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52-53 Sommaire
Article mis en ligne le 29 avril 2017
dernière modification le 30 avril 2017
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Lieu commun « gauchiste »

Ce numéro est divisé en deux parties : la première présente des textes écrits par différents auteurs iraniens, français et anglais entre 2001 et 2015, avant les massacres du 13 novembre. Ces articles offrent plusieurs interpré-tations de l’islamisme mais aussi des enjeux géopolitiques après l’effondrement des démocraties populaires et de l’URSS et après les atten-tats du 11 septembre 2001. Ils questionnent aussi des notions comme celles de « terrorisme », d’« impérialisme » ou de « proto-Etat » et s’interrogent sur le retour de la religion ou le recours à la religion dans le monde actuel par cer-taines forces politiques.

Ils contiennent plusieurs articles écrits par les trotskystes de l’AWL1, groupe qui n’a pas abandonné la défense de l’athéisme ni celle de la sépara-tion des Eglises et de l’Etat, ne soutient pas les mouvements « antiimpéria-listes » réactionnaires comme le Hamas et le Hezbollah et n’a aucune ten-dresse pour l’islamisme, qu’il soit « modéré » ou « radical ». En dehors des questions théoriques et géopolitiques, il nous a semblé intéressant de repro-duire plusieurs textes de ce groupe dans la mesure où les questions con-crètes qu’il se pose correspondent aussi à des problèmes auxquels les mili-tants français feraient bien de réfléchir...

Nous présentons ensuite des textes du groupe-revue Temps critiques. Nous les avons placés à part, dans un ordre chronologique comme les 1 A plusieurs reprises, j’ai exprimé mes désaccords avec ce groupe notamment sur l’interdiction du hijab dans les écoles (soutenue par la majorité des mili-tants de cette organisation) ou la vision très schématique de l’islam que cer-tains d’entre eux propagent (cf. le bref article à ce sujet dans ce numéro page 161). Je ne partage pas davantage leur soutien critique à Jeremy Cor-bin, le nouveau dirigeant du Parti travailliste, leur léninisme et leur trots-kysme soft ou leur analyse de l’anarchisme (cf. « Cinq petites choses que les trotskystes devraient savoir sur les jeunes anarchistes d’aujourd’hui », NPNF n° 50-51, juin 2015). Mais ces camarades ne forment pas un groupe monolithique ; ils acceptent le débat interne comme dans les colonnes de leur journal ou dans leurs réunions publiques et ne refusent pas qu’on leur porte la contradiction, vertu assez rare dans l’extrême gauche.

Sommaire

PREMIERE PARTIE : des origines de l’islam politique et comment le

combattre 3

Colin Foster : Treize questions sur le terrorisme, l’intégrisme et l’antiimpérialisme

(2001) 5

Mansoor Hekmat : Le monde après le 11 septembre (2001) 16

Clive Bradley (AWL) : D’où vient l’islam politique (2002) 35

Vickim : Qu’est-ce que la Muslim Association of Britain ? (2004) 71

Clive Bradley : Quelques ouvrages sur les complexités de l’islamisme,

(2005), 75

Ardeshir Mehrad et Yasmine Mather (2006) : Les rapports de classe

de l’islam politique avec le Capital et avec les classes sociales 79

Sean Matgamma : L’islam politique, fondamentalisme chrétien, le

marxisme et la gauche aujourd’hui (2007) 107

Sarah Ley : Sur le féminisme islamique (2007), 114

Charlie Salmon : Comment rompre avec l’islamisme (2007), 119

NPNF : Quelques brèves remarques sur les motivations des

commandos-suicides islamiques (2008) 124

Martin Thomas : De l’islam politique au clérical-fascisme (2008), 125

Martin Thomas : Sur le manifeste classique de l’islamisme politique

(2011), 133

Daniel Randall ; Sur la pseudo-théorie du « retour de bâton » (2013),

136

Stephen Wood : Les origines de l’« Etat islamique » (2014), 139

Matt Cooper : A propos d’un livre sur l’Islam britannique – Medina in

Birmingham, Najaf in Brent : Inside British Islam d’Innes Bowen (2014)

144

Stuart Jordan : De la scolarisation des « Jihadi John » (2015), 151

AWL : Comment lutter contre Daech (2015), 154

Clive Bradley : Comment pouvons-nous saper les islamistes ? (2015)

158

Ceux qui veulent le pays pour tous : « Terrorisme » ne permet pas de

rendre compte de ce qui s’est passé, c’est d’une proposition en actes, d’une

politique criminelle dont il faut parler (2015) 163

Deuxième partie : trois textes de Temps critiques 166

Jacques Guigou : Précisions sur le terme de « communauté humaine »

