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Maryam Namazie : L’« islamophobie » n’a rien à voir avec le racisme !

L’article de Peyvand Khorsandi intitulé « La haine pour tout ce qui est islamique » - article qui, très franchement, me rappelle la prose du ministre de l’Intérieur de la République islamique d’Iran - répond très mal - hélas ! - à mon article « Bas les voiles ! Sur le débat à propos des droits des femmes et de la laïcité(1) ». Mon objectif, dans ce texte, était de défendre les principes de la laïcité, la séparation entre la religion, d’un côté, et, de l’autre, l’État, le système éducatif et les droits des femmes face à l’islam politique(2). Dans sa réponse, Khorsandi semble considérer que j’ai surtout évoqué l’« islamophobie » et la guerre en Irak (j’aborderai cette dernière question un peu plus loin).

Article mis en ligne le 1er mai 2017
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Il est significatif que Khorsandi se garde bien d’exposer sa propre position (si tant est qu’il en ait une) sur la laïcité, le voile, les droits des femmes, l’apartheid entre les sexes, l’Islam et l’islam politique, et n’arrive à formuler qu’une seule objection : le racisme.

Khorsandi se trompe lorsqu’il considère comme des racistes ceux qui critiquent une religion, son intervention sur le terrain politique et l’apartheid sexuel qu’elle impose. Il se trompe également lorsqu’il prétend que les opposants au voile seraient hostiles à tous les musulmans ou à toutes les femmes qui portent le voile.

Si c’était le cas, les adversaires du travail des enfants seraient des ennemis des enfants, les adversaires de l’excision les ennemis des jeunes filles et des femmes mutilées, les adversaires de la pauvreté les ennemis des pauvres, les critiques du sionisme des antisémites, etc. Ce n’est absolument pas le cas.

Enfin, Khorsandi confond « islamophobie » et racisme. Encore une fois, cette assertion est inexacte, sur le simple plan des faits. L’islamophobie, peu importe la forme qu’elle prend, n’a absolument rien à voir avec le racisme - quelle que soit l’autorité de ceux qui l’affirment. Seules les phobies dirigées contre tel ou tel peuple en raison de sa race sont à ranger dans la catégorie du racisme, tout comme la xénophobie.

Ni l’opposition à une idéologie, une religion, une culture, un mouvement politique, ni la critique de ces phénomènes ne peuvent être assimilées à du racisme. Ce n’est que dans l’univers extravagant du relativisme culturel du Nouvel Ordre mondial que l’islamophobie est de plus en plus considérée - grâce à une habile manipulation - comme une forme de racisme.

Ceci est un point important et je l’ai souligné à de nombreuses reprises. En effet, ceux qui emploient le terme d’« islamophobie » cherchent à faire taire tous ceux qui critiquent l’Islam, l’islam politique et l’oppression des femmes, en les accusant de racisme.

L’argument utilisé par Khorsandi est fréquemment utilisé par les gouvernements occidentaux, la République islamique d’Iran, le gouvernement saoudien, la Muslim Association of Britain(3), etc., dans ce but. Tout comme le gouvernement israélien qualifie d’antisémites les opposants à sa politique et à l’occupation de la Palestine. Dans un cas comme dans l’autre, ces « arguments » n’ont aucun fondement.

Pour terminer, je voudrai évoquer brièvement les autres « problèmes » soulevés par Khorsandi dans son article. Il est furieux parce que le Parti communiste-ouvrier d’Iran consacre une partie de son temps à dénoncer l’islam politique. Ne pourrions-nous pas, comme tous ces bons vieux nationalistes anti-impérialistes, soutenir n’importe quel régime réactionnaire, y compris celui de Khomeiny en Iran ou les talibans en Afghanistan (allez donc jeter un œil à leur littérature), du moment que celui-ci est « anti-impérialiste » ? Pourquoi refusons-nous donc de fermer les yeux sur ce que ces réactionnaires infligent aux êtres humains qui vivent sous leur férule ?

De notre point de vue, il existe aujourd’hui deux pôles de terrorisme dans le monde - le terrorisme d’État dirigé par les États-Unis d’un côté, le terrorisme islamique de l’autre (cf. le texte de Mansoor Hekmat : « The World After September 11 », « Le monde après le 11 septembre », sur le site marxists.org en anglais). Ignorer le terrorisme islamique est, au mieux, irresponsable, au pire répréhensible, étant donné les carnages que ce terrorisme déclenche. Si l’on part des besoins de l’être humain, comme nous le faisons, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi nous avons combattu les sanctions contre l’Irak, la guerre contre l’Irak, le Nouvel Ordre mondial imposé par les États-Unis, mais aussi le régime islamique en Iran, les attentats du 11 septembre, l’imposition de la charia en Irak, les menaces de mort lancées par un groupe islamique contre Yanar Mohammad(4), etc. Khorsandi ne comprend pas notre point de vue - et cela s’explique sans doute par ses fréquentations politiques, le Socialist Workers Party(5) et la Muslim Association of Britain.

Maryam Namazie

(Traduit par Ni patrie ni frontières)

Notes

(1) Cf. Ni patrie ni frontières N° 6-7 et le site Solidarité Irak (Note du traducteur).

(2) Les Partis communiste-ouvrier d’Iran et d’Irak préfèrent parler d’ « islam politique » (que l’on peut traduire par islamisme) plutôt que de fondamentalisme ou d’intégrisme » (NdT).

(3) Muslim Association of Britain, association de musulmans britanniques liée aux Frères musulmans égyptiens. Voir l’article de Vickim dans cet ouvrage p.304-309 (NdT).

(4) Militante irakienne, dirigeante de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak, et qui a reçu des menaces de mort d’un groupe islamiste (NdT).

(5) Principal groupe d’extrême gauche (trostkyste) en Grande-Bretagne (NdT).




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