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33-34-35 Sommaire
Article mis en ligne le 29 avril 2017
dernière modification le 30 avril 2017
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* N° 33-34-35 – juin 2011 – 12 euros

Ce numéro s’ouvre sur plusieurs articles de l’Encyclopédie anarchiste (publiée entre 1928 et 1936). Ils permettent de situer la critique de concepts comme ceux de nation et de patrie, de nationalisme et de patriotisme dans une longue durée historique, et de se dégager de ce que l’on est bien obligé d’appeler « l’antisarkozysme primaire(1) » qui, volontairement ou pas, sert la soupe à la gauche pourrielle et à ses grandes manœuvres pré-électorales cousues de fil blanc.

Ces textes montrent que les anarchistes, au début du XXe siècle, perce-vaient clairement le rôle de l’embrigadement patriotique dès la Révolution française et se méfiaient du nationalisme républicain de la gauche dite « so-cialiste ». Portés par l’optimisme initial du mouvement ouvrier qui défendait les vertus du rationalisme et les valeurs des Lumières, ils ont continué à croire passionnément en les vertus de l’éducation (individuelle ou dans le cadre des Bourses du travail et des organisations anarchistes), même après l’avènement du stalinisme, du fascisme et du nazisme. Mais, en comparant systématiquement le nationalisme ou le patriotisme à une religion, les anar-chistes ont eu tendance à tomber dans le même piège que celui de leur anti-cléricalisme (parfois) caricatural : avoir l’illusion qu’il suffit de mener un combat rationaliste déterminé contre une idéologie pour que celle-ci recule ou disparaisse dans la tête des exploités.

Le Manifeste des anationalistes est une curiosité. Publié en 1931 par la fraction « prolétarienne » des espérantistes, il n’a guère eu d’influence (du moins à notre connaissance) mais sa critique conjuguée du nationalisme et de l’internationalisme est fort intéressante. Elle a au moins l’avantage de ne pas nous servir une idéologie « interclassiste », prêchant la réconciliation de tous au nom du « respect de l’Autre », de l’ « amour divin », de la démocratie citoyenne ou républicaine ou du « care », dernier hochet de la social-démocratie, en quête de renouveau idéologique.

Les deux textes suivants d’Anton Pannekoek et de Paul Mattick éclai-rent la réflexion théorique de ces marxistes antistaliniens sur le nationa-lisme. Ils prennent en quelque sorte le contrepied des auteurs anarchistes en affirmant la prééminence du rôle des facteurs sociaux et économiques dans la disparition progressive d’idéologies réactionnaires comme la religion ou le nationalisme. Malheureusement, l’évolution historique leur a donné tort, du moins sur ce point. Le XXe siècle et aussi le XXIe siècle, du moins pour le moment, n’ont pas vu le nationalisme (ce que Pannekoek appelle la « communauté de destin et de caractère » entre la bourgeoisie et le proléta-riat) reculer devant l’internationalisme, ou l’anationalisme, bien au con-traire. Jamais autant de peuples et d’organisations n’ont lutté pour créer des Etats-nations, à l’image de l’Etat républicain français, jamais les luttes poli-tiques n’ont été autant polluées par l’idéologie nationaliste. Et ce ne sont pas les derniers avatars du nationalisme, l’islam politique, le régionalisme identitaire ou indépendantiste et l’anti-impérialisme réactionnaire de la ma-jorité du mouvement altermondialiste qui nous contrediront.

Si Pannekoek et Mattick prônent de répondre systématiquement « Prolé-tariat » et « Lutte de classe » chaque fois que quelqu’un prononce les mots « autonomie » ou « indépendance nationale », on ne peut qu’approuver leur position de principe, tout en constatant que cette stratégie n’a eu jusqu’ici aucun succès…

La revue aborde ensuite le débat franco-français sur l’identité nationale, en mettant de nouveau l’accent sur la nécessité de ne pas se focaliser sur les échéances électorales et les petites phrases des politiciens, comme l’ont fait l’extrême gauche et la gauche, si l’on veut comprendre pourquoi cette ques-tion est récurrente dans le débat politique franco-gaulois.

Nous abordons une des conséquences de ce débat lancé par Sarkozy, ou plutôt du climat entretenu par la droite dure, c’est-à-dire le rapprochement entre un courant de gauche laïco-xénophobe et l’extrême droite sur les questions de la laïcité, de l’immigration et de l’islam, en soulignant que cette tendance se manifeste à l’échelle européenne, sous diverses formes et ne constitue ni une exception française, ni un phénomène négligeable.

Nous faisons un petit saut en arrière en reproduisant un texte de Trotsky sur le fascisme et le nazisme, et en profitons pour remettre quelques pen-dules à l’heure à propos de l’antifascisme stalinien. Nous reproduisons aus-si des extraits d’un texte de Mouvement communiste écrit en 1997 sur le Front national. Cet article développe une analyse classique de la démocratie bourgeoise, du fascisme et du nazisme – classique du moins à l’ultragauche.