(Gemeinwesen) 166

Temps critiques :Al Qaeda un proto-État ? Confusions et méprises

(2000) 168

Temps critiques : Soubresauts (2003) 173

DEUXIEME PARTIE : Réactions après les massacres du 13 novembre

199

Stephane Julien : Pas une deuxième fois en se taisant 201

Des anarchistes : Comme tombés du ciel 203

Patsy : Fanatisme religieux et néoconservatisme (Patsy) 208

Ni patrie ni frontières : Sur quelques discours automatiques à propos

des massacres du 13 novembre 2015 à Paris 210

Réponse de Patsy 216

Ni patrie ni frontières : Convergences et divergences 228

Parti communiste international : Attentats de Paris : Le capitalisme est

responsable. Guerre de classe contre le capitalisme ! 235

Karlchen : Vendredi 13 novembre 2015 : Plus que jamais, il faut

refuser l’unité nationale ! 239

Terrorisme et Etat islamique : présentation de Jacques Wajnsztejn 241

Temps critiques : Vernissage d’une antiquité, le « défaitisme

révolutionnaire » 242

Jacques Guigou : Etat islamique ou communauté despotique 249

Mouvement communiste : Combattre la supercherie du discours

guerrier de l’État - La guerre de classe est la seule réponse possible aux

assassins de masse 252

Nicolas Dessaux : Qu’est-ce que l’Etat islamique ? Éléments d’analyse

marxiste 257

Maryam Namazie : Attaques sur Paris : la réponse doit être une

résistance humaine globale à l’islamisme 264

Lettre de Houzan Mahmoud, militante communiste et féministe kurde

d’Irak 267

Nicolas Dessaux : Comment François Hollande voudrait lutter contre

l’État islamique 269

Regroupement révolutionnaire caennais : Attentats à Paris : des

conséquences prévisibles 273

Groupe anarchiste Salvador-Seguí (FA) : Le combat social, voilà la

guerre véritable. Après les attentats du 13 novembre, voilà que l’État

reprend ses méthodes terroristes 277

Groupe Regard noir (FA) Communiqué 280

André Dréan : Lettre ouverte au site libertaire, « Sous la cendre » 283

NPNF : Bêtisier : Pour éviter de traiter du terrorisme islamique la revue

« marxiste » en ligne Période publie une réflexion « morale » sur les crimes

de guerre de...(devinez qui ?) 288

Pierre Rousset et François Sabado : Les attentats du 13 novembre à

Paris : la terreur de l’Etat islamique, l’état d’urgence en France, nos

responsabilités 290

Ceux qui veulent le pays pour tous : Qu’est-ce que la guerre

aujourd’hui ? Et de la nécessité de penser une politique de paix 300

Jacques Wajnsztejn : L’Etat et la qualification de l’ennemi 302

CNT-AIT : Seule la Raison peut s’opposer à la folie 305

CNT-AIT : Islamisme, pour une approche rationnelle 309

****


52/53 Un billet de Christian Beuvain et Jean-Guillaume Lanuque

Ce volume double de Ni Patrie ni frontières, publié au lendemain des attentats de Paris, reprend en réalité des thématiques déjà abordées à plu-sieurs reprises dans la revue. La majorité des textes reproduits ici date d’ailleurs d’avant les attentats, réflexions s’inscrivant dans le contexte nou-veau ouvert par le choc du 11 septembre 2001. Plusieurs de ces auteurs (Colin Foster, Clive Bradley, Martin Thomas1) sont des militants d’un groupe trotskyste britannique, opposé au SWP, Alliance For Workers Li-berty (AWL), « groupe qui n’a pas abandonné la défense de l’athéisme ni celle de la séparation des Églises et de l’État » (Yves Coleman, présenta-tion, p. 1). Ils critiquent ce qu’ils dénomment « l’anti-impérialisme de gauche », au nom d’une défense radicale de tous les droits démocratiques, dont justement les courants populistes de gauche et d’extrême gauche anti-impérialiste ne s’occupent pas, voire dénoncent comme une invention « oc-cidentale »2. L’article de Clive Bradley, intitulé « D’où vient l’islam poli-tique ? » (2002), qui tranche avec les analyses d’une certaine extrême gauche accordant un « soutien critique » aux revendications islamiques, est particulièrement pertinent. Solide et référencé, il propose une explication sociale de l’essor de l’islamisme, critique la complaisance de la gauche vis-à-vis de l’Iran, et expose la thèse d’une « décosmopolitisation » des socié-tés du monde arabe dans le cadre des révolutions nationales des années 1950, facteur propice au développement de l’islamisme. Concluant à la na-ture « fascisante » de ces mouvements, il défend la nécessité d’une cons-truction du courant révolutionnaire en dehors de sa sphère d’influence. La théorie dite du « retour de bâton », qui insiste sur la responsabilité pleine et entière de l’impérialisme dans l’émergence du terrorisme islamiste, est aus-si rejetée, au profit d’une pluralité d’explications intégrant, car elles ne sont pas niables, les responsabilités des grandes puissances (« Sur la pseudo-théorie gauchiste du « retour de bâton » », p. 128). Enfin, l’AWL accorde un soutien explicite aux Kurdes dans la lutte contre Daech, plutôt qu’aux puissances occidentales ou régionales : « Soutenir les forces kurdes, s’assurer qu’elles soient armées. La façon dont les Kurdes se défendent offre un contraste positif avec toutes les autres formes de confrontation physique avec Daech. », (« Comment lutter contre Daech », p. 148).

