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Ni patrie ni frontières !
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Un parti conservateur de masse ? (2007)

Selon les historiens qui ont étudié la droite (1), ce courant serait fondamentalement rétif à l’idée d’un Parti politique centralisé, pour des raisons idéologiques : pour la droite, on sait qu’il est obscène de parler de classes sociales ayant des intérêts divergents, et encore moins de lutte des classes. Dans sa vision de la société, la droite ne tient habituellement compte que des individus qui jouissent (généralement à la naissance) de plus ou moins de « talents » ; ou des « groupements corporatifs » habituellement considérés d’un mauvais œil (surtout d’ailleurs quand ce sont les exploités qui se regroupent). Par contre, le concept de nation a tout son sens pour la droite, à la fois comme mythe fondateur de l’Etat, et pour rassembler toutes les classes derrière la bourgeoisie et son Etat.

Article mis en ligne le 5 mai 2017
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Il faut se souvenir que le gaulliste Chirac dénonçait encore, en 1971, les partis comme des « écrans entre les citoyens et le pouvoir politique ». D’après les historiens de la droite française, celle-ci n’admettait autrefois l’idée d’un parti qu’à condition qu’il s’agisse d’un parti d’électeurs (nous ajouterons, pour notre part, obéissants et bornés), de supporters ou de fans d’un grand chef charismatique.
La droite française a toujours préféré :
– les regroupements de notables,
– les clubs de patrons et de « décideurs »,
– voire même, pour une frange plus extrême, les clubs de réflexion (GRECE – Groupe de Recherche et d’étude sur la civilisation européenne –, Club de l’Horloge), clubs qui auront un rôle important dans la bataille pour l’hégémonie idéologique avant l’élection de 2007,
– les loges maçonniques, etc.
Pour ceux qui l’ont oublié, le GRECE faisait l’éloge de la « différence » (on voit que le multiculturalisme n’est pas loin) ; il réhabilitait les nationalismes (y compris ceux du tiers monde) ; il critiquait la trop grande importance prise par « l’économie » ; il défendait la décolonisation fondée sur l’idée de nation. Pour ce faire, il organisait des colloques aux prétentions scientifiques qui avaient pour objectif de créer des passerelles entre la droite et l’extrême droite et surtout de partir à la conquête idéologique des universités, des médias, etc.
Où l’on voit que, contrairement à ce que prétend Le Monde diplomatique, qui a pourtant consacré de nombreux articles à cette fraction nauséabonde de la droite « intellectuelle », la droite réactionnaire française n’a pas eu besoin de copier l’exemple des néoconservateurs américains. Il lui a suffi d’observer les conditions de la victoire de la gauche en 1981.
Le RPR était un mouvement « bonapartiste » où les élections se faisaient par acclamation (c’est ainsi que Chirac fut élu aux premières assises du RPR). Même le Comité central n’était qu’en partie élu.
Il est intéressant de noter – surtout aujourd’hui que l’UMP et Sarkozy nous bassinent avec des chiffres d’adhérents constamment en hausse (au moins 300 000) – que le RPR aimait lui aussi à une époque brandir des chiffres mirobolants. Or, les chiffres réels du RPR et du PR avant 1981 étaient de 70 000 pour le premier et de 7 000 pour le second, même si ces deux formations annonçaient fièrement 500 000 et 50 000 adhérents ! Les chiffres actuels officiels de l’UMP sont donc inférieurs à ceux qu’annonçait le parti qui l’a précédé. De là à penser que les chiffres réels de l’UMP sont aujourd’hui eux aussi très inférieurs, il n’y a qu’un pas… que nous franchirons allégrement.
Selon les historiens de la droite, trois événements auraient profondément marqué la droite française :
– le succès du PS après le congrès d’Epinay (congrès qui consacre la fusion entre la SFIO – nom du vieux parti socialiste –, la FGDS de Mitterrand et les différents clubs de gauche), et la dynamique enclenchée par ce nouveau rassemblement politique,
– l’adoption du Programme commun en 1974,
– et enfin le séjour de la droite dans l’opposition après la défaite de 1981.
Ces trois événements auraient poussé la droite à changer radicalement d’avis sur l’intérêt d’avoir à sa disposition un vrai parti et pas simplement un réseau de notables ou d’électeurs-fans décérébrés. Et même de copier la gauche jusque dans ses appellations : comité central, bureau politique, secrétariat national, etc.
Il faut noter que ce processus était déjà enclenché par l’usure du gaullisme (le gaullisme chimiquement pur, centré autour de la figure charismatique du Général, n’a duré que quelques années), les rivalités personnelles multiples et les contradictions idéologiques au sein de la droite (gaullistes de gauche et de droite, libéraux divers, centristes ralliés).
Le succès du PS en tant que parti au début des années 80 aurait donc provoqué, de façon lente et chaotique, une dynamique d’union des droites qui a mis très longtemps à se mettre en place (et on peut d’ailleurs se demander si l’UMP sera capable de conserver son homogénéité vu le nombre de chefs, la récente direction collective Rafarin/Devedjian, etc.), mais dont Sarkozy sera peut-être l’ultime artisan.
Dans ce cas, l’objectif du président de la République et de ses partisans serait peut-être de créer un grand parti conservateur, miroir du PS dans son fonctionnement et son implantation.
C’est du moins ce qu’avance, Jacques Serieys, un membre de la tendance PRS du Parti socialiste (2) qui écrit au lendemain des élections présidentielles :
« Depuis que Nicolas Sarkozy a été élu président de l’UMP, les caractéristiques de ce parti ont changé :
– finies les instances nationales essentiellement composées d’élus absentéistes ; voici un Conseil national de 2 500 membres, creuset permettant la structuration d’un réseau national de cadres ;
– finies les seules assemblées générales départementales, voici 3000 cercles locaux chargés de relayer l’orientation politique et de répartir les tâches militantes ;
– finie l’extériorité de la droite par rapport au monde du travail ; voici 24 fédérations professionnelles "conçues à la fois comme boîtes à idées et courroies de transmission dans la société, un peu sur le modèle du Parti socialiste des années 1970 à la grande époque des Groupes socialistes d’entreprises" » (A Gauche n°1083).
N’étant pas du tout spécialiste de la droite, nous ignorons si l’auteur de cet article ne grossit pas un peu le trait et ne se livre pas à des pronostics hasardeux. Nul ne sait si l’UMP réussira son pari et surtout si elle arrivera à empêcher le MODEM d’exister, si elle laminera définitivement le FN, s’imposant ainsi comme l’unique parti de droite.
Ce qu’il y a de sûr, pour le moment, c’est que Sarkozy s’est attelé à cette tâche et qu’il a posé de solides premiers jalons dans cette direction.

Y.C.

1. Histoire des droites en France, trois volumes, NRF Gallimard, 1992. Sous la direction de J.F. Sirinelli.
2. http: //www.prs12.com/article.php3?id_article=3323




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