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A propos de deux réunions de Ni putes ni soumises et de leurs perturbateurs

Deux réunions de Ni putes ni soumises se sont récemment tenues, l’une à Fontenay-sous-Bois, en banlieue parisienne, l’autre à Villeurbanne, banlieue ouvrière de Lyon. Point commun évident entre ces deux réunions : la présence massive de personnes issues de l’immigration et la présence très minoritaire de « Gaulois » pur jus ou de militants d’extrême gauche.

Article mis en ligne le 1er mai 2017
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Mais des différences aussi dans les thématiques et les interventions à Fontenay-sous-Bois. Des militants du PS et du PCF étaient présents mais sont intervenus plutôt en tant que laïcs et non en tant que militants de leurs partis et surtout sur la question de l’école et de la sécurité.

Ce déséquilibre très visible dans la composition des salles montre qu’un processus de communautarisation dont les formes précises sont l’objet de luttes politiques sévères est bien enclenché en France puisque que les « Franco-Français » ne jugent pas nécessaire d’honorer de leur présence massive ce type de réunions.

Par contre, ce n’est pas le cas des citoyennistes musulmans et des islamistes qui savent très bien faire monter progressivement la pression et tenter de discréditer les orateurs ou les oratrices par toutes sortes de moyens. L’utilisation en première ligne des femmes portant le hijab ne doit pas faire illusion. Leur objectif commun est bien, sous un vernis républicano-citoyenniste (cf. Tariq Ramadan pour le plus « sophistiqué » d’entre eux) en France, multiculturaliste en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, de s’attaquer aux quelques droits chèrement conquis par les femmes et d’enrôler dans leur combat une extrême gauche tétanisée par le Complexe de l’Homme Blanc, imbibée d’idéologie tiers-mondiste, quand ce n’est pas par des considérations fantaisistes sur l’ « islam religion des pauvres » ou « cri de révolte dans un monde sans espoir ».

Dans les réunions de Ni putes ni soumises, les thèmes évoqués ou abordés sont rarement traités sur le fond. Les intervenants se perdent dans les faux débats et les amalgames de mauvaise foi, et chacun jongle avec un catalogue de mots clés : communauté, identité, religion, laïcité, liberté, droits, devoirs République, Etat, colonialisme, racisme, droits de l’Homme, etc.

Dans ces discussions on peut distinguer cependant deux camps principaux.

D’un côté, celui des républicains de tout bord, prêts à tous les opportunismes et toutes les alliances pour défendre et maintenir la « République » qui serait en danger permanent depuis 1789, position politique qui crée de fait un consensus allant de la droite à l’extrême gauche électoraliste, quels qu’en soient les modalités et les arguments tactiques.

De l’autre, un camp hétérogène mais uni sur certains objectifs, celui des citoyennistes-musulmans (plutôt nationalistes français, quitte à faire l’apologie des colonisés – tirailleurs sénégalais et autres – morts pour défendre l’impérialisme français pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale) et les islamistes (plutôt internationalistes en raison de leurs sources de financement et surtout de leur souhait d’étendre la domination de l’Islam à la planète). Ces deux tendances, même si elles se détestent cordialement, mènent un combat parallèle pour qu’on leur accorde le droit de construire des mosquées et de pratiquer dignement leur culte (ce qui est un droit démocratique élémentaire). Mais elles veulent aussi que la religion (l’islam mais aussi les autres cultes, d’où de curieuses convergences avec l’Eglise catholique et certains représentants des « communautés » juive et protestante) occupe plus de place dans la vie sociale et politique, dans l’Education nationale, etc. Ils tâtent le terrain, ne sachant pas toujours vraiment jusqu’où ils peuvent aller… trop loin. Mais il semble néanmoins qu’ils veulent imposer une forme plus ou moins poussée de ségrégation des sexes dans l’espace public (1) (ce qui ne peut rencontrer que notre opposition déterminée) et une moralisation qui ressemble fort à une normalisation totalitaire à l’iranienne, sous couvert de critiquer l’image dégradante de la femme ou l’utilisation du sexe dans la publicité – ce qui donne lieu là aussi à une autre convergence curieuse avec les Chiennes de garde et les « antipub », classés plutôt à gauche voire à l’extrême gauche pour les seconds.

Citoyennistes-musulmans et islamistes-internationalistes cherchent à se concilier les bonnes grâces des véritables exclus de la « démocratie, des droits démocratiques les plus élémentaires (droit au travail, à la reconnaissance, à l’expression, etc.) : les prolétaires immigrés et leurs descendants qui font les plus sales boulots, quand ils arrivent à trouver du travail, et vivent dans les quartiers ouvriers où le chômage les frappe de plein fouet avec tous les maux qui l’accompagnent.

Constamment soumis aux amalgames entre « banlieues » et « voyous » ou islamistes, etc., ils recherchent une reconnaissance, ils souhaitent un dialogue, mais souvent de manière agressive, tâtonnante, sans avoir ni culture politique, ni repères de classe, ni boussole, ni perspectives politiques globales.

Etant donné que l’extrême gauche laisse le terrain de l’immigration depuis des dizaines d’années aux nationalistes tiers-mondistes, aux imams, aux associations fliquées par les consulats et les polices politiques, il est déjà miraculeux qu’une petite frange ait quand même trouvé le chemin des organisations d’extrême gauche, comme on a pu le constater par exemple lors des meetings électoraux cette année.

Malheureusement il semble peu probable que ces militants soient en mesure de freiner l’évolution chaotique et encore incertaine vers un renforcement du repli communautaire et religieux au détriment de la solidarité de classe indispensable.

Notes

1. En Grande-Bretagne, cette ségrégation est déjà avalisée par la plupart des groupes d’extrême gauche grâce au soutien militant et idéologique actif de la principale organisation trotskyste britannique, le SWP. Ainsi, on a entendu des orateurs invoquer le nom d’Allah et lancer des chants religieux musulmans lors des rassemblements contre la guerre ou imposer que des femmes voilées, si elles le « voulaient », soient parquées dans un coin de la salle, à l’égard des hommes, lors de meetings contre l’intervention américano-britannique !

(Y.C., Ni patrie ni frontières n° 8-9, mai 2004)




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