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Fédérations de métiers : boîtes à idées ou sections d’entreprises ? (2007)

L’UMP est divisée en 24 fédérations des métiers aux noms parfois amusants ou révélateurs des intérêts de classe qu’elles entendent défendre : métiers de l’air, de l’espace et de la défense ; métiers de l’art et du luxe ; métiers de l’artisanat et du commerce ; métiers de l’audit et du conseil ; métiers de l’économie sociale ; métiers de l’enseignement et de la recherche ; métiers de l’urbanisme et de l’habitat ; métiers de la Banque Finance Assurance ; métiers de la chimie ; métiers de la justice et du droit ; métiers de la mer ; métiers de la santé ; métiers de la sécurité ; métiers de la terre ; métiers des nouvelles technologies de l’information ; métiers du commerce et de l’industrie ; métiers du secteur public ; métiers du sport ; métiers du tourisme.

Article mis en ligne le 5 mai 2017
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Les appellations donnent l’impression qu’il s’agit plutôt d’un rassemblement, de cadres, de chefs d’entreprise, de professions libérales et de responsables policiers que de fédérations destinées à organiser de simples ouvriers ou employés. Ou alors de quelques exploités très arrivistes, le genre à fayoter auprès de leur chef de service ou de leur contremaître et à bosser les concours internes pour piétiner leurs collègues.
On ne s’en étonnera pas, le credo sarko-blairiste est au cœur de ce projet : « Le travail est au cœur des valeurs qui nous rassemblent », affirme le site de l’UMP.
La perspective politique est à la fois interclassiste (on gomme les différences entre patrons et salariés) et corporatiste (on se regroupe par métier) : « salariés, ouvriers, chefs d’entreprise, fonctionnaires, professions libérales, artisans ».
Quant à l’objectif, il est connu : « les réformes dont le pays a besoin ». En clair, le démantèlement des acquis sociaux (Code du travail, Sécurité sociale), des services publics (déjà engagé par la gauche dans de nombreux domaines comme la Poste, les transports, l’énergie, etc.), le « dégraissage » de l’administration (50% des postes non renouvelés), etc.

Quelle est la réalité sur le terrain de ces fédérations professionnelles ? Difficile de le dire. On ne dispose que des chiffres fournis par l’UMP : 13701 adhérents adhéreraient à ces fédérations professionnelles, ce qui constitue un tout petit pourcentage par rapport au nombre officiel d’adhérents de l’UMP ; il y aurait 2 575 « sympathisants actifs », ce qui donne des proportions assez modestes au projet, mais pas ridicules ; « 521 élus des comités professionnels » (pas très clair : que sont ces comités ?) ; « 96 délégués départementaux ; 1142 réunions tenues ; 62 colloques, dîners, débats, cafés politiques ; 60 rapports et contributions présentés ; 192 thèmes de réflexion travaillés ».
En dehors de cet inventaire un peu hétéroclite, on a quand même l’impression que Sarkozy a appliqué à l’UMP les règles du management d’entreprise, tout comme il prétend le faire maintenant à la tête de l’Etat. Constituer une boîte à idées. Bâtir un réseau, créer un « réservoir de savoirs et d’expertises », grâce à un « panel de professionnels » (traduire d’apprentis exploiteurs et d’exploiteurs).

Le bilan pour le moment n’est guère impressionnant mais si l’on va sur le site de chaque fédération, on voit qu’elles ont mis au point un catalogue de « revendications » patronales ou de pseudo-« réformes » qui sont assez concrètes. Ce travail idéologique et pratique, ainsi que l’organisation de 18 colloques thématiques, dans les deux années précédant la présidentielle, a sans doute contribué à donner l’impression aux cadres de l’UMP qu’ils avaient un projet idéologique original, relativement bien ficelé, et traduisant assez fidèlement les intérêts des petits et grands patrons.
La seule question intéressante est de savoir s’ils arriveront à en persuader une fraction suffisante de la classe ouvrière afin que cela paralyse pour un temps toute riposte d’envergure.

Quant à savoir si l’UMP, en dehors de créer des clubs pour cadres et jeunes aux dents longues, est vraiment capable d’organiser les travailleurs, non seulement il est trop tôt pour le dire mais cela semble une perspective assez utopique.
Le FN, qui, lui, avait plus de raisons d’organiser les couches populaires, vu son incapacité à s’infiltrer dans l’appareil d’Etat et à devenir un parti de notables, et les visions fascisantes d’une partie de son appareil, a échoué dans ce projet, même s’il a réussi à placer des hommes dans certains syndicats FO ou dans des syndicats de police ou de petits commerçants.
Mais il faudra surveiller ces tentatives, dont la possibilité pour tout nouveau « syndicat » de se présenter au premier tour des élections syndicales professionnelles donnera une première idée dans les entreprises.

Y.C.




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