient (au mieux) d’une vision très naïve de la nature humaine, d’un matérialisme rudimentaire qui leur sert surtout à ne pas trop s’interroger sur les mécanismes de l’oppression dans les sociétés humaines et les organisations, aussi révolutionnaires fussent-elles.
Paradoxalement, on n’est pas loin d’un messianisme, de type religieux, qui veut nous faire croire qu’un Paradis sans contradictions, sans violence, sans haines, naîtra de la lutte de libération nationale ou de la révolution sociale. Et de ce Paradis, l’URSS des années 1917-1927 (du moins pour les marxistes) aurait été l’antichambre pour les prolétaires, comme pour les Juifs… Du côté des libertaires, on retrouve aussi fréquemment ce refus de prendre en compte l’existence d’une « nation juive », pour les mêmes (bonnes ou mauvaises) raisons que les marxistes, avec un obstacle supplémentaire : l’hostilité traditionnelle des anarchistes à l’Etat en général, et donc à la création de nouveaux Etats qui ne constituent que des structures d’aliénation et d’oppression supplémentaires.

L’intérêt d’évoquer la « question juive » est de pouvoir revisiter pratiquement toutes les questions importantes des théories révolutionnaire : les classes sociales, la nation, le rôle de la classe ouvrière, la religion, l’État, l’histoire du capitalisme, etc., comme en témoignent les différents articles rassemblés dans ce livre.
La démarche politique de Ni patrie ni frontières est expliquée de façon succincte dans : Quelques points de démarcation sur la prétendue « question juive », la nature du sionisme et l’État d’Israël, et Que faut-il entendre par la « destruction » de l’Etat d’Israël ?.
Rappelons que cette revue souhaite donner des matériaux de réflexion variés à ses lecteurs, et non leur dicter une ligne politique qu’ils devraient suivre aveuglément. C’est pourquoi nous ne jugeons pas toujours utile d’exprimer à chaque fois de façon détaillée nos désaccords avec les textes que nous publions, même si certains sont accompagnés ou suivis de commentaires succincts.
Dans les deux premières parties de ce recueil, nous avons donné la priorité aux textes les plus synthétiques (publiés par la revue ou inédits) et qui ouvraient le plus de perspectives de discussion et de réflexion, sans trop coller à l’actualité. Le premier tiers du livre donne la parole à diverses sensibilités marxistes, le deuxième tiers à différents courants anarchistes et le dernier tiers regroupe des textes tous écrits spécialement pour Ni patrie ni frontières (à l’exception de deux d’entre eux) et qui concernent des événements ou des débats plus récents au sein de l’extrême gauche ou du mouvement libertaire.
Bonne lecture et n’hésitez surtout pas à nous transmettre vos critiques !
Y.C. (2010)

P.S. Cette deuxième édition de notre compil’ contient de nouveaux textes. Nous essaierons à chaque réédition de l’enrichir en y ajoutant de nouvelles traductions ou en sélectionnant les articles les plus intéressants de la revue.

1. Le mot « antisionistes » est ici placé entre guillemets parce que ce terme a acquis depuis quelques années une signification douteuse, à force d’être utilisé à toutes les sauces (cf. la série d’articles intitulée « Limites de l’antisionisme »). Antinationalistes, antichauvins ou antipatriotes sont des concepts plus clairs, car le sionisme ne constitue qu’une des formes du nationalisme et du chauvinisme qui divisent la classe ouvrière et dressent les peuples les uns contre les autres. Qu’on le veuille ou non, la nébuleuse « antisioniste » va des fascistes aux islamistes en passant par l’extrême gauche, certains intégristes juifs ou de nombreux intellectuels ou politiciens simplement soucieux des intérêts nationaux de leur Etat dans le jeu géopolitique mondial. Or, il faut absolument éviter certains cousinages, que ce soit au niveau des manifs ou du vocabulaire politique, si l’on ne veut pas tomber dans les pièges de l’antisémitisme.
De plus, la majorité des antisionistes-anti-impérialistes sont en réalité de fervents soutiens du nationalisme de leur propre impérialisme, de l’impérialisme européen ou de certains pays du tiers monde auxquels ils n’hésitent pas à décerner l’étiquette de « progressistes ».