Nous nous intéressons à un OVNI politique, le prétendu « racisme anti-Blancs », mythe répandu bien sûr par l’extrême droite mais qui commence à contaminer la gauche. Les Luftmenchen, auteurs de ce texte, nous précisent leur point de vue dans une interview. Et nous reproduisons un texte de Combat ouvrier sur une autre variante encore plus zarbi du nationalisme, le « noirisme » (2) d’extrême droite, en Guadeloupe, dirigé contre l’immigration haïtienne.

Nous nous interrogeons sur les limites de la liberté d’expression prônée par Radio libertaire et la Fédération anarchiste, à travers l’analyse de plu-sieurs émissions ou débats douteux organisés sur cette radio.

Une contribution de Syb se penche sur le rôle de l’ésotérisme dans l’idéologie d’extrême droite, phénomène souvent méconnu ou jugé secon-daire. Enfin nous observons, avec l’aide de camarades belges et néerlan-dais, comment les problèmes de l’identité nationale, de la laïcité et de l’extrême droite sont abordés en Belgique, et aux Pays-Bas, sans bien sûr épuiser la complexité et la diversité des situations…. nationales.

1. Le numéro 21-22 (septembre 2007) de la revue avait déjà évoqué cet antisarkozysme politiquement peu fécond.

2. Le « noirisme » est une idéologie nationaliste qui s’est apparemment développée à Haïti et a inspiré le duvaliérisme. Duvalier père valorisa le créole, promut une renaissance culturelle nationale (poésie, littérature, mu-sique) et s’appuya sur le vaudou présenté comme un élément de résistance aux influences étrangères. On en trouve des variantes en Afrique et la mi-nuscule Tribu Ka (Generation Kemi Seba) en France avec ses théories fu-meuses sur les Kémites, ou la Nation de l’Islam aux Etats-Unis, se situe dans la même lignée nationaliste-raciale, qui s’oppose de façon symétrique aux théories sur la supériorité de l’Occident (blanc) judéochrétien (version de la droite européenne ou américaine « modérée ») ou de la civilisation indoeuropéenne (version d’extrême droite, fascisante ou fasciste).

Des outils pour penser

Encyclopédie anarchiste : Immigration (Louis Loréal), 9 - Nation (Charles Boussinot), 13 - Nation (Elie Soubeiran), 16 - Nationalisme (Aris-tide Lapeyre-, 19 - Patrie (Charles Boussinot), 21 - Patrie (Madeleine Pelle-tier), 32 - Patriotisme, 34 - Patriote, 44

Manifeste des anationalistes, 46

Lutte de classe et nation (Anton Pannekoek), 66

Nationalisme et socialisme (Paul Mattick), 90

Un débat piégé

Encore un débat qu’il faut saboter ! (Les Amis de l’égalité), 101

C’est quoi être français ? (B., Anarchosyndicalisme), 103 - Nationales, régionales ou ethniques, les « identités » sont une arme du pouvoir, Anar-chosyndicalisme, 105 - Les identitarismes, c’est le capitalisme plus la guerre, Anarchosyndicalisme, 109 - La vérité historique, première victime du nationalisme, Anarchosyndicalisme, 113

L’identité nationale un vieux mythe dangereux, et une question jamais réglée à gauche, 93 - Petit Quizz de la Bêtise nationaliste, 131 - « Pour nous la France n’existe pas » – Les surréalistes contre la Patrie, la Nation et l’identité nationale, 134 - « Monod, Lacoste, etc., allez vous faire inté-grer ! », 135

Malaise dans l’identité (Lieux communs), 139 - Post-scriptum sur l’identité nationale (Lieux communs), 145 ; Deux textes très ambigus, 119

« Affaire » Anelka : médias et politiques nous refont le coup de la Cin-quième Colonne, 169 – Déjà en 2006, le rouleau compresseur de la télé au service de l’« amour de la France », 173

« Racisme anti-Blancs » en France et « noirisme » anti-Haïtiens en Guade-loupe

Racisme anti-Blancs ? L’histoire édifiante des martyrs de Perpignan (Luftmenschen), 179 - « Racisme anti-Blancs » qui sont les vraies victimes ? (Luftmenschen), 183 – Quelques questions aux Luftmenschen

Guadeloupe. La résistible ascension d’Ibo Simon et la montée de l’extrême droite xénophobe (Combat ouvrier), 188

Sur les convergences politiques entre la gauche laïco-xénophobe et l’extrême droite : Des Ligues à la « Nouvelle Droite », 205 - L’apéro saucis-son-pinard du 18 juin 2010 et sa signification, 212 - La gauche laïque réac-tionnaire : une vieille tradition française dont Riposte laïque n’est que l’ultime avatar, 217 - Les religions évoluent, ce qui ne les rend pas moins néfastes, 221 - La droite et l’extrême droite évoluent – ce qui ne les rend pas moins dangereuses, 223 - Riposte laïque : un groupe charnière entre la gauche et l’extrême droite, 223 - L’anti-universalisme et le pseudo front anti-impérialiste (Stephane Julien), 234 - Encore et à nouveau sur la gauche laïco-xénophobe, 236 - Riposte laïque = Riposte xénophobe, 240 - Abécédaire de la xénophobie de gauche, 247 - Les 22 salopards de « l’apéro saucisson pinard », 254 Lettres de lecteurs 273