De manière plus générale, beaucoup de ces textes posent des questions essentielles (« N’est-ce pas faire preuve d’islamophobie que de supposer que tous les musulmans soutiennent la politique des fondamentalistes ? », p. 69 ; « Si de prétendus marxistes accordent du crédit à l’islam politique c’est parce que, dans une période de triomphalisme de la bourgeoisie, ils ont perdu confiance en eux-mêmes, et non pas parce que les islamistes au-raient esquissé le moindre pas vers la gauche. », p. 120) tout en faisant par-fois preuve de quelques illusions d’optique (une tendance à surestimer l’importance de l’Iran, chiite, dans l’islam politique, puisque 85% des mu-sulmans du monde sont des sunnites). Un article paru dans Carré rouge en 2006, « Les rapports de classe de l’islam politique avec le Capital et avec les classes sociales », d’Ardeshir Mehrdad et Yasmine Mather, particuliè-rement touffu, insiste sur les mutations profondes du champ social impul-sées dès avant la prise du pouvoir par les islamistes, modifiant les condi-tions de toute lutte militante. Un autre article, paru dans Solidarity en 2014, présente un tableau fort utile des courants de l’islam au Royaume-Uni, do-miné par les émigrations indienne et pakistanaise (« A propos de l’islam britannique », p. 135). Les travaux d’un Gilles Kepel reviennent également à plusieurs reprises, en tant que source précieuse d’informations et d’analyses, même si certaines de ses conclusions sont critiquées (ainsi du déclin de l’islamisme pronostiqué dans Jihad). Les analyses du collectif Temps critiques sont plus exigeantes, plus hétérodoxes dans leur dimension marxiste également. L’impérialisme appartient en effet selon eux au passé, dépassé par une marche vers la totalité capitaliste, et l’islamisme radical ac-tuel combine à leurs yeux éléments de « pré-modernité » et de « néo-modernité ».