Sommaire

Présentation 3

MARXISTES ET QUESTION JUIVE 6
Savas Michael-Matsas : Sur le marxisme et la question juive 7
Arlene Clemesha : Trotsky et la question juive 22
Gatto Mammone (1936) : Le conflit arabo-juif en Palestine (Bilan) 58
RKD/Communistes révolutionnaires (1943) Appel aux ouvriers Juifs 69
Commentaire de NPNF 73
FFGC (1945) Buchenwald, Maidanek, démagogie macabre 75
Commentaire de NPNF 77
Sean Matgamma De Trotsky au « trotskysme des imbéciles » 78
Alliance for Workers Liberty (Grande-Bretagne) : Comment unifier les prolétaires arabes et juifs 91

ANARCHISME, SIONISME ET ANTISIONISME 99
Freddy Gomez : L’anarchiste et le juif 100
Mina Graur : Anarchisme et sionisme : Le débat sur le nationalisme juif 108
Etudiants socialistes révolutionnaires internationaux : Antisionisme et antisémitisme 120
Alexander Berkman : lettre à Emma Goldman 131
Internationalist (Mother Earth ) : Atavisme national 132
Nestor Makhno : Aux Juifs de tous pays 139
Nestor Makhno : La makhnovsthina 142
Reginald Reynolds (1938) : Les révolutionnaires et la Palestine 147
Emma Goldman (1938) : Lettre à Spain and the World (1938) 153
Reginald Reynolds (1938) : Lettre à l’éditeur de Spain and the World 157
Sylvain Boulouque : Les anarchistes, le sionisme et la naissance de l’État d’Israël 161
Sylvain Boulouque : Anarchisme et judaïsme dans le mouvement libertaire. Réflexions sur quelques itinéraires 170
Rudolf De Jong : Le débat anarchiste sur l’antisémitisme 180
Rudolf De Jong : Quelques remarques générales sur l’anarchisme, « les Juifs », le sionisme et l’anti-sémitisme, avec quelques informations concrètes sur les Pays-Bas 192
Ronald Creagh : L’Horreur ethnocratique - Trois questions sur le Moyen-Orient 195
Guy Izhak Austrian et Ella Goldman : Comment renforcer la solidarité avec la Palestine en gagnant la sympathie des Juifs 203
Dossier négationnisme 210
J. Valjak et M. Argery
Paul Rassinier, le père du « révisionnisme » 212
De l’affaire Faurisson à La Guerre sociale 222
Une question à creuser ? 235

LIMITES DE L’ANTISIONISME 237
Onze points de démarcation sur la prétendue « question juive », la nature du sionisme et l’État d’Israël 238
Qu’entend-on par « destruction » de l’Etat d’Israël ? 242
Steven Grigat : L’antisémitisme, l’antisionisme et la gauche 244
Piotr Kendziorek et August Grabski : L’antisémitisme de gauche renaît-il en Pologne ? 253
Limites de l’antisionisme (1) Un amalgame criminel 264
Limites de l’ « antisionisme » (2) 275
Limites de l’ « antisionisme » (3) 283
Limites de l’ « antisionisme » (4) A propos de Finkelstein et de la crapuleuse expression « Shoah Business » 286
Limites de l’ « antisionisme » (5) A propos de Libertaires et ultragauches face au négationnisme 288
Limites de l’ « antisionisme » (6) Des comparaisons absurdes défendues par La Banquise sur la question juive et le sionisme 290
Limites de l’ « antisionisme » (7) 297
Limites de l’ « antisionisme » (8) James Petras : Un gringo chauvin, antisioniste et… antisémite 302
Limites de l’ « antisionisme » (9) Mossad et enlèvements de jeunes femmes en Argentine ! 307
Limites de l’antisionisme (10) « L’armée israélienne occupe Paris - Résistance ! » : une affiche crapuleuse 309
Limites de l’antisionisme (11)
Pierre Milza : Un professeur fort mal inspiré 311
Bourseiller ou le Baiser du serpent 314
De Deir Yassin (1) à Cana : le résultat d’une politique coloniale suicidaire 316

ASSASSINAT D’ILAN HALIMI : « FAIT DIVERS »
OU MEURTRE ANTISEMITE ? 319
Des caricatures de Mahomet à l’assassinat d’Ilan Halimi 320
Le meurtre d’Ilan Halimi et le malaise de la gauche multiculturaliste 322
Du meurtre d’Ilan Halimi à celui de Chaïb Zehaf : le racisme dans sa continuité 328
Multiculturalisme obscurantiste, antisémitisme et racisme 330




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