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54-55 Sommaire
Article mis en ligne le 29 avril 2017
dernière modification le 30 avril 2017
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* N° 54-55

Présentation

Comme l’écrivent Nicolas Lebourg et Jean-Yves Camus, « (...) lors de l’abandon de franges entières de la population à la violence économique, en l’absence à gauche d’un mouvement social apte à produire une “cons-cience de classe” produisant une identité collective, ou, en l’absence, à droite, d’un mouvement idéologique apte à légitimer la hiérarchisation so-ciale, c’est la rationalisation raciale qui prend le dessus et divise le corps social selon ses critères ». Ce que ces auteurs écrivent à propos des grou-puscules fascisants du Pouvoir blanc dans différents pays s’applique parfai-tement à la période actuelle et aux nostalgies identitaires qui s’expriment, à gauche comme à droite, et donnent lieu à de multiples manipulations poli-tiques.

Pour poser le contexte économique et social de ces mouvements identi-taires, ce numéro s’ouvre sur un texte du groupe allemand Wildcat analy-sant l’évolution de « la classe ouvrière mondiale » depuis les années 1970. En effet, « contrairement aux sophismes trop répandus la classe ouvrière est en expansion permanente », comme l’annonçait le titre d’un livre de Si-mon Rubak paru aux Editions Spartacus en 1972. Il est utile de rappeler cette « vérité » élémentaire en une période où l’on ne parle plus que d’« identité », qu’elle soit ethnique, religieuse, sexuelle, nationale, de « genre », etc. – quand les militants d’extrême gauche ou anarchistes ne tombent pas dans l’apologie délétère de la race, prétendument « sociale ».

Deux articles de La voix des sans papiers exposent leur position sur le faux débat autour des prétendues différences entre (mauvais) migrants éco-nomiques et (bons) réfugiés politiques. Un long dialogue s’instaure ensuite avec Nad autour de l’articulation possible entre antiracisme et lutte de classe, en évoquant notamment les positions catastrophiques du groupus-cule identitaire qu’est le PIR et celles de la mouvance plus large, surtout universitaire mais aussi militante, dans laquelle il évolue.

Plusieurs textes dénoncent avec virulence la Marche pour la dignité et contre le racisme qui s’est tenue le 31 octobre 2015. Ces critiques sont par-fois justes mais restent très insuffisantes, car elles ignorent les sources d’inspiration des identitaires de gauche et surtout elles ne proposent ni ana-lyses ni actions alternatives contre le racisme.

Nous abordons ensuite la question du social-chauvinisme, de ses porte-parole intellectuels (Ariès, Lordon, Michéa, Todd, etc.) et médiatiques (Le monde diplomatique, Politis, Marianne, etc.) qui diffusent ce qu’il faut bien appeler la peste identitaire gauloise-républicaine qui ne vaut pas mieux que la peste identitaire tiers-mondiste dopée au postmodernisme.

Le problème de l’antisémitisme de gauche est ensuite analysé, notam-ment sous l’angle, sous-estimé, de son utilité politique et symbolique.

Temps critiques nous expose ce que ce groupe-revue appelle « l’angle mort du 13 novembre » 2015.

Nous revenons sur quelques idées préconçues et clichés fort répandus sur le Front National ainsi que sur la réalité de son implantation en milieu ouvrier.

Un camarade néerlandais nous décrit la récente vague de mobilisation raciste orchestrée par Geert Wilders (le copain de Marine Le Pen) contre les réfugiés aux Pays-Bas et les tentatives militantes de l’enrayer. Généra-lement la « Hollande », bien qu’elle soit absente des références internatio-nales habituelles des militants français, nous indique le pire de ce qui nous attend en matière de régression sociale et politique (traitement du chô-mage, généralisation du temps partiel, réformes de l’éducation et de la fonction publique, privatisation des services publics, diffusion de l’idéologie national-populiste, racisme antimusulmans, etc.), en particulier parce que le mouvement ouvrier est faible dans ce pays.

Enfin une camarade nous fait découvrir, à travers la critique d’un livre paru en anglais, ce qu’a été la Ligue des ouvriers noirs révolutionnaires de Détroit, dans les années 1970, organisation dont les positions étaient à des années-lumière, malgré ses limites, de la bouillie identitaire-de-gauche ac-tuelle.

Bonne lecture !

Wildcat : Sur la classe ouvrière mondiale

Proposition de Charte mondiale des migrants 37

La voix des sans papiers : La lutte des réfugiés de La Chapelle.