Fascisme, démocratie et antifascisme : Fascisme/antifascisme (OCL) 273 - Stalinisme et antifascisme, 276 - Qu’est-ce que le national-socialisme ? (Léon Trotsky), 278 - Fascisme et démocratie (Mouvement communiste)

Radio Libertaire et la liberté d’expression…

Céline (Floréal Melgar) - Quelques désaccords avec le texte qui suit, 288 - Radio Courtoisie, en direct sur 89.4 FM, 290 - Radio libertaire ou « Radio Français d’abord » ? 297 - Quand l’Union rationaliste dérape sur l’immigration, 300 - Radio libertaire et la liberté d’expression, 303

Extrême droite et ésotérisme : Politica Hermetica, 305

De quelques passeurs (conscients et inconscients) et de quelques thèmes-passerelles entre extrême gauche et extrême droite, 319

Mondialisation.ca : analyse antifasciste d’un site (Luftmenschen), 323

Identité nationale, catholicisme et extrême droite en Belgique

Vlaams Blok : changement dans la continuité d’une formation xéno-phobe (Mouvement communiste) - Sur la Fraternité lefebvriste, à l’extrême droite de Dieu (ResistanceS.be), 343 - L’extrême droite catholique pro-Léonard (ResistanceS.be), 358

Pays-Bas : un modèle pour Sarkozy et la droite gauloise, 363

Assimilation française contre multiculturalisme néerlandais ? 372 - Une histoire nationale un peu chaotique jusqu’au XIXe siècle, 373 - Histoire, va-leurs et normes « typiquement néerlandaises », 375 - Le pays de la « tolé-rance » ? 379 - « Pilarisation » et « dépilarisation » de la société, 380 - Les Pays Bas, ex-puissance coloniale, sont devenus un pays d’immigration, 385 - France et Pays-Bas : « problèmes » communs et solutions réactionnaires similaires, 391 - Geert Wilders et le PVV aux Pays-Bas : le Parti pour la li-berté vous exclura aussi !, 402

Prix : 12 euros

***

Ni patrie ni frontières , n°33-34-35, juin 2011, « Les pièges mortels de l’identité nationale ».

Sur ce thème d’actualité, la revue documentaire généralement stimu-lante Ni patrie ni frontières propose une série de plusieurs ensembles dis-tincts. Pour la profondeur historique, sont republiés quelques articles de l’Encyclopédie anarchiste, des textes communistes de gauche, surréalistes, et même un singulier manifeste espérantiste dit des « anationalistes ». Dans cette sélection de textes, auxquels il convient d’ajouter ceux signés de Yves Coleman lui-même, on trouve d’utiles réflexions sur le sens des mots rele-vant du nationalisme, privilégiant un regard très critique, au risque d’ailleurs de négliger l’identité nationale ressentie à la base, qui ne se ré-duit pas à celle que l’on cherche à imposer d’en haut. Autres analyses ra-dicales, celles qui touchent au racisme, plus particulièrement aux conver-gences entre l’extrême droite et la gauche à travers le cas emblématique du groupe Riposte laïque. Parmi les éléments proposés, les pièces d’un débat organisé sur ce thème à Lyon en décembre 2010, au cours duquel Yves Co-leman situe Riposte laïque dans la filiation du « socialisme national » du XIXème siècle (en lien avec les travaux de Zeev Sternhell et de Marc Cra-pez), et de manière plus générale conteste l’accent mis sur la critique de l’islam plus que sur celle des autres religions. Il reproche également aux anarchistes le caractère jugé intangible de leur critique des religions, et re-lativise l’attachement au christianisme de la droite (Sarkozy en particulier) et de l’extrême droite actuelles, cette dernière ayant détourné des thèmes de gauche ou d’extrême gauche (« le droit à la différence », le multicultu-ralisme, le soutien aux mouvements régionalistes, la critique de l’impérialisme américain, la dénonciation du sionisme et de la politique d’Israël, le soutien aux Palestiniens et bien sûr l’écologie (…), p.187). On dispose également de divers articles éclairants sur l’extrême droite en Bel-gique et aux Pays-Bas. Une autre partie de la revue s’intéresse à certains discours racistes entendus sur les ondes de Radio libertaire, partiellement en lien avec des interventions de membres de Riposte laïque, justement. Si un collectif comme celui des Luftmenschen refuse de défendre la liberté d’expression pour les ennemis du prolétariat et considère que la FA est dé-sormais passée dans le camp fasciste (sic) – les mêmes analysaient par ail-leurs avec plus de pertinence le « racisme anti-blancs » comme un « con-cept clef de la stratégie fasciste » – Yves Coleman se fait moins excessif, demandant tout de même des éclaircissements sur ces eaux troubles. On peut bien sûr se demander si ces convergences, implicites, accidentelles ou délibérées, ne sont pas en partie surévaluées. Sur toutes ces questions sen-sibles, le débat mérite assurément d’être élargi et poursuivi

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