La partie spécifiquement consacrée aux réactions vis-à-vis des attentats de novembre 2015 est relativement variée, combinant des réactions parfois incantatoires (« Attentats de Paris : le capitalisme est responsable ! Guerre de classe contre le capitalisme ! », du Parti communiste international). Des « anarchistes d’ici et d’ailleurs » développent une des meilleurs explica-tions, prenant au sérieux le communiqué de Daech sur Paris capitale de « l’Europe croisée fornicatrice ». Ils dénoncent la religion, critiquent ces croyances et ces dogmes, y compris dans leurs formes les plus modérés, dans la lignée d’une tradition anticléricale et athée plus que centenaire, qui leur font affirmer : « Il n’y a pas de religion des opprimés, seulement des religions qui oppriment » (« Comme tombés du ciel », p. 194). Ces liber-taires fustigent, exemples précis à l’appui, ceux de leurs ex-camarades, qualifiés de « pacotille » (Alternative libertaire, site Sous la cendre), qui, ayant oublié (comme tant d’autres à l’extrême gauche) que « des Maghré-bins peuvent être athées » (p. 266) escamotent allègrement toute critique de la religion voire acceptent des propos antisémites et complotistes pour ne pas désespérer de « jeunes islamisés ». Yves Coleman, avec « Sur quelques discours automatiques à propos des massacres du 13 novembre 2015 à Pa-ris », livre des réflexions très stimulantes, initiant de la sorte un échange riche avec Patsy, militant libertaire. De même, la prise de position de Pierre Rousset et François Sabado, membres de la IVe Internationale, « Les atten-tats du 13 novembre à Paris : la terreur de l’État islamique, l’état d’urgence en France, nos responsabilités », est d’une louable clarté. Les responsabili-tés de l’impérialisme, selon les auteurs, ne doivent pas dissimuler celles, propres, de Daech (« (…) l’État islamique doit être appréhendé pour ce qu’il est, pas comme la simple ombre portée de l’Occident. », p. 274-275). S’inscrivant en faux contre les arguments avancés dans la presse de leur propre famille politique, ils écrivent : « (…) lorsque Daesh massacre les Yezidis parce qu’ils sont Yezidis, réduit des populations à l’esclavage, vend des femmes, déstabilise le Liban, pousse aux extrêmes les violences interconfessionnelles (notamment à l’encontre des chiites), quel est le rap-port avec un supposé anti-impérialisme ? » (p. 275). Ils appellent, comme l’AWL et le Regroupement révolutionnaire caennais (p. 256-259), à un soutien des oppositions kurdes ou yezidis, y compris leur armement effec-tif. Enfin, l’interview de Nicolas Dessaux sur la nature de classe de Daech est importante, confirmant les divergences, à la limite de la rupture, qu’il peut y avoir, au sein de l’extrême gauche. Se dessine ici une opposition tranchée entre des analyses privilégiant le « bas » (les djihadistes et com-battants à qui on cherche des justifications socio-politiques, occultant sciemment le fait que de nombreux jeunes Européens djihadistes ne vien-nent pas des classes populaires opprimées, mais des classes moyennes (comme les convertis, par exemple) et d’autres, telles celles de Dessaux, se concentrant avant tout sur le « haut » (Daech comme coagulation de frac-tions bureaucratiques et militaires évincées d’Irak et de Syrie), bien que ces éléments d’analyse doivent être enrichis pour aboutir, selon son vœu, à « une lecture matérialiste, marxiste » (p. 247) de Daech. Pour être com-plète, cette lecture ne devrait-elle pas prendre au sérieux l’idéologie reli-gieuse, qui est loin d’être un simple habillage de la lutte pour le pouvoir (p. 244), comme le pense cet auteur ?

Pour conclure, on se doit de remarquer que quelques auteurs, malgré les réticences d’Yves Coleman et de Patsy à les suivre sur ce terrain (p. 195 et 200), osent comparer Daech à du fascisme, (ce qui ne manquera pas de leur être reproché vertement), que ce soit sans ambiguïté (Stéphane Julien3, p. 189, Martin Thomas, p. 123) ou encore prudemment, sous une forme inter-rogative, par Pierre Rousset et François Sabado (p. 275). Si l’on y ajoute les textes de Michel Surya, Capitalisme & Djihadisme (Lignes) et d’Alain Ba-diou, Notre mal vient de plus loin (Fayard)4, peut-on dire qu’un tabou sé-mantique vient d’être brisé ? Son principal mérite ne sera-t-il pas de démo-nétiser tout l’appareillage idéologico-sémantique des tenants du relativisme culturel et du soutien critique aux identités et à « l’islam religion des domi-nés », pour enfin aborder, objectivement et historiquement, le rôle et les usages du djihadisme, forme politique du retour du religieux, localement et mondialement ? A moins que se rabattre sur cette catégorie politique con-nue – employée de surcroît par des « penseurs » médiatiques et les médias de droite/extrême droite – annihile toute tentative critique de partir de la re-ligion pour comprendre et combattre le terrorisme islamiste ? C’est ce que pense par exemple Jacques Wajnsztejn (un des intervenants de ce numéro), directeur de Temps critiques, dans un récent article à propos de ces ques-tions5. La question reste en discussion6.

Christian Beuvain et Jean-Guillaume Lanuque

1. Martin Thomas est un des dirigeants de l’AWL (et auparavant des groupes qui l’ont précédé depuis les années 1970). Nous remercions Yves Coleman pour ces renseignements.

2. Nous remercions Yves Coleman de nous avoir fourni ces renseigne-ments. Pour lui, il s’agit « d’un groupe hybride qui se réclame encore du bolchevisme old style, mais qui n’a pas encore terminé son évolution. » (courriel, 26 août 2016).

3. Stéphane Julien est le directeur de La Révolution prolétarienne et l’un des animateurs du site La Bataille socialiste. Nous remercions Yves Cole-man et Stéphane Julien pour ces informations.

4. Voir la recension de ces deux ouvrages dans notre dossier sur ce blog.

5. Cet article est accessible sur le site de www.mondialisme.org, à l’adresse suivante : http://www.mondialisme.org/spip.php?article2501#_ftn23

6. Nous remercions Frédéric Thomas pour sa relecture attentive.


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