Demandeurs d’asile ou sans papiers ? 39

La voix des sans papiers : Nous sommes tous des réfugiés

économiques ! 44

***

Dialogue autour du PIR et de l’articulation entre antiracisme et

lutte de classe 49

Avant-propos de Nad 50

1. Sur les origines et l’évolution des Indigènes de la République 61

2. Le PIR partage et propage l’idéologie identitaire dominante 70

3. Critiques violentes contre la gauche mais propositions politiques très

modérées 75

4. Le PIR est une organisation nationaliste qui invente ou glorifie les

identités ethnico-religieuses... 80

5.... et qui voudrait jouer le rôle d’un think tank « décolonial » 83

6. Les contorsions du PIR face à l’homophobie et au sexisme 84

7. Le PIR minimise et manipule l’antisémitisme 93

8. Le PIR défend les obscurantismes religieux 104

9. Le PIR soutient l’islam politique 107

10. Le PIR essaie de « marcher sur deux jambes » mais promeut le

corporatisme ethnique et religieux 109

11. Le PIR a-t-il un avenir ? 113

Annexe : Sur la lutte contre l’antisémitisme en France 116

Polémiques 253

A propos de quelques nouveaux mensonges de Bricmont 254

L’UJFP pratique la politique de l’autruche face aux tenants de

l’antisémitisme de gauche 256

Quand l’UJFP manipule sans précaution ni rigueur la pensée complexe et paradoxale de Yeshayahou Leibowitz 262

A propos du dernier livre d’Emmanuel Todd : les « anti-Charlie »

primaires auraient-ils enfin trouvé leur « Taguieff » ? 268

Roberto Massari : « Desaparecidos », appelez-moi Bergoglio 277

Patsy : Divergences ou nuances ? 283

Temps critiques : Dans l’angle mort du 13 novembre 291

Du Front national et de sa démagogie « sociale » 313

FN et classe ouvrière 315

Clichés sur le FN 330

Antifascisme en France 341

Peter Storm :Vague raciste aux Pays-Bas 347

Livres

Camille Estienne : A propos du livre de James A. Geschwender, Class, Race, and Worker Insurgency – The League of Revolutionary Black

Workers, Cambridge University Press, 1977 354

***

Ni patrie ni frontières, n° 54-55, février 2016, « Nostalgies et manip’ identitaires », 12 €.

C’est de nouveau une copieuse livraison que nous propose Yves Cole-man avec ce double numéro dépassant les 350 pages. Le volume s’ouvre par un article du collectif allemand Wildcat, matérialisé dans une revue, qui analyse en profondeur la prolétarisation du monde contemporain. Consta-tant sa mobilité croissante et l’approfondissement de l’écart entre les prolé-taires qualifiés et ceux qui le sont peu, ils concluent à l’émergence d’une véritable classe ouvrière mondiale, surpassant les classes ouvrières natio-nales, dont ils déduisent l’actualité de la lutte révolutionnaire qu’elle peut mener (la période 2006-2013 est d’ailleurs à leurs yeux une phase élevée de luttes) ; pour cela, l’occupation des places et les manifestations des classes moyennes ne peuvent aucunement remplacer les grèves et le blocage du processus de production. Est ainsi sensible un optimisme révolutionnaire marqué, puisque cette classe ouvrière mondiale est susceptible de générer par ses capacités propres de nouvelles formes d’organisations. Une « Pro-position de Charte mondiale des migrants » réaffirme les grands principes d’égalité entre migrants et nationaux, une démarche qui nous semble sur-tout incantatoire. Plusieurs extraits de La Voix des sans-papiers insistent plus concrètement sur le refus de différencier dans leur traitement réfugiés politiques et migrants économiques, tout en critiquant l’action de certaines associations (comme France Terre d’asile) qualifiées de complices de l’État dans l’application de sa politique migratoire sélective.

Un substantiel dossier revient une fois encore sur le PIR et les Indigènes de la République. C’est sous la forme de questions de militants néerlandais que Nad et Yves Coleman s’expriment. Le premier relativise l’impact limi-té aux classes moyennes intellectuelles du phénomène Indigènes, salue leur utilité dans le retour de problématiques liées aux questions de couleur, et relie le discours réactionnaire du PIR à l’évolution récente de la gauche ra-dicale (« nationalisme échevelé, technophobie, discours anti-scientifique, apologie des sociétés précapitalistes et des ordres anciens », p. 65). Yves Coleman, pour sa part, insiste sur la volonté d’hégémonie intellectuelle du PIR, et fait ce constat sur leur objectif fondamental : « En fait, les postmo-dernes, et donc aussi les Indigènes, ne souhaitent nullement renverser le capitalisme (…) leur « priorité » essentielle, pour ne pas dire leur fonction essentielle, est de faire respecter les « traditions » nationales, ethniques et religieuses « non blanches », sous un prétexte radical : celui de l’anti-impérialisme et de l’anticolonialisme. » (p. 90) Ce qui passe aussi par un éloge de la religion – l’article d’Houria Bouteldja « Du sacré des Damnés de la terre et de sa profanation » – et un rejet du métissage assez saisissant. La Marche des femmes pour la dignité (MAFED), du 31 octobre 2015, ini-tiative lancée par le PIR1, a généré plusieurs réactions militantes repro-duites ici : un texte anarchiste « contre le racialisme », utile, a tendance à tordre le bâton dans l’autre sens2, tandis que le collectif « Identité j’t’emmerde » propose une synthèse percutante sur le PIR, faisant le jeu du capitalisme et de la bourgeoisie. Yves Coleman, de nouveau, propose jus-tement une grille de lecture du racisme inspirée de celle d’un chercheur américain, James A. Geschwender, en quatre points : vision assimilation-niste, vision axée sur les préjugés individuels à faire disparaître, vision de classe, et vision de nation opprimée, chacune ayant ses forces et ses fai-blesses (la préférence allant évidemment aux deux dernières). Yves Cole-man effectue également un retour historique sur la notion contestable de « race sociale », et propose une longue analyse du social-chauvinisme, sous un angle bien trop large (allant de l’extrême gauche à l’extrême droite). Ce faisant, il dénonce les liaisons dangereuses de plusieurs figures intellec-tuelles, Emmanuel Todd, Denis Collin ou Jacques Sapir, en lien avec ce « souverainisme », mais l’ampleur de la tâche mériterait un ouvrage entier, permettant un élargissement des citations reproduites et une mise en pers-pective accrue.

Autre dossier, celui consacré à l’antisémitisme de gauche, un combat essentiel de Ni Patrie ni frontières. Yves Coleman propose pour l’occasion des définitions utiles et larges (sur le juif qui l’est, s’il se ressent comme tel, par exemple), parfois en versant dans l’excès (« Donc méfions-nous des raisonnements « philosémites »… ils cachent parfois un antisémite qui s’ignore ou un antisémite déclaré. », p. 214, rendant la réalité encore plus complexe qu’elle n’est déjà !). Outre ces rappels lexicologiques précieux, on en retiendra les points d’appui possibles d’un basculement de l’antisionisme vers l’antisémitisme, qui doivent être articulés ensemble pour conclure à un tel basculement : exagération de l’importance du judéo-cide par les Juifs, refus de l’autodétermination juive, utilisation de clichés antisémites à l’égard d’Israël, comparaison systématique de la politique de ce dernier avec celle des nazis, perception des Juifs comme un lobby cos-mopolite au service d’Israël (pp. 215-216). Des documents reproduits illus-trent la force de ces préjugés anti-juifs : une correspondance de 1938 avec le secrétaire général de la CNT espagnole, visant à proclamer la fin du rejet des Séfarades du XVe siècle et l’appel à leur retour, se heurte à l’identification que fait Mariano Vazquez entre les Juifs et les capitalistes…

Du reste de ce numéro double, nous retiendrons surtout une critique du livre Qui est Charlie ? d’Emmanuel Todd par Yves Coleman, qui met en exergue sa méthodologie bien peu scientifique, et une analyse par Temps critiques des événements de novembre 2015 à Paris, insistant sur le retour du religieux qu’il révèle, retour qu’il s’agit d’analyser correctement et de comprendre. Toujours œuvre du collectif Temps critiques, une analyse du Front national fort intéressante, qui, écartant la caractérisation de fasciste, n’en confirme pas moins sa dangerosité politique, sa xénophobie, et insiste sur sa stratégie calquant celle du PCF d’après-guerre afin de conquérir des municipalités comme celle d’Hénin-Beaumont. Un article d’Yves Cole-man, « Sur l’antifascisme en France », fait à bien des égards office de réca-pitulatif de sa pensée. Il critique en effet le manque d’efficacité réelle de l’antifascisme trotskyste et anarchiste/autonome, ce qui lui donne l’occasion de réaffirmer des fondamentaux : destruction de l’État, lutte contre tout nationalisme, caractère déterminant du militantisme extra élec-toral, et révolution de et d’abord pour la classe ouvrière. Enfin, un témoi-gnage de militants néerlandais permet de mieux appréhender la vague de racisme qui existe dans ce pays depuis 2015, aboutissant à de véritables mobilisations et affrontements dirigés contre les réfugiés, ce qui, pour les auteurs, autorise à parler d’un danger fasciste de plus en plus réel. (Jean-Guillaume Lanuque, Dissidences)

1 Avec la forte implication d’Houria Bouteldja, de Ismahane Chouder (fondatrice de Participation et spiritualité musulmane – PSM), très impli-quée dans la défense des valeurs les plus traditionalistes, voire réaction-naires (elle participe à la Manif pour tous contre le mariage homosexuel de Lyon en 2013, sous la banderole « On veut du boulot, pas du mariage ho-mo », en ligne sur le site de PSM : http://www.psm-enligne.org/index.php/activites/rhones-alpes/2292-au-coeur-de-la-manif-pour-tous).

2 « On est « noir » ou « blanc » (…) par choix, par assignation ou par intériorisation des catégories du pouvoir. » (p. 124).